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Full text of "Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)"

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Presented to the 

UERARY ofthe 

UNIVERSITY OF TORONTO 

by 
WALTER GOFFART 





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LE 

ROYAUME DE PROVENCE 

sors LES (:ai;<hjngiens 

(' 850-933?) 



LE 



IlOYALÎME DE PROVENCE 



sous LES CAROLINGIENS 



(855-933?) 



René POUPARDIN 

ARCHIVISTE-PALÉOGRAPIIK 
KI.I-.VF. DIPLÔMÉ DE L'ÉCOLE DES HALTES-ETl.DE> 




PARIS 

LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDUIF.l'H 

67, Il TK IiK lîICII KLIEL", W l' lî K M I K II 



1901 



Tous droits réservés. 



BIBLIOTHÈQUE 

DE l'École 

DES HAUTES ËÏIJDES 



PUIU.IKK SI (lis I.F.S ATSIMCFS 



DU iMINlSTÈKE DE LINSTKUCTION PUBLIQUE 



SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES 



CENT-TRENTE ET UNIÈME FASCICULE 

l.E KOYAUMK nr. PROVKNCK SOL'S l.KS CAHOLINCIENS 
PAR RENÉ POUPARDIN 




PARIS 

LIIUIAIIIIL L.MIL1-: IKH ILLO.X, LDlTEUn 

G7, 11 rr. !•!■; r, icii i: i.ii:i , a r ni [■: m ii:i: 

11)01 

Tons (iroils réaeivéa. 



Sur l'avis de M. Arthur Giry, 'directeur adjoint des 
conférences dliistoire, et de MM. G. Monod et Ferdinand 
Lot, commissaires responsables, le présent mémoire a valu 
à M. René Poupardin le titre à' Elève diplômé de là section 
d histoire et de phUoloi/ie de V École pratique dex Hautes 
Etudes. 



Le directeur de la Conférence, 
Signé: A. Giry. 



Paris, le 5 novembre 1899. 
Le Président de la Section, 

Signé : G. Monod. 



Les Commissaires responsables, 

Signé : G. Monod, Ferd. Lot. 



A LA MÉMOIHK DK MON MAIinK 

M. AnTHiH (URÏ 



INTRODUCTION 



On a écrit l'histoire du royaume d'Arles au temps où le gou- 
vernaient les souverains germaniques et leurs représentants'. 
On n'a pas encore étudié d'une manière suffisante l'histoire 
des origines de ce royaume, c'est-à-dire l'histoire des deux 
États qui l'ont composé, celui que fonda Boson en 879, et 
celui qui se constitua en 888 sous l'autorité de Rodolphe l"-. 

L'objet du présent travail est de tenter de combler en partie 
cette lacune, en donnant une histoire aussi complète que 
nous avons pu la faire, du premier de ces deux royaumes. 
Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire, pour une étude de 
ce genre, de remonter jusqu'à l'époque mérovingienne. Nous 
rappellerons seulement- que Lyon et Vienne, après avoir fait 
partie du royaume des Burgondes, furent rattachés aux pays 
occupés par le « roi de Bourgogne », en même temps que la 
plus grande partie du Dauphiné actuel, et les cités d'Arles 
et de Toulon. Au contraire, une mince bande de territoires, 
avec Avignon, Aix, Cavaillon, Fréjus était unie à l'Auvergne 
austrasienne '. La Provence forme déjà jusqu'à un certain 



1. P. Foi'RNiER, Le royaianc d'Aiifs el ilc Vienm-. P;iris. 1890. iii-S. 

2. Pour ce dernier, il faut cependant signaler la dissertation de 
Trog sur Piodolphe 1 et Rodolphe H. où l'on trouve un examen con- 
sciencieux de tous ou presque tous les textes relatifs à ces deux 
souverains, mais un travail d'ensemble sur le royaume Rodolphien 
reste à faire. 

3. C'est de cette division que vient la distinction faite entre la Pro- 
vincia Arelatcnxix. dont le territoire ne parait pas avoir été beaucoup 
plus étendu que celui de la cité d'Arles, et la /'roviiiria .][<is.'iilii'nsis, 
qui correspond à la portion de la Provence soumise à Sigebert I d'.Aus- 
trasie (Longnon, Géographie de (a daidi' an Vh su'tie, p. IIH). 

PouPARDiN. Rnyauine île Provence. a 



X INTRODUCTION 

point une unité, une circonscription géographique et même 
administrative assez étendue ayant à sa tête un patrice* ou 
un recteur ^ Mais la réunion sous l'autorité d'un souverain 
particulier et indépendant de Vienne, de Lyon et d'Arles'', est 
un fait qui ne se produit qu'en 855 à l'avènement de Charles 
de Provence. L'histoire du court règne de ce dernier forme 
donc le préliminaire presque obligé de celle des règnes de 
Boson et de Louis l'Aveugle. D'autre part, Boson, comme 
un autre fondateur de dynastie, son contemporain, Eudes de 
France, a joué un rôle important dès avant son avènement. 
S'il s'est fait à Mantaille proclamer roi de Provence, c'est 
qu'il était en réalité dès une époque antérieure maître de ce 
pays. Il est donc nécessaire de parler de Boson, comte, avant 
de parler de son règne. Louis l'Aveugle et Hugues d'Arles 
ont été en outre rois d'Italie. Il a donc fallu esquisser 
brièvement l'histoire de leurs expéditions dans ce pays. Une 
histoire de ce genre se rattacherait surtout à une étude d'en- 
semble sur les événements dont l'Italie du nord fut le théâtre 
depuis la mort de l'empereur Louis II. Nous n'avons pu songer 
ici à entreprendre cette étude, grâce à laquelle on pourrait 
arriver à se rendre compte d'une manière plus complète du 
rôle joué, non pas précisément par Louis ou par Hugues, mais 
parles principaux seigneurs italiens. C'est donc surtout dans 
la mesure où ils pouvaient intéresser l'histoire des souverains 
de la Provence que nous avons exposé ces événements. 

Ce qui fait la principale difficulté de l'étude de cette his- 
toire, c'est la désespérante pauvreté des sources. Les chartes 
sont loin d'être abondantes. Elles font absolument défaut pour 
la province ecclésiastique d'Embrun, et sont très rares pour 



1. CiRÉGon^E DE Tours, Hisl. des Francs. 1. IV, c. 17 et c. 29 men- 
tionne trois patrices, Celsus, Agrigota et Auratus, qui semblent bien 
s'être .succédé en Provence, mais sans leur donner expressément le 
titre de « patricius Provinciae ». 

2. (JREdoniE DR Tours, op. cit., 1. IV, c. 'i3 : « Remoto ab lionore 
« Jovino rectore Provinciae... » Comme il ne s'agit que des états de Sige- 
l)ert, il est ])ossible que le sens du mot Provincia doive être restreint 
dans ce passage à la seule Provincia Mas.'iilicnsis. 

',\. Ces villes sont souvent réunies siniullanément à un mémo royaume 
pendant les partages de l'empire franc, en 768 à celui de Carloman, 
en 806 à celui de Louis d'.\<|uitaine, le futur Louis le i'ieux, en 839 à 
celui du jeune (Jharles le (Jliauve, en 8'i3 à celui de Lothaire, mais 
elles ne forment jamais, par leur réunion, avant 855, un groupe dis- 
tinct. 



INTRODICTION XI 

la province d'Arles, durant la période qui correspond à celle 
des invasions sarrasines. Cependant les textes diplomatiques 
constituent la source principale, sinon unique, de nos rensei- 
gnements. Les sources narratives en effet n'existent pour 
ainsi dire pas en ce qui touche l'histoire même du royaume 
de Provence. On peut juger de cette pauvreté par un détail : 
entre les deux dates de 905 et de 931, pas un annaliste, pas 
un chroniqueur, n'a l'occasion de placer dans son récit le nom 
de l'empereur Louis l'Aveugle. « Heureux, dit l'un des récents 
(( historiens des Carolingiens du Nord, ceux qui étudient 
« une époque plus favorisée et qui trouvent, dans des œuvres 
« contemporaines d'une réelle valeur, des détails qui leur 
'( permettent de suivre pas à pas leur héros' ». Nous dirons 
à notre tour : heureux ceux qui ont à leur disposition des 
œuvres telles que la Chronique de Réginon et les An?ialesde 
Saint-Vaast, ou même des annales plus sèches encore, car 
rien n'est plus incertain en même temps que plus aride qu'une 
histoire faite avec des chartes et dans laquelle des discussions 
doivent trop souvent remplacer le récit. 

Malgré cette pénurie de documents, on a, à plus d'une 
reprise, tenté d'écrire l'histoire du royaume fondé par Boson. 
Honoré Bouche lui consacre de nombreuses pages de son 
Histoire générale de Provence, et, bien que cet érudit ait tota- 
lement manqué de critique, qu'il n'ait eu qu'une connaissamce 
forcément incomplète des documents, c'est lui cependant qui 
représente pour ainsi dire l'état de la science sur ce point au 
xvii" siècle et au xviii" siècle'. U Histoire de Provence, de 
Papon, donne un récit plus sûr, mais moins complet, et ce 
sont les deux volumes de Bouche qui restèrent jusqu'au milieu 
de notre siècle l'ouvrage fondamental sur la matière. 

En 1851 et 1853 l'érudit suisse Gingins-la-Sarra a consacré 
à V Histoire dcsroi/aumes de Provence et de Boiirgogne-Jurane 
deux volumes, qui constituent le travail le plus complet sur 



1. Favre, Eudes, comte de Paris el roi de France, introd., p. xi. 

2. Nous ne parlons pas des ouvrages de C. de Nostre-Dame, de 
d'Elbène, de Bouis, qui figurent cependant dans notre bibliographie 
et que nous citons quelquefois, parce que c'est d'eux que semblent 
venir un certain nombre d'affirmations téméraires ou erronées, repro- 
duites trop souvent à la suite de Bou'^he par des historiens plus mo- 
dernes. — 11 faut également faire, à côté de Bouche, une place à part 
à Chorier, dont V/fistoire de Dauphiné a souvent été citée et utilisée. 



Xll IMildljlCTIU.N 

la question, l'ouvrage en quelque sorte classique que citent 
couramment les historiens modernes. Les Bosonides et les 
Ilugonides sont le fruit de recherches assez étendues, et les 
conclusions de Gingins se trouvent être, sur beaucoup de 
points, les mêmes que celles du présent mémoire. Mais son 
ouvrage a des défauts assez graves pour qu'un nouvel examen 
de la question demeure indispensable. Tout d'abord l'auteur 
fait preuve d'un manque absolu de critique ; de là sa prédi- 
lection particulière pour les chroniques sans valeur comme 
les Annales Metlenses, dont il oppose volontiers Tautorité 
à celle des Annales de Saint-Jierlin, et pour les documents 
manifestement faux, comme le diplôme de Boson pour l'évèché 
de Maurienne. D'autre part, ce qui est encore plus grave, les 
textes rapportés par lui sont souvent volontairement alté- 
rés, ce qui ne permet d'accepter aucune de ses allégations 
sans recourir de nouveau aux documents sur lesquelles il 
prétend s'appuyer. — Plus consciencieux est l'ouvrage de 
M. de Terrebasse sur VJIistuire de Boso)i. Moins complet, 
moins détaillé que le livre de Gingins, interrompu en outre 
par la mort de son auteur avant le récit du règne de 
Louis l'Aveugle, c'est, peut-on dire, une œuvre de vulga- 
risation, dont une bonne part est occupée par la traduction 
m extenso des documents les plus intéressants. 

C'est surtout au point de vue géographique que se place le 
récent historien du second royaume de Bourgogne. M. Philipon. 
Le travail de ce dernier, actuellement en cours de pubhcation 
dans les Annales de la Société d'émulation de l'Ain, plus 
spécialement consacré à l'histoire des Rodolphiens, touche 
cependant par bien des points à celle de Charles de Provence, 
de Boson et de Louis l'Aveugle. Mais si l'on peut trouver 
dans les premiers articles de M. Philipon des renseignements 
sur l'étendue et les partages des États carolingiens de la 
vallée du Rhône, tout ce qui concerne la généalogie, la diplo- 
matique, l'histoire proprement dite des princes de ces régions 
reste en dehors du cadre de son étude. 

Sur deux périodes enfin de l'histoire que nous étudions il 
existe des travaux spéciaux et définitifs. Le mémoire de 
M. A. Longnon sur Girard de Roussillon embrasse la plus 
grande partie des événements du règne de Charles de Provence. 
Pour le règne de Louis l'Aveugle, la thèse de M. de Manteyer 
sur la Marche de Provence et ses comtes, très obligeamment 



IMIiODl C.TKiN Xlll 

rommuniqiiëe en manuscrit par son auteur, a beaucoup abr(''},^é 
notre travail. Nous avons eu néanmoins à dire un mot de 
certaines questions iraitées par lui, notamment pour ce qui 
concerne Hugues d'Arles et son rôle durant les premières 
années du x*-' siècle. 

Un mot encore sur le plan général de ce volume, destiné 
à prendre place dans les Annales de l'histoire de Franre n 
r époque cdwlinyienne, entreprises sous l'inspiration et la 
direction de notre regretté maitro M. A. Giry. Nous avons 
cherché à suivre autant que possible les principes qui ont 
guidé les auteurs des premiers volumes de cette collection, 
examinant tous les textes, discutant autant que nous le pou- 
vions toutes les questions de détail dont la solution pouvait 
paraître avoir (piehiuo intérêt. iMais nous n'avons pu, en l'ab- 
sence d'annales contemporaines susceptibles de nous fournir 
un cadre, et en raison des énormes lacunes qui existent dans 
la série des événements, donner rigoureusement à notre tra- 
vail la forme àWnnales. C'est ainsi que nous avons réuni en 
un chapitre spécial tout ce qui concerne les invasions sarra- 
sines dont les dates sont d'ailleurs tellement incertaines qu'il 
serait chimérique de chercher à classer ces faits dans des 
Annales. D'autre part notre travail, présenté d'abord comme 
thèse de sortie à l'École des Chartes, comprenait alors une 
étude sur la diplomatique des souverains carolingiens de 
Provence, accompagnée d'un catalogue d'actes développé, du 
texte et de la critique de divers diplômes. Cette partie diplo- 
matique formera l'objet d'une publication ultérieure; nous 
nous sommes bornés à reporter dans nos notes ceux des 
résultats de cette étude qui nous ont semblé nécessaires pour 
justifier certaines conclusions historiques ou chronologiques. 

Nous tenons en terminant à remercier tous ceux qui ont 
bien voulu nous fournir des renseignements et des indica- 
tions. Nous adressons surtout nos remerciements à M. F. Lot, 
qui a, sur bien des points, apporté à notre travail de pré- 
cieuses rectifications, ainsi qu'à M. (r. Monod, qui a revu 
avec M. Lot les épreuves de ce volume. 



SOURCES 



A. SOURCES NARRATIVES 

Tandis que pour Fhistoire du nord de l'ancienne Gaule au i\^ et 
au x" siècle nous disposons d'une quantité relativement considérable 
de textes narratifs, on sait (jue le Midi est à cet égard d'une pauvreté 
at'tligeante. La Provence, le Viennois, le Lyonnais n'ont ni Annales 
ni Chroniques. Il faut sans doute chercher la raison, ou du moins 
l'une des raisons de ce fait dans l'absence d'un texte analogue aux 
Annales royales d'où dérivent, médiatement on immédiatement, 
la plus grande partie des textes annalistiques du nord. Ces Annales 
royales, sous quelque forme qu'elles se présentent, sont essentielle- 
ment consacrées à retracer les actions du souverain. Or, jusqu'à 
Charles le Jeune, le souverain ne réside pas en Provence ; le roi méro- 
vingien ou carolingien possède le pays et l'administre par l'inter- 
médiaire de ses comtes, mais il n'y vient pas lui-même. Ses faits et 
gestes, par conséquent, doivent peu intéresser les quelques méridio- 
naux qui pourraient avoir le goût ou le talent de les noter pour les 
transmettre à la postérité. Dans le Nord, il y a d'autre part des chro- 
niques et des histoires monastiques. Mais dans le Midi l'absence de 
chroniques s'explique sans doute par colle de toute production an- 
nalislique antérieure. Quant aux histoires monasti(|ues, elles sont 
composées en général d'après des annales et le chartrier de l'établis- 
sement. Or, dans le Midi il n'y a point d'annales et ceux qui ont 
accès dans les chartriers se bornent en général à compiler des car- 
tulaires, d'un intérêt pratique plus considérable que des œuvres 
historiques. Aussi la production inslorifiue est-elle à |)eu près nulle. 

Les textes narratifs, tous étrangers par leur composition aux 
pays du Rhône et des Alpes, ne fournissent donc guère sur le 
royaume de Provence qu'une seule catégorie de renseignements, 
ceux qui sont relatifs à sou histoire extérieure. Ce n'est en effet que 
lors(|ue ses souverains se trouvent en relations avec ceux des pays 



SOURCES W 

voisins, que les annalistes et les chroniqueurs de ces derniers 
daignent s'intéresser à eux et les mentionner. 

Les sources historiciues que nous avons à utiliser sont en général 
trop connues pour qu'il soit besoin d'insister sur leur compte. Nous 
nous bornerons le plus souvent à les énumérer en indiquant la 
nature des renseignements (|u'il est possible de tirer de chacune 
d'elles au point de vue du sujet qui nous occupe. 



g 1 . GliANDES ANNALES 

La seconde partie des Annales dites de Sainl-Berlin, œuvj-e de 
l'évèque Prudence de Troyes, est notre source principale pour lliis- 
toire du coiu't règne de Charles de Provence et des tentatives laites 
par ses oncles pour s'emparer de la part d'héritage à lui laissée par 
son père, l'empereur Lothaire. J^a troisième partie de ces mêmes 
Annales, œuvre du célèbre llincnuu-', est une source de premier 
ordre, tant pour l'histoire du comte Boson que pour celle de la 
guerre que ce même Boson, proclamé roi, soutint contre les princes 
francs coalisés. Mais Ilincmar, s'il était évidemment bien informé 
de ce qui concernait le beau-frère de Charles le Chauve, est partial, 
hostile à l'usurpateur contre lequellui-même soutenait avec Hugues 
l'Abbé et quelques autres, les droits des héritiers de la famille 
carolingienne. Comme Prudence il pèche souvent par prétérilion, 
par atténuation, et ces annalistes quasi-officiels du royaume franc 
de l'Ouest sont toujours suspects d'avoir passé sous silence ou fait 
glisser inaperçu le récit de quelque échec éprouvé par leur maître. 
C'est là néanmoins, pour la période qui s'étend jusqu'en 882, ([u'il 
est possible de trouver les renseignements les plus abondants 
comme les plus sûrs -. 11 faut remarquer cependant (|ue pour l'épociue 
de la guerre contre Boson, Ilincmar parait commettre quelques 
erreurs et que son récit doit être alors corrigé et complété à l'aide 
de celui des Annales Vedasiini. Celles-ci, composées dans le cou- 
vent de Saint-Vaast par un auteur inconnu, ont toute l'exactitude 
d'annales officielles, tout en étant moins partiales, et pour les évé- 
nements des années 880-882 constituent une source de premier 
ordre. 



i. Ou du moins écrite sous son influence directe et dans son entou- 
rage immédiat, à peu près sous sa dictée. 

2. La valeur du témoignage d'tlincmara été l'objet d'une dissertation 
spéciale de Buecuti.ng, (jlauhiviirdinkeil Ilinbnars von Reims Un .V'" 
Theil dersorjeiinnnleii Aiiiialen von S. Berlin. Halle, 1887, in-8. Mais 
son travail se réduit souvent un peu tru]) à examiner la conformité dos 
Ann. Bertiniani avec les conclusions de Diimmler, ou avec les Annales 
de Fulda. source moins sûre. 



XVI Sdi ncKs 

Los Annales de FuUia jouenl |)oiii- le royaume l'ranc de Test à 
peu près le même rôle que les Annales de Sainl-Bertin pour celui 
fie Touest. La partie qui peut intéresser l'histoire de Boson est 
[■(LMivre d'un certain Meginhard ', lequel faisait partie de Tentourage 
de Liull)erl, arclievc<|ue de Mayenee et archichapelain de Louis le 
(ierniani(iuc. Mcginliard est extrêmement violent à Fégard de tous 
les ennemis de son souverain, notamment de Charles le Chauve et 
du comte lioson. Aussi, si son récit peut servir quelquefois à corriger 
celui des Ann.i/es de S;iin(-Iierlin, partiales dans le sens opposé, 
ne faut-il admettre (juavee réserve ses renseignements et ses appré- 
ciations en ce (|ui concerne le caractère des personnages du royaume 
de l'ouest et même en ce qui concerne leurs actes, lorsque ceux-ci 
se tnnivent en opposition avec les intérêts des souvei-ains germa- 
niques. 

§ 2. ru•:(il^■o^ 

Réginon -, ahhé de Priim, de 892 à S'.IU. musicographe et cano- 
niste, mort en 915 ahhé de Saint-Martin de Trêves, mais retiré à 
Saint-Maximin de la même ville, a laissé une chronique s'étendant 
jusqu'à l'année 005 ', indépendante depuis l'année 813 et qu'il dédia 
en 908 à révêcpie d'Augshovn-g, Aclalhéron. Il fournit un assez grand 
nond)re de renseignements, mais la chronologie très défectueuse 
qu'on lui reproche ^ les fait souvent accueillir avec une certaine 
méfiance. 

Conmie sources écrites il a eu à sa disposition une collection de 
documents canoni(|ues relatifs à l'allaire de Theutherge, accessoi- 
rement à celle d'Kngellrude% et il parait avoir utilisé pour son 
œuvre hislori(|ue certains textes de ce genre employés par lui déjà 



1. On a (|uelquefi)is (\V.\tteni3.\cii, lJeuls,'/il(iii(/.s (jesrhichlsquflkti. 
5» éd., t. II. p. 215) cru que l'œuvre de Megiiiliard n'allait que de 
l'année 862 à l'année 884. M. I\i-rze, le -dernier éditeur des Annales 
Fiildcnses (Inlrod., p. vni) considère coninie plus fondée l'opinion qui 
conserve au même auteur la partie de 882-87. 

2. Cf. \V,\TTEM$.\('.ii, op. cil., ô'^ éd., t. I. }). 2'il. KruzE, préface à 
son édition de la chronique dans les Mon. Germ. hi-'it. in nsnm .srhol. 
— ScHii/z, Die (Unidnviirdigkeit dur (Ikronik de.s .lô^e.s Hcfjinn von 
Priiin. Ilamburg, 1897, in-'». C'omme les vices de la chronologie de 
Kéginon rendent (|uç!(iuef(iis injuste à son égard, nous avons cru 
devoir insister sin' cet auteur et sur la valeur des renseignements qu'il 
peut fournir. 

3. Nous ne parlons pas de ses trois contituiations, uni(piement rela- 
tives k rAllemagne. 

't. Sciin.z, op. cil., p. 2. 
5. KruzE. inlrod , p. 8. 



SULllCES Wll 

dans sa collection canoni(iue '.Il a eu en outre sons les }oii\ des 
Annales de Prinn - anjouidhni perdues, mais dont dérivent d'autres 
Annales PriimiL'iisc.s^, (|ue nous possédons encore et par les(|uelles 
nous pouvons juger que celles dont se servit Héginon étaient extrê- 
mement brèves. C'est donc la tradition orale qui, à partir de l'année 
813, constitue la source principale de Uéginon, comme il le dit lui- 
même * et comme le prouvent d'ailleurs certaines expressions, telles 
que « al aiiinl », « ul ferliir » ',qui reviennent de temps en temps sous 
sa plume. Le ton même de certains récits, leiu' étendue (|uel(|uefois 
peu en rapport avec l'importance des événements qu'ils concernent'', 
seraient une preuve indirecte s'il en était besoin. Cette tradition 
orale pouvait lui fournir dans ccriains cas de bons renseignements 
et souvent il peut arriver (|u'il nous transmette ainsi des récits de 
témoins oculaires, ou tout au moins de gens bien informés. 

M. Scbulz^ estime que liéginou pouvait avoir environ cintiuante 
ans lorsqu'il devint abbé du monastère de Priim en 892, ce qui 
reporterait sa naissance à 842 environ, donc il pourrait être consi- 
'^léré comme un bon observateur des faits de son temps depuis 
l'année 800 ou 862. C'est possible, mais exact seulement à dix ou' 
vingt ans près, et ce n'est guère en réalité qu'à partir de l'année 886. 
ou environ que nous pouvons considérer sa cbronlipie comme 
le témoignage d'un intelligens spectalor, et il est naturellement 
surtout bien renseigné sur les événements de la Lorraine, auxquels 
il se trouvait mêlé. En outre Réginon semble avoir rédigé sa cbro- 
nique en une seule fois, dans un intervalle de temps assez court ** 
et non au jour le jour à partir d'une année déterminée. II a mis 
en œuvre des récits recueillis par lui soit alors, soit à une époque 
antérieure. On n'a pas affaire à des notes prises par lui au fur et 
à mesure des événements. Or ces récits, lorsqu'il s'agit de faits 
éloignés dans l'espace ou dans le temps, comme les affaires de 

1. La comparaison des deux ouvrages n'a peut-être pas été faite à 
ce point de vue, mais on peut certainement rapprocher : De .v/nod 
causis, I. Il, i^ Lxxvn et Chroii., p. 86. — Df sij)i. caus., i. II. ?; cxiii 
et Chron., p. 50. 

2. ScnL'LZ, loc. cit., Kluze, p. vni. 

o. Neues Archiv, t. XII, p. 403, Mon. Gmn., SS.. t. Mil, p. 21H, 
ibid.. t. XV. p. 2 et 1289. 

4. p. 73. II ne s'agit dans tout ceci bien enlendu que de la partie 
postérieure à 813. 

5. Cf. p. 113, pour la mort de Charles le Chauve: « e.st autem fania... » 

6. Bataille de Ballon (p. 79), mort de Robert le Fort (p. 92), invasion 
de sauterelles (p. 105), histoire de Vurfand et do Pascvviten (p. 107), 
portrait de Boson (p. 115). 

7. (jlaubwi'irditjkeit der Chroiiik Rfginos , j). 1. 

8. KuRZE, introd., p. ix. Réginon indicjue parfois qu'il « compose » 
sa chronique, en renvoyant à des événements qu'il va raconter, ce c^ui 
prouve qu'il n'écrit pas au jour le jour. 



WIII SOURCES 

Bretagne, d'Aquitaine, de Provence, d'Italie', Réginon ne sait pas 
toujours très bien à quoi les rattaclier, ses Annales Prumienses ne 
pouvant lui fournir qu'un cadre insuffisant. 11 paraît s'embrouiller 
dans les faits, pour employer une expression vulgaire ; il ne les 
classe pas à leur date, et on a beau jeu à lui reprocher des fautes 
de chronologie -. 

En réalité cette chronologie défectueuse provient, en partie au 
moins, du caractère oral des renseignements recueillis par Réginon. 
Il reçoit pour ainsi dire un « paquet de nouvelles^ » relatives à un 
événement déterminé, à Texpédition de Charles le Chauve en Italie 
par exemple ; sa situation est bien différente de celle d'un chroni- 
(pieur travaillant d'après des annales, des sources écrites, et trou- 
vant cha(iue fait isolé classé sous une année déterminée, exacte ou 
non, peu importe. Aussi, le plus souvent, à propos d'un fait placé 
à vme date approximativement exacte, il raconte toute la série des 
faits du même groupe sans d'ailleurs en intervertir trop l'ordre 
rehitif, remontant plus haut dans le passé, ou rapportant, à propos 
dun fait, tous les événements qui s'y rattachent jusqu'à une date 
très postérieure. En d'autres termes, bien qu'il cherche évidemment 
à suivre en général Tordre chronologique, il insère fréquemment en 
bloc les événements d'une même série, sans insister sur l'intervalle 
(W temps qui peut séparer deux d'entre eux. C'est au lecteur à en 
tenir compte, à l'historien à remettre chaque détail à la place que 
d'autres textes narratifs ou diplomatiques permettent de lui assigner, 
à se souvenir en un mot que l'ouvrage de Réginon est une chronique, 
non des annales. Si par exemple il raconte sous Tannée 866* 
toute l'histoire du comte abbé Htibert, il ne faut pas en conclure 
(jue toute cette histoire se soit passée en 866. Réginon a d'ailleurs 
soin de prévenir que sa chronologie n'est qu'approximative, et ce 
ne sont pas les mots hoc anno, mais des expressions vagues comme 
hac tempestate ', his Icmporihiis^, per idem tetnpus'', qui lui ser- 
vent à amener un groupe de faits de ce genre. 



1. Bien que contemporain de Louis l'Aveugle, il commet des erreurs 
en ce qui touche l'expédition do ce prince en Italie. 

2. C'est à, cette étude qu'est principalement consacrée la dissertation 
de M. Schulz. 

3. Nous empruntons cette expression à M. A. Carrière (Annuaire de 
r Ecole (les Ilaulcs-Etudex, année 1898, p. 20) à propos d'un passage de 
Oégoire de Tours où les faits sont groupés d'une manière analogue. 

4. Chron.. p. 91. 

5. Iljid., p. 95. 

6. Ibid., p. 105, 115, 117. 

7. En voici des exemples : 

Année 818, p. 73. — A propos de Pépin, généalogie des comtes qui 
descendent de ce prince. 

Année 853, p. 76. — Histoire de Pépin II d'Aquitaine jusqu'en 864 et 



SOURCKS XIX 

11 est d'ailleurs bien évident (juil ne faut pas trop étendre la 
portée de notre observation. C'est un fait incontestable qu'il y a 
dans la chronique de l'abbé de Prùm des erreurs grossières, des 
événements inexactement rattachés à certaines années, des inter- 
versions dans Tordre des faits, (|ue Réginon s'est souvent trompé, 
que les étrangers et les vieillards auprès desquels il cherchait des 
informations ont pu et ont dû avoir des défaillances de mémoire, 
cela n'empêche pas qu'il faille tenir grand compte de ce que nous 
fournit l'œuvre de Réginon, même pour une époque antérieure à 
886, quitte à adopter pour le classement des détails un cadre dif- 
férent de celui que fournit la chronique elle-même '. 



§ 3. SOURCES RELATIVES AUX AFFAIRES d'iTAI.IE 

Bien que sa chronologie soit souvent plus défectueuse que celle 
de Réginon, il y a beaucoup à prendre dans VAnlopndosis de 
l'Italien Liutprand, évê(pie de Crémone (-; 072). Celui-ci n'est pas 
précisément un contemporain. Il était jeune encore, par vu las, en 
927, c'est-à-dire à l'époque de la mort de Louis l'Aveugle. Mais il a 
connu personnellement, et durant longtemps, le roi d'Italie, Hugues, 
l'ancien comte de Vienne. Par conséquent il est bien renseigné en 
tout ce qui concerne la famille et les actions de cet important per- 
sonnage. Pour la première partie du x* siècle il a eu pour source 
à peu près unique la tradition orale, souvent même des légendes 
populaires. Mais enfin il a connu des contemporains de Louis 
l'xVveugle et c'est lui qui, somme toute, fournit le meilleur récit des 
deux expéditions de ce prince en Italie. Pour l'époque du roi Hugues, 

à ce propos rappel de l'histoire de Pépin I. Schulz. op. cit. p. 2, admet 
à tort que Réginon croit que tous ces faits ont eu lieu en 85 J. 

Année 860. — Événements de Bretagne, se suivant à peu près dans 
l'ordre chronologique à l'exception des renseignements concernant le 
comte Gauzbert, réunis en une série spéciale. 

Année 864, sqq. — Détails du procès de Waldrade, qui sont mis quel- 
quefois à des années fausses, mais se suivent dans Tordre exact. 

Année 866, p. 91. — Histoire d'Hubert, qui se déroule en même 
temps que celle du procès de sa sœur. 

.\nnée 867. — Affaires de firetagne. 

Année 868. — Histoire des Bulgares de 864 à 893. 

Année 869. — Démêlés relatifs au partage des états de Lothaire. 
869-870. 

Année 870. — Ensemble de renseignements au sujet dos enfants de 
Charles le Chauve. 

1. Ajoutons que Ton a été sévère pour Réginon. parce qu'il a pour 
cette période servi de source aux Annales Metlfimes dont le caractère 
annalistique accentue encore cesfautesde chronologie, cetpu entraine 
à des erreurs ceux qui, comme Gingins ou M. l'hilipon, utilisent pour 
l'histoire carolingienne ces annales du x" ou du XF siècle. 



XX SÛUIK.ES 

iiotaninioiit en ce qui concerne les expéditions contre les Sarrasins 
(In Frainet, il est bien informé et presque témoin oculaire. Mais, 
lorsqu'il est ((uestion de personnages italiens, il faut toujours se 
méfier de sa passion politique, de sa partialité, et ne pas considérer 
comme autant de vérités les injni-es qu'il aime à prodiguer à ses 
adversaires. Ajoutons que comme o'uvre littéraire, VAnLipodosi'.',- 
a une très gi-ande valeur et cpie sans parlei- de la langue, un peu 
recherchée, mais pittores(|ue et originale, seule parmi leschroni(ines 
du x*" siècle elle est « amusante », tant pai- l'expression des senti- 
ments personnels de Liutprand que par les anecdotes, loujoius 
vivantes, quelquefois même un peu réalistes, dont il aime à éinailler 
son récit. « Si cet ouvrage, par son caractèie tout personnel, leipiel 
« se montre aussi dans le peu de soin que lautenr prend de la 
« chronologie doit être classé comme source histoi'ique après beau- 
ce coup d'autres qui ne sont ((ue de sèches annales, il faut dire par 
« contre (pTil a beaucoup d'avantages sur ces annales. Il motive 
« les faits, il juge généralement bien les relations politiques et il 
« otfre des détails d'une grande richesse, ({ui font revivre le passé. 
« Considérée comme création littéraire cette histoire... est le plus 
« original et le plus important des ouvrages en prose de cette 
« période' ». 

Un poète anonyme, vivant dans Tltalie du Nord au début du 
x" siècle, a écrH en vers le panégyri(|ue historique de l'adversaire 
de Louis de Provence, le roi Bérenger-. Ce poème contient natu- 
l'cllement (pieUpies détails sur les luttes entre les deux compétiteurs, 
pei'mettant de compléter un peu, sur les événements de 900-905. le 
lécit de Liutprand. Malheureusement le morceau qui nous intéresse 
particulièrement est fort bref et passe même sous silence la pre- 
mière campagne de Louis. ¥ai outre le style de l'ouvrage est singu- 
lif-remeni obscur, fort peu précis, si bien (|u'un contemporain de 
l'auteur a cru devoir y ajouter des gloses explicatives qui ne sont 
pas toujours inuliles^. C'est une soui'ce, en somme, assez difficile à 



1. LltEisr. Lillrrdlun- latine du inm/rn ni/e en Occklenl. trad. franc, 
t. 11, p. 457. 

2. Ce poème a été en derniiM" lieu publié ])ar E. Diemmleu (Gesln 
/'ereufjan'i imperatoris. Halle. 1871, in-8) avec une étude sur la com- 
])ositi()n et la valeur de l'a^iivre, une introduction historique étendue 
sur le règne de Bérengei' et de nombi-eux renseignements sur les 
j)ersonnages mentionnés dans le texte. Malheureusement, l'absence de 
tal)le empêche de tirer facilement de ces al)on(]ants matériaux tout le 
])arti qu'ils peuvent fournir. 

;;. Sur TauTeur des gloses voy. I)1:hniii;im, J)er (ilosxalnr c/er Ciesia 
J!neii(/arii. dans les J'o7-schtin;/en '.. ileulse/ie)i Geschichte. t. .\I\', 
]t. i;i8, (|ui établit que ce personnage est distinct de l'auteur, mais 
sou contemporain et son compatriote, et énumère les sources litté- 
raires auxquelles il a puisé. 



SOI lU'.KS XXI 

utiliser, iin|»iirl;iiitt' l'cpciulanl ou rahsciicc (riiiilics docuiiu'iits plus 
précis. 

C/csl ('iiJili'iiK'iit cil ce (lui louche les cxpcdilidiis d'Iliilic (pic l'on 
peni Iroiiver des reiiseigncineiils dans le />c ;i(lniini.slr;in<ln 
imperio de Coiislaiiliii Porplix royénèle (U(ir)-9r)ll). Leinpereiir lirec 
confond |)arrois les dalescl les l'ails. Mais |)oiir le « llièine de i^oiii- 
hardie », il parait assez bien ialormé. du moins en ce (|ui concerne 
les événenienis dont rilalie elle-inème lui le tlié<àlre, car les f>énéa- 
loiiies (pi'il (Miirepreiid de donner roiirinilleni dinexaclitiides. Il \ 
a cependanl bien dest>rrenrs dans sonrécil, snrloiil pour la |)('riode 
antérieure à Texpédilion de Uodolphe II en llalie. les renscii-nenients 
(inil foiirnil doixcnl élrc soiunensenii'iil coiiliw'jb's. 



v; 1. s(»ri!i.i:s i;i:i.\ii\ i.s \i \ i\\ asions i)i:s s\i;ii\si\s 

La discussion de la \aleiir de ces sources se confondent souvent 
avec le récit des faits et Thistoire des invasions sarrasines formant 
un ensemble à part dans le cadre général de noire travail, nous 
avons placé en tète de cette histoire l'étude sur ses sources. Nous 
nous bornerons à dire ici que ces sources sont toutes de provenance 
occidentale. On pourrait saltendre à trouver dans les cbroniipu's 
byzantines (pichpies détails louchant lexpédition entrei)rise contre 
le Fraxinet par le roi Hugiies, de concert avec la flotte grec(pie, 
mais les historiens du basileus, préoccupés sans doute des luîtes 
contre les Russes, sont muets sur les événements d'Occident. Les 
ravages exercés par les Sarrasins, (pii furent si terrifiants pour les 
populations pro\encales, paraissent ne pas avoir frappé rimagiiia- 
tion des historiens musulmans, occupés pour cette période des 
événements du Mai-hreb et des invasions dans le Khalifat d'Orient '. 



i; .). i.iriTi'iKS i:t soincKS i)i\ i;iisi-:s 

A côté lies annales et des clironi(|ues il laiil placer un certain 
nombre de textes assez divers (pii ne pemeiil être rangés parmi les 
sources narratives. 

Les lettres tiennent pai'ini eii\ le |)reiiiier rang: les huiles et 
lettres ries papes mois ont fourni (pielt|iies renseignenienls. celles 



I. Les seules mentions que nous ayons eu ;i relever dans les chro- 
niques arabes sont celles du passage des Danois sur les côtes d'Ksjjagne 
en 859. Quant au Fi-ainet, c'est ;ï peine si une allusion à rétablisse- 
ment des Maures se rencontre dans un inivrage géographique arabe très 
postérieur. 



XXir SOURCES 

de Nicolas 1" en ce qui touclie la famille malernelle de Boson, celles 
de Jean VIII en ce qui concerne ce dernier, dont l'histoire est pen- 
dant quelque temps en rapports étroits avec celle du souverain 
pontife'. Les lettres les plus intéressantes après celles des papes, 
pour Ihisloire du royaume de Provence, sont celles de Farchevêque 
(le Reims Ilincmar. Plusieurs d'entre elles intéressent notre sujet 
en raison des biens étendus du patrimoine de saint Rémi que 
l'église de Reims possédait dans la province d'Arles. Elles ne 
nous sont malheureusemenl pour la plupail parvenues que dans les 
analyses de r//<s7oire f/e l'cç/lise Je //c/'/n. s composée vers 948 par 
Flodoard-, chanoine de cette église, qui a mis à contribution ses 
riches archives, mais n'a pas conservé les dates des documents 
qu'il utilisait. Il faut donc dater les lettres d'après les mentions qui 
y sont contenues et aussi d'après ce fait, mis en lumière par 
Schrœrs^ que dans chaque série de lettres adressées à un même 
personnage, les analyses de Flodoard se suivent en général dans 
l'ordre chronologique. 

Il faut mentionner à côté des lettres d'IIincmar un écrit canonique 
du même auteur, le De divorlio Lolharii écrit en 860, dans la 
seconde |)artic de l'année à l'occasion du divorce de la reine Theut- 
berge el (|ui fournit un certain nombre de renseignements sur le duc 
Hubert et le comte italien Boson, mari d'Engeltrude. 

Les Capitulaires des rois francs, procès-verbaux d'assemblées, 
traités de paix, peuvent être utilisés tant au point de vue géogra- 
phique, pour les questions de limites et de partages, qu'au point de 
vue des mentions, en général bien datées, de tel ou tel person- 
nage. Il en est de même des actes des conciles. Mais en étudiant 
ces derniers au point de vue géographique il faut se garder d'une 
erreur parfois commise, qui est de considérer la souscription d'un 
|)rélat à la suite des actes d'un concile tenu dans les États d'un 
prince, comme \u\ indice certain (|ue l'autorité de ce prince était 
reconnue par le ])rélat et par son diocèse. 



1. Les lettres de Jean VIII se trouvent pour la plupart au t. CXXVI 
de la Pair, lutine de Mignf.. La découverte et la publication par Lwald, 
au t. V (lu Neues Archiv de la collection canonique dite Brilannica. (]ui 
contient jjlusicurs lettres de ce Pa])e, a ajouté au recueil plusieurs (io- 
cuments intéressants. Sur le registre de Jean MIL cf. A. Lapi'itre, 
Jean MIL p. 1-29. 

2. Flodoard a éiialement composé des Annales (919-966) aux([uelles 
nous avons emprunté (pielques mentions, mais (lue nous avons cvn 
inutile d'étudic^r dans cette; introduction. Un texte correct de VJIisl. 
Hem. Jù-cl. a été donné par IIki.i.kiî et Waitz au t. XIII des Scriptores, 
mais sans notes et sans déterniination de dates. 

:{. Illnkniar, Erzhiacliof von Jlcinis, p. r)12 et sniv. 11 a dressé, en 
outre, des lettres U'Hincmar un utile regeste, mais où l'on pourrait 
préciser quelques dates. 



sornr.ES xxiii 



B. SOURCES DIPLOMATIQUES 



C'est à elles (|ue l'on en es! réduit pour une grande jj.irlie de 
l'histoire de la France méridionale an i\'' et au \" sièele. Mais les 
chartes ne permettent guère Ihisloire proprement dite, le réeil des 
faits. En dehors de la diploniali(|ue et de l'histoire des institutions, 
elles ne peuvent guère fournir que des renseignements chronolo- 
giques, généalogiques et géographi(|ues. Même dans ce dernier ordre 
d'études, leur emploi est souvent hien incertain. Les actes dalés des 
ans de règne d'un roi ne ])ortent |)as toujours de date de lieu el la 
mention « rec/naule lali» impli(iuant la reconnaissance de l'autorité 
de ce prince, peut par conséquent se rapporter, soit au lieu de la 
situation des biens, soit à celui par exemple où se trouve l'abbaye 
qui reçoit la donation de ces biens ^ En outre Texistenee simulta- 
née de plusieurs rois portant le même nom, comme Raoul de France 
et Rodolphe II de Bourgogne, est une source d'obscurités. C'est 
ainsi encore que le grand nombre de princes ayant entre 8.")0 et 9.50 
porté le nom de Louis, peut prêter à des confusions, permettre 
l'attribution d'un diplôme de Louis l'Aveugle à Louis II, et a forliori 
de considérer comme daté des ans de règne de Louis le Pieux tel 
acte (|ui l'est en réalité de celles de Louis de Provence, les 
mentions diverses (noms de comtes, d'évèques. etc.) ne foui'nissant 
pas toujours d'éléments suffisants d'appréciation et les rédacteurs 
d'actes n'ayant pas en général la précaution de spécifier, comme 
certains scribes soigneux d'Avignon ou d'Apt, « en telle année du 
règne de Louis, fils de Bo.soii - ». 



1. Ajoutons que les mots « frontières ». « limites », « autorité re- 
connue » désignent des idées peut-être moins précises au ix*-' siècle 
qu'au xixe siècle. 

2. Cart. S. Victor, n" 1040. Cart. d'Api (Bibl. Nat. ms. lat. 17778) 
fol. 51. Remerville, Hif<l. d'Ap((ms), p. 42, 48, 51, 54, 55. Mantever, 
p. just. n" XIV. On peut comparer avec le « anno VI régnante domno 
nostro Karolo filiuin Judit » d'un acte viennois {Carliil. de SaùH- 
Andfé-lo-Iias. éd. Chevalier, p. 217. n" 8*. 



ron-AiiinN. [tiii/rnimi' dp Provence. 



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p. 9-20. 
Annales Lausannenses, éd. Waitz, dans les Mon. Germ., SS., t. XXIV, 

p. 778-781. 

1. Xous n'avons pas cru devoir citer dans la présente biblio.iiraphie 
toutes les petites Annales auxquelles nous avons pu emprunter un ren- 
seignement isolé. On y trouvera, en revanche, l'indication, d'une part, 
de sources bour!i:uignonnes, relatives à Richard le .Justicier, et d'autre 
]iart, de quehiues textes très postérieurs utilisés pour l'histoire de 
('lirard de IJoussillon. 



niBLIOGHAPlJIE XXV 

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Clarius, Chronicon Saiicti Pétri Vivi Senoîiensis, dans les Ilislor. de 

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S S., t. II, p. 585-60'.. 
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Vila sancli Maioli, 1" auctoi'e Syro, dans Mabillon, .[cta Sancl. ord. 
S. lien., saec. V, p. 786-810; 2-^ auctoribus Svito, Jotsaldo et x\lde- 
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li. Ca1!TULAI1!ES ET ItECUEILS DE (MARTES. lÎEGESTES 



?! 1. — France. 

Hoi'.MMEit (.I.-F.), Bef/esln chr(jno/()ijii-i)-diplumalica Karolorum. Franc- 
l'ort-sur-le-Mein, 1833, in-'i. 



lilHLlOCIlAl'lIli: XXVII 

iJie regesten des Kdiserreichs nii/er den Karoliîji/rrn, 751-918, nach 

J.-F. Bœiimer neu bearbcitet von E. Mlehliîaciieii. Innsbruck, 1889, 

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publ. par la Société des .\ntiquairesde France, t. II). Paris, 1898, in-8. 
Carlulaires de Véglise cathédrale de Grenoble dits Cartulaires de saint 

Hugues, publ. par J. Marion. Paris, 1869, in-4 (Documents inédits). 
Cartulaire de l'abbaye de Lériiis. publ. par H. MoRis et Blanc. Paris, 

1883. in-4. 
Cartulaire de S. -Vincent de Mi'icon, publ. par C. Ragut. Màcon, 1864, 

in-4. 
Cartulaire de Monliérender, publ. par Tabbé Lalore. Paris-Troyes, 

1878, in-8 {Collection de Cartulaires du diocèse de Troyes., t. IV). 
Cartulaire de Sa i nt-André-le-Bas de Vienne, publ. par U. Chevalier, 

avec un appendice de chartes viennoises inédites ^. Vienne, 1869, 

in-8 (Collection des Cartulaires Dauphinois, t. I, livr. 1). 
Cartulaire de Saint-Barnard de Romans, voy. Gir.\ud. 
Cartulaire de V abbaye de Saint-Cha/fre le Monestier, publ. par U. 

Chevalier. Paris, 1884, in-8. 
Cartulaire deTabbayede Saint-Victor de Marseille, publ. par J.Gl'Érard. 

Paris. 1857, in-4 (Documents inédits'). 
Cartulaire de l'abbaye de Savigny suivi du petit (Cartulaire d'Ainay, 

publ. par A. Bernard. Paris, 1853, 2 vol. in-4 (Documeiits inédits). 
Cartulaire de Saint- Maurice de Vienne (Description analytique du), 

publ. par U. Chevalier. Valence, 1891, in-8 (Coll. Cart. Dauph., t. 

II, liv. 2). 
Cartulaire de Vézelay, dans Bandini, Catal. Cod. latin, bibl. mediceae 

Laurentianae, t. I. Florence, 1774, in-fol. 
Cartulaire général de V Yonne, par Max Quantin. Auxerre, 1854-1860, 

2 vol. in-4. 
Carutti (D.), Regesla comitum Sabaudiae marchionum in Italia. 

Turin, 1889, in-4. 
Duru, Bibliothèque historique de F Yonne. Auxerre-Paris, 1850-1863, 

2 vol. in-4. 

1. Les chartes de cet appendice sont indiquées par un numéro suivi 
d'un astérisque. 

PouPARiiiN. Roynione de Provence. à. 



XXVIII ItlIiLKlCliAl'lUK 

Charles boi(rguignoiiiie.'< i)irdi/cs des IX" et XI" siècles, publ. par J. G.\n- 
NIER (Mémoires présentés à rAcailéinle des Inscriptions, 2>- série, t. 
II, p. 1-168). Paris, 1849, in-4. 

Charles de l'abbaye de Cluny, publ. par A. Bernard et A. Briel, t. i-iii. 
Paris, 1876-1885, 3 vol. in-4 (Documents inédits). 

GiRAUD (\.), Essai historique sur Saint Barnard de Romans, accom- 
pagné du Cnrtulaire. Lyon, 1856, 2 vol. in-8. 

Jaffé (Ph.)i liegesla Pontificum Romanorum, nouvelle édition sous les 
auspices de W. Wattenbacli. Berlin, 1885-1888, 2 vol. in-4. 

Lex (L.), Documents originaux antérieurs à fan 1000 des Archives de 
Saône-et- Loire, dans Mém. soc. Iiisl. et archéol. de Clialon-s. -Saône, 
t. VII, 1888, p. 247. 

Musée des Archives départementales. Paris, 1878, in-'i et Atlas in-fol. 

PÉRARD (E.), Rectieil de plusieurs pièces servant à l'histoire de Bour- 
gogne. Paris, 1664, in-fol. 

RosEROT, Diplômes carolingiens originaiix des Arcliives de la Haute- 
Marne (extr. du Bulletin de la soc. des sciences hislor. et nat. de 
VYonne, 1893, vol. XLVIl). Auxerre, 1894, in 8. 

— Chartes inédites des /A'« et X'' siècles... (ibid.. 1898, vol. 11). 

RiVAZ, Diplomatique de Bourgogne, analyses publ. par U. Chevalier. 
Paris, 1885, in-8. 



§ 2. — Suisse et Italie. 

Affo (Ir.), Sloria délia cilla di Parma. Parme, 1792-1795, 4 vol. in-4. 
BiANCOLiNi (Giambat.), Dei vescovi e governatori di Verona. Vérone, 
1757, in-4. 

— Dei vescovi di Verona. Vérone, 1760, in-4. 

— Notiz-ie délie chiese di Verona. Vérone, 1749-1752, 4 vol. in-4. 
Campi (P. -M.), Deir hisloria ecclesiaslica di Piacenza. Plaisance, 1642, 

3 vol. in-fol. 
Cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lausanne..., par le prévôt 

CoNON d'Estavayer, 1228-1242. Lausanne, 1851, in-8 (Mém. et Doc. 

de la Suisse Romande, t. VI). 
Codex diplomaticus (j-emonae (715-1334). Turin, 1895, in-8. 
FioRE.sTi.M (F. -M.), Memoric di Matitda la gran contessa. Lucques, 

1642, 2 t. en 1 vol. in-8. 
GiULiNi (conte G.), Mcmorie spettanti alla sloria, al governo ed alla 

descrizione délia cilla e délia campagnadi Milano. Milan, 1760 sqq., 

11 vol. in-4. 
HinRER (F.), Uriiundenrcgesl der Schireiz. Berne, 1863-1877, 2 vol. 

in-8. 



i{II!l,H)»;i{Al'lllK XXIX 

LuKNic. (C), Coi/cc (iij)loiiiaticiis Ilnliae. Francfort, [l'IoAlW'), \ vol. 

in-fol. 
Monumenta Novnliciensid rcliisliora... cura di C.CiPot.i.A, Home, 1898, 

in-8. 
MoRlONors (J.-B.), Monumenla At/uensin. Turin, 1789-1790. i vol. in-4. 
MiRATOUi (L.-.\.), Dell' antivkila h'.'ilensi. Modènr, 1717-17iO, 2 vol. 

iii-fol. 
Odorici. Storie Brescianc. Bre.scia, I8rj3-18(J5, 11 vol. in-8. 
Bef/esta comitum Sabaudiae marchionum in Italia, cura di Caimtti. 

Turin, 1889, in-4. 
Regeslc Genevois, répertoire des documents imprimés relatifs à l'his- 

loire de la ville et du diocèse de (lenéve avant l'année l:{12. Genève, 

18G(i, in-4. 
// regesto di Far fa, \m\)\. délia societa Romana di Storia patria, 1. II. 

Rome, 1879, in-fol. 
RoBOLiNi, Notizie delta patria [Pavia]. Pavie, 1823, G vol. in-8. 
L. ScHiAi'AKELLi, Diplomi incdili dei secoli IX e X. dans le Bolletino 

del Islituto storiro italiano, fasc. XXI. Rome, 1899, in-8, p. 129- 

167. 
TiRABOSCiii (Gir.), Storia dcW augusta badia di S. Silveslro di Xonan- 

lola. Modène, 1784-1785, 2 vol. in-fol. 
— Memorie storiche Modenesi col codice diplomatiro. Modène, 1793, 

in-4 (t. I). 



C. Ouvrages divers 

Allmer et DE Terrerasse, Inscriptions antiques et du mugi-n âge de 
Vienne en Daaphiné. Vienne, 1875-1876, 6 vol. in-8 et Atlas in-fol. 

Arbois de Jubainville (H. d'), Histoire des ducs et des comtes de Cham- 
pagne depuis le VI" s. Jusqu'à la fin du AV", t. I, Paris, 1859, in-8. 

Balvze (FA.), Histoire généalogique de la maison d'Auvergne. Paris, 
1708, 2 vol. in-folio. 

Bellet (Ch.), Examen critique des objections soulevées contre la charte 
XVI du 2e Cartulaire de l'église de Grenoble. Paris, 1889, in-8. 

Bernard (.\ug.). Histoire territoriale du Lgonnais. dans liecueil de 
mémoires et de documents sur le Forez publ. par la Soc. tic la 
Diana. Saint-Étienne, 187;{, iii-8. 

Bouche (Honoré), Histoire et chorographic de Provenre>. Aix, I6()'i, 2 vol. 
in-fol. 

Bouis (I.), La rogalle couronne des Hogs d'Arles, enrichie de l'histoire 

des empereurs romains ''/ du bon heur que ces citoyens ontd'élre 

retournés sous l'obeyssance des roys très chrétiens. Avignon, 1641, 
in-4. 



XXX UlliLIOGliAl'IllI'; 

BûUHGEOis (Em.), Le Capiluloire de Kieraii-sur Oise. Paris. 1885, in-8. 

— Hugues l'abbé, margrave de Neustrie. Caen, 1885, in-8. 

— L'Assemblée de Quierzy-siir-Oise, dans les Etudes d'histoire du 
moyen âge dédiées à (i. Monod. p. 137 et ss. 

Brlïel (Al.), Elude sur In chronologie des rois de France et de Bour- 
gogne, aux IX'' et X'^ s. d'après les diplùmes et les chartes de l'abbaye 
de Cluny. Paris, 1880, in-4. 

BrF.CHTiNd (Iv). GlaubuMirdigheit Iliiicmars von Peims im dritten Teile 
der sogenannteu Aunalen von Sainl-Iiertiu. Halle, 1887. in-8. (iuaug. 
diss). 

CaRL'TTI (Uonien.), // conte Umberto I (Biancauiano) c il re Ardoiiio. 
Roma. 1884, in-8. 

Castrucci (Fantoni), Isloria dclla citla il'Avitiione c dcl Contado Ve- 
nesino. Venise, 1678, 2 vol. in-'j. 

(JilARVET (Cl.), Histoire de la sainte Eglise de Vienne. Lyon, 1761, in-4. 

— Mémoires pour servir à l'histoire de l'abliai/e royale de Saint-André- 
le-Ilaut de Vienne, publ. par P. Allut. Lyon, 1868, in-8. 

• — Fastes de la ville de Vienne, ms. inéd. publ. par E. Savigné. 

Vienne. 1869, in-8. 
Chevalier (J.), Mémoires pour servir à l'histoire des comtés de Valen- 

tinois et de Diois. 

— Annales de la ville de Homnns. Paris, 1897, in-8. 

Chifflet, Histoire de l'abbaye royale de Tournas. Dijon, 1664, in-4. 
Chorier (Nie), Histoire générale de Dauphiné. Grenoble, 1671, 2 vol. 
in-ful., réimp. Valence, 1878, 2 vol. in-fol. 

— Estât politique du Dauphiné. Grenoble, 1672, 4 vol. in-12. 

— Hecherches sur les antiquités de la ville de Vienne, nouvelle é(L 
Lyon, 1828, in-8. 

CiPOLLA (C), I)i Audace vescovo di Asti . dans Mi.'<cellanea di Storia 

Italiana, t. XXVIl, p. 133. 
D.E.NDLiKER (C.) und MuELLER (J.-J.), Liudpraud von Cremona und 

seine Quellen {Untersuchungen zur Allgemeinen Geschichte. hgg. v. 

iM. Bïidinger, 1). Leipzig, 1871, in-8. 
Delisle (L.), Mémoire sur d'anciens sacramentaires {Mémoires de 

l'Académie des Inscriptions, t. XXXIl, p. 57-423). 
Delociie (M.), Saint-Rémy de Provence au moyen âge (Mémoires de 

l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXXIV, p. 53-143). 
l)r;i,iJÈNE (.\lph.). De regno Burgundiac Transjuranae et Arelatis, 

libri 111. Lyon, 1602, in-4. 
Desimoni (Corn.),\SM//e marche d' liai in e sulle loro diramazioni in 

marchesati, dans les Alli délia societa ligure di Storia patria, 

t. XXVill, fasc. 1. 
DcENMOEs (\V.), Das deutsche Staatsrecht ninl die deutsc/ie /techlsver- 

fassung, t. I. Berlin, 1842, in-8. 
DijCiiesne (André), //istuire des Roys, ducs et auntes do Beurgongne et 



nim^lOCKAI'HIK XXXI 

r/',4r/es, extraite de diverses chartes et ciirnniqui's anciennes et divisée 
en IV livres. Paris, 1619, 2 vol. in-'i. 

— Histoire (jénèalorjique de la maison de Vergy. Paris, 1625, in-fol. 
DucHESNE (abbé L.), Fastes èpiscopaux de Vancienne Gaule, 1. 1, Pro- 
vinces du Sud-Est. Paris, 1894, in-8. 

DuFOUR (Th.), Etude sur la diplomatique royale de liourr/ogne jurane 
(888-1U32) (Kcole des Cliarte.s, Positions des thèses de la promotion 
de 1873). 

DuEM.MLER (Iv), Gesta Berengarii imperatoris : licitrinje zur Geschichte 
Italiens im Anfauf/e des zehnten Jakrhunderts. Halle, 1871, in-8. 

— Geschichte des Ostfrdnkischen Reiches (Jahrhilcher der deutschen 
Geschichte). 2'" éd. Leipzig, 1887-8, 3 vol. in-8. 

— De Arnulfo Francorum rege. Berlin, 1852, in-8. 

DuNOD (F.), Histoire du second royaume de Bourgogne. Dijon, 1737,in-4. 
DussiEUX (!:].), Essai historique sur les invasions des Hongrois en 

Europe et particulièrement en France. 2c éd. Paris, 1879, in-8. 
EccARu (.r.-G.), Commentarii de rébus Franciae Orienlalis. Wirzburg, 

1729, 2 vol. in-fol. 
EcKEL (Aug.), Charles le Simple. Paris, 1899. in-8 (Bibliotlièquc de 

l'École des Hautes-Études, fasc. 124). 
Favke (Kd ), Eudt'S. comte de Paris et roi île France. Paris, 189:j, in-8 

(Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, fasc. 99). 
Gahiel (E.), Les monnaies royales de France sous la race Carolin- 
gienne. Strasboiirg, 1883-1885, 2 part, en 1 vol. in-4. 
Gingins-La-Sahra (F. de), Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes 

de Provence et de Bourgogne jurane. I. Les Bosonides. II. Les IIu- 

gonides. Lausanne, 1851-53, 2 vol. in-8. 

— Essai histor. sur la souveraineté du Lyonnais au X'^ siècle et sur la 
prétendue cession de la cité de Lyon comme dot de Mathilde. Lyon, 
1835, in-8. 

— Essai sur la division et Cadministration pidil ique du Lyonnais au 
X'' siècle. Lyon, 1837, in-8. 

Gniv (A.), Etudes Cttrolingiennes, dans les Etudes d'histoire du mogea 

âge dédiées à, G. Monod. Paris, 1896, in-8. 
GuiCHENON (S.), Ilist. de Bresse et de Bugey. Lyon, 1650, in-fol. 
GuiGUE (M.), Topographie de l'Ain. Lyon-Paris, 1873, in-4", — cf. 

Obituarium Lugdunensis ecclesiae. 
Guillaume (abbé). Recherches historiques sur les Hautes-Alpes. 2'partie, 

les Sarrasins et les Hongrois. Gap, 1881, in-8. 
Gundlach (W.), Die Streit der Bistiimer Arles und \ieiine. dans le 

Neues Archiv. t. XI V. 
_ HuEFFER (Georg.), Die Sladt Lyon und die Westhdlfte des Erzbis- 

thums in ihren politischen Beziehungen zum deutschen Reiclie und 

zur franzôsischen Krùne. Munster, 1878, in-8. 
iv.t'Si'S. Nouvelle Histoire de Tournus. Dijon, 1733, 2 vol. in- 1. 



XXXII IJIBLIOGRAI'HIK 

Kalcrstein (K. V.), Geschichte des franzoxischen Kunir/lhio/is unter 
den ersten Capelinger : t. I (seul paru), der Kampf der Rohcrliner 
und Knrolinger. Leipzig, 1877, in-8. 

KcEPKE (R.-A.), De vila et scriplis Liudprandi episcopi Cremonensis 
commentalio hislorica. Berlin, 1842. in-8. 

KiF.PKE (R.) et DuEMMLER (E.). Kaiser Otto der Grosse (Jahrbucher der 
deutschen Geschichte). Leipzig, 1876, in-8. 

Lapôtre (le P. A.), L'Europe et le Saint-Siège à l'époque carolin- 
gienne. 1^^ partie : Le pape Jean VIIL Paris, 1895, in-8. 

Lauer (Phil.). Louis IV d'Outre- Mer. Paris, 1900, in-8 (Bibliothèque 
de l'École des Hantes-Etudes, fase. 127). 

Lebedf (abbé), Mémoires concerntmf r histoire ecclésiastique et civile 
d'Auxerre. Paris, 1743, 2 vol. in-4. 

Le Lièvre (J.), Histoire de Vanliquité et sainteté de la cité de Vienne. 
Vienne, 1625, in-8. 

LipPERT (\V.). Kônig Rudolf von Frankrcicli. Leipzig, 1886, in-8. 

Longnon (.\.), Atlas historique de la France depuis Ci'sar jusqu'à nos 
jours. Paris, in-8 et atlas in-fol., en cours depuis 1885. 

— Girard de Roussillon dans l'histoire, dans la Revue historique. \. Vlll. 
Lot (Perd.), Les derniers Carolingiens, Paris, 1891, in-8 (IJibliothéque 

de rFxole des Hautes-Etudes, fasc. 97). 

Mabille (Em.), Le royaume d'Aquitaine et ses marches sous les Caro- 
lingiens. Toulouse, 1870, in-4, extrait du t. 11 de V Histoire générale 
du Languedoc, éd. Privât. 

Manteyer (G. de), La marche de Provence et l'évcché d'Avignon, 
thèse manuscrite soutenue à l'Ecole des Chartes en janv. 1897. Cf. 
Ecole des Chartes, Positions des thèses de la promotion do 1897. 
NoYON, 1897, in-8", p. 53-68. 

— Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne, dans les Mélan- 
ges d' Archéologie et d' Histoire, t. XIX, 1899, p. 363-539 et tir. à part 
(augmenté de tables et planches), Rome, 1899, gr. in-8. 

MuEiiLiJACiiER (Engelb.), Deutsche Geschichte unter den Karolingcrn. 

Stuttgard, 1896, gr. in-8. 
La Mure (.I.-M. de). Histoire ecclésiastique du diorése de Lyon. Lyon, 

1671, in-4. 
MÉNESTRIER (le P. C.-F.), Histoire civile et consulaire de la ville de 

Lyofi. Lyon, 1696, in-fol. 
Mermet, Hisl. de la ville de Vienne de 438 ;i 1039. Lyon, 1833, in 8. 
Mever (Paul), Z-a /e'ûre/jf/'^ de Girart de Roussillon. dans hi Roman ia, 

t. Vil, p. 161-235. 

— Girart de Roussillon. Paris. 1888, in-8. 

Mille, Abrégé (dironologique de l'/iisloire ecclésiastique, civile et lilté-^ 

raire de la Rourgogne. Dijon, 1771-1773, 3 vol. in-8. 
Papo.v, Histoire générale de Provence. Paris, 1777, 3 vol. in-4. 
Paradi.n ue CiJVSEAUL.\(Guill.), Annales de Rourgogne. Lyon, 1566, in-fol. 



RIBMOGRAPIIIK XWIH 

Paraoin de Cuysi-.vulx (Guill.). Mémoires de Vllisl. de Li/an. Lyon, 

1573, in-fol. 
Parisot (R.), Le royaume de Lorraine aous lea (larolinfjiens (8'i:5-92:j). 

Paris, 1899, in-8. 
PiisTi;n(Ch.), Éludes sur le règne de Robert le Pieux. Paris, 1885, in-8 

(Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes, fasc. 6»). 
Piiir.ii'oN (J.), Le second royaume de Bourgogne, dans les Annales de 

la Soc. d'Émul. de l'Ain. 1895-1896. 
Plancher (D.-U.), Hisl. générale et parliruliére de linurgogne. Dijon. 

1739, 3 vol. in-fol. 
Prou (Maur.), Catalogue des monnaies françaises de la Biiliolhèque 

Nationale. Les monnaies carolingiennes. Paris, 1896, in 8. 
Reinaud, Invasions des Sarrasins. Paris, 1836, in-8. 
Roman (J.), Tableau historiijue des Ifaules-Alpes. Grenoble, 1888-1890, 

2 vol. in-'». 
RoucHiEH (abbé), Histoire religieuse, civile et politique du Vivarais, 

t. I (seul paru). Paris, 1861, in-8. 
Sainct-Julien de Ballelre (P. de), De l'origine des Bourgongnons. 

Paris, 1581, in-fol. 
Savio (le P. F.), Gli antichi vescovi d'Italia. daile origini al 1300 

descrilli per regioni. Il Piemonle. Rome, 1899, in-8. 
SciiEiDius (G.-L.), Origines Gucl/icae. t. 1 et H. Hanovre, 1750-1751, 

in-fol. 
ScHCEPELiN (.J.-D.), Alsalin iUustrata. Colmar, 1751-1761, 2 vol. in-fol. 
• — Dissertatio historica de Burgundia ris. et transjurana. Strasbourg, 

1730, in-4. 
SCHRœRs (H.), Ilinkmar, Erzbisrhof von Beims. Fribourg en Brisgau, 

1884, in-8'. 
Severt (.[.), Chronologia historica succcssionis hicrarcliicae illuslris- 

simorum anlislitiun Lugduncnsis archiepiscopatus. Lyon, 1628, 2 t. 

en un vol. in-fol. 
SiCKEL (T. von), Acta regum et imperaloruni Karolinorum digesla et 

enarrata. \'ienne, 1867, 2 vol. in-8. 
SiMSON (B.), Ludicig iler Fromnw {.lahrbiicker der dentschen Geschi- 

clite). Leipzig, 1874-1876, 2 vol. in-8. 
Terrerasse (A. de), Œuvres posthumes. I. Notice historique et critique 

sur l'origiiie de la première race des dauphins de Viennois. 11 His- 
toire de Boson et de ses successeurs. Vienne, 1875, in-8. 
— Gérard de Boussillon, fragment extrait de l'histoire des deux der- 
niers royaumes de Bourgogne. Lyon, 1853, in-8. 



1. Nous citons quehiuefois. au cours du présent travail, les Begesia 
Hincmari. qui ternriinent cet ouvrage par Fabréviation ScimujI'Rs. Beg., 
suivie de l'indication du numéro donné par Schrœrs à la lettre que nous 
étudions. 



XXXIV BIBLIOGRAPHIE 

— Girard de Rnnssillon. S'ensiiyl l'histoire de Monseigneur Girard 
de Roussilhn. jadis duc et comte de Bourgogne et d'Aquitaine, avec 

des préliminaires historiques Lyon. 1856, in-8 (compte rendu 

de cet ouvrage par P. Meyeu. dans la Bibl. Èc. des Charles, 1861, 
p. 126). 

Trog (R.),fiudoIf I und fhidolf II von I/orhbnrgiinil. Bàle, 1877, in-8. 
VAissÈTE(Dom), Histoire générale du Languedoc, éd. Privât, Toulouse, 

1872-1889, 14 vol. in-4 •. 
ViGNiER (N.), liurguudionum Chronicon. Bàle, 1875, in-4. 
ViOLLET (P.), Histoire des institutions politiques et administratives de 

la France. Paris, 1890-1898, 2 vol. in-8. 
Waitz (G.), Deutsche Verfassungsgeschichte, 2^ et 3'- éd. Berlin, 1881- 

1885, 8 vol. in-8. 

— Ileinrich 1 {.Jahrlnlcher der dcuischcii Geschichte), 3« éd. Leipzig, 
1885. in-8. 

WuESTENFELD (Th.), Ueber die Herzoge von Spolelo aus dem Ilause 
der Guidonen, dans les Forschungcn :ur deutschen Gcschichtc. t. III 
(1863), p. 383-432^. 



1. Toutes nos citations de VHist. de Languedoc, sauf indication con- 
traire, se rapportent à la nouvelle édition. Lorsqu'il y a lieu, nous 
indiquons que le passage cité est une addition des nouveaux éditeurs. 

2. i\ous n'avons pas cité, dans la présente bibliographie : 1" les livres 
ou articles qui ne nous ont fourni que des indications isolées relatives 
à des points spéciaux ; 2" les collections d'un caractère général et d'un 
usage courant comme le recueilde Duni Bouijuet et de ses continuateurs 
(Hist. de Fr.), les diverses séries des Monumenta Gernianiae, les An- 
liquitates Italiae de Muratnri, les Monumenta Historiae palriae, le 
Spicilegium de d'.Achery, Y Amplissinia Gollectio de Martcne et 
Durand, etc. 



LE ROYAUME DE PROVENCE 

SOUS LES CAROLINGIENS 



CHAPITRE PREMIER 

CHARLES DE PROVENCE ET SES FRÈRES 
(28 septembre 85o-24 décembre 870). 



Le 28 ou le 29 septembre 855, l'empereur Lothaire termi- 
nait, dans la célèbre abbaye de Priim où il s'était retiré six 
jours auparavant pour j recevoir la tonsure et l'habit monas- 
tique, son existence mouvementée'. Il avait profité de ce court 
espace de temps pour régler, en présence des grands de son 
royaume'-, le partage entre ses deux fils cadets, Lothaire et 
Charles, de la part de territoire qu'en 843 le traité de Ver- 
dun lui avait accordée au nord des Alpes. Lothaire, dit 
l'annaliste Prudence'', reçut la Francie, et son jeune frère, 
Charles, reçut la Provence. L'empereur avait un autre fils, 
Louis, qui héritait et du titre impérial et de l'Italie, dont il 
avait été couronné roi dès l'année 844 \ 

C'est avec raison qu'on a vu\ dans ce partage, un progrès 
marqué dans la dissolution de cet empire carolingien dont le 
traité conclu douze ans auparavant entre les trois fils de Louis 
le Pieux avait prétendu, théoriquement du moins, conserver 



1. Textes réunis et discutés dans Duemmler, Geschichle des oslfnhi- 
kùchen Beichs, t. I. p. 391, n. 5, et Bcehmer-Mueiilbaciier, Die lieyes- 
ten (Ins Kaiserreichs unlor deu Karolinger, p. 4o7, n<* 11 'lo b. 

2. HÉGiN'ON, Chronique, a. 855, p. 77. 

:}. Ann. Berlin., a. 855, p. 45 : « Dispositoque inter lilios qui secum 
« morabantur regno, ita ut Lotiiarius, coguomen cjus, Franciam, Karlus 
« vero Provinciam obtinerent. » 

4. Duemmler, Oslfr. Beich, t. I, p. 251. 

5. Ibid., t. I, p. 392. 

Poui'AHUis. Royaume de Provence. 1 



2 PAUTAf-E DES ÉTATS DE LOTIIAIRE I" [855] 

l'existence. Désormais la longue bande de territoires que 
Lothaire avait gouvernée est fragmentée en trois sections 
recueillies par un roi de Lorraine, par un roi de Provence, et, 
selon l'expression légèrement dédaigneuse d'PIincmar, par un 
empereur d'Italie, ou plus simplement par un <( roi des 
Italiens » comme l'avait écrit Prudence quelques années 
auparavant »\ Ce dernier va s'absorber dans les affaires de 
la péninsule, sans pouvoir émettre la prétention de jouer, 
entre ses oncles, le rôle de médiateur. Quant aux deux « tron- 
çons )) situés au nord des Alpes, ils vont, à partir de cette 
date, vivre d'une vie propre et indépendante. 

Celui du Nord, outre la Francie proprement dite", com- 
prend une portion méridionale, correspondant à l'ancien pays 
des Burgondes, c'est-à-dire à notre Franche-Comté et à une 
partie de la Suisse actuelle, qui, après avoir passé entre les 
mains d'un assez grand nombre de maîtres, se détachera de 
la Francie pour devenir le royaume de Bourgogne jurane. Au 
contraire les territoires laissés par Lothaire I à son plus jeune 
fils, bien que parfois politiquement séparés pour un temps les 
uns des autres par le hasard des partages et des successions, 
ne se fractionneront plus en deux royaumes distincts. A par- 
tir du règne de Charles il y a entre le Rhône, les Alpes et la 
Méditerranée un État, on pourrait presque dire une nation si 
le mot n'était trop moderne, dont l'histoire pendant le temps 
de son indépendance forme l'objet du présent travail. 

Le nom de Provence'^ par lequel la plupart des anna- 
listes et beaucoup d'historiens modernes désignent l'ensem- 
ble des régions dont l'empereur Lothaire avait formé la part 
de territoires par lui laissée à son plus jeune fils étant assez 
vague, il est nécessaire avant tout de chercher à fixer avec 
un peu plus de précision, ou au moins avec une approxima- 
tion plus grande, les limites et l'étendue du nouveau royaume. 

Los textes narratifs, parlant du partage fait en 855 par 
l'empereur mourant, sont très sobres de détails. Selon les 
Annales do Saint-lîertin, Charles aurait reçu la Provence et le 



1. .1. DoiZK, Les fils lie Loids Ir Pieux et l'uitité île i Empire, dans le 
Moyen âf/e, 1H98, p. 262. 

2. Sur rétendue de la /'rtincir au r\'' siècle, cf. Loncxon, Alltis his- 
lorif/iie, texte, p. 'i8. I.e sens du mot est ici restreint à la iM'ancie 
orientale, à l'Austrasie. 

:{. Sur ce nom, cl', i/i/'ra. Appemlirr I. 



LA PllOVENCt: 3 

duché de Lyon ^ ; selon la Chronique d'Adon de Vienne, il 
aurait eu dans son lot la Provence et une partie do la Bour- 
gogne". Ce dernier auteur ajoute plus loin un détail prouvant 
({ue, selon lui du moins, le royaume de Charles comprenait 
une partie de la Bourgogne transjurane"*. C'est le sens de 
ces deuK textes qu'il faut tenter d'éclaircir et de préciser 
autant que possible. 

Le mot Provincia'*, comme l'on sait, ne désigne plus tout à 
fait alors la totalité de l'ancienne Province Romaine ; mais après 
avoir tendu à se restreindre au pays au sud de la Durance, il a 
repris une partie de son extension et désigne le pays entre les 
Alpes et le Rhône^ . Cependant il a encore un sens plus res- 
treint et dans lequel, semble-t-il, l'emploie Adon de Vienne, 
la ]*rovincia est essentiellement le pays d'Arles ^ la région 
qui a alors à sa tète le comte Fulcrad. Celui-ci, révolté en 
845^ mais bientôt rentré en gràce^ paraît avoir joui en 
effet d'une autorité particulière, tout au moins d'une sorte 



1. Ann. Berlin., a. 856, p. 47: « Karlo tamen... Provinciam et ducatum 
« Lugdunensem juxta paternam dispositionem... » Au contraire, sous 
l'année 855, ces mêmes annales ne mentionnent que la Provence. Cf. 
p. 1, note 3. Il en est de même de certains autres chroniqueurs, comme 
André de Bergame (Hist., c. 7, Script, fh-r. Lang.. p. 226) et Erciiem- 
PERT (Ilist. Lang.. c. 19; ibid., p. 241). 

2. Adon, Clironique, Mon. Germ. SS., t. II, p. 322. « Lotharius impe- 
« rator infirmari se conspiciens regnum inter filios dividit. Carolo mi- 
« nori Provinciam et partem Burgundiae, ... consignari jubet. » 

3. Adon, (Chronique, ibid., p. 323, dit en parlant de l'empereur Louis 
recueillant l'héritage de son jeune frère : « Accepit autem partem 
« transjurensis Burgundiae simul et Provinciam. » 

4. LoNONON, Allait hi.'itoriqnc. texte, p. 46 et 88. 

5. Certains textes mettent Vienne en Provence : Ann. Berlin. ,z. 834, 
p. 8; — Cf. PiiiLiPON, Le second royaume de Bourgogne, dans les 
Annales de la Socirté d'émulation de VAin, année 1896, p. 366-70. 

6. Encore au x'= siècle, Liutprand (Antapod., l. III, c. 16, p. 61) dit: 
« Arelatensium seu Provincialium cornes. » 

7. Ann. Berlin., a. 845, p. 32 : « Fulcradus comes et ceteri Provin- 
« cialesab IllothariodeHciuntsibiquepotestatem totius i'rovinciae usur- 
« pant ». Ann. Fuld., a. 845, p. 35. « Illotarius ducem Arclatcnsem et 
« reliquos comités illarum partium rebellare molientes in deditioncm 
« accepit et prout voluit Provinciam ordinavit. » 

8. Sa rentrée en grâce est indiquée par ce fait qu'il figure dès 8'i6 
dans une liste des comtes provençaux qui doivent accom])agner l'em- 
pereur Lothaire dans son expédition contre les Sarrasins d'Italie (Bo- 
retu;s-Krause, Capilularia région Francoruin, dans les Mon. (ierm. 
hisl.', in-4o, t. II, p. 65). Il sen'ible évident qu'il s'agit de Provençaux 
et de notre comte Fulcrad si l'on compare la liste des comtes énumérés 
par ce capitulaire avec la série dé 'ceux qui assistent une dizaine 
d'années plus tard au plaid de Sermorens (Baluzk, Capilularia, t. II, 



4 LA PROVENCE. - LE DUCHE DE LYON 

de prééminence sur les comtes des pays voisins. Les sources 
annalistiques semblent en faire un personnage d'une impor- 
tance exceptionnelle, non pas seulement un comte d'Arles, 
mais une sorte de duc des Provençaux^ de marquis, bien que 
ce terme, pour ce pays, ne se rencontre qu'un peu plus tard. 
Les documents, il est vrai, sont trop peu nombreux pour qu'il 
soit possible de donner des preuves, mais il faut ajouter que 
le rang élevé du comte Fulcrad, et sa situation exceptionnelle, 
sont également attestés par d'autres faits. C'est ainsi qu'il 
figure en deuxième ligne, immédiatement après le régent de 
Provence, Girard, dans la liste des comtes assemblés à Sermo- 
rens vers les années 858-8G0', qu'il est également mentionné 
l'un des premiers dans la liste du capitulaire de 846% et enfin 
qu'il paraît comme ambnsciator au lieu du comte Girard dans 
l'un des rares diplômes de Charles de Provence relatifs à la 
partie méridionale des États de celui-ci qui nous aient été 
conservés*. Il semble donc que le mot de Provence ait pu, dès 
cette époque, en même temps qu'une région géographique, 
désigner une circonscription politique'. 

Quant au duché de Lyon, dont parlent les Annales de 
Saint-Bertin, nous pouvons en constater non les origines, mais 
Texistence dès une époque un peu plus ancienne. En 817 en 
effet un nommé Bertmond est mentionné par Nithard avec le 
titre de « Préfet de la Province de Lyon » ". Plus tard le 
comte Warin, qui joua un certain rôle dans les guerres de 
succession entre les fils de Louis le Pieux paraît avoir eu 
également dans ces régions un pouvoir très étendu, s'exer- 
çant sur Lyon et sur Vienne, en même temps d'ailleurs que 



col. 1467). Le ra])procliement cependant n'a été fait ni par MM. Roretius 
et Krause ni par >L Wcildemar Lip])ert, qui avait précédemment étudié 
ce capitulaire. (Neues Archiv.. t. XII, p. 531-541). 

1. Les Ann. Fuld., loc. cil., lui donnent expressément le titre de 
duc. 

2. B.ALUZE, Capilularia, t. II. col. 1467. Les dates extrêmes sont 
fournies par les mentions de Rémi, archevêque de Lyon depuis 858, et 
d'Kbbon, évêque do Grenoble, mort en 860. 

.■]. Le troisième sur dix. 

'». Diplôme pour l'é/j-lise d'Orange, pub. par A. de Mas-Latkie, dans 
la JSihl. ilr rEc. des Charles, t. I, p. 495. 

5. 11 ne faut ])as bien entendu vouloir trop préciser, mais il semblie 
bien qu'il faille tirer une conséquence du titre de duc ])orté ])ar Ful- 
crad, et de l'analogie des ex])ressions qui lui sont a]»pli(|uées avec celles 
qui le seront plus tard à Hugues d'Arles. 

'1. NrriiAKi), llishiiiac, 1. I, c. 2. 



LE Di:cm': dk lyon 5 

sur d'autres comtés, comme ceux de Màcon et d'Autun', 
qu'il est cependant impossible de faire rentrer dans le diiailiis 
Lurjdunonsis, car ils ne faisaient certainement point partie 
du royaume de Provence gouverné par Charles. Nous igno- 
rons d'ailleurs l'époque de la constitution de ce duché, (jui ne 
paraît pas dans les textes de la période mérovingienne-, et les 
causes qui motivèrent dans ces régions la réunion de plu- 
sieurs comtés sous l'autorité d'un duc, à une époque à 
laquelle il n'y avait point dans le voisinage do la Bourgogne 
de royaume ennemi contre lequel il fût nécessaire d'organiser 
une « marche ». 

Nous ignorons également quelles étaient les limites du 
duché, mais il semble bien proljable que Vienne en faisait 
alors partie. Sur le titulaire en effet, lors de l'avènement de 
Charles de Provence, il ne saurait y avoir aucun doute : 
c'était le célèbre Girard, dit Girard de Roussillon, qui inter- 
vient dans deux diplômes relatifs à l'église de Lyon'', l'un 
de Charles de Provence*, et l'autre du père de celui-ci, 
l'empereur Lothaire^ 11 porte dans ce dernier acte le titre 
de marc/iio, qui correspond très vraisemblablement au (/ttca- 
/us dont parlent les Annales Bertiniennes. Un autre docu- 
ment d'ailleurs'' donne expressément à Girard le titre de duc. 
D'autre part nous savons qu'il exerçait son autorité à Vienne 
comme à Lyon : il intervient dans les diplômes relatifs à 
l'église de Vienne' ; c'est là qu'en 870 il tentera de résister 



1. Ilist. (le Languedoc, éd. Privât, t. II, p. 298. 

2. Il n'est du moins mentionné ni par Grégoire de Tours ni par Fré- 
dégaire. 

3. Nous avons, du reste, une autre preuve des relations de Girard 
avec Lyon dans la nappe d'autel que sa femme Berthe broda pour l'ar- 
chevêque Rémi (MÉNESTRiER, I/ist. de Lyon, p. 238-239), toutes réserves 
faites d'ailleurs sur l'âge réel de la nappe que virent dans le trésor de 
la cathédrale d'anciens érudits lyonnais, mais qui semble avoir dispai-u 
d'assez bonne heure. Cf. note de Steyert, dans De La MriŒ, I/ist. des 
ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. I, p. 18. Les vers formant 
l'inscription brodée sur la nappe ont été pul)liés en dernier lieu par 
Tr.xube. Poetae lalini medii aevi, t. III, p. 687. 

i. I/ist. de F/-., t. Vin, p. 396. 

5. //ist. de Fr., t. VIII, p. 389, diplôme sans date de Lothaire I 
restituant à l'église de Lyon la villa de Lucennay: « Gerardus illustris 
comes atque marchio nobis fidelissimus ». 

6. Il lui est donné, par une lettre (pie lui adressa le pape Adrien II 
(.I.AKFÉ, n" 2923) et dont la Chroni'jue de Hrc.UEs de Fi.avionv (.Mon. 
(Jerm., SS., t. VIII, p. 35''i), nous a conservé une analyse étendue. 

7. JJisl. de Fr., t. VIII, p. 397; Ciiev.vlier, Description unali/tirjue du 



6 LE DUCHÉ DE LYON 

à Charles le Chauve ; il était enfin possesseur de bénéfices dans 
le Viennois \ Nous inclinerions donc à croire que le ducatus 
Lugdiinensk confié à Girard, comprenait en 855, réunies sous 
l'autorité du marquis, les cités de Lyon et de Vienne avec leurs 
territoires. Le 2)agus de Vienne était alors divisé en deux 
comtés" : le siège de l'un étant nécessairement à Vienne, et 
l'autre à ToUianuin\ aujourd'hui Tullins dans l'Isère '\ Quant 
au Lyonnais proprement dit il parait avoir eu à cette époque une 
grande extension, et avoir compris une partie des territoires 
situés sur la rive gauche du Rhône, puisqu'un diplôme de 
Charles de Provence y place Tournon', et que le lieu de 
Macheville^ compris dès 962 dans le Valentinois, avait fait 
autrefois partie du pat/us Lugdunrnsis' . Ces pays transrho- 
daniens se trouvaient donc tout naturellement, comme dépen- 
dances du L,yonnais, compris dans le royaume de Charles de 
Provence. Il est même possible qu'il faille rattacher au duché 
de Lyon le Vivarais. C'est en eff"et Girard qui intervient pour 
faire restituer par le roi Charles à l'église de Viviers et à son 
évoque Bernoin une ile du Rhône indûment enlevée à l'évè- 
ché au profit du domaine comtal^ D'autre part, dans les par- 

Cartulaire de Saint-Maurice de Vienne, p. 56. — Ce qui complique, il est 
vrai, la question relativement à Girard, c'est qu'il est, en même temps 
que comte de tel ou tel comté, le principal conseiller, le tuteur de 
Charles, et qu'il est difficile de savoir en quelle qualité il intervient. 

1. Hist. de Fr., t. VIII, p. 397, diplôme cité, pag. précéd.. note 7. 

2. « In papo viennensi seu in comitatu tullianensi ». Ibid. 

3. Le comté de Tullins disparut au x'' siècle et la ville n'était plus 
au xi« que le chef-lieu d'une subdivision du comté de Vienne. Cf. 
Mei.i.et, Réponse aux objections sur le préambtile de la charte XVI du 
ix" (Àirtul. de saint Hufjues, p. 16-17. 

'j. Isère, arr. Saint-Marcellin, chef-lieu de canton. 

5. Diplôme de Charles de Provence restituant à l'ég-lise de Lyon : 
« Castro seu villa Tornone, quod situm est in page Lugdunensi juxla 
« fluvium Rodanum » {Ilist. de Fr., t. VIIl, p. 399 ;Rouciiiek. Ilist. du 
Vivarais. p. 607). Il s'agit bien (cf. J. Chevalier, Mémoires pour servir 
à r/tistoire des comtés de Valent iuois et de Viois. t. I, p. l'iO) de Tournon 
dans l'Ardèche et non du « Tornone Castro » d'une charte de Cluny 
(Beiî.nahi) et Bkuel, Charles de Cluny, n" 3) qu'on a voulu identifier 
avec un 'l'ournon dans l'Isère. (Cf. BftUEi.. Eludes sur la chronologie des 

. rois de France et de liourijogne d'après les chartes de Cluny, j). 3). 
Mien qu'une partie du futur Valentinois dépende du Lyonnais, Valence 
même se rattache à la Provence, et. suit dans les partages le sort 
d'Arles et non celui de Vienne. 

6. Ardéche, arr. Tournon, cant. et coni. LaMasIrc. 

7. CartulairedeSaint-Cha/fre-ihi-Monaslier, éd.U. Cin- vai.ieiî, p. 115. 
Cf. .1. CllEVAI.IEU, loc. rit. 

S. Diplôme de Charles de Provence du 22 décembre 862 (Iîœhmer- 



ÉTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE 7 

tages, Viviers et Uzès suivent le sort de Lyon et de Vienne, 
ce qui pourrait faire supposer que ces villes étaient adminis- 
trativement rattachées au duché du comte Girard. 

Si Ton rapproche du texte de Prudence relatif aux limites 
du royaume de Provence celui de la chronique d'Adon de 
Vienne, il semble bien que Ton doive identifier co que ce 
dernier désigne par l'expression assez vague de pars Hw-f/un- 
diac avec le ducntiis Liigdunensù dont parlent les Annales de 
Saint-Bertin. Nous savons d'ailleurs, en effet, (juole Lyonnais, 
au ix" siècle et au x", faisait partie des pays connus sous le 
nom de Burgnndia\ ce qui a pu entraîner Adon à comprendre 
dans celle-ci la ville de Vienne, souvent rattachée à la Proviii- 
cia. Mais un autre passage de la chronique du même Adon, 
déjà relevé plus haut, pourrait faire hésiter au sujet des limites 
du royaume de Provence, car il y fait rentrer une partie de 
la Bourgogne transjurane. Il faut entendre par là quelques- 
uns des comtés qui firent plus tard partie du royaume Rodol- 
phien, formés des anciens pays burgondes soumis aux Francs 
en 534 et situés à l'Est du Jura, correspondant aux diocèses 
de Belley, de Genève, de Sion, et sans doute aussi de Taren- 
taise et d'Aoste^ Or on verra plus bas que Charles de Pro- 
vence reçut en 858 de son frère Lothaire les deux évêchés de 
Tarentaise et de Belley; ces deux diocèses ultrajurans furent 
certainement occupés par Louis II en 8613', puisque leurs noms 
ne se retrouvent pas dans la liste des comtés du royaume de 
Lothaire II partagés, en 870, entre Charles le Chauve et Louis 
le Germanique. Cela suffit à expliquer le texte d'Adon, sans 
qu'il soit nécessaire d'admettre qu'en 855 Charles reçut de son 
père une partie de la Transjurane. Aussi faut-il reconnaître, 



MuEHLii., \v> 1297; llist. de Languedoc, t. H, pr., col. 3;>6). Cette resti- 
tution d'une terre comtale (sur le sens de ce mot, cf. infra) à la re- 
quête de Girard n'empêcherait pas, du reste, d'admettre l'existence à 
Viviers d'un comte particulier, subordonné au duc de Lyon. C'est ainsi 
que dans la donation à l'église d'Orange d'une terre également com- 
tale, le comte d'Arles, Fulcrad, duc de Provence, intervient en même 
temps qu'Aldric, qui est vraisemblablement le comie particulier 
d'Orange (diplôme de Charles de Provence du 25 août 862 : H(«-:iimer- 
MuEHLi?., 11" 1298; Bihl. Ec. des Cit., 1. 1, p. 'i95). 11 semble y avoir eu un 
comte de \iviers au temps de Louis le Pieux (flist. de Fr., t. \'l, p. 50o). 

1. LoNc.NON-, Allas hlalorique, texte, p. 88. 

2. Sur le Trannjurensis pagus, cf. infra. Appendice I. 

'S. C'est à l'occasion des événements de cette année qu'Adon parle 
de Bourgojjne transjurane. 



8 ÉTENDUE UU ROYAUME DE TROVENCE 

avec M. Longnon', que les expressions employées par Adon ne 
rendent qu'assez inexactement compte des limites du royaume 
de Charles. D'autre part les textes diplomatiques, en attes- 
tant la souveraineté de ce prince sur les diocèses de Lyon -, 
de Vienne ^ de Viviers \ d'Orange", d'ITzès", de Grenoble", 
d'Apt^ de Maurienne^ surTarchidiocèse et vraisemblablement 
toute la province d'Embrun *", sur le pagus de Sisteron " con- 



1. Ciirard de Roussillon dans l'histoire (Revue histor., VIII, p. 258). 

2. (Charles de Provence accorde à l'église de Lyon plusieurs diplô- 
mes (B(i-:HMER-MUEHLB., n"« 1290, 1298, 1299; kist. de Fr., t. VIII, 
p. 396, 399 [n»^ v et vi]; Miltli. des Insf. fier Œslerr. Gcschichlsfors- 
chung, t. XV'I, 1895, p. 214), l'archevêque Rémi joue dans le royaume 
un rôle important (cf. infra). Charles confirme, en outre, en 859, la 
fondation de l'abbaye d'Ainay au diocèse de Lyon (diplôme sans date, 
publié par A. Dopscii, MiUJi. des Inst. f. Œ. G F., t. XVH, p. 213 ; fragment 
d'un diplôme dont le texte complet vient d'être publié par E.MrEiiLBACiiER 
dans le Neues Archiv., t. XXV, p. 648 ; notice dans Guiciienon {Ilist. 
de Bresse et de Bugey, pr., p. 228, Charles de Provence donne, le 
22 août 861, un précepte confirmant les privilèges d'immunité du mo- 
nastère de rile-Harbe, au même diocèse (Boi^iimek-Mueiilb., n" 1294; 
liist. de Fr., t. VIll, p. 400). — Nous ne parlons pas du comté de 
Belley, mentionné par le premier des diplômes cités dans cette note, 
car il ne fut que postérieurement cédé à Charles. 

3. Pour les divers diplômes accordés par Charles à l'église de Vienne, 
cf. ce que nous disons plus bas, j). 15, de l'archevêque Agilmar. 

4. Diplôme du 22 décembre 862 (Bckiimer-Muehlb., n» 1297; Hist. de 
Languedoc, t. II, pr., col. 336. Cf. Ilist. de Lang., t. I, p. 1089. 

5. Diplôme cité, p. 6, n. 8. Bœhmer-Muehliî., n° 1298. 

6. C'est de cette ville qu'est daté le diplôme cité à la note précé- 
dente. 

7. L'évêque de Grenoble assiste à une assemblée des grands et des 
prélats du royaume de Charles, tenue entre 858 et 860 à Sermorens 
(Baluze, Capitularia, t. II, col. 1467). 

8. Ibid. 

9. Ibid. 

10. Le métropolitain d'Embrun assiste à cette même assemblée de 
Sermorens. 11 est à peu près certain que toute la province d'Embrun 
(léj)endait du royaume de Charles et M. Lononon (Atlas histor., pi. VI, 
n" 3) n'a pas hésité à la lui accorder. iMais, quoi (|u'en pensent certains 
historiens (cf. par ex. Piiilipon, Le second royaume de Bourgogne, 
dans Ann. Soc. Fnml. Ain, 1896, p. 257), la possession d'une cité ar- 
chiépiscopale n'entraîne pas nécessairement celle de toute la province 
ecclésiastique, comme le prouve dans le cas actuel l'exemple de Lyon, 
dont le métropolitain était sujet de Charles de Provence, tandis (|ue 
ses suii'ragants de Langres, de Chalon, d'Autun, de Màcon dé))cndaient 
j)oliti(]uem('nt de Charles le Chauve. 

11. Une assemblée d'évêqucs est tenue en 859 à « Saltus » dans le 
pagus de Sistei'on, sur l'ordre de Charles de i^rovence, et le procès- 
verbal de ses actes est daté des ans du règne de ce prince (M.umllon, 
Acta Sanct. ord. S. Ben., saec. IV, ])art. i, ]). 500). Elle est mention- 
née dans un précepte de Charles (.)/<7/A. des Inst. f. Œ. GF., t. XVI, 



KTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE 9 

Arment ce qu'il était permis de conclure de l'interprétation des 
textes annalistiqucs, plutôt qu'ils n'apportent des renseigne- 
ments nouveaux. Il faut cependant faire une exception en ce 
qui concerne le Vivarais et l'Uzège; les chartes permettent de 
vérifier que ces deux diocèses, rattachés depuis le v" siècle 
cà la Provence par la conquête franque, et attribués par le 
partage de 843 à l'empereur Lothaire ', faisaient partie encore 
du royaume do Charles, mais c'est là le seul point sur lequel, 
les textes narratifs laissant quelque doute, les diplômes 
peuvent fournir des renseignements complémentaires ■. En 
somme, ce que l'on peut dire de plus général et en même 
temps de plus certain, c'est que l'empereur Lothaire, en 
réunissant les deux unités territoriales alors existantes et 
désignées sous les noms de Provence et de Duché de Lyon 
pour en constituer la part de son plus jeune tîls, faisait de 
celui-ci le souverain des pays compris entre la mer, les Alpes, 
la limite septentrionale des diocèses de Maurienne et de 
Vienne, et le Rhône, augmentés de la portion du jkujus Liuj- 
dunensis qui s'étendait sur la rive droite du tieuve, et sur cette 
même rive du Vivarais et de l'Uzège. 

Le souverain qui régnait sur les États dont les limites vien- 
nent d'être ainsi déterminées, Charles de Provence, ou Charles 
le Jeune, comme l'appellent certains historiens modernes ^ est 
certainement, parmi les rois de l'époque carolingienne, la 
figure la plus effacée '*. La date de sa naissance est à peu près 
inconnue. Le mariage de ses parents, l'empereur Lothaire et 
Ermengarde, fille du comte Hugues de Tours, est du mois 



p. 213, cité, n. 2). non daté, mais qu'il faut rai)procher de ce procès- 
verbal et placer en 859. 

1. LoNGNON, Atlas histor., ])[. VI, n" 2, et Parisut, Le roijaume de 
Lorraine, p. 16. 

2. A moins que l'on ne considère comme certain que le \'ivarais 
dépendait du ducalus Lugdunensis. 

;j. LoNGNON, Atlaa hisL, texte, p. 74. Ce nom est moderne, semble- 
t-il. Au moyen âge, Aunni de 'I'rois-Fontai.nes (Mon. Germ., SS., 
t. XXIIl, p. 738) emploie Texpression de « Carolus junior », mais c'est 
pour distinguer Charles de l'rovenc(! de son oncle et homonyme le roi 
des Francs occidentaux. Ce n'est donc pas un surnom datant du moyen 
âge, a fortiori pas de l'époque carolingienne comme celui de Cliarles 
le Chauve. 

4. 11 l'est si bien que, dès 880 environ, le continuateur d'L'rchempert 
(Mon. Germ., SS., t. II, p. 329) traitant du partage entre les fils de Lo- 
thaire I, ignore son existence. 



10 CHARLES DE PROVENCE 

d'octobre 821 \ mais Ermengarde ne mourut qu'en 851 ^ et le 
fait que souvent les rois francs épousèrent de très jeunes 
filles empêche de resserrer beaucoup de ce ccjté les limites 
entre lesquelles on peut placer la naissance de Charles. On sait 
cependant qu'il était le dernier né des trois fils de l'empereur \ 
et assez jeune pour être encore en 856 qualifié de pue)-'". Sa 
jeunesse, en même temps que son état maladif, l'empêchent 
d'agir par lui-même, ou du moins jamais l'on ne rencontre de 
traces de son activité personnelle. En 856 ce sont ses fidèles 
qui l'arrachent à ses frères, alors que ceux-ci cherchent à le 
tonsurer; ses sujets le considèrent comme impropre aux fonc- 
tions de souverain ^ et, dans son royaume, c'est le comte de 
Vienne, le régent Girard, qui gouverne. 

Girard, si célèbre dans la légende sous le nom de Girard de 
Roussillon ^ a été l'objet de récents travaux ", et sa biographie 



1. Bœhmer-Muehlbacher, n" 716 d. 

2. A7in. Berlin., a. 853, p. 43, et les textes cités par Duemmi.er, Ofttfr. 
Reich, t. I, p. 397, auxquels on peut joindre les Ann. Einsidleuses {Mon. 
Germ., SS., t. III, p. 140) et les Ann. Lausannoises {Mon. Gcrm.. SS.. 
t. XXIV, p. 779). 

3. AnON, Chronique, loc. cit. L'on ne peut tirer un renseignement in- 
direct de l'âge du frère aîné de Charles, l'empereur Louis II, que son 
épitaphe (/lisl. de Fr., t. VII, p. 321) qualifie de puer lors de son avène- 
nienten 844. Cette expression, en effet, surtout dans une œuvre poétique, 
s'appliquerait même encore au cas où Louis serait né peu après 821. 
M. Paiîisot (Le rof/tm/ne de Lorraine, p. 78) a cru pouvoir, d'autre part, 
pai' une série de considérations ingénieuses, arriver à la conclusion 
que Lotliaire H devait être né vers 837 ou 839. Cela mettrait la naissance 
de Charles après 838-840. Si l'on admet, comme M. Parisot, que le 
terme àe puer s'applique surtout à ceux qui n'ont point encore atteint 
l'âge de majorité, c'est-à-dire 15 ans, selon la loi Ripuaire, (jui était 
celle des princes carolingiens, Charles, encore puer en 856 (cf. n. 6), 
serait né postérieurement à 840-841. Mais c'est peut-être vouloir pren- 
dre trop au pied de la lettre les expressions peu rigoureuses des auteurs 
d'ceuvres histoi'itjues ou littérau'es, non d'écrits juridiques. 

4. Ann. Berlin., a. 856, p. 47. 

5. C'est du moins le prétexte invocjué par les rebelles qui, en 8i)l, 
appellent Charles le Chauve. 

6. Du nom d'un château que la légende plaçait sur le « MontLas- 
sois » ou Mont de Vix. près de Châtillon-sur-Saône, et dont les restes 
auraient encore existé au xvn« siècle, au témoignage de Diiciiesne 
(Ilisl. de Bnurf/of/ne, t. I, p. 232). S(H(»:i'KI.in (.\lsalia Illuslrala, t. 1, 
p. 779) parle aussi de ces ruines, mais seulement, semhle-t-il, d'après 
buclicsne. .Vujourd'hui, il n'y a plus là de vestiges du moyen âge, mais 
seulement des restes de constructions antiques (P. Mevei{, (lirarl de 
Boussillon, introd., p. \.\x). 

7. A. Lo.NdNON, Girard de Roussillon dans Vllisloire dans Revue 
histor., t. Vlli (1878), p. 2'il-278; P. Mkyeu, La léijende latine de Girart 



I>E COMTE GIRARD H 

n'est plus à faire. Il sulfit d'en rappeler sommairement les 
principaux traits jusqu'au moment où cette histoire devient 
celle du royaume de Provence. Son père, le comte alsacien 
Leuthard', avait été l'un des fidèles de Louis le Pieux et fut 
en 801 créé par ce dernier comte de Fézensac, ce qui pro- 
voqua une révolte des Vascons^ Leuthard suivit plus tard 
l'empereur dans son expédition d'Espagne'', pour revenir en- 
suite finir ses jours dans le Parisis, s'il faut l'identifier, ce qui 
paraît bien vraisemblable, avec le comte de même nom qui 
figure au 3 janvier dans Tobituaire de Saint-Germain-des- 
Prés*. Son fils Girard, possesseur, dès le temps de Louis le 
Pieux, de biens étendus sis dans l'Avalonnais'', épousa, à une 
date antérieure àSlD*', Bertlie, fille d'un certain Hugues, peut- 
être comte de Sens '. Girard, après avoir, semble-t-il, rempli 



de Roussillon, dans la Rnmania, t. VII, p. 178 et suiv.; et aussi la préface 
de sa traduction, Girart de Roussillon, Paris, 1884, in-8", qui rendent 
inutiles les travaux vieillis et trop souvent fantaisistes de MM. de 
Terrebasse, Mignard, Clerc, Chérest, etc. 

1. Girard nomme son père Leuthard et sa mère Grimilde dans la 
charte de fondation du monastère de Vézeiay (Qua.nti.n, Cartul. de 
l'Yonne, t. I, p. 80). L'identification avec le comte alsacien, déjà pro- 
posée par Sciiœi'FLiN (op. cit.. ibid.), a été acceptée et rendue très 
vraisemblable par M. Longnon. Ce Leuthard était peut-être parent, 
frère même, du comte Hugues, beau-père de Lothaire 1. Cette parenté 
est expressément indiquée dans un diplôme de Lothaire II de 858 
(Bœiimer-Muehlb., n° 1252), mais il semble bien que cet acte soit un 
taux (cf. Pafusot, Le royaume de Lorraine, p. 75i-762). 

2. Vila Iliudovici, c. 13 et c. 16, Mon. Germ.,bb,\.. IL p. 612 et 615. 

3. Ermoldus Nigellus, Carmen. 1. 1, v. 271; Lo.nonon. op. cit., 
p. 247. 

4. A. Longnon, Soc. Ilisf. France, Not. et doc. p. 45. — Le .tii/nuni 
d'un comte Leuthard figure à côté de celui du comte l'itienne. dans la 
donation faite par ce dernier à l'église cathédrale de Paris du domaine de 
Sucy (Tari)ik, Carton.^ des rois, n° 101) : mais cet acte est malheureu- 
sement suspect (H. UE Lastevrie, La charte de donation du domaine 
de Sucy. dans la Bibl. de VEc. des Gh.. t. XLIII. p. 60 et suiv.). 

5. Carlidaire de Vêzelny, n"* m, v, vi, dans Bandini, Calai, codicum 
lalinorum hibliolhecae Mediceae Laurenlianae, t. I, col. 129; P. Mevkr, 
Girart de liou.-isillon, introd., p. x-xi. — C'est d'ailleurs dans cette 
partie de la liourgogne, dans l'Avalonnais et le Lassois. que la tradition 
a conservé le souvenir de Girard. 

6. Elle intervient à cette date dans un acte relatif à Girard (Cartul. 
de Vézeiay, 1. cit., n" ni). 

7. Hugues, père de liertlie, est nommé dans la charte de fondation 
des monastères de Pothières et de \'êzelay (Okantin, Cartul. de 
VYonne, t. I, p. 80). La ([ualité de coiate de Sons lui est donnée i)ar !a 
Légende latine de Girart (éd. Mkyer, .^ 7). 11 faut peut-être lidentilier 
avec le « vir inluster Hugo comes », à la requête duquel Louis le 



12 LK COMTE GIRARD 

quelque temps en Italie les fonctions de ?nissus\ devint comte 
de Paris ^ En 837, à la suite du partage d'Aix, qui mettait le 
Parisis dans le lot du plus jeune des fils de Louis le Pieux, 
le futur Charles le Chauve, le comte prêta à ce dernier le ser- 
ment de fidélité en même temps qu'Hilduin, abbé de Saint- 
Denise Cela ne l'empêcha pas, d'ailleurs, lorsque s'ouvrit la 
succession de l'empereur Louis, de se laisser ramener au parti 
de Lothaire par les émissaires de ce prince'', et de s'opposer, 
en coulant les barques ou en coupant les ponts, au passage de 
la Seine par Charles qui revenait d'une expédition en Aqui- 
taine"'. Aussi, lorsque les partisans du fils de Judith eurent 
réoccupé le comté de Paris, que le traité de 843 devait faire 
tomber définitivement dans le lot de ce prince, Girard dut-il 
l'abandonner pour se retirer dans les États de l'empereur 
Lothaire, à la souveraineté duquel il demeurait fidèle e 

Il paraît avoir été de bonne heure investi d'une certaine 
autorité dans la portion méridionale de ces États. En 846 en 
effet il figure dans une liste de grands ' qui doivent à l'empe- 
reur un service militaire, à la suite d'un certain nombre 
d'évôques de la région bourguignonne et provençale, en com- 



Pieux accorde un diplôme à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre 
(QUANTIN, op. cit., t. 1, p. oO). 

1. SiMSON, Ludirig der Frommc, t. I, p. 183. 

2. L'identification du comte de Paris et du futur comte de Vienne, 
proposée en 1878 par M. Longnon comme possible, acceptée comme 
telle par M. Meyer, a été depuis rendue à peu près certaine par la 
publication de l'ancien obituaire de Saint-Germain-des-Prés (Soc. Ilisl. 
Fr., Notices et Documeiils, 1884, p. 25) (jui donne pour le comte pari- 
sien Girard le même jour de décès (5 mars) que les obituaires bour- 
guignons pour le régent de Provence. 

3. NiTii.Mti), lliiiloriae, 1. I, c. 6. 

\. Sur ces événements, cf. .1. DdizÉ, I.c r/ouvernemcnt confraternel 
et Vunilè de V Empire, dans le Motjcn àf/e, 1898, p. '25'i. 

5. NiTIlAKD, Jfi.'it., 1. Il, c. 6. 

T). Postérieurement au 26 juin 83'.) (B()i:iimej!-Mi:i;iii.iî., n" OC/i). mais 
antérieurement au 12 novembre 8'i2 (B(ii';iiMEi!-MnEiiM?., n" 1270,Hevei;. 
Mittelrheinisches Urknndcnbucli, t. I, p. 78), il remplit avec le titre de 
comte palatin les fonctions d'exécuteur testamentaire d'un comte 
Hichard, dont nous reparlerons plus loin. Cf. Longnon, Girard de 
fious.si/lon, p. 2'»9. 

7. (Inpituldve Lnlnril de e.r/ieditione adversiis Samicenos facienda 
(8'iC,). B()i!ETHis-Ki!Ai!SE. t. Il, p. 67. Ni M. Longnon, ni M. Meyer ne 
paraissent avoir relevé cette mention du comte Giraul, dont l'identili- 
cation i)arait cependant bien probable en raison du caractère méri- 
dional des personnages dont les noms accompagnent le sien sur cette 
liste. 



LE COMTE r.IRARI) 13 

pagnie du comte d'Arles Fulcrad\ et du comte d'Oraiif^e 
Aldric". Cela ne l'emprchait pas, du reste, do continuer à pos- 
séder des biens en A\alonnais\ Un peu plus lard, un le ren- 
contre portant déjà le titre de marquis, et Lothaire I, vers 
853, restitue à sa requête, à l'église de Lyon, des biens sis 
dans les comtés de Lyon et de Vienne \ Il avait également, 
avant la mort de Tempereur, reçu de lui en bénéfice des terres 
enlevées à l'église de Vienne '. 11 est donc vraisemblable que 
Girard, dès cette époque, devait se trouver à la tète du <li(ca- 
tus Liigduneiisù. Deux ans plus tard c'est à lui qu'était con- 
fié le gouvernement du royaume laissé par Lothaire à son plus 
jeune tlls. Son intervention dans un grand nombre de diplômes, 
comme les lettres que lui adressait l'archevêque de Reims. 
Hincmar^ comme les noms que, dans certains diplômes, il 
reçoit de son protégé, Charles de Provence ^ tout témoigne 
de l'importance du rôle joué par lui. Il s'agit bien là d'un 



1. Sur ce personnage, cf. fiupra, p. 3 et 4. 

2. Nous attribuons à Aldric la qualité de comte d'Orange, parce qu'il 
intervient dans un diplôme de Charles donnant à l'église de cette ville 
une terre « in comitatu Arausicensi » (Diplôme du 25 août 862; Uoeumek- 
iMuEHi.B., n" 1294, pub. p. Mas-Latrie, hibl. Ec. des Ch., t. I, p. 495). 

3. Charte de 852. Cartul. de Vézday, n° H. 

4. BoEiiMEiî-MuEiiLB., n" 1124; Hist. de Fr., t. Vlll, p. 389. 

5. Un diplôme de Charles de Provence (sans date, mais antérieur au 
6 juin 860. époque de la mort de l'archevêque Agilmar) restitue, à la 
requête du comte Girard et de Rémi de Lyon, à l'église de Vienne, les 
vUlae de TuUins et de Génissieux (Drôme. arr. Valence, canton Ro- 
mans) dont la dernière avait été donnée en bénéfice audit comte 
(BoEiiMER-MuEHLB., n" 1293. lli>il. de Fr., t. Vlll, p. 397). — Cette resti- 
tution était, en outre, mentionnée par le nécrologe de Saint-Maurice de 
Vienne (Chorier, Ilisi. de Dauphiné, t. I, p. 683 ; Longnon, op. cit., 
p. 255). 

6. FLODOARn, Hist. Jiem. EccL, 1. III, c. 26, Mon. Germ., ScnRÔRS, 
Ber/., n"^ 392-394. Hincmar s'adresse même à Berthe pour la prier 
d'intervenir auprès de son époux dans cette affaire qui concernait 
les biens de l'église de Reims, sis en Provence (Ib.. c. 27, p. 550; 
ScHRORS, lieg., n° 343). Mais il est inexact de donner, en raison de ces 
lettres, à Girard, le titre de comte d'Arles, comme le fait .M. Dei.ociie 
Saint-Rémi de Provence au Moijen âge, dans Mèm. Acad. Inscr., t. 
XXXIV, p. 58-59). 

7. « Inlustrissimus comes et parens noster ac nutritor » (Bot-:iiMER- 
Muehlbacfier, n" 1290, I/ist. île Fr.. t. Vlll, p. 396); « illustris comes ac 
magistcr noster » (BoEiiMER-MiJEin.it., n" 1297, IIist.de. Fr., t. VIII, 
p. 401). Lothaire I, dans le diplôme cité plus haut (p. 7, n. 5), le 
dit simplement « illustris comes atque marchio ». Dans d'autres actes 
(IVkiimer-Mueiilr., n» 1293 et n- 1300; Ilist. de Fr., t. VIII. p. 397 et 
401 n" n) il n'a jjas de titre spécial. 



14 LES GRANDS DU ROYAUME DE PROVENCE 

véritable régent, dont l'autorité s'étendait en fait à tout le 
royaume, et non pas seulement d'un duc ou d'un marquis 
puissant, mais analogue aux autres fonctionnaires du même 
ordre \ 

En dehors de cet important personnage, on est assez mal 
renseigné sur les hommes qui formaient l'entourage de Charles 
de Provence et administraient ses comtés. Fulcrad, le comte 
d'Arles dont nous avons déjà parlé, qui peut être considéré 
dès cette époque comme une sorte de marquis de Provence, 
parait avoir renoncé à ses idées de révolte". Les souscrip- 
tions de l'assemblée de Sermorens fournissent quelques noms^ 
mais il est impossible le plus souvent de déterminer le siège 
comtal de chacun de ces personnages^. Quant aux ecclésias- 
tiques, le seul qui paraisse, d'après les diplômes, avoir exercé 
une influence particulière est l'archevêque de Lyon, Rémi''. 



1. Cependant, c'est peut-être aller un peu loin que de dire comme 
M. LûNGNON (op. cit., p. 254): « La sollicitude du régent s'étendait 
même sur les diocèses qui, bien que compris dans le royaume de 
Charles le Chauve, relevaient cependant du métropolitain de Lyon, » 
en s'appuyant sur une lettre adressée à Girard par ilincmaret relative 
à la consécration d'Isaac, évêque élu de Langres (FLOi)0.\ni), ///.s7. Rem. 
EccL, 1. 111, c. 26, p. 540; Sciir<krs, Reg., n" 107). Girard, en effet, pou- 
vait, comme comte de Lyon, agir sur le métropolitain de cette ville, 
qui ne se pressait pas d'ordonner le nouvel élu, et il s'agissait, semble- 
t-il, d'un clerc du diocèse de (irenoble (Lettre d'IIincraar à Ebbon, //>., 
c. 21; SCHRŒRS, Reg., n° 106). 

2. Cf. supra, p. 3 et 4. 

3. Arnulf, Autran, Beier, Ucpold, Barnard, Ingelran, Gérung, noms 
dont quelques-uns se retrouvent dans le capitulaire de 846. 

4. Aldric semble avoir été comte d'Orange. Wigeric, dont l'acte men- 
tionne les démêlés avec Agilmar de Vienne, était peut-être parent de 
Girard, s'il faut l'identifier avec un Widericus qui souscrit la charte 
de fondation des monastères de Pothières et de Vézelay (Quantin, 
Carlul. Yonne, t. I, p. 85). 11 paraît avoir, en 860, assisté à l'entrevue 
de (,'oblence (Eccard, Comm. de rehus Franciae Oi-ienlalis, t. II, \). 476). 
C'est tout ce que nous savons sur les comtes qui gouvernaient le 
royaume de Charles. 

5. Il intervient, en effet, non seulement dans les diplômes de Charles 
relatifs à Lyon, mais encore dans un acte concernant l'église de Vienne 
(lUji'UMER-MuEiiLii., Il" 12D3; Ilis/. de f'r., t. VIII, p. 397). C'est à lui que 
s'adresse Ilincmar (Fi.odoard, Jlisl. Rem. EccL, 1. IH, c. 21. p. 515) pour 
lui demander de prendre sous sa protection les biens de saint Ivémi en 
Provence, lesquels étaient cependant situés dans les archidiocêses de 
Vienne et d'Aix(//^., j). 210). Charles lit don à Rémi, à titre personnel, 
de divers domaines en Belley (B()i;iiMER-Mui:in.n., n" 1295, Ilisl. de Fr., 
t. VIII, p. 396) ; de plus, à sa reciuête ou à celle de Girard, il accorda 
divers diplômes à l'église cathédrale de Lyon (cf. .wpra, p. 8, n. 2) 
comme aussi à l'abbaye de Saint iSonoît do Seyssicu ou Cessieu dont 



LES nilANDS Dl' ROYAUMP: ItK PI'.OVRNCK 15 

Celui-ci avait ou la faveur de l'empereur Lothaire* avant de 
jouir (le celle de ses successeurs, et c'est par lui qu'il avait 
été investi de la charge d'archichapelain, qu'il conservait 
auprès du jiHine Charles-. L'archevèfiue de Vienne, Agilniar'', 
ancien archichancelier de LothaireI\ ne paraît avoir joué 
aucun rôle apréciable sous le règne de son fils '. 11 en est de 
même du successeur d'Agilmar, saint Adon de Vienne, qu'au- 
cun texte ne montre en relations avec Charles de Provence. 
Celui-ci du reste semble avoir plus volontiers séjourné dans 
la partie septentrionale de son royaume. Ceux de ses diplômes 
qui nous sont parvenus datés le sont le plus souvent" de 
Man taille, près de Vienne'. On le trouve également' dans le 
palais rojal carolingien qui, dès l'époque de Louis le Pieux ^ 
existait à Tramoyes en Lyonnais", tandis qu'un seul de ses 
actes atteste sa présence dans la partie méridionale de ses 
États, à Uzès". Sans doute ces diplômes sont trop peu nom- 

l'archevèque avait été l'un des fondateurs (cf. Ibid.) Rémi intervient 
aussi dans le diplôme de Charles pour le monastère de l'Ile-Barbe 
(Bœiimer-Mlehlb., n" 129G. J/isl. (le Fr., t. Ylll. p. 400). 

1. (ïall. Christ., t. IV, col. 62; cf. diplôme de Lotliaire 11 ; Ilisl. de Fr. 
t. VIII, p. 409-410 : « Uti archiepiscopus munere ipsius et favore con- 
« stituerat ac idcii'co fiducialius accederet et quodammodo familiarius 
« ad mansuetudinem nostram... nos... pro tidelissimo obsequio ipsius 
« praedicti archiepiscopi ». 

2. Il est dit « summus cappellanus « dans trois diplômes de celui-ci : 
Bœiimer-Muhlb., n°- 1295, 1298. 1299; Ifist. <le Fr.. t. Vlll, p. 396. 399, 
n°^ V et VI. 

3. Sur les dates de l'épiscopat d'Ai^ilmar, cf. i/tfra. Appendice VIII, 
p. 347-8. 

4. BŒiiMER-MuEiii.n.. introd., p. xcvii. 

5. 11 reçoit de lui des biens en Lyonnais (BoEii.\iEH-Mi;r:nLiî., n" 1292, 
Gall. Christ., t. XVI, Instr., c. 8) et obtient la conlirm;ition d'une pré- 
caire consentie par son église (BŒiiMER-MuEiu.n., n" 1291, Ilist. de Fr., 
t. Vlll, p. 39/) à laquelle comme nous l'avons dit Charles restitua éga- 
lement des domaines usur])és par le comte Girard (B(«:ii.mer-.Mi;eiil«., 
n" 1293, Ilist. lie Fr., t. Mil, p. 397); mais .Vgilmar ne reçoit dans ces 
diplômes aucune qualification spéciale. Dans le dernier, ce n'est pas 
même lui qui joue le rôle d'ambascialor. 

6. Dijjlômes du 16 janvier 8.")9, du 14 juillet 8G1, du 22 août 861 
(B(JEii.Mi;u-MuEHLn., n-« 1291, 1295, 1296, l/ist. fie Fr., t. VIII, p. 397, 
396, 400). 

7. Mantaille, lieu détruit, commune Saint-Sorlin, Isère, arrondisse- 
ment Vienne, canton Vienne-Sud. 

8. Diplôme du 10 octobre 856 (Bœiimer-Mieiilr., n°1290, Ilist.dc Fr.. 
t. VIII, p. 396). 

9. Vita I/ludovici, c. 57, Mon. Ccrm., SS., t. II, p. 642. Cf. GuiiiUE, 
Topographie de iAin, p. 402. 

10. Tramoyes en lîresse, .\in, arr. et cant. Trévoux. 

11. Diplôme du 25 août 862, B(ji:iiMEi!-Mt;EMLi!., n" 1294. 



16 MÉCONTENTEMENT DES FRÈRES DE CHARLES [855-856] 

breux pour que l'on puisse, surtout en l'absence de tout autre 
document, établir l'itinéraire de Charles, mais ils fournissent 
néanmoins une indication. On pourrait peut-être, d'ailleurs, 
voir dans ce fait une conséquence de la régence exercée par le 
duc de Lyon, Girard, désireux de pouvoir conserver son pupille 
autant que possible près de lui, en même temps que lui-même 
surveillait la frontière la plus menacée par les entreprises de 
Charles le Chauve et des frères aînés du roi de Provence. 

Que ce dernier en effet fût hors d'état de gouverner 
en raison de son jeune âge ou en raison de son état de santé, 
son royaume avait grand besoin d'un homme énergique capa- 
ble de le protéger contre les convoitises de ses voisins. L'em- 
pereur Louis se plaignait de son lot^ et trouvait que, l'Italie 
lui ayant été donnée par son aïeul Louis le Pieux", il aurait 
eu droit encore à une fraction supplémentaire de l'héritage 
paternel ^ Il adressa dans ce sens des réclamations à ses 
oncles*, mais ceux-ci, occupés, l'un contre les Slaves^ l'autre 
contre les Aquitains et les seigneurs rebelles ^ avaient de bien 
autres soucis, qui les empêchaient de répondre à cet appel. 
Nous ignorons quelle fut d'autre part l'attitude de Charles de 
Provence et de Lothaire II vis-à-vis des réclamations de 
l'empereur Louis II, mais les relations de ce dernier avec ses 
deux frères semblent n'avoir eu alors rien d'amical, car le 



1. A7in. Berlin., a. 856. p. 46. 

2. On ignore de quelle donation il s'agit. Louis II ayant été couronné 
seulement en 844, il est difficile d'admettre qu'il y ait eu donation 
effective. Il y avait cependant eu peut-être une indication de la part 
de Louis le Pieux, car, indépendamment du passage cité des Ann. 
Berlin., plusieurs textes font allusion à un acte de ce genre, par 
exemple : André de Bergame, Ilisloria, c, 6 (Scripl. Rer. Lnng., 
p. 225), et l'épitaphe de Louis II (Ilist. de Fr., t. VU, p. 321) qui e.st 
peut-être l'œuvre d'un poète bénéventain (Duemmler, dans Nettes 
Archiv.A. IV, p. 327), donc, comme le précédent, un document italien. 
Duemmler (Oslfr. lîeich., t. I, p. 249) suppose une disposition arrêtée 
lors du partage de Worms. M. Pahisot {Le roy. de Lorraine, p. 88, 
n. 3) ne se prononce pas. 

3. II aurait eu droit, en effet, à une portion de la Francie, si l'on 
avait suivi les principes adoptés à Verdun en 843, en donnant à 
chacun des copartageants un tiers de la succession, non compris le 
royaume antérieurement possédé par ce copartageant. — M. Parisôt 
(loc. cil.) croit (pie Lothaire pouvait se considérer de même comme 
ayant droit à un tiers, plus la l'rise antérieurement reçue par lui. 

4. .'iwn. Berlin., loc. cil. 

5. Ann. Fnld., a. 856, p. 47. 

6. Ann. Berlin., a. 856, p. 46. 



|8551 



MECONTENTEMENT HES FRÈRES DE CHARLES 



17 



pape Benoit III était obligé (riutervenir pour rétablir entre 
eux la paix'. Lolliaire, qui, peut-être pour s'affermir contre 
toute entreprise de la part de son frère l'empereur, s'était, 
au commencement de l'année, fait sacrer roi par les grands 
de la Francie, n'était pas non plus satisfait de son lot et con- 
sidérait le partage fait par son père comme un amoindrisse- 
ment pour la royauté ^ Des négociations durent être alors 
engagées, sans que les textes fournissent de renseignements 
à leur sujet. Mais, pour autant qu'il est possible de connaître 
les prétentions de Lothaire et de Louis, il ne pouvait guère 
être question que du partage des États de Charles, si l'un des 
deux aînés ne parvenait auparavant à se les annexer dans leur 
entier. Cependant, durant l'été ou Tautorane de la même année, 
peut-être dès la fin d'août \ les trois frères se rencontraient à 



1. Jaffk, n"2669; Bxnosics, A)int(les Ecclesiaslici, a. 85G, n. 127. 

2. Son mécontentement perce encore dans un diplôme du 6 août 858 
(BiEHMER-MuEHUî., n" 1250; Ilist. de Fr.. t. VIII, p. 405). — Sur la né- 
cessité pour Lothaire d'étendre autant que possible son royaume afin 
d'avoir des terres à distribuer à ses fidèles, cf. Parisot, op. cit.. p. 80. 

o. Les diplômes de Lothaire II et de Louis II ne permettent pas de 
fixer cette date avec beaucoup de précision. Le premier est encore à 
Nimègue le 28 juin 856 (Boehmek-Mueiilb., n° 1245); il n'est de retour 
aux environs de Metz que le 12 novembre (Bœumeh-Muehlb., n" 1266). 
Les dates extrêmes foui'nies par l'itinéraire de Louis II, celles du 19 
mai 856 (Ih., n° 1174) et du 1 1 janvier 857 (Ib., n" 1175), sont encore 
plus éloignées l'une de l'autre. Les An?i. Berlin, mentionnent l'entrevue 
comme l'un des derniers événements de l'année. Gingins {Bosonides, 
p. 26) les cite pour établir |^?] la date du 22 septembre. DL'EMMLER(0.s7/'r. 
Brick, t. I,p.399) et Muehlbacher, Bef/.Knr., p. 449, se bornent à parler 
de l'été. Nous considérons comme plus vraisemblable, quoique bien 
incertaine, celle du 23 ou 24 août 856 qui parait être un point de départ 
du compte des années de règne de Charles de Provence à la chancel- 
lerie de celui-ci. Si l'on suppose a priori, en effet, que ce point de 
départ fut pris au jour de la mort de Lothaire I (28-29 septembre 855), 
dans aucun des diplômes qui nous sont parvenas datés, la date con- 
vertie en années de l'incarnation ne concorde avec l'indiction. C'est 
ce que rendra plus sensible le tableau ci-dessous. 



.Niim. 




An 
du règne 


An de 




Annéi'. 


.\n de 


de Bulmier- 


Date de jour 




Indietion 


correspondant 


1 incarnntion 


.Mulilbucber 




(du2Ssept.85."i,) 




à l'indiction 


(de l'aiit. 850 


1-290 


10 octobre 


11 


850 


\ 


8.\G 


85i;-s:>7 


l-'iH 


17 juin 


II 


S57 


VI 


Slis 


8:;s 


l'2!»l 


10 janvier 


IH 


8:iS 


VI 


8r,s 


8S;i 


1 -29.T 


14 juillet 


\ 


son 


l\ 


801 


861 


1290 


22 uoiU 


\ 


S6(l 


IX 


861 


801-802 


1297 


22 décembre 


Vil 


861 


IX 


802 


862 


1298 


25 aoril 


vil 


802 


Vlllf?) 


86(1 (?) 


852-863 



Nous indi(iuons dans la colonne i la correspondance des années de 
l'ouPAiiDiN. lioijamne de l'rovenre. 2 



Ig ENTREVUE D'ORRE [Août? 856J 

Orbe, à quelques kilomètres au sud-ouest du lac de Neufchâ- 
tel. Là, les discussions recommencèrent, et peu s'en fallut 
qu'on n'en vînt aux mains. Lothaire II surtout convoitait la 
part de son jeune frère, et, pour s'en emparer, songeait à faire 
tondre Charles et à le laisser finir ses jours dans un monas- 
tère. Il eût mis son projet à exécution, si les fidèles du jeune 
prince, les seigneurs provençaux, qui vraisemblablement ai- 
maient mieux avoir pour chef l'un d'entre eux, le marquis Gi- 
rard, sous la souveraineté nominale de Charles, que de se sou- 
mettre à l'autorité eff'ective de Lothaire', n'avaient arraché 
leur roi des mains de son frère et empêché celui-ci de venir 
à bout de son dessein". Soit que cette attitude des seigneurs 
présents à l'assemblée fît réfléchir les deux frères aînés, soit 
qu'eux-mêmes n'eussent pu se mettre d'accord sur les condi- 
tions d'un partage nouveau, ils se décidèrent à rectifier défi- 
nitivement la volonté de leur père en reconnaissant à leur 



l'incarnation avec les années du règne, en supposant le point de départ 
de celles-ci pris au 28 septembre 855, dans la colonne 7 la même corres- 
pondance, mais en supposant le point de départ pris en automne 85(3. 

Les diplomatistes, en elTet, depuis dom liouquet jusqu'à M. Miililba- 
cher, ont supposé que depuis l'entrevue d'Orbe les années de règne 
étaient comptées à partir de la date de celle-ci. ce qui est historique- 
ment admissible. En ce cas, on obtient pour la majorité des diplômes, 
concordance avec l'indiction, en supposant l'emploi d'une indiction de 
septembre. Mais il faut admettre, en raison du n" 1296, que le point 
de départ est postérieur au 22 août 856 et en raison du w^ 1294 qu'il 
est antérieur au 25 du même mois, c'est-à-dire qu'il faut placer la 
date de l'entrevue (laquelle peut avoir duré plusieurs jours) dans les 
environs du 'l'.i ou du 24 août 856. Cette hypothèse ne repose que sur 
les dates de diplômes dont aucun ne nous est parvenu en original. 
Et pour le dernier des actes que nous avons cité, M. Miihlbacher a voulu 
corriger an7i(j rcgni VU en anno refini IIIl. Mais c'est celle qui permet 
de rendre compte du plus grand nombre de ces actes et c'est à ce titre 
que nous la croyons admissible. On peut faire, il est vrai, une objec- 
tion à cette théorie, c'est que les Aimales de Saint-Bertin parlent de 
l'entrevue après le récit du mariage d'l';thehvolf et de Judith, lequel est 
du l"^'"' octobre, et c'est ce qu'a déjà remarqué M. Parisot {I.c roj/aituu' 
(le Lorraine, p. 90) qui ])lace l'entrevue dans les premiers jours d'oc- 
tobre. Mais il faut remarquer (pie Prudence parle parfois des événe- 
ments non à leur date réelle, mais à celle à laquelle ils parviennent à 
sa connaissance. 

1. M. Parisot op. cil. p. 90 suppose que le petit Charles avait été amené 
à Orbe par Lothaire qui le retenait auprès de lui. Le texte des Aini. 
liertin. ne parait pas appuyer celte conjecture. 

2. Parisot (ibid.) suppose qu'ilsôtaient peut-être soutenus })ar Louis. 
Eu tout cas, c'est Lothaire seul que les Ann. Berlin, désignent comme 
l'auteur de la tentative dirigée contre la personne de Charles. 



[857-858] rni.ITIorE DE I.OTHAIRE II 10 

cadet la souveraineté de la Pruveuce et du duché de Lyon'. 
Charles paraît avoir été de retour dans ce dernier pays au 
mois d'octobre de la même année". 

La situation changea pour lui lorsque, l'année suivante 
Lothaire II, renvoya sa femme légitime Theutberge, sœur de 
Hubert, abbé de Saint-Maurice d'Agaune et duc de Transju- 
rane, pour revenir à son ancienne concubine Waldrade. C'était 
s'engager dans une série d'intrigues et de difficultés qui devaient 
peu lui laisser la possibilité do faire des conquêtes au détri- 
ment de ses frères, et (jui fournissaient même à ceux-ci un 
prétexte facile d'intervenir dans les affaires du roi de Lorraine 
en se posant en défenseurs do son épouse délaissée'. Celui-ci 
avait donc intérêt à les ménager et à les gagner à sa cause, 
de même que son oncle Charles le Chauve. Il s'était rapproché 
de ce dernier en 858, en l'assistant dans la campagne diri- 
gée durant cette année contre les Normands de la Seine, tout 
en observant d'ailleurs une prudente neutralité dans la lutte 
entre Charles le Chauve et Louis le Germanique*. C'est sans 
doute dans le même but de se créer des alliés"' que Lothaire, au 



1. Ann. Berlin., a. 856, p. 47. C'est notre seule source pour le récit 
de ces événements. Hincmar, dans sa lettre à Louis le Bègue (Mig.ne, 
t. CXXV, col. 986) se borne à mentionner le fait de l'accord intervenu 
sans en indiquer ni la date ni les clauses : « Mortuo Lothario, tilii ejus 
regnum illius inter se diviserunt. » C'est aussi au traité d'Orbe qu'il 
est fait allusion dans les préambules à peu près identiques des deux 
privilèges accordés au monastère nouvellement fondé de Saint-Benoit 
de Cessieu (Ain, arrondissement Belley, canton Lliuis) par une assem- 
blée d'évèques (Maiullon. Acla sanct. ont. S. Ben . saec. IV', part, n, 
p. 500) et par Charles de Provence (Mitth. des Inst. /'. Œ. G F., t. XVI, 
1895, p. 213) : « Pace jam et divisione regni cum fratribus suis, miserante 
« domino, celebrata. » Nous avons dit que la date de l'entrevue parait 
avoir été considérée comme assez importantepour (iu"on la prit comme 
point de départ du compte des ans du règne de Charles. 

2. Diplôme donné le 10 octobre 856 à Tramoyes et confirmant à la 
requête du comte Girard l'immunité de \'ille-L'rbane (Rhône, arr. 
Lyon, ch.-l. de canton) qui appartenait à l'église cathédrale de Lyon 
(Bni:iiMi:iî-Mu£in,i5., n" 1290, Ifist. de Fr., t. Vill, p. 396). Pour pou- 
voir admettre l'indiction V, nous serions assez portés à donner à ce 
diplôme la date de 856 en admettant que l'acte étant peu po.stérieur à 
l'entrevue d'Orbe, les années du règne de Charles y sont encore comp- 
tées, comme elles devaient l'être ])rimitivement à sa chancellerie, à 
dater du jour de la mort de Lothaire I. 

3. Sur ces événements, cf. Dukmmlei;, Oslfr. Hcich.. t. II, p. 5 et 
suiv.; Paiîisot, op. cit., p. l'ri et suiv. 

'». Ann. Berlin., a. 859, p. 51. 

5. Dl'e.m.mli:h (Oslfr. Beich, t. Il, p. 8) croit comme nous (juc Lotliaire 



20 CESSION DES DIOCÈSES DE TARENTAISE ET DE RELLEY [SoS] 

commencement de la même année 858, se rapproche également 
de son plus jeune frère et lui cède les deux évêchés de Tarentaise 
et de Belley que le partage effectué en 855 n'avait pas compris 
dans le lot de Charles, mais qui se rattachaient géographique- 
ment au royaume de Provence. Ce royaume, en revanche, 
au cas où son souverain viendrait à mourir sans s'être marié 
ou sans avoir eu d'enfants, devait faire retour tout entier à 
LothaireS au mépris des droits que Louis 11 avait une pre- 
mière fois revendiqués, en 856, sur la portion de l'iiéritage de 
son père sise au nord des Alpes. 

A la suite de ces événements, Charles de Provence est dé- 
finitivement admis, pourrait-on dire, dans le concert caro- 
lingien. Non seulement il n'est phis (fuestion de lui enlever 
ses États, mais il entre dans l'alliance de Charles le Chauve 
et de Lothaire, renouvelée au commencement de l'année 859 
contre Louis le Germanique. Au mois de juin, ces deux 
princes se rencontraient dans le voisinage de Toul, à Savon- 
nières", et ('harlcs de Provence assistait à l'assemblée, 
accompagné de son conseiller et archichapelain, Rémi de 
Lyon, ainsi (juo de quehiues-uns des autres prélats de son 

voulait s'assurer du concours de Cliarles pour ses projets de divorce. 
SciiRŒHS, au conti'aire (I/inkmar, p. 18;J), considère en parlant du roi 
de Lorraine (|ue « von seinem Bruder Karl von der Provence, der 
« einem baldigen Tod entgegensiellite, war weder gutes noch schlimmes 
« zu befiii'chten ». C'est vrai peut-être si l'on songe à Charles lui même, 
mais il avait des conseillers capables de lui l'aire jouer un rôle en cette 
affaire et il ne faut pas ^éparer à ce point de vue son histoire de celle 
de ses frères. D'ailleurs, comme le remarque M. Parisot (op. cil., 
p. 120), le royaume de Provence était voisin du duché de Transjurane. 
et Lotiiaire pouvait craindre que Hubert ne trouvât un appui auprès 
de Girard ou des autres grands. 

1. Ann. Berlin., a. 8o<S, p. V.». « Lolharius rex cum fratre suo Karlo, 
« Provinciae rege, amicitiam firmat, datis ei duobus episcopatibus ex 
« regni sui portionibus, id est Bilisio et Tarentasia ; similiter Karlus 
« eidem l'ratri suo Lothario regnum suum ea conditione tradidit, ut si, 
« ante(|uam uxoreni acciperet et fiiios genoraret ab hac vita dccederct, 
« ei Lotharius jure hereditario succederet ». ("os Annales sont seules à 
mentionner cet événement, mais la domination de Charles sur l'un au 
moins des territoires indiqués est attestée, un peu plus tard, par un 
diplôme du l'i juillet 8(/l, concédant à son archichapelain Kémi, à 
titre héréditaire, des biens sis dans le comté de Belley à Coron (Ain, 
connnuiie Belley), .\maliana, Rothonod (commune Ciiazay-Bons, Ain, 
arrondissement et canton Belley). Mntiano, liludcnnaco. Curie-Metiard, 
.Viidort (même arr. et cant.): [{(H'Iimeiî-Mueulb., n" 1295; liisl. de l'r., 
1. Vlll, j). ;i'.)8. 

2. Aujourd'hui ferme de la commune do Foug, Meurthe-i>t-Mosclle, 
canton 'i'oul-Nord. 



[Juin 8:.0| CIIARLKS OF] l'ROVKNCI'; A SAVdNMKliKS 21 

royaume, Toutran, archevêque de Tarcntaiso, KI)l)oii de 
(Irenohle, Ratbert de Valence et Abbon de Maurieniic'. Il 
est menlioiiné h coté de son frère et de son oncle dans la dé- 
claration de concorde et d'union contre Louis le Germanique 
qui forme le préambule do l'acte rédigé à cette occasion-, 
mais nous ignorons quels furent à l'assemblée le rôle et 
la situation du jeune roi. Nous savons seulement qu'il 
accompagna à Gondreville Lotbaire II et Charles le Chauve, 
et y assista au jugement d'une affaire concernant l'archevêque 
de Lyon. Ce dernier voulait obtenir l'annulation d'un échange 
préjudiciable aux intérêts de son église, conclu au temps de 
Lothaire I avec un nommé Witger^ Celui-ci, condamné à 
la suite d'une première enquête conduite par le comte Su- 
chard, en appelait de cette décision à l'assemblée et aux trois 
rois réunis à Gondreville, et leur exposa qu'il possédait un 
précepte de l'empereur défunt, ratifiant l'échange et le met- 
tant à l'aljri de toute atteinte. Lothaire II, dans les États du- 
quel se trouvaient les biens contestés'*, dut ordonner une 
nouvelle enquête, dont le soin fut confié à Gondoin, l'un des 
fidèles du roi de Lorraine'. 



1. Ann. Berlin., a. Hâ'J, p. 52; Iîoretiijs-Kualse, t. II, p. 'j'iT-'iSO. 
Les assemblées d'évcques, auxquelles fait allusion le texte cité des 
Annales Bertiniennes, sont celles de Langres, en avril 859, et de Metz 
en mai ou juin de la même année. Charles de Provence ne parait pas 
avoir assisté à la seconde de ces assemblées, dont le procès-verbal 
mentionne seulement Charles le Chauve et Lothaire {Mon. (k'rm., 
Lcges. t. I, p. 'i58). Quant à la première, c'est à tort que M. Mueiil- 
UACiiER (Rey. Karol., p. 508) y mentionne la présence du roi de Pro- 
vence, d'après une mention postérieurement ajoutée au privilège 
accordé à l'église d'Autun par les évéques réunis à Langres. Cette 
mention, ainsi conçue : « Cartam confirmavil Carolus Ludovic! Augusti 
« tilius, Caroli autem augusti nepos », désigne Charles le Chauve seul, 
tils de Louis [le Pieuxl et petit/Us de Charle[magne], non Charles le 
Chauve et son neveu Charles de Provence. 

2. Conv. apud Saponan'as, c. 1-3 ; Boiîeth's-Krause, (or. cit. 

3. Diplôme sans date de Lothaire II pour l'église de Lyon (B(*:iimer- 
MuEiiLU., n" 1259; Ilisl. de Fr., t. VIII, p. 'lil. Le dij)lome du même 
prince pour l'église de Langres (ib., p. 'i07) ne mentionne la présence, 
à Gondreville que de Charles le Chauve et Lothaire. 

^. En Portois et en Bassigny, ([ui faisaient partie du royaume de 
Lothaire 11, cf. Lononon, Atlas hist., pi. VI. 

5. Diplôme précité do Lothaire II. Ifist. de Fr.. t. VIII. p. 'ill.Un 
rapport (lut être fait par Gondoin à l'assemblée de (.'oblence. au mois de 
juillet 8(J0. Mais Witger ayant refusé de se rentlre au tribunal du roi, 
devant lequel il avait été cité, ce ne fut que plus tard (|ue l'alTaire reçut 
sa solution définitive. M. Pahisot (op. cit., p. 177, n. 1) déploie jjeut-ètre 
trop d'ingéniosité pour tenter de })rouver (lue le jugement dut être 



22 CESSION DES DIOCÈSES L'LTRAJURANS A LOUIS II [859] 

Après la tenue du synode de Savonnières, nous perdons 
momentanément la trace de Charles de Provence et nous ne 
savons s'il accompagna soit Charles le Chauve, qui se diri- 
geait du côté du Rhin', soit Lothaire,qui se rendait en Italie^ 
C'est là que celui-ci prétendit avoir eu la preuve complète 
de l'inceste que la reine Theutberge était accusée d'avoir 
commis avec son frère Hubert, abbé de Saint-Maurice, 
homme de mœurs assez décriées pour donner à cette accusa- 
tion quelque, vraisemblance. Que cette affirmation soit vraie 
ou fausse, toujours est-il que Lothaire éprouva à ce moment 
le besoin de se concilier aussi son frère ainé^, et peut-être en 
même temps le désir de se débarrasser du protecteur naturel 
de Theutberge, Hubert. H céda donc à l'empereur les terri- 
toires occupés par l'abbé d'Agaune, limitrophes au nord-est 
du royaume de Provence, et dont quelques-uns firent plus tard 
partie du royaume de Boson; c'est à savoir les trois diocèses 
ultrajurans de Genève, de Lausanne et de Sion, en se réser- 
vant toutefois une route pour descendre en Italie, celle du 
Grand Saint-Bernard*. 



rendu en automne (860) à l'assemblée de Tusey, à laquelle Lothaire II 
et Rémi ont pu se rencontrer. L'archevêque pourrait se faire repré- 
senter au plaid royal, et le diplôme qui nous fournit tous les renseigne- 
ments relatifs à cette procédure paraît postérieur à l'époque à laquelle 
Lothaire devint souverain du Lyonnais, c'est-à-dire à l'année 863. 

1. Ann. Berlin., a. 855, p. 52. 

2. Cf. HiNC.MAH, de Divortio Hlotharii, Migne, t. CXXV, col. 636. 

8. C'est, en effet, peu après cette cession que Lothaire réunit le 
second synode d'Aix pour reviser l'affaire de Theutberge, une première 
fois déclarée innocente. Les actes du synode le déclarent tenu « decer- 
« nentibus gloriosis regibus Hludovico, /varo/o atque Lothario juniore » 
{Mon. Germ., Leges, t. II, p. 'i67). Ce Charles paraît être Charles le 
("liauve plutôt que le roi de Provence, car le nom û.e Hluilovicux dé- 
signe Louis le Germanique. Un évéque provençal, llilduin d'Avignon, 
assiste cependant à rassemblée, comme, du reste, deux prélats du 
royaume de l'Ouest, Hildegaire de Meaux et Wenilon de Rouen. 

4. Ann. Berlin., a. 85*», p. 53. La cession a été rapprochée par Wenck 
et par Dijkmmleiî (O.'ilfr. Beicli. t. H, ]). 10) du voyage de Lothaire 
en Italie. Prudence l'indique comme l'un des derniers événements 
de l'année. l']lle e<i certainement de la deuxième moitié de 859, car un 
diplôme de Lothaire du 17 juin le montre encore en possession du 
diocèse de (lenève {Hei/. Cenev... n" .\cn, p. 28). Les éditeurs du Beçi. 
(îeiievoiH (il" .\ciil) et M. Piin.il'ON {Ann. Soc. h'mul. Ain, 1897, ]). 260), 
contestent à tort la réalité de la cession. Celle-ci fut bien suivie d'effet, 
puisque c'est en combattant les troupes impériales que fut tué le comte 
Hubert. Aussi M. Philipon est-il ol)ligé de supposer plusieurs rétroces- 
sions. Le seul argument sérieux contre la réalité de la cession se tirait 
d'une charte du (^artul. de Lausanne {Ment. Snis.sc Itinnande. t. \'I. 



[8o9] I,i:S NORMANDS DANS LK IIIIONK 23 

Aucun texte ne mentionne la présence du régent Girard ù 
coté de son pupille dans le nord de la Gaule. La situation du 
royaume de Provence aurait été, du reste, peu favorable à 
coite absence de son défenseur. Cette même année 859, des 
pirates danois avaient contourné l'Espagne et franchi le dé- 
troit de Gibraltar', en pillant sur leur passage les côtes de 
la péninsule et celles des Baléares-, malgré la résistance des 
chrétiens de Galice^ et celle des musulmans, qui leur intligèrent 
plusieurs défaites sur mer'. Ils parvinrent ainsi jusqu'au littoral 
de la Gaule et ravagèrent une partie du Bas-Languedoc et du 
]vOussillon% notamment le monastère d'Arles en Vallespir^ 
puis enfin atteignirent la côte de Provence et pénétrèrent dans 
le Rhône \ Ils remontèrent le fleuve en dévastant le pays sur 



p. 203), datée de la mif année du roi I.othaire, niais il faut vraisem- 
blablement la rapporter au règne, de Lothaire I; cf. Pahisot, op. cit., 
p. lo4, n. 5. I.e Pipiucensis romilatus répondit plus tard au comté de 
lîartren comme l'ont montré Tiîolmllat (Mon. pour Vliist. de l'évèchc 
de Bàle, t. I, p. 112, 120, 134. 152) et, d'après lui, M. Philipon. 

1. Ann. Berlin., a. 859, p. 51. Ermentarius, Trnndalio S. FiUberti 
(Mon.Germ., SS., t. X\', 302, à tort à Tannée 857) : DrE.MMi.ER, Osifr. 
lieich., t. H, p. 29. 

2. Chron. Srbnstiani. c. 2() (Eapcuui Sagrada. t. XIII, p. 492 et dans 
Kruse, Chvonicon Normrtunnrum Variiigo-Ru.ssonnn, p. 256). 

3. Ihid. et Cliron. Albeldcme {Esp. Sagrdda. ihid., p. 454). 

4. Ibn-Adiiari, dans Dozv, Bcrherches sur lliisloirc de f Expagne. 
2"^ éd., t. II, p. 280 et suiv. Ibn-.\dhari est du mu'' siècle, mais emprunte 
à une source plus ancienne; et, les données de son récit que nous pou- 
vons contrôler se trouvant a>sez bien vérifiées. le reste acquiert quelque 
vraisemblance. Ibn-Adhari place par erreur l'apparition de l'expédi- 
tion sur les côtes d"Espagne en l'an de l'hégire 245, c'est-à-dire après le 
9 avril 859. Il semble que le fait doive être un peu antérieur à cette 
date, car d'après le récit de Prudence dont la chronologie est en gé- 
néral assez sûre, l'arrivée des Normands dans le Khôno serait duprin- 
temjjs de 859. Du reste, un autre texte arabe, également traduit par 
l)of.y {ihid., 281), montre que les paien.s i)assèrent en Espagne déjà 
dans le courant de 858. .\l-.Makkari. llist. dex dgnnslies. miisu/inaiies 
(l'EaprKjne. tr. angl. de Gayangos. t. II, p. 127, met aussi ces faits en 
859. Cf. ihid., p. 245, n. 3*5, le récit d'un autre chroniqueur, .\.nnu- 
WAYRi, qui mentionne la prise de Barcelone à cette époque par les 
pa'iens. — Sur ces faits et en général sur l'incapacité des Danois en 
matière de combat naval, cf. Steenstrlp, Eludes pnHimin. pour... 
r/tist. des Nornumds. tr. fr. Caen, 1880. p. 128, qui admet la valeur 
du témoignage des chroniqueurs arabes. 

5. Ilist. de Languedoc, t I, p. 1081. Les mentions des auteurs es- 
pagnols montrent qu'il s'agissait bien (ie .Normands et non de Sarrasins, 
comme Mabille le croyait possible (ihid.. n. 2). 

6. Maimelon. Acta snnct. ord. S. Ben., saec. III. p. 69. 

7. Ann. Berlin.. Inc. rit. 



24 RETRAITE DES .NORMANDS [860] 

une assez grande étendue de terrain, jusqu'à Nîmes et Arles', 
pour s'établir enfin à demeure dans la Camargue selon une 
tactique assez habituelle chez eux^ C'est de là, que l'année 
suivante, ils sortirent pour piller la contrée jusqu'à Yalence^ 
peut-être même jusqu'à l'Isère'*, et c'est là qu'ils purent, 
semble-t-il, sans être inquiétés, se retirer avec leur butin 
(avril-mai 860)"'. Mais il est probable que dans le courant de 
la même année, en été ou au commencement de l'automne", 
le comte Girard les attaqua et leur infligea une défaite, car à 
cette époque on les voit se décider à quitter la Camargue et 
à se diriger sur l'Italie, où ils pillèrent Pise et d'autres villes 
encore", alors qu'une lettre de Loup de Ferrières adressée au 
régent de Provence le félicite des victoires par lui remportées 
sur les païens *. 

Cette lettre de Loup de Ferrières est relative à une autre 



1. Nous rattachons comme Duemmler à ces faits la mention du 
Chron. Nemausense, a. <S58 {Mon. Germ., SS., t. IK, 219): « Nornianni 
« Nemausum et Arelatem depredaverunt», en adme1tant,en présence du 
texte si précis de Prudence, une erreur de date dans cette chronique, 
pkitôt que de faire remonter, comme Mabh-LE (Ilisl. de Languedoc, 
1. II, p. 3G;]), à l'année 858 l'occupation par les iJanuis du cours infé- 
rieur du h'hône. 11 faut également rapprocher de ces événements une 
mention très inexactement datée de la Chrûni(iue de Saint-lîéniyne de 
Dijon, éd. Bougaud, p. 110. 

2. Ann. Berlin., lac. cit. ; Favre, Eudes, Appendice II {Les Nor- 
mands), p. 218 et suiv. 

3. Ann. Berlin., a. 860, p. 54. 

't. Cette année, en effet, le monastère de Saint-Barnard de Romans 
l)araît avoir été saccagé et })resque détruit par eux. (Chevalier, An- 
nales de la ville de Bomans, ]). 3). 

5. Ann. Berlin., loc cil. La date se déduit de la place occupée i)ar 
ce récit dans les Annales de Saint-Bertin, avant la mention de faits du 
i-- juin 860. 

6. Cette date se déduit : 1" de la j)lace occupée par le récit du départ 
des Normands dans les Annales de Saint-Bertin; 2" de la date de la lettre, 
citée j)lus bas, de Loup de Feiuuères à Girard de Vienne, ([ui indi([ue 
la victoii'c sur les Danois comme un fait récent, s'étant passé « nuper ». 
Or, la date de cette lettre se phice entre celle de la mort de l'arche- 
vêque Agilmar ((> juillet 860) et celle du synode de Tusey (22 octobre 
860) auquel assiste Adon. 

7. Aun. Berlin., a. 860, p. 54. — ("est tout à fait sans preuves que 
M. Lau!, dans la préface de son édition de DrnoN nr Saint-()i"ENT1N, 
(('aen, 1865, in-'i", p. 33 et VI) et Dei'PINc; {Ilisl. des e.rpéditions mari- 
limes des Normands, t. I, j). 257) veulent rapjjrocher ces faits du récit 
de la j)rise de Luna ])ar llastings et Bjorn ( ote-dc-fer, récit très légen- 
daire d'ailleurs. 

8. Loup ue I-'eiîimÈkks, Lellres n" 122 (éd. Desuevises, n" 125); 
Lo.NONo.N, oj). cit.. \). 253. 



[860] KLECTION F) ADoN A VIK.N.M': 2.j 

affaire importante qui, à la même époque, occupait le comte 
Girard. L'archevêque Agilmar de Vienne était mort le G juillet 
860 et avait été enseveli, selon la coutume, dans la basilique 
du monastère de Saint-Pierre'. Le successeur que lui avaient 
choisi le clergé et le peuple, probablement grâce à une active 
in-tervention de Rémi, métropolitain de Lyon, était un clerc de 
cette dernière ville, Adon, qui fut plus lard saint Adon. Moine 
à Ferrières, puis à Priim, il avait fait son éducation dans ces 
deux célèbres abbayes ; après avoir ensuite ([U(dfiue temps 
voyagé en Italie, il était venu se fixer à Lyon. Il reçut de l'ar- 
chevêque de cette ville la cure suburbaine de Saint-Romain, 
qu'il occupa pendant quelques années avant cette date de 860, 
à laquelle il fut appelé à la dignité de métropolitain de Vienne 
en remplacement d'Agilmar. 

Mais cette élection avait, parait-il, soulevé quelques diffi- 
cultés. Certaines personnes avaient accusé Adon d'être un de 
ces moines vagabonds contre lesquelles conciles du ix" siècle 
sont contraints de prendre d'incessantes précautions". Le 
comte Girard, saisi de l'affaire, s'était adressé aux anciens 
supérieurs de l'élu, afin de s'assurer que celui-ci n'avait point 
quitté son premier diocèse sans s'être régulièrement muni de 
lettres dimissorialesMe son évêque, c'est-à-dire en l'espèce du 
métropolitain de Sens, Wénilon, et do l'autorisation de son 
abbé, Loup de Ferrières''. Celui-ci adressa donc à Girard une 



1. Livre épiscopal de Li^ijor, dans abbé Duciiesne, Fautes épi'sco- 
paux de rancienne (iaule, 1. 1, p. 203. — Sur la date de la mort d'Agihnar, 
cf. Appendice \11I, p. ;J4S. 

2. Textes nombreux dans Boketuis-Krai'se, indiqués à la table. On 
peut aussi consulter ceux qu'a réunis HÉ(HNOn, De lù'cles. disciplina, 
1. II, S '424 et suiv., dans Mione, Pair, lot., t. CXXXII, col. 274. Une 
accusation du même fienre avait été portée l'année précédente au concile 
de Savonniéres contre l'évéque de ^'erdun, Hatton (ConiK ap. Sapo- 
narias, BoiiETius-KRAi:sE. t. II, p. 448; Pakisot, Le roij. de Lorraine. 
p. 131-132. 

3. Sur ces lettres, délivrées par l'évéque au clerc qui avait régu- 
lièrement quitté son diocèse, cf. Boretius-Krause, 1. 1, p. 210; Zeumeiî, 
Furmulae, p. 509, 56o, 56.5, n"^ xn, \v et xxiii. — On dit lilteraeilimis- 
soriales ou commendaliciae. 

4. Ces « dirnissorialcs », d'après la lettre de Servat f.oup, devaient 
se trouver entre les mains d'Kbbon de Grenoble et de \\vm\ de I yon ; 
à ce dernier, en effet, incombait le soin de veiller à ce que des clercs 
vagabonds ne vinssent point s'établir dans sa circonscription. Cf. Capi- 
lu/aireûc 813, c. 23, dans Moretu'S-Kral'se, t. I. p. 174. Ces pièces sont 
également mentionnées dans les extraits du Bréviaire de Vienne publiés 
])ar Mauili-ON, Acl.sanrt. urd. S. lien., saec. IV, part. 2. p. 263. Cf. aussi 



26 CHARLES LE CHAUVE EN BOURGOGNE [861] 

lettre souvent citée, pour reconnaître qu'Adon avajt quitté son 
monastère après y avoir été autorisé selon les règles canoniques, 
quoi qu'en eussent pu dire certaines personnes mal intention- 
nées, aux propos desquelles Loup lui-même avait ajouté trop de 
foi, ce qui l'avait conduit à parler d'Adon avec une sévérité in- 
justifiée. Il terminait en faisant l'éloge des qualités du nouvel 
élu, de sa capacité à instruire le peuple, de sa persévérance 
dans la piété, et aussi de l'excellente famille dont il était issu. 
Rien ne s'opposait donc plus à ce que le métropolitain fût con- 
sacré et entrât en possession de son siège archiépiscopal, sur 
lequel il était installé au mois d'octobre de cette même année. 
La lutte contre les envahisseurs danois était à peine termi- 
née qu'un nouveau danger menaçait le royaume de Charles de 
Provence. Son oncle, Charles le Chauve, avec lequel il avait 
jusque-là vécu en bonne intelligence, venait d'être appelé par 
une partie des grands de la Provence, sous prétexte que le 
protégé de Girard était incapable de remplir dignement ses 
fonctions de roi. Charles le Chauve ([ui, le 20 juillet 861, 
était encore à Quierzy *, quitta le Nord du royaume dans le 
courant de l'automne ^ Il laissait à son tîls Louis le soin de 
diriger la résistance contre les Normands, sous la direction 
du comte Adalard, grand-oncle du jeune prince, tandis que 



une notice du Cartulaire de Grenoble, éd. Marion, p. 63-6i, qui men- 
tionne le rôle de Rémi et d'Ebbon. 

1. Diplôme pour Saint-Denis, llist. de Fr., t. VIII. p. 568. 

2. Ann. liertiu., a. 861, p. 56. II y a peut-être allusion au rôle de 
médiateur entre Charles de Provence et ses oplimates pris par Charles 
le Chauve dans les mots « occasione indebitae jjotentiae » de la lettre 
de Lothaire et de Louis II au pa})e Nicolas I''' (BoiaiMER-MuEHLB., 
n° 1262). On ne peut avec certitude rattacher à ces événements, 
comme Ta fait M. Longnon, la 3^ lettre d'Hincmar au comte Girard 
(Flodoard, Ilistoria liem. Ecci, 1. III, c. 26) dans laquelle il est 
(juestion de deva.'ilalores qui se sont emparés des biens de l'église 
(le Reims situés en Provence. En etTet, 1" Schrœrs a montré que les 
lettres adressées par Ilincmar à un même personnage se suivent en 
général chronologii|uementdans les analyses de Flodoard, donc la lettre 
en question est vraisemblablement postérieure à la seconde lettre au 
même comte, laquelle se rattache plus certainement à l'expédition de 
860; 2" elle est d'iuie époque où la paix est rétablie, au moins en api)a- 
rence, entre Charles le Chauve et Girard ; 3" il est (luestion des alï'airos 
privées de réglise de iJeinis, au détriment de laquelle des actes de 
brigandage ont été conunis. Si la cami)agne d'ailleurs avait été entre- 
prise sous j)rétexte de faits de ce genre, il est à croire (pi'IIincmar, qui 
cherche plutôt en général à justifier la conduite de Charles, aurait 
mentionné cette circonstance dans ses Annales. 



[861] rjiAiii.F:s i.K cii.vrvK i;n lioriicocNi-: 27 

lui-m<^me se dirigeait vers la Bourgogne, accompagné de la 
reine Ermentnide'. Le 14 septembre il était à Auxerre", et 
pénétra de là dans le Maçonnais où nous le trouvons le 1 1 
octobre''. Mais les laits (jui se produisirent alors ne nous sont 
que très iuiparfaitenient connus. Les annales d'Hincmar sont 
peu explicites au sujet de l'expédition : « Les événements, 
disent-elles, furent peu à l'avantage de Charles, et celui-ci, 
après avoir dévasté le pays, revint à Ponthion*. » Ce sont là 
des expressions vagues, avec lesquelles les annalistes de 
Charles le ('hauve dissimulent souvent de terribles défaites 
essuyées par leur maître. Celui-ci, en effet, avait été forcé 
de reculer et de renoncer si bien à ses projets de conquêtes 
qu'il dut prétendre n'en avoir jamais eu. Du moins Hincmar 
écrivit-il en ce sens au comte Girard ^ à la suite de réclama- 
tions que lui avait adressées ce dernier. Il est possible aussi 
de former, d'après cette lettre, quelques hypothèses sur la 
manière dont les choses se sont passées*. Charles avait tenté 
de mettre la main sur les monastères fondés par Girard, 
c'est-à-dire ceux de Pothières" et de Vézelay. Il avait sans 
doute aussi ravagé les terres que le comte de Vienne 
continuait à posséder dans la partie de la Bourgogne qui 
dépendait du royaume franc de l'ouest. Charles, en effet, au 



1. Ann. Berlin., p. 56. Il est question de la reine qui accompagne 
Charles dans le poème de (}iravl de Viaiie (éd. Tahbé, h'eims, 1850, 
in-8", p. 71-73), mais cette indication n'est peut-être pas assez caracté- 
ristique pour que l'on puisse voir là un souvenir de l'expédition dirigée 
en 861 par Cliarles le Ciiauve contre le royaume de Provence. 

2. Diplôme confirmant aux moines de Saint-Germain d'.\uxerre 
une vigne sise à Valpaissant, daté d'Auxerre, 14 septemi^re 861. (///.s7. 
de Fr.,t VIII. p. 569). 

3. Diplôme du 11 octobre, daté de Verziaco Castro, sans doute \'erzé, 
Saône-et-Loire, arrondissement et canton Màcon (Ql'anti.n, Cartul. de 
r Yonne, t. II, p. 75). 

4. Ann. Berlin., p. 56: « Ubi, rébus parum prospère gestis et deprae- 
« dationibus plurimis jjopulo terrae ingestis, Pontigonem palatium 
« rediit. » 

5. Seconde lettre d'Hincmar au comte Girard (Flodoari). I/isl. Item. 
Eccl., 1. III, c. 26). 

6. II résulte du moins de la môme lettre que Girard avait porté contre 
Charles cette accusation. 

7. Un dii)lômo du 4 décembre i)oui' ré,i,dise de Màcon est donné 
« apud Melnam castrum » (l/ist. de l'r.. t. \'1II, p. 570). Or, comme 
d'ai)rès les A7in. Bertiniani, Cliarles revint directement de Bourgogne à 
Ponthion. il s'agit bien évidemuient ici de lieaune, dans la ('ôte-d'i)r. et 
non de Heaune, dans le Loiret, comme le veut Due.mmler, Uslfr. lieirh., 
t. II, p. 21). 



28 ClIAllLKS LE CHAUVE EN BOl'HGOGNE [861] 

témoignage des Annales de Saint-Bertin, qu'aucun autre texte 
narratif ou diplomatique ne vient contredire, ne pénétra qu'en 
Bourgogne. Il y demeura assez longtemps, au moins jusqu'au 
commencement de décembre'. Il y eut d'autre part, Hincmar 
est obligé de l'avouer, des voies de fait que nous croyons être 
des pillages exercés sur les vastes domaines de Girard'. Celui- 
ci menaça de s'emparer par représailles des terres connues 
sous le nom de patrimoine do saint Rémi, des biens que l'église 
de Reims possédait en Provence. Hincmar s'efforça de le 
détourner de ce procédé violent en affirmant les intentions 
pacifiques de son souverain vis-à-vis du royaume de « Gaule 
cisalpine'' » et en se déclarant surtout lui-même, avec plus ou 
moins de sincérité, étranger au coup de main qui venait néan- 
moins d'être tenté par Charles le Chauve '. 

Ce qui est moins net, ce sont les motifs qui déterminèrent 
ce deriiier à revenir ainsi en arrière et les conjectures que l'on 
peut faire à ce sujet ne sont appuyées que par des textes assez 
légendaires et très postérieurs aux événements en question. 

La tradition veut, comme l'on sait, que Charles ait livré sur 



1. Lettre précitée d'IIincmar au comte (lirard. Après avoir, en efTet, 
soutenu que les premières réclamations de Girard (que nous pouvons 
supposer d'une époque à laquelle les intentions hostiles de Charles le 
Chauve ne s'étaient point encore clairement manifestées) étaient sans 
fondement, Hincmar est obligé d'ajouter: « Nunc autem certam et 
« causam habens et personam. » Il semble donc bien qu'il y ait eu des 
faits précis. — M. Parisot, op. cit., p. 190, rapporte, au contraire, 
toute la lettre au moment où le régent de Provence ne pouvait invo- 
quer contre Charles aucun grief réel, mais seulement des bruits plus 
ou moins vagues. 

2. Ce sont les « depraedationes » dont parlent les Annales de Saint- 
Bertin, ravages qui n'eurent pas lieu dans ce que l'on pourrait appeler 
le pays ennemi, c'est-à-dire, en l'espèce, le royaume de Charles de 
Provence, puisijue Charles le ('hauve n'y pénétra })as ; de simples pil- 
lages en pays ami n'auraient rien d'extraordinaire à cette époque; 
mais connue nous avons une lettre attestant des actes d'hostilité vis-à- 
vis de Girard, il est plus naturel de rapprocher les deux textes. 

3. Lettre })récitée : « Quod Karolus Franciae rex... Karoli Cisalpinae 
« Galliae régis regnum sibi vellet subripere, quod ipse donnius Uinc- 
« marus nequacpiam tieri asserit. » 

4. C'est l'objet ])rincipal dans la lettre. Pour ([u'IIincmar désavouât 
ainsi les actes de Charles le Chauve, il fallait qu'il y eût des motifs 
sérieux, autres que le souci de la bonne réputation du roi, })ar lequel 
Sciii!(ii-;i{s (J/inhnar, p. 525) expli(iue la lettre. Nous savons qu'llincmar 
écrivit à ('harles le Chauve une lettre ndative au comte Girard (Flo- 
noAun, I/ifit. Hem. EccL, 1. III, c. 18), mais nous ne savons si elle se 
raj)i)orte à ces faits connue le conjecture SciiU()i-;iis, op. cit., Heg., n^' 150. 



[861] CIIARLRS I,!". CHAUVE KN noiI'.r.Ol^.Ni: 29 

les bords de rArsen', au lieu dit Vauboton, une terrible bataille 
au comte Girard de Roussilloir, bataille qui resta indécise'', 
et la légende d'un combat en ce lieu est encore aujourd'hui 
vivante dans le pays'. Mais, il est assez difficile de détermi- 
ner l'époque à laquelle eut lieu la lutte qui donna naissance 
à la légende. 

Un texte très postérieur au ix" siècle, la Chronique univer- 
selle d'Aubri de Trois-Funtaines^ rattache la guerre entre 
Girard et Charles le Chauve à l'expédition entreprise par ce 
dernier en 870 pour se mettre en possession des territoires 
que le traité deMeersen lui attribuait dans le partage des États 
de son neveu Lothaire 11, expédition qui se termina par la 
reddition de Vienne, faiblement défendue par la comtesse 
Berthe^ Mais le texte des Annales de Saint-Bertin rend peu 
admissible l'hypothèse d'uncombatlivréen cette année, surtout 
dans la Bourgogne \ Girard, retiré dans un château pendant 
que l'armée royale investissait Vienne, ne parut que pour 
effectuer la reddition de la place et « il n'y a aucun point de 
comparaison entre les guerres longues et acharnées que raconte 
la Chanson et la latte d'un instant qui s'établit en 870 entre 
Charles le Chauve et Girard pour finir peu brillamment par le 
second, parla capitulation de Vienne'^ ». 

Mais il est une autre circonstance dans laquelle Girard et 
Charles, ou du moins leurs armées, ont pu se trouver en pré- 
sence sur un champ de bataille, ne fût-ce que dans un simple 
engagement et cela précisément on Bourgogne. C'est lors de 
la tentative faite par Charles le Chauve en 861 au détriment 
de son neveu de Provence. Les Annales d'Hincmar no parlent 

1. Auj. la Cure, affluent de l'Yonne. 

2. « \'aubeton » est mentionné par un ancien terrier de l'hôpital de 
Vézelay, sous le nom de Vaubouton, comme étant situé sur la rive 
gauche de la Cure, près de Saint-Poi'e-sous-\'ézelay. Cf. L. Mikot, Val- 
hetoti dans Girarl de lionssillon, dans la Uumnnin, 1892, p. 57. 

3. Girarl de lious.'^ill.ou. trad. l'aul Meyer, l^.^j 126-188. 

4. L. MuiOT. loc. cit. iiien entendu, s'il y a eu réellement bataille 
entre Charles et Girard elle peut avoir été livrée ailleurs (ju'au lieu 
même où la place la légende. 

5. Mon. Germ., SS., t. Xlll, p. 739; cf. P. Meveiî, Girart de /{ous- 
sillon, introd., j). 110. Duem.mleh, Os//"r. //t'ù7(, 1. 11, p. 311, rapproche 
également ce texte des événements de 870. 

6. Cf. infra. p. 39-40. 

7. Les Annales montrent, en elfet, Charles s'avançant sans obstacle 
au moins jusqu'à Lyon. 

8. P. Mevem, dans Homnnia. (. \\\, 1878. p. 177. 



30 CHARLES LE CHAUVE EN BOURCOGNE [861 1 

pas de bataille, mais elles indiquent un échec subi par Charles \ 
et rien ne s'oppose à ce que cet échec ait été l'un des points 
de départ de ces heroicae cantilpnac dont parle Aubri 
de Trois-Fontaines, d'après l'historien chàlonnais Gui do 
Bazoches. Le texte de ce dernier pourrait même être invoqué 
en faveur de Topinion qui placerait en 861 plutôt qu'en 870^ 
labataille hypothétique dont nous nous occupons. Il se rattache 
en effet, pour partie du moins, à un passage de Réginon, par- 
lant, à l'année 858, de conllits entre Charles le Chauve et 
Lothaire, relativement à la succession de Charles de Pro- 
vence ^ Or, le roi de la France occidentale ne joua aucun rôle 
lors du partage des États de son neveu, et l'erreur de Réginon 
ne s'explique que par une confusion entre les événements de 
861 et ceux de 863. Ce serait donc, en dernière analyse, à 
l'expédition manquée de 861 que la tradition rattacherait la 
bataille dite de Vaubeton. Comme le texte embarrassé d'Hinc- 
mar laisse entrevoir une défaite de Charles, comme un succès 
de Girard sur ce dernier est indiqué par les sources épiques, 
y compris l'ancienne chanson bourguignonne que nous avons 
perdue, mais qu'a connue l'auteur de la Vie latine \ il est 
vraisemblable que si Charles, dans l'automne de l'année 861, 



1. a Rébus parum prospère gestis. » — Prudence (^Ann. Berlin., a. 8'i6, 
p. 33) emploie des expressions presque analogues pour mentionner la 
terrible défaite de Ballon ^'U Bretagne que nous serions presque obligés 
de deviner, si nous n'avions sur ce point les témoignages nombreux 
d'antres chi'oniques, témoignages qui font défaut en ce qui concerne 
l'année 861 ; mais rien ne prouve que l'échec alors éprouvé par les 
troupes royales ait été comparable à la débâcle de Ballon, car on ne 
peut évidemment rien conclure, quant aux faits réels, de l'importance 
accordée à la bataille de Vaubeton par les textes traditionnels et légen- 
daires. 

2. Date à laquelle on a l'habitude de rattacher le passage d'Aubri, 
sans doute parce qu'il figure à l année 86G dans la Chronique de celui- 
ci. 

3. RÉGINON, Chronique, a. 858, p. 77. — Il semble bien que le texte 
de Gui de Bazoches (Bibl. Nat., .Ms. lat. 4998, fol. 57) dérive sur ce point: 
1" de récits traditionnels et épiques ; 2" d'un texte historique relatif 
aux événements de 870, car il est question de Louis II occupé à com- 
battre les Sarrasins en Italie; 3" du passage cité de Réginon, média- 
tement ou immédiatement, car Gui peut avoir utilisé une des nom- 
breuses chroniques qui ont eu Réginon pour source principale. 

4. La Vie latine de Girard a, en edet, conservé le souvenir d'une 
victoire remportée par lui sur le roi Charles (éd. Meyeiî. ijïi 65 s(|q. 
liomnnin, t. Vil, p. 188): « Sed divinitus triuini)husGorardo tribuitur, 
« regalibustergadantibusrobuslosiiuo ictus cedentium jani toleraro non 
v< valentibus, et sic praecipiti fuga ditluglunt. » Le roi est hnalement 



[861-862] ATTITUDE DE LOTlIAinK ET DE I.oriS I.E GERMANIQUE 31 

s'arrêta à mi-cliemiii dans son expédition, c'est qu'il avait subi, 
de la part des hommes du comte Girard, un échec après lequel 
il jugea plus sage de ne pas pousser au delà de la Bourgogne 
franque sa tentative d'invasion. 

L'attitude des autres rois francs n'avait pas été d'ailleurs 
de nature à encourager Charles dans ses projets de con(iuète. 
Lothaire s'était, l'année précédente, rapproché de son oncle 
Louis le Germanique, et, pour le gagner à ses intérêts par son 
procéilé ordinaire, lui avait cédé plus ou moins effeclivement 
le duché d'Alsace'. L'union entre les deux rois persista durant 
le cours de l'année 801 et c'est d'un commun accord qu'ils 
envoyèrent en Gaule, à la fin de cette année, une ambassade 
composée de l'évéque Advence de Metz et d'un comte 
Leuthard, sans doute Alsacien et parent de Girard de Rous- 
sillon". Les deux envoyés vinrent trouver Charles le Chauve 
à Ponthion, au retour de sa malencontreuse expédition de 
Bourgogne et demeurèrent avec lui jusqu'aux fêtes de la 
NoëP. Les Annales de Saint-Bertin n'indiquent pas l'objet de 
cette mission, mais il est assez naturel de conjecturer qu'elle 
concernait la politique de Charles le Chauve vis-à-vis de la 
Provence, politique que Lothaire II surtout, en sa qualité d'hé- 
ritier présomptif de son frère, ne pouvait voir que de fort 
mauvais œil. La conjecture est d'autant plus vraisemblable 
que les deux alliés ne tardaient pas à adresser au pape 
Nicolas I" un véritable acte d'accusation contre Charles 
qui, « poussé par le diable », donnait asile dans ses Etats 
aux perturbateurs de la paix et cherchait contre tout droit 
à s'emparer du royaume de son voisin". 

obligé de se réfugier à Paris. Rien de pareil ne se retrouve dans la 
chanson qui nous est parvenue. — 11 est aussi question d'une défaite 
éprouvée par Charles en Maçonnais, dans Girarl de Viane, éd.TAiîui:, 
p. 72-73. 

1 Ann. Berlin., a. 860, p. 5i; Duemmler, O.'ilf?'. Reich.. t. II, p. 1'.» 
et 31. 

2. Se rattachant comme lui à la famille des comtes Liutirid et Leu- 
thard. Cf. LONGNON, op. cil., p. 246. 

3. An7i. Berlin., p. 56. 

4. Bakoml-s, Annale.'i Ecclesia.'ilici, a. 860, n. 27, t. XIV, p. 529 : 
« Carolus major... fidèles nostros hinc indc sollicitât ut sub praelextu et 
« occasione potestatis indebitae quaedam non referenda praejudicans iii 
« regno alteri a Deo concesso praecipitanter aspiret. » Le jjremier chef 
fait allusion au comte rebelle Hubert qui, dès la fin do l'aimée 860, 
se trouvait avec sa sœur dans les états de Charles le Chauve, peut-»"-tre 
aussi aux trois fils du margrave Hrnest, condamné à la diète de Hatis- 



82 MORT DE CIIARLKS DE PROVENCE [25 JANVIER 803) 

Ce royaume, du reste, devait être bientôt démembré, et ce 
n'est pas sans raison que Lothaire II songeait à sauvegarder 
ses droits éventuels. Le 25 janvier 863 en effet, Charles, sans 
doute dans Tune de ses crises d'épilepsie, terminait probable- 
ment à Lyon sa vie misérable \ C'est en tout cas dans cette 
dernière ville, en l'église Saint-Pierre ^ que ses fidèles ense- 
velissaient le triste souverain sur lequel nous savons si peu de 
choses et qui n'est guère pour nous qu'un nom. Ce n'est pas 
à dire cependant que son court règne ait été sans importance 
dans l'histoire de la France du sud-est. Si, en effet, il ne s'est 
pas formé dans la vallée du Rhône une nationalité, au sens 
moderne du mol, en ce sens qu'il n'est pas à supposer que les 
populations aient jamais pris nettement conscience de leur 
unité et se soient beaucoup intéressées au petit nombre de 
chefs étrangers comme l'Alsacien Girard, qu'elles avaient à 
leur tète, on s'est néanmoins habitué à considérer comme un 
tout l'ensemble constitué par l'union de la Provence et du 
duché de Lyon. Les « Provençaux » eux-mêmes et surtout 
ceux qui comptent seuls alors dans les événements politiques, 
les représentants de l'aristocratie laïque et ecclésiastique, ont 
eu le temps de s'accoutumer à vivre indépendants des deux 
royaumes de l'Est et de l'Ouest. A partir du règne de Charles 
le Jeune il y a un royaume de Provence, dont les deux parties, 
séparées en 86:5, pourront cependant conserver au moins un 
souvenir de leur ancienne unité. 

A la mort de Charles, ses Etats, en vertu du traité conclu 
par lui cinq ans auparavant avec Lothaire II, auraient dû 



bonne, également réfugiés en Gaule (Ann. Fuh/nises, a. 861). Quant 
au second point, l'acte vise évidemment la tentative sur la Provence. 
Le document est, du reste, un peu postérieur aux événements que 
nous venons d'étudier; c'est, en effet, seulement à l'entrevue de 
Mayencc entre Lothaire et Louis le Germanique (lin avril 862) qu'il 
parait avoir été préparé. Duemmlek, Oslfr. Hcich, t. IL p. o't et Boicii.mer- 
MuKliLUACilER, n" 1262; Pakisot, op. cit., p. 197. 

1. Ann. Berlin., a. 863, p. 61 : « Karolus, rex Provinciae, diu epe- 
l(>mptica inlirmitate vexatus, nioritur. » Adon, Chroni(]ue, a. 86.'{ (Mon. 
Ccirn.. SS., t. Il, p. 322); Ann. Laiihicnses et Ann. Leodienses, a. 863 
{ibi(L, t. IV, p. 14); HÉdiNoN, Chronique, a. 858, p. 77.— La date de jour 
est donnée par VObiluarimn LiKjdunensia ecclesioe, éd. GiiKai;, p. l'i. 

2. .\i)ON, CJironiquc, /oc. cil.; diplôme de Lothaire II du 18 mai 863 
])our le monastère de Saint-Pierre de Lyon (Boimimeh-Mmeiilmaciieh, 
n" 1265 ; J/isl. de Fr., t. Vlll, p. 408). Le" tombeau et les ossements de 
Chai'lcs furent retrouvés au xvu'' siècle (note de Steveiît, dans UE i,a 
Mi;i{E, J/int. des ducs de Bourbon, éd. Ciiantei.ai.'ZE, t. I, p. 25). 



[803] TR.MTl': RNTIU' LollIAinK H F.T [.(U'IS II 33 

faire retour à ce dernier. Mais aussitôt qu'il apprit la mort de 
son frère, l'empereur Louis accourut en Provence' et gagna 
à sa cause une partie des grands. A cette nouvelle Lotliaire 
se liàla d'accourir aussi", pour faire valoir ses droits à la suc- 
cession qui venait de s.'ouvrir. Les (( palatins » des deux rois 
réussirent à empêcher une lutte qui seml)lait imminente et à 
ménager, sans doute dans le courant d'avril, en un lieu indé- 
terminé, une entrevue au cours de laquelle fut réglé le par- 
tage des États de Charles''. Lothaire, peut-être encore parce 



1. Ann. Berlin., lac. cil. — Le mot « vocatus », dans ce passage, ne 
doit pas être pris comme signifiant (pie Louis avait été appelé par une 
partie des seigneurs provençaux, mais presque comme un écjuivalent 
de «soi-disant ». Cf. Ann. liert., a. 86'», p. 67 (« Hiudovicus imperator 
Italiae nominatus ») et p. 74. 

2. Ann. Berlin., ibid. 

3. Ann. Berlin., lor. cit. La chronologie de ces événements est assez 
peu nette. Au premier abord, il semblerait, d'après le texte d'ilincmar, 
qu'au 1'='' avril Lothaire fût encore sur les bords du i^hin à ct)mbattre les 
Danois. Mais ce texte, en réalité, ne permet pas d'atlirmer avec beaucoup 
de précision si ce furent Lothaire, son armée ou les païens qui demeu- 
rèrent sur le L'hin jusqu'à cette date. Nous possédons, d'autre part 
(llist. de fr., t. YlII,p. 'lOl) un diplôme de Charles de Provence, accordé 
à la requête du comte Cirard à l'église de Carpentras et daté « XVIII 
kl. iipr. annopropitio domino JesuCh/-i.slo domiii... Indicione II. Arliini 
Vasione cirilale ». Le nom du roi et l'année de règne ont été arrachés 
au diplôme original (Bibl. de Carpentras. ms. n« 537, fol. 1), mais une 
copie du XH"^ siècle qui l'accompagne donne « anno XllI ». Or, Charles 
de Provence n'a régné que liait ans, et même en adoptant la correc- 
tion de « anno XIII » en « antio VIII », indiquée par M. Longno.n 
{Girard de Boussi/lon dans Vki.'iloirc, p. 255), on arriverait à la date 
du 18 mars 863, et Charles mourut le 25 janvier de cette année. Mais, 
ainsi que nous le montrerons plus complètement dans notre étude 
diplomatique, si le texte de l'acte est assez correct, rien dans le i)roto- 
cole initial et final, ni l'invocation, ni la suscription. ni le monogramme, 
ni la souscription de chancellerie, ne convient à l'harles. Ce sont, au 
contraire, les formules de la chancellerie de Lothaire II, et jusqu'au 
nom de l'un de ses notaires, Grimbland, dans la récognition. Il est 
à peu près certain que nous avons là un faux diplônu) de Charles de 
Provence, fabriqué avec un acte authentique de Lothaire II dont le 
faussaire a conservé tous les élémeiits, se bornant à remplacer le noni 
de I.olharius par celui de Karolus. La date doit avoir de même été 
reproduite. Or, Lothaire II ne peut, semble-t-il, être venu qu'une fois 
à N'aison : c'est lorsqu'il pénétra en Provence pour disputer à l'empe- 
reur Louis l'héritage de leur frère Charles, au début de l'année 863 
(ayant, il est vrai, pour indiction XI au lieu de 11). Il faut donc peut- 
éti-e admettre qu'il était à Vaison le 18 mars. Le 30 avril, il était à 
Mantaille en Viennois (CnEV.\i.u:n, Carlul. de Saint- Maurice de Vienne, 
app., p. 56), le 18 mai à Lvon (H(«;ii.mi:i!-Mueiilij., n" 1265, Ilist. de Fr., 
t. YIU, p. 408). Le diplôme qu'il donne à cette date en faveur du 
monastère de Saint-Pierre suppose le traité déjà intervenu (cf. Paiusot, 

roup.\RDiN. Roijaume de Provence. i 



34 PARTAGE DES KTATS DE CHARLES [863] 

qu'il avait besoin de l'appui de Louis, abandonnait à celui-ci 
une portion de l'héritage à la totalité duquel lui-même eût pu 
prétendre. Les deux unités territoriales, qu'en 855 Lothaire I" 
avait soudées pour en constituer le royaume de son plus 
jeune fils, se trouvaient de nouveau sép9,rées pour revenir l'une 
à l'empereur, l'autre au roi do Lorraine'. Louis II, selon 
Adon", reçut une portion de la Bourgogne transjurane — qui 
comprenait, nous le savons par ailleurs, les deux évéchés de 
Belley etdeTarentaise — et la Provence, c'est-à-dire les pro- 
vinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun, les diocèses de Maurienne 
et de Suse et le comté de Grenoble''. 

Lothaire II paraît avoir occupé au contraire le pays corres- 
pondant à l'ancien duché de Lyon, car les textes le montrent 

op. cit., p. 225). Il est possible que celui du 30 avril ait été également 
donné au moment où Lothaire était déjà sur le chemin du retour. Tout 
ceci concorderait bien avec la présence de Lothaire H à Vaison, le 18 
mars, et conduirait à placer le traité entre la fin de mars et la lin 
d'avril 86o. 

Cependant, un acte d'échange entre deux évèques qui, d'après le 
traité, étaient sujets de Louis II, acte qui paraît être du mois de juillet 
de cette même année, est encore daté des années du règne de Lothaire 
(Albanès, Gall. Christ, novis., t. I, p. 442. Il faut corriger « ind. XV yt 
en « ind. A7»). Cela tendrait peut-être à prouver que le traité de par- 
tage ne produisit tous ses effets qu'un peu plus tard. 

1. Le seul témoignage direct sur ce partage est celui de la Chronique 
d'AooN DE Vienne (Mon. Germ., SS., t. I, p. 223) dont nous avons déjà 
parlé plus haut. Mais le texte du traité de Meersen en 870 {Ann. 
Berlin., p. 111-112) énumère les comtés recueillis par Charles le 
Chauve dans l'héritage de Lothaire II. Ceux de ces comtés qui avaient 
fait autrefois partie du royaume de Provence sont ceux que Lothaire 
reçut en 863. Le partage, que nous considérons comme une séparation 
de la Provence et du ducatus Lugdunensis. parait assez conforme 
aux habitudes géographiques du ix*-' siècle. Mais il ne faut pas y voir 
une question de races ou de nationalité, et c'est une erreur de dire 
comme K.\lckstein {Robert der Tapferc, p. 83), d'après F.miriel 
(IJisl. de la Coule méridionale, t. IV. j'aris 1836, in-8o, p. 349) que la 
frontière coïncide avec la limite linguistique franco-provençale, telle 
qu'on peut la tracer pour une époque, postérieure, car cette limite, 
d'ailleurs très hypothétique, serait, en réalité, plus au nord. 

2. Chronique, toc. cit., 

3. Lediplômede Lothaire 11, du 18 mai, cité plushaut (p. précéd. n. 3) 
est une donation, à l'abbaye de Saint-Pierre de Lyon, de biens sis dans 
le comté de Maurienne. M. P.vhisot {op. cit., p. 225) en a conclu que le 
pagus Maiirianoisis avait été, en 863, attribué à Lothaire. .Mais il re- 
connaît que l'on peut conserver des doutes en raison du silence quant 
à CA\ pai/ii.s, du traité de Meersen. Cette dernière indication doit même 
l'emijorter, selon nous, sur celle du diplôme, caries biens dont il est 
question dans celui-ci sont dits expressément « res nostrae proprie- 
tatis ». Lothaire en dispose donc, non à titre de souverain, mais à titre 
de proi)riétaire. 



[8G3] PARTAr.r: i)i:s ktats uk chartes 35 

en possession' du Lvonuais, du Viennois, du Sermorons% 
auxquels, par la portion du p/tf/tts LugdiiiiPnsis située sur la 
rive droite du Rhône, se ratta(diaienl les comtés plus méri- 
dionaux de Yivarais etd'Uzège'. 

De la domination de Louis II en Provence il est resté peu 
de marques. C'est à peine si nous avons conservé la mention 
d'un diplôme par lui accordé à l'abbaye de Donzère au dio- 
cèse d'Orange'. Occupé de ses luttes contre les Sarrasins et les 
ducs de Bénévcnt, l'empereur devait avoir peu le temps de 
songer à ses nouveaux Ktats. C'est seulement en 8(>9 qu'on 
le voit y intervenir, pour placer sur le siège épiscopal de 
(irenoble un clerc du nom do l^nniior, protégé de Lothaire'* 
qui, à cette époque, se trouvait auprès de son frère dans 
l'Italie méridionale. Celte concession faite par l'empereur de 
dignités ecclésiastiques ne fut d'ailleurs pas la seule. Louis, 
en effet, se laissa plus ou moins corrompre en même temps 
que l'impératrice Engilberge, pour faire don à l'archevêque 
Roland d'Arles de l'abbaye de Saint- Césaire*^ dans cette ville. 

Quant à Lothaii-e II, il était, après son entrevue avec son 
frère en Provence, revenu dans la partie septentrionale des 
anciens états de Charles le Jeune. Le 30 avril il se trouvait à 
Mantaille, en compagnie de Girard et de l'archevêque Adon', 



1. 11 dispose aussi de biens sis au comté de Grenoble (Jlist. de Fr., 
t. VIH, p. 412), mais c'est à titre de propriétaii'e. 

2. Sans doute parce que celui-ci était administrativement rattaché 
au N'iennois comme comté de Tullins, ce qui concorderait bien avec 
riiypothèse de M. Long.non (Allan hial., texte, p. l'M) sur l'identité du 
paffus Salmorinct'nsis et du comilatus TuUianensis, et expliquerait en 
partie les luttes qui se produisirent au sujet de la possession de ce pagus 
entre les églises de Vienne et de Grenoble, et (jui aboutirent en 1077 
au partage du territoire contesté. 

'i. Cf. LoNGNON, A/las hist., pi. VI. 

'». Diplôme perdu mentionné dans une charte de Cbarles le Chauve 
du l'''' octobre 875 « [preceptum] Ludovici nepotis nostri : » ce qui ne 
laisse aucun doute sur le Louis auquel il convient de l'atti-iljuer (Du- 
IIAMF.L. Fraf/))i. d'anciens c((rtulaires de l'évrchii d'Oraïuje. dans Mt'tn. 
de VAcad. de Vaucluse. t. XV, p. 'MO, n" vni). 

5. Lettres de Louis II (dalL Chr., t. XVI. instr.. c. 7;J ; Boijimku- 
MuEiM.»., n" 1208) et de Lothaire II {iliid.. n» 1289) à rarchevèqiu» Adon. 
Les archevêques Roland d'Arles et Arpen d'Lmbrun assistèrent à un 
concile convoqué à Pavie par l'empereur Louis (llAiiTziu;iM, Cimcil. 
German.. t. II, p. 331). 

6. Ann. lier tin., a. 869, p. 106. 

7. Kestitution au monastère de Saint- Pierre de \'ienne de la villd 
Vogoi'ia (CilEVAi.iEl!, Cartid. de Saint-Maurice, p. r)6). 



36 MORT DK LOTIIAIRR lî. — TRAITl'; DE MEERSEN [869-870] 

qui restait en relations avec lui'. Rémi de Lyon conservait 
également auprès du nouveau souverain la faveur dont il avait 
joui auprès du père et du frère de celui-ci'. Girard en parti- 
culier était resté en possession du comté de Vienne, sans doute 
aussi du Lyonnais, et il est très probable que ses fonctions 
de duc lui demeurèrent jusqu'à la fin du règne de Lothaire IL'. 
Celui-ci, le 8 août 860, mourait à Plaisance sans laisser 
d'enfants de sa femme Theutberge''. Charles le Chauve, qui 
se trouvait à Senlis lorsqu'il reçut la nouvelle de la mort de 
son neveu, se hâta de prendre toutes les dispositions néces- 
saires pour mettre la main sur lo royaume devenu vacant. 
Il reçut, d'abord à Attigny, puis à Aix, ensuite à Gondreville, 
les hommages des seigneurs lorrains, bourguignons et pro- 
vençaux'. Mais Louis le Germanique qui, occupé par sa 
guerre contre les Slaves, avait d'abord laissé agir son frère, 
réclamait aussi sa part et menaçait, si on la lui refusait, 
de la prendre de force. Une série de négociations assez péni- 
bles occupèrent la fin de l'année 869 et les premiers mois 
de 870, pour aboutir enfin, au mois d'atnit 870, au ti-aité de 
Meersen''. 11 n'entre pas dans le plan de notre travail d'étu- 
dier celui-ci en détail'. Nous nous bornerons à constater que 
tous les pays recueillis par Lothaire 11 dans l'héritage de son 
frère (;harles de Provence se trouvaieni, à la suite de l'accord 
conclu à Meersen, placés dans le lot de Charles le Chauve. 
Celui-ci devenait ainsi possesseur du Lyonnais, du A'ionnois 
avec lo Sermorens, du A'ivarais et de l'Uzège. La part faite 



1. C'est lui que Lothaire clioisit, en 806, pour plaider près du pape 
la cause de Waldradc (Ann. /ierlin., p. 8;>). 

2. /fisl. (le Fr., t. YIll, }). 408-409, n" ix et n" vni (qui doit être 
un ])eu postérieur). 

;{. Il olitient des diplômes de Lothaire II {Ilisl. de Fr., t. VllI, p. 
410; CiiEVAiJEH, Carliil. de Saint- M(tnrice, p. 56). Adon de ^"ienne, en 
envoyant un de ses clercs au pape Nicolas I, le (lualilia de « presbyter 
Gerardi coniitis », ce ([ui excita le courroux du souverain pontife 
(.Iakfé, n- 2790 ,■ MiGNE, t. CXiX, col. 917). 

4. Ann. Berlin., a. 869; cL P.ahisot, op. cil., p. 321. 

5. On avait dû prévoir ses idé(>s de conquête, car, dés le T) septem- 
bre, lladi'ien II adressait une lettiu' aux grands du royaume de Charles 
pour les inviter à détourner leui- roi de ses projets d'invasion (.I.mfé, 
n"^ 2917-2918). . 

6. Ann. /ierlin.. a. 870, p. 108-110; Pauisot, op. rit., p. 340 et suiv., 
(^t p. 366 et suiv. 

7. Il vient d'être (railleurs très coniplélcnient examiné i)ar M. I'a- 
HISOT. o/i. rit., p. ;{69-:!78. 



[8701 l'.KCLAM.VTIoNS HK l.dl IS II 37 

en 863 à l'empereur Louis ne s'augmentait d'aucune acqui- 
sition nouvello, alors que cependant il prétendait avoir droit, 
comme frère du défunt, à la totalité de l'héritage'. Dès le 
mois de noyond)re 869 ses envoyés, accompagnés de ceux du 
pape Hadrien 11, étaient venus trouver Chaides le Chauve à 
CTondreville, pour l'inviter à s'abstenir de toute tentative sur 
le royaume de Lothaire'. Dans le courant de l'année 870 d'au- 
tres ambassadeurs du souverain pontife et de l'empereur se 
rendirent pour le même objet auprès de Louis le Germanique''. 
Celui-ci s'en débarrassa on les renvoyant à son frère Charles, 
qui les reçut à Saint-Denis et auquel ils présentèrent les 
mêmes remontrances'. Mais Charles, qui se sentait peut-être 
appuyé par une partie de l'épiscopat du royaume de Provence", 
ne tint pas de ces observations plus de compte que l'année 
précédente. 11 choisit au contraire le moment où les députés 
se trouvaient auprès do lui pour aller se mettre en possession 
du pays que lui concédait le traité de 870, et spécialement du 
Viennois, toujours occupé par le comte Girard. La situation 
de celui-ci vis-à-vis de Louis II paraît avoir été assez indécise. 
D'une part, en effet, il avait reçu flu pape Hadrien l'ordre 
d'avoir, comme sujet de l'empereur, à ne tolérer aucune autre 
intervention que celle de ce dernier dans les élections épis- 
copales'"'. D'autre part ses actes n'indiquoid pas qu'il ait re- 



1. La lettre d'Hadrien H aux grands du royaume de Lothaire (Jakfé, 
n" 2921 ; MiGNE, t. CXXII, coL 1296) le dit: « regni totius heredem. ». 

2. Ann. Berlin., a. 869, p. 107-108. 

3. Ibid., a. 870, p. 113. 

4. Ibid., p. ll'i. Lettre d'Hadrien II à Charges le Chauve (.J.wvÉ, 
n« 2926; Micne, t. CXXII, c. 1297): « Kegnum quundam Lotharii iin- 
« peratoris quod spiritali filio nostro domno Ludovico .\ugusto, tilio ejus ; 
« juxta divinas et humanas leges... dcbetur». — Hadrien écrit encore 
dans le même sens aux évéques et aux grands du royaume de Charles 
(.L\FFÉ, n°* 2927, 2928, 2929). 

5. Nous adoptons la manière de voir de M. Parisot (op. cit., p. 392) 
(jui relève avec raison la présence de Rémi de Lyon et d'.\don de 
Vienne, en juin 870, au concile d'Attigny (Mansi, t. XVI, c. 260). — 
Adon est favorable à Charles dans sa chronique, mais peut-être est-ce 
simple justice, quoi qu"en pense M. Parisot. 

6. Nous voulons parler de deux lettres, connues seulement par l'ana- 
lyse étendue qu'en donne Hugues de Llavigny (Cliron. Virdioiensi-, 
Mou. Germ., .S'.S\, t. VIII, p. 35'»: .Iauké, n"^ 2922 et 2923) et aux- 
quelles on adonné parfois une portée trop générale. Dans la seconde de 
ces lettres, adressée au comte Girard et au comte Kotfrid, Hadrien II 
interdit de consacrer, en Gaule et en I$oiu-gogne, d'autres évê(iues qu»> 
ceux qui auront ol)tcnu l'agrénient exprès de reuipereur. (»n a vu 



38 ROLE DU COMTE GIRARD [870] 

connu sans hésiter, immédiatement après la mort de Lothaire, 
la souveraineté impériale, et nulle armée italienne ne vint le 
secourir dans sa lutte contre Charles le Chauve, bien que 
Louis II lui-même paraisse s'être considéré comme le 
légitime souverain du Lyonnais et du Viennoise 



là une concession générale, « se . rattachant très probablement aux 
efforts que fit l'empereur Louis II pour exercer quelque pouvoir eflectif 
sur l'ancien empiredeCharlemagne »(?. Viollet, ///s/, f/es inslituiions 
politiques de la France, t. I, p. 415). D'autres, au contraire, comme 
M. Imbart de la Tour (Les élections épisropales dans réf/lise de France, 
p. 215), ont, avec raison, jugé une telle opinion peu vraisemblable. 
NooRUEN {Ilinkmar, p. 250) admet même (pie Hugues de Flavigny n'a 
fait que recueillir des traditions inexactes et conclut contre l'autlienti- 
cité des deux lettres. Parisot {op. cil.,]). ;J5i) n'(>st pas loin de le suivre 
dans cette voie. Le P. Lapôtre (Le pape. Jean VIII, p- 222) admet sans 
discussion l'authenticité, mais semble, sans le dire expressément, en 
restreindre la portée au royaume de Provence. — C'est cette dernière 
opinion qui nous paraît le plus vraisemblable. Il ne faut pas oublier, 
en effet, que ces lettres ne sont connues que par l'intermédiaire 
de Hugues de Flavigny, lequel vivait à une époque où les mots 
Gallia, et surtout Gallia Cisajpina, s'employaient pour désigner la 
Provence, ou plus exactement le royaume Rodolphien (cL infra, 
Append. I). 11 ne faut pas, semble-t-il, dans le texte en question, leur 
donner une extension plus grande, soit (jue Hugues de Flavigny y 
ait introduit ces termes, soit peut-être que le pape Hadrien ait 
employé l'expression de Gallia Cisalpina (qu'on trouve, on se le 
rappelle, dans une lettre d'Hincmar à Girard) et que l'épithète 
Cisalpina ait disparu dans l'analyse du C/ironicon Virdunense. Autre- 
ment, on ne s'expliquerait guère que le souverain pontife ait nommé 
en première ligne le comte Girard, qui n'était pas dans la Gaule lato 
sensu un très puissant personnage, et le comte Hotfrid, inconnu d'ail- 
leurs, — ni même qu'il se soit adressé à des comtes plutôt qu'au roi 
Charles le Chauve en personne. On s'explique, au contraire, qu'il en 
ait été ainsi si la lettre s'adressait aux principaux comtes gouvernant 
au moins une partie du royaume de Lothaire II après la mort de celui- 
ci. Aucune source ne fait allusion à un acte général de ce genre, 
qu'Hincmar, par exemple, eût certainement mentionné et contre lequel 
il eût énergiquement protesté. Nous croyons donc qu'il ne faut a1tri- 
buer à ces lettres qu'une portée restreinte. Hadrien 11 veut empêcher 
que les deux oncles du feu roi — ou Girard lui-même, ainsi (jue le 
prouve la suite de la lettre — n'agissent au détriment des droits de 
l'empereur Louis II, dans un royaume qui devait être réservé à celui-ci. 
1. .M. LoNGNON, op. cit., p. 261 et d'après lui M. P. Meyer ((^/rfl/-/ de 
Houssillon, Introd., p. v) admettent que Girard cherchait à se rendre 
indépendant à la fois de (Charles le Chauve et de Louis. M. Longnon in- 
voque à l'appui de cette opinion deux actes, dont l'un semble très pro- 
bant, puis(|ue Girard lui-même y figure, et qui sont datés de « l'an 1 après 
la mort de Lothaire^ », au lieu de l'êti-e d'après les années de l'empereur 
Louis, comnu! ils l'auraient été si celuicn avait été reconnu dans le pays 
où les actes ont été rédigés. Mais il faut remarquer (|ue ces deux actes 
(Charles deCluny. n"" l'i et 15) sont d'une é|)o<pu' antérieure au traité 
de .Meersen et à la (in des négociations entre les souverains, c'est-à-dire 



[870| CHARLES LE CMAIVK A VIENNE 'M) 

Après avoir accordé aux envoyés de reinpereur et du Saint- 
Siège la grâce de son fils Carioman, qui, au commencement 
de celte même année, avait été privé de ses abbayes et 
interné à Senlis', Charles le Chauve se rendit avec eux à 
Reims, où il réunit ses fidèles pour l'expédition, et de là 
marcha sur la Provence. Mais, à I.yon, Carioman, auquel son 
père avait imposé la condition de l'accompagner, profita de 
l'occasion pour s'enfuir pendant la nuit', et pour aller organiser 
en Belgi([Uo une petite armée de partisans avec laquelle il vécut 
sur le pays '. I]ien que 1res atïligé de cette désertion, Charles, 
après avoir mandé à Hincmai- de faire prendre par les 
évéques de sa province les précautions nécessaires pour résis- 
ter au fugitif", continua sa route et vint mettre le siège 
devant Vienne. L'épouse de Girard, la célèbre Berthe, défon- 
dait la place pendant que son mari était enfermé dans un 
autre château . Il ne parait pas j avoir eu de combat à pro- 
prement parler, mais les campagnes qui entouraient la cité 
furent horriblement dévastées par l'armée royale''. Quant à 

d'une époque à laquelle la souveraineté du pays pouvait être à bon 
droit considérée comme indécise. — Sur les motifs qui pouvaient déter- 
miner Girard, ancien fidèle de Lothaire I et de deux de ses fils, à sou- 
tenir Louis II, cf. Parisot, op. cit., p. 340. 

1. Ann. Berlin., p. 109. 

2. Ann. Berlin., p. 114. 

3. Ibid. et Flodoard, Ili.^t. Rem. EccL, 1. III, c. 18; .s\S\, t. XIII, 
p. 508. Comme l'a déjà remarqué M. Longnon (op. cit., p. 362, n. 2), 
l'expression « qui a se desciverat » appliquée à Girard n'a qu'une 
valeur pour ainsi dire officielle et de convention. Elle n'implique pas 
que le comte de Vienne ait jamais effectivement reconnu Charles le 
Chauve, mais représente la manière dont ce dernier prince et son 
entourage affectaient d'envisager les choses. — Sur l'histoire ultérieure 
de la révolte de Carioman, cf. les très nombreuses lettres écrites à ce 
sujet par Hincmar. (Schri*:hs, Reg., n"'^ 290 a 294, 'iOo), à divers ccnites 
et évéques. C'est, sans doute, parce (ju'il voyait là un obstacle à la 
conquête du duché de Lyon par Charles le Chauve ([u'IIadrien II semble 
avoir pris en (juelque sorte Carioman sous sa protection, défendant aux 
évéques du royaume franc de l'excommunier (.Iafi'É, n°* 2940 et 2941). 

4. Ann. Bertin., p. 114; Flijdoard, lac. rit. Cf. note précédente. 

5. Ann. Bertin., loc. cit. 

6. Ann. Bertin., a. 870, p. 115. Elles indiquent ces faits comme 
s'étant passés dans la dernière partie de l'année. 11 est possible (jue l'on 
puisse un peu préciser et admettre que('liarles était devant Vienne dèà 
la fin de novembre. Ln diplôme pour le prieuré de Gouclot (llisl. df Fr., 
t. Vlil, p. 6;!1) est, en effet, ainsi daté : « Datum VIII kal. decembris, 
« indictione II, anno XXVIIl régnante Karolo gloriosissimo rege et in 
« successione regni Lotharii anno I, actum \'ienna. » Cette date a déjà 
embarrassé les éilifeurs du /i/'c d'-.t //ist. di- l'rnnce. et elle est dou- 
teuse. L'an du règne, en effet, corres])ond à 867, date à laciuello Lo- 



40 CHARLES LE CFIAUVE A VIENNE [870] 

la ville elle-même, Charles n'eut pas besoin d'un assaut'; il se 
borna à recourir à des « moyens ingénieux », évidemment 
ceux employés dans toutes les guerres de ce temps, c'est-à- 
dire des promesses de bénéfices et d' « honneurs »'. Berthe vit 
qu'il n'y avait plus qu'à capituler; elle prévint Girard et celui- 
ci vint lui-même discuter les conditions du traité et rendre la 
place au roi, qui y entra le 24 décembre'. Après avoir exigé 
du comte Girard des otages pour garantir la remise des for- 
teresses des environs, Charles lui fournit trois bateaux sur 
lesquels il s'embarqua avec son épouse^ pour gagner les do- 
maines de l'empereur Louis II où une tradition très vraisem- 
blable leur faisait terminer leurs jours'. Charles, ayant ainsi 
achevé de se mettre en possession de son nouveau royaume, 
et rappelé dans le nord par la rébellion de son fils Carloman, 
ne tarda pas à reprendre le chemin de la Bourgogne, laissant 
le gouvernement du pays conquis à son beau-frère et favori, 
le comte Boson^ 



fhaire vivait encore, l'indiction et l'an de la succession en Lorraine à 
869. Mais le 24 novembre 869, Charles était à Gondreville (flisl. deFr., 
t. VllI, p. 621, cf. Ann. Berlin., a. 869, p. 107). Il semble qu'il n'y ait 
pas lieu de tenir compte de Fan du règne en France, qui est évidem- 
ment inadmissible, peut-être restitué postérieurement dans ce diplôme 
qui n'est connu que jiar des éditions. Il faut admettre, en outre, une 
erreur dans le chiffre de l'indiction et, chose plus grave, dans le compte 
des années du règne en Lorraine. Mais il semble bien difficile de faire 
autrement. En outre, l'expression « Actum Vienna », au lieu de « prope 
Viennam » ou (juelque autre formule analogue, est un peu surpre- 
nante. L'acte n'est, d'ailleurs, pas suspect. Conservons-lui donc la date 
du 2'i novembre 870, tout en faisant remarquer ([u'elle est très incer- 
taine, et que s'il y a eu des erreurs dans les dates d'années, il peut y 
en avoir eu aussi dans la date de jour. 

1. M. Longnon et M. Meyer admettent comme nous qu'il n'y eut })as 
de combat. M. MuEnLUVCiiEK, Deutsche Gesch. iiiilcr den KaroUnQern, 
p. 5'i8, croit à tort à une lutte sérieuse. 

2. Ann. Berlin., toc. cil.: « ingeniose cogitans». Le Chron.S. Maxrn- 
lii Piclavensis (Ckronif/ue.'i des églises d'Anjou, p. 369) dit assez exac- 
tement : « A. DCCCL.XX. fuit Vienna Carolo data. >> 

3. Ibid. 

4. Ann. Berlin., loc. cil. 

5. A Avignon en 873 et 877, .selon les corrections ingénieusement 
apportées par M. Lon{;no.n (pp. cil., p. 26'») aux dates inadmissibles four- 
nies j)ar le Chron. Vizeliarense (Laimîe, BihI. noiui. niss.. t. I, p. ;)9'»). 

6. A lin. Berlin., loc. cil. Un certain nombre de chartes privées du 
Viennois rapp(>llent cette succession de Charles au royaume de son 
neveu, en datant, par exemple : « Régnante domno nostro Karolo in 
regno condam nepotis sui. » (Charles de Cluni/. m" 12: darlul. de 
Sainl-André-leBas, w"^ 8*, 106* et 109*). 



(^HAPITRE II 

LE COMTE BOSO.X 
(869-870) 

Le personnage auquel Charles le Chauve venait de conlîer 
ainsi le comté de Vienne et qui portait le vieux nom germa- 
nique de Boson', assez répandu au ix* siècle et même durant 
la période mérovingienne, n'appartenait pas, du côté paternel 
du moins, à l'une des familles les plus connues de l'aristocratie 
franque, et l'on ne possède sur le futur roi de Provence qu'un 
nomijre restreint de renseignements. Il n'est cependant pas 
sans intérêt do les réunir et de chercher à connaître, autant 
(jue possible, qutds ('(aient les personnages à la famille des- 
quels se rattachait le comte Boson. 

Le père de celui-ci, au témoignage d'Hincmar", était comte 
et se nommait Bivin ou Buvin^ II faut certainement l'identi- 
fier avec un comte lorrain de ce nom, auquel on donne parfois 
le titre de comte d'Ardennes '\ mais sans qu'aucun texte con- 
temporain vienne appuyer cette hypothèse. Les premières 
mentions que l'on rencontre de lui se trouvent dans des di- 



1. Se rattachant au radical bosi = bœse; cf. Fœrstekma.nn, AUileut- 
sches Namenbtich, t. I, p. 277. 

2. Ann. Berlin., a. 8G9, p. 107. 

3. On traduit parfois ce nom par Beuves. qui répond à Bavo-Bovonis. 
et les textes du i.\« siècle mentionnent des personna.ircs du nom de 
Bovo, alors que tous les documents dorment au père de Boson le nom de 
Biiviiiiis ou Bivinus. 11 y eut à Gorze un abbé iJuvinus, ])ère de Boson 
(cf. infra), et un peu plus tard un abbé Bovo (Cnrtul. tlf (iorze, n» 70), 
primitivement prévôt de la maison (//>., n" 65). Certains auteurs mo- 
dernes appellent Buwin, le père de Boson, par ex. Diiemmi.er, Ostfr. 
lit'icli., t. II, p. 286, d'après le Buvinus des Aiin. Beitininni. .Nous j)ré- 
férons, comme M. Parisot, la forme Bivin, calquée sur la forme Bivîiiuk 
des chartes du Cartulaire de Gorze, que nous ne connaissons malheu- 
reusement que i)ar des copies du xi« siècle. 

4. Cf. infra, Appewl. iv lY. ^\, p. :J08-:ni. 



42 LE COJITE UICIIAKD 

plômes relatifs ;"i son frère, le comte Richard. Ce dernier, 
ostiaire du palais au temps de Louis le Pieux.', avait été grati- 
fié par ce prince de la villa deVillance en Ardenne" et il semble 
avoir joué un certain rôle à cette époque. Il faut en effet sans 
doute le reconnaître, bien que son titre d'ostiaire ne lui soit 
point donné, dans le Richard sur le rapport duquel sont accor- 
dés deux diplômes de Louis le Pieux de 831 et de 832, pour 
l'évêquo de Tongres'' et pour le monastère d'Eichstsedt en 
Bavière \ On sait d'ailleurs qu'il devint comte" à une époque 
indéterminée^ Il y a, par suite, quelque vraisemblance à l'iden- 
tifier avec le comte Richard qui, vers 825, remplissait en 
même temps que l'évêque de Langres, Albéric, les fonctions 
de misms dans les pays de Tarentaise et de Vienne'. Mais, 
partisan de Lothaire, il suivit celui-ci dans sa rébellion de 
833, fut disgracié avec lui en 834 et privé de ses biens. Il 
dut très probablement accompagner Lothaire dans son exil en 
Italie* et, en 839, fut l'un des députés envoyés par lui auprès 
de Louis, pour solliciter son pardon et pour obtenir un 
nouveau partage de l'empire ^ C'est au commencement de juin 
que l'empereur se réconcilia avec son fils rebelle'". Le négo- 

1. Diplôme de Louis le Pieux, du 26 juillet 839 (B(»':ii.MEit-MrEHLn., 
n" 964; SiCKEL, Acta A'arol., t. 11, p. 200; Beyeiî. Mitlelrheiîi. Urkun- 
(Icnhucli, t. I, Coblenz, 1869, in-B», p. 74): « Richardo tune temporis 
ostiario nostro. » 

2. Diplôme cité à la note précédente. — Villance, Belgique, prov. 
Luxembourg, arr. Neuchateau, canton Saint- Hubert. 

;{. SicKEL, Acta Karol., L. 285. 

4. Ibid., L. 299. 

5. Il est (lit « ((uondam cornes » dans un diplôme de Lothaire 1, du 
12 novembre 842 (B(«;ii.mer-Muehlb., n° 1060; \Sv.\E\\, Miltclrh. Urkun- 
(lenbucli, t. I, p. 78). 

6. On ne peut dire qu'd n'était pas comte au moment où il reçut le 
domaine de Villance, ce que semblerait cependant indiquer un diplôme 
do Lothaire II (B(ji';iiMEi!-MuEiiM$., nol270)(iui, visant le précepte [perdu] 
de donation de Louis le Pieux, parle seulement de « viro illustri Ki- 
chardo » sans lui donner le titre de cornes. Mais ce fait ne saurait con- 
stituer un argument, car le diplôme ne mentionne pas davantage les 
fonctions d'ostiaire dont Richard était certainement investi au moment 
où il reçut le domaine de Villance (cf. B(»:ii.MEr.-MiiEiiLiJ., n" 964). 

7. ContmemoriUio rnissis data, dans BoriETnjs-KnAUSE, t. I. p. .'JOH. 
FAKMiT (doiiDiieutarii de rehus Franciae orientalis, t. 11, p. 273) voit, 
au contraire, dans ce missus le père de Richard l'ostiaire. 

8. Diplôme précité de Louis le Pieux de 8;!9 (B()I':iimek - MuEin.n., 
ir' '.Hj'j). Il reçut, sans doute, à cette époque de Lothaire, des bénélices 
au comté de Reutiio (Boi-iimek-Mtemli!., n" 1029). 

9. iNrniAi!!), j/istorifie, L I, c. 7. 

10. Atin. Berlin., a. 839, p. 20. 



LK COiMTK lilVlN i3 

ciateur, le comte Richard, ne s'oublia pas lui-nirmc et fit 
aussi sa paix avec Louis le Pieux, qui, le 2(5 juillet do la 
même année, lui restituait le domaine de Villance. Uicliard 
mourut avant le 12 novembre S42', laissant à ses exécuteurs 
testamentaires, c'est-à-dire à son frère Bivin, au comte pa- 
lalin Girard et à Basiû Tancrade, le soin de livrer à l'abbaye 
le domaine de Villance que lui léguait le feu comte avec 
aussi le reste de ses biens-. 

Bivin, frère de Richard, est encore connu par d'autres 
textes. On ne peut guère douter, en effet, qu'il ne soit le 
même que le comte de ce nom qui fut, durant quoique temps, 
abbé laïque du monastère de Gorze au diocèse de Metz\ Cotte 
abbaye lui avait été donnée, à la mort de l'abbé Haldin, par le 
roi Lothaire II, c'est-à-dire à une date postérieure au 28 sep- 
tembre 855''. Il est, d'autre part, mentionné dans ces fonctions 
dès le 8 juillet 85(5 ^ On le rencontre ensuite dans deux 
chartes de 857 ^ portant le double titre de comte et d'abbé 
de Gorze. Mais cet administrateur laïque laissait, parait- 
il, péricliter les biens de l'abbaye confiée à ses soins, 
donnait les biens du monastère en bénéfice à des laïques et 



1. Diplôme précité de Louis le Pieux. 

2. B()h:HMER-MuEiiLi$., no 1060, page précéd., n. 5. 

3. L'identification est d'autant plus vraisemblable qu'en 910 la fille 
de Bivin, sœur de Boson, l'impératrice Richilde, veuve de Charles le 
Chauve, donne à cette môme abbaye de Gorze des biens sis en Verdu- 
nois et eu Chaumontois (Carful. de Gorze, n"'^ 86 et 87). 

4. ('harte d'Advence, évèque de Metz, de 863 {Carlul. de Gorze, 
n^ 60, et D. Calmet, Hist. de Lorraine, t. Il, pr., col. l.'JT). La date de 
la mort d'Haldin est inconnue. — Gorze ne tut pas d'ailleurs la seule 
abbaye mise par Lothaire 11 entre des mains laïques, cf. P.arisot, op. 
cit., p. ;581 et 713. 

5. Carlul. de Gorze, n°s 55 et 56. Cf. de Saulcy, Notice sur le Cart. 
de Gorze et table des pièces, dans les Doc. hisl. inéd. extraits des Ar- 
chives des déparlements, t. 11, u, p. 127; Pahisoï, op. cit., p. 126- 
127, n. 2. — Ce sont les deux actes relatifs à une convention de pré- 
caire entre l'abbaye de Gorze d'une part, et Anselomus et sa femme 
Erkensenna d'autre part. Bivin n"a pas dansées actes son titre de comte 
« Monasterium quod vocatur Gorzia ubi in Dei nomine Bivinus abbas 
vel cuncta conpregatio... (n» 55) ; « venerabili Bivino abbati una cum 
illis fratribus « (n" 56). 

6. Gai-l. de Gorze, n"^ 57 et 58. Ce sont encore lesdeux chartes d'une 
précaire consentie par l'abbaye à Fredalous et à sa femme Blitgia. — 
« Monasterium quud vocatur (jorzia ubi Bivinus comes at()ue abbas, 
necnon et Laudianus prepositus » (n" 57) ; « venerabili in Christo 
comiti afque abbati de monasterio sancti Stephani et sancti Pétri vel 
sancti (Jorgonii » (n" 58). 



44 LA FAMILLE DE lilVlN 

tolérait le relâchement de la discipline. Aussi, quelques an- 
nées plus tard, en 863, l'évêque de Metz, Advence, obtenait 
que l'abbaye fut retirée au comte* pour être confiée à un clerc 
du nom de Betton', que l'on trouve en fonctions au mois de 
novembre 864 ^ Cette mention do Bivin en. 863 est la dernière 
que l'on possède de lui. Il n'était peut-être pas mort en 86o, 
quoi qu'en dise Gingins avec son inexactitude habituelle'', 
mais l'était certainement en 869, date à laquelle Hincmar 
accole à son nom l'épithète de « quondam ' ». 

Quant aux ancêtres de Richard et de Bivin, ils sont de- 
meurés inconnus. Gingins a voulu faire de ces deux personna- 
ges les fils d'un « comte Richard plus ancien, proviseur des 
fiscs royaux de Charleraagne vers la fin du viii" siècle® ». Un 
Richard remplit en effet ces fonctions à l'époque indiquée''. 
Mais tandis que le père et l'oncle de Boson avaient leurs pos- 
sessions, semble-t-il, dans la Lorraine actuelle, c'est dans 
l'ouest au contraire que s'exerce surtout l'activité du Richard, 
« proviseur des villas ». 11 faut en effet très vraisemblable- 
ment l'identifier, comme l'a fait Mabillon*, avec le comte Ri- 
chard qui en 782 assiste à un plaid royal tenu àQuierzy, pour 
juger de la revendication, par l'abbé de Saint-Denis, do biens 
sis dans le Talou^ C'est le même encore (j[ui, en 783, remplit 
avecWilbert, plus tard archevê(iue de Rouen, les fonctions de 



1. Charte d'Advence citée n. 3 : « Expositis privilegiis et cartulis 
« ([uibus sacer lociis nitebatur, a potestate illicitae dominationis eruere 
« festinavi. » — Un autre Bivin fut abbé de Gor/.e à la fin du i.\^' siècle 
{Carlvl. de (iorze, n"^ 77 et 8'j). 

2. Sans doute celui qui fut chargé d'une mission auprès de Charles 
le Chauve par le même Advence, dans le courant de cette année 86;> 
ou en 86'i (Mansi, t. XV, p. 371 ; Jakké, n" 2768). — Cette conjecture 
a été également indicjuée par M. Parisot, op. cit., p. 255, n. 1. 

■i. Échange entre Ansbald, abbé de Priim, et Belton, abbé de Gorze. 
{Carlid. de Gorze, n" 61). 

'i. linsonides, p. .'59. Il s'appuie non sur le diplôme de Lothaire 11 de 
865, comme il le dit inexactement, mais sur l'acte de tradition de Vil- 
lance au monastère de Priim, ([ui figure à la suite des extraits du ('art. 
de Priim, publiés par MAKTi;NE et Durand {Atnpl. Co/L. t. 1, p. 175) ; 
mais l'épithète de « quondam )> a été rajoutée dans l'acte en (luestion 
par Gingins, qui interpole volontiers les textes qu'il cite, et ne figure 
pas, en réalité, dans le document publié par les deux bénédictins. 

5. Anii. liertiii., loc. cit. 

6. liosonideii, p. 'M . 

7. Vila Liidovici, c. 6, I/o//. Crrm., SS.. t. Il, p. 610. 

8. .1////. Jirncd.. t. Il, j). 2'i6. 

9. JIi.s(. de /•'/•.. t. V, p. 7'i6. 



LA FAMILLE DE HFVIN 45 

77iissiis dans le Maine et dans riliémois ', et quelfiues années 
après, à la mort de (lui, abbé laïque de Fontenelle, assiste 
Landri, abbé de Jumièges, dans la recension des biens du 
monastère'. En somme, l'hypothèse de Gingins ne repose que 
sur une similitude de nom, et celui de Richard est trop répandu 
pour qu'il soit possible d'identifier avec quelque vraisemblance 
le père du comte Bivin et le }?iissi(s du Maine et de l'IIiômois. 
Bivin laissa certainement deux fils : Richard, plus tard 
comte d'Autun, Boson, dont l'histoire forme l'objet d'une 
partie du présent travail, et une fille, Richilde, que Charles 
le Chauve épousa en 870''. Le nom de sa femme est 



1. Mabillon, op. cit., p. 248. 

2. (icsta ahb. Fonlanr//.., c. 15 (Mon. Grrm.. .9.9., t. II, p. 296). 

3. Divers autcui's ont, en outre, attribué à Bivin plusieur.s autres 
fils. L'attribution n'est en général pas soutenable. 

a) Rathert, évèque de Valence. — Il n'y a rien dans la C/iroiiiqiie 
des évrques de Valence el de Die (publ. par V. Chevalier, Carlul. de 
Saint-Maurice de Vienne, p. 61) qui fasse allusion à cette prétendue 
parenté, admise par Columbi (Hpiscopi Valent inenses, p. 13), par H. 
'Bouche (Ilist. de Provence, t. I, p. 759), pnr Ciioriek {/list. de Dau- 
phiné, t. I, p. 540). L'origine de cette attribution doit être cbeichée 
dans les Annales de Boiinjoi/ne (p. 112-113) de Pakadin, qui ap[)uyait 
son système d'une charte de Boson pour le monastère de Charlieu. 
Rathert d'après cet acte aurait fondé l'abbaye, et son frère, après l'avoir 
dévastée, l'aurait rétablie et enrichie; mais la charte est fausse, et fa- 
briquée très probablement par Paradin lui-même. 

h) Garnier ou \\'arnier, père de Manassés, archevêque d'.\rles. — 
Les auteurs de VArl de vérifier les dates (t. II, p. 428) qui proposent ce 
système, reconnaissent eux-mêmes que ce Garnier peut n'être qu'un 
parent de Boson, et c'est ce que nous savons en effet. Ce personnage 
était devenu, par son mariage avec Theutberge, fille de Thibaut, le 
beau-frère de Boson, comte d'Arles, et d'Hugues de Vienne; il se trouvait 
donc être le cousin, par conséquent, du roi Boson, ainsi que l'on s'en 
rendra compte en consultant le tableau joint au présent travail. 

c) Bernoin, archevêque de \'ieniie. — Nous avons pour ce dernier 
le témoignage exprès de Hugues de Fi.avignv (Chmn. Virdunense, 
Mon. (ierm., S S., t. VI 11, p. 356), qui fait de Bernoin le frère de 
Boson. Ce chroniqueur est évidemment très postérieur, mais néan- 
moins il a connu, en ce qui concerne Boson, une source dont nous no 
pouvons déterminer la nature, et (lu'il est seul, parmi les auteurs 
d'histoires universelles du moyen âge, à avoir employée. Seul, en 
effet, il indique les assemblées de Mantaille et de Valence, en utilisant 
leurs actes, ou un texte inconnu qui avait résumé ceux-ci. Il est seul 
aussi à qualifier Bernoin de vicaire du pape dans les Gaules, et 
l'épitaphe de l'archevêque atteste que celui-ci porta réellement ce titre 
(Terreuasse, Insrr. du moyen àqe de Vioine, t. II, p. 126). Le 
témoignage de Hugues a donc quelque valeur, et il faut tenir un cer- 
tain compte de son affirmation. Mais cependant le (Jhr. Virdunense 
n'est pas exempt d'erreurs, et pour admettre complètement le fait, il 



46 FAMILLR MATERNELLE DE BOSON 

inconnu ', mais nous savons qu'elle était sœur de la femme 
deLothaire II, la reine Theutberge^ et du duc Hubert, fille par 
conséquent comme eux d'un certain comte Boson '*. Les textes 
qui fournissent le nom de ce dernier ne font connaître ni le lieu 
dans lequel ses bénéfices étaient situés, ni son pays- d'origine. 
Celui-ci doit peut-être être cherché dans l'ancienne Austrasie, 
où l'on rencontre également la famille de Bivin, et où l'on 
trouve, dès le vu'' et le vin' siècle, divers exemples du nom 
de Boson''. Quant à ce comte, que nous appellerons Boson 
l'Ancien, il est très probablement" le même qu'un comte ita- 
lien de ce nom qui, en 826, reçut de l'empereur Louis le Pieux 



faudrait pouvoir le vérifier par ailleurs. Or, c'est ce qui n'a pas lieu. 
Le Catalogue épiscopal de Vienne n'indique nulle parenté de l'arche- 
vêque Bernoin avec les souverains du pays. Il n'en est pas fait 
mention davantage dans les actes du concile de Valence et dans les 
diplômes de Louis de Provence. Le fait est d'autant plus à noter que 
le prélat joua un rôle important lors de l'élection de Louis, et qu'il 
parait, ainsi que nous le dirons plus loin, avoir durant la jeunesse de 
ce prince, exercé une sorte de régence en même temps que la reine 
Ermengarde. D'autre part, nous suivons, assez régulièrement, dans 
cette famille de Boson, la transmission des noms et celui de Bernoin ne 
s'y rencontre à aucun degré. 11 y a peut-être eu, de la part de Hugues 
de Flavigny, confusion entre ce que les actes de Valence disent de 
Richard, oncle du jeune Louis, et ce qu'ils disent de Bernoin; la 
parenté ainsi indiquée entre Boson et Bernoin, si elle n'est pas a priori 
inadmissible, reste donc cependant fort incertaine. 

1. Elle figure sous le nom d'Alda dans le fantaisiste roman de 
iîouis {La royale couronne (T Arles, p. 127), et c'est de là, sans doute, 
que ce renseignement a passé dans le dictionnaire du comte de Vii.le- 
NEUVK (Slatisii(/ue des Bouches-du-lihône, t. 11, p. 113), lequel ne cite 
point ses sources. M. Parisot (pp. cil., p. 88) suppose que cette femme 
se nommait l{icliilde. ce qui est une hypothèse assez séduisante, mais 
il ne faut pas oublier que ce nom peut avoir été transmis à la fille de 
Bivin par une ascendante d'un degré plus éloigné. 

2. lliNCMAi! {Ann. Berlin., a. 869, p. 107) dit que Tlieutberge était 
la tante maternelle « matertera », de Boson. 

3. Lettres de Benoit III et de Nicolas! (Jaffé, n"^ 26G9 et 2721). 

4. Un comte et duc du pays de Metz, nommé Boson, est mcntit)nné 
au temps de Dagobcrt I, par la Vita S. Sercni {IJisl. de l'r.. t. V, 
p. 482). Ln autre Boson souscrit un diplôme de Charles Martel, maire 
du Palais, en faveur de l'église de Maestricht {llisl. de Fr., t. IV, 
]). 6'.»9). Cn troisième porte en 770 le litre de comte, et donne à l'abbaye 
de Corze, dont Bivin sera plus tard abbé, la villa de Uuiiicy au terri- 
toire de Wavre (Cartul. de dorze, n" 19). 

5. C'est l'avis de Due.mmi.em, Oslfr. Heich, t. II, p. 5; de M. Pakisot, 
op. cit., p. 83. — Papu.n. //isi. de Provence, t. II, p. 128, et Duciiesne, 
I/ist. de Bourf/0(/ne, t. 1, p. 128, avaient déjà reconnu le nom du père 
de 'riioutberge, et en font un comte boui'guignon, mais sans citer 
leurs autorités. 



FAMII.Ll.F. MATKliNKI.LK DP] HOSON 47 

des biens sis à TJiello dans le comté de Vercoil ', Il est, la mémo 
année, chargé d'une enquête relative à la restitution, à l'église 
deGradOjde biens dont le patriarche Fortunat avait indûment 
disposé en faveur de son neveu". En 827, il siège comme ?nis- 
sKs dans un plaid tenu à Turin, et juge un procès intéressant 
les moines de l'abbaye de la Novalaise'*. C'est lui aussi (jui 
paraît figurer, quinzième, dans une liste de personnages 
a3ant prêté, sans doute vers 828 pu 821), un serment de fidé- 
lité''. Il était certainement mort avant 855, date à laquelle 
Theutberge avait passé sous la tutelle de son frère Hubert". 
Il laissait très probablement, outre ces deux enfants et la 
femme de Bivin, un autre fils, nommé Boson comme son 
père, et dont les infortunes conjugales préoccupèrent pendant 
une dizaine d'années les papes et les conciles''. 

Boson, fils de Bivin, se trouvait donc, du coté maternel, 
apparenté à une famille importante, et neveu par alliance du 
roi Lothaire II. On a parfois ' attribué à cette parenté une in- 
fluence sui' les débuts de la carrière du futur roi de Provence, 
mais cette influence nous semble assez douteuse en raison 
de l'hostilité qui devait exister entre les parents de la reine 
Theutberge et leur souverain le roi Lothaire II. Nous n'avons 
pas à nous occuper ici des luttes de ce dernier contre son 
épouse légitime, mais il est nécessaire de dire quelques mots 
du duc Hubert, le plus connu des deux fils de Boson l'Ancien. 

Celui-ci fut un assez singulier personnage, un de ces prin- 
ces rebelles comme il y en eut quelques-uns an ix" siècle, 



1. Diplôme de Louis le Pieux et Lothaire du 10 juillet S'iG (I^oeiimer- 
MuEHLB., n° 805. Cf. ibid., u" 802). 

2. SiCKEL, Acta Karo/.. t. Il, p. 159. 

3. McRVTORi, Aitt. liai., t. 1, col. 481-482; Chron. Novtiliciense, 
1. 111, c. 18. 

4. Boretius-Krause, t. I, p. 377. 

5. « Loco parentum », dit Hincmar (De divorlio Lothnrii ; Micne, 
t. CXXV, col. 6.34. Cf. DuEMMl.ER. Oslfr. Reich., t. II, p. 5).— L'identité 
entre le nom de l'aïeul et celui du petit-fils a engendré de la part 
des chroniqueurs du moyen âge des confusions étranges; cf. .\i lun 
DE Trois-Fontai.nes. C/i7'unique, an. 861 (Mon. (li-rm., .S\S., t. XXllI, 
p. 367-8J. et la note de l'éditeur, M. Scheffer-lioichorst. 

6. Sur ce personnage, cf. infra. Appendice 111, p. 297 et suiv. 

7. GiNGiNS La Sarra (liosoniiles, p. 38) suppose (jue Hoson, comme 
parent de Theutberge, jouit de la faveur de Lothaire. L'idée est pour 
le moins bizarre. Quant à M. lioTROEOis (Le Capihilaire de Kiersi/, 
]). 85 et suiv.), c'est surtout à la succession d'Hubert qu'il rattache les 
débuts de la fortune de Boson. 



48 L'ABBK HUBERT 

occupé surtout comme Carloman, fils de Charles le Chauve, 
comme Hugues de Lorraine, bâtard de Lothaire II, à se 
créer une situation aussi indépendante que possible. A ce 
titre, il mérite d'être considéré comme un précurseur de Bo- 
son, car s'il eût réussi dans ses entreprises, il se serait proba- 
blement constitué, entre les deux royaumes de Lothaire II et 
de Louis II, un état à peu près indépendant. C'est d'ailleurs 
ce que devait faire plus tard, avec un succès plus complet, 
dans les mêmes régions, Rodolphe P'' de Bourgogne, qui suc- 
céda précisément à son père Conrad dans le comté enlevé par 
ce dernier à l'abbé de Saint-Maurice d'Agaune'. 

Hubert, en eff"et, se trouvait, lors de l'avènement de 
.Lothaire II, en possession de l'abbaye d'Agaune'", et peut- 
être de bénéfices dans les pays environnants ^ Lothaire H, 
sous la pression de l'aristocratie*, ou bien aussi pour 
s'assurer l'appui d'une famille puissante, épousait au début 
de son règne Theulberge, sœur de Hubert ^ et donnait 



1. Cf. i)ifra p. 148-149. 

2. Il parait avec le titre d'abbé déjà dans un diplôme de Lothaire I 
du 7 mai 846 (Bœh.\ier-Mueiii,h., n" 1090). Dès le début de son règne, 
Lothaire II lui donne également ce titre dans deux diplômes du 26 oc- 
tobre et du 9 novembre 855 (BŒiiMER-lMuEULii., n"=' 1241 et 1242). 
M. Paiusot {Le royaume de Lorraine, p. 84) suppose qu'il s'agit de 
l'abbaye de Lobbes ; mais c'est contraire au témoignage formel des 
Ann. Lauhienaes qui placent vers 864 le séjour d'Hubert à Lobbes. 
II est vrai que la présence d'Hubert à cette date dans ce dernier 
monastère est assez inexplicable, mais nous connaissons trop mal le 
détail des événements du i.\'= siècle pour rejeter, en raison de considé- 
rations de ce genre, une date fournie par Tannaliste même du monas- 
tère où les faits ont eu lieu. L'hypothèse de M. l'arisot rendrait tt)ut à 
fait inexplicable la conduite de Lothaire 11, doimant, au début de son 
règne, le duché de Transjurane avec l'abbaye de Saint-Maurice à un 
homme qui venait de saccager le monastère de Lobbes. Elle est, en 
outre, en désaccord avec le témoignage de diverses sources {Ann. Lau- 
/nenseti, a. 868; Mon. Genn., SS., t. IV, p. 14; Geiila ej)isr. Cameracrn- 
sium, l. I, c 55 ; .S.S\, t. VII, p. 421 ; cf. DuviviER, lU'vht'rches sur le //ni- 
naul ancien, p. 307), qui rapprochent le récit des dévastations commises 
par Hubert à Lobbes de celui de sa mort, après laquelle les moines 
se bâtent de faire dresser un polyjjtique pour établir le bilan de leurs 
jiei'tes. H nous ])araît plus vraisem[)lable d'admettre que Hubert était 
avant 855 abbé de Saint-Maurice, et probablement possesseur de do- 
maines héréditaires dans les environs de son monastère. 

•i. DrEM.Mi.Eiî, Ostfr. /{eich.. t. II, p. 67, croit qu'Hubert était même 
déjà maiti'e de tout le duché de Transjurane, et que Lothaire n'épousa 
'l'heutberge ([ue jwur acquérir l'alliance du frère de celle-ci. 

4. (/est une conjecture (pie M. I'aiîisot {a]), cit.. j). 8()-7) a su rendre 
vraisemblable. 

5. pAiiisoT, op. cil.. ]). 85. 



[855-857] i;.\l!|!l'; IIURKHT 49 

à celui-ci le gouvernement du duché de Transjurane'. C'était 
le rendre maître d'un territoire important et des passes les 
plus fréquentées par les pèlerins; ce pouvait être aussi une 
voie pour les armées de ceux qui auraient, un jour ou l'autre, 
la tentation de s'approprier la portion de l'empire laissée par 
Lothairel à son fils aîné. Le roi de Lorraine devait, du reste, 
passer sa vie à se repentir du choix qu'il avait fait. Au point de 
vue ecclésiastique, Hubert était un objet de scandale. Il était 
clerc et portait le titre d'abbé, il avait la tonsure ^ mais ses 
mœurs étaient entièrement séculières '\ et Réginon '' le qualifie 
à.\icep]iala% c'est-à-dire d'irrégulier et d'indépendant. Non 



1. RÉGiNON, Chron., a. 859, p. 78 : « Lotharius Hucberto abbati du- 
« catum inter Jurum et Montem Jovis commisit, eo quod tune fidelissi- 
(I mus putaretur, utpote atïinitate conjunctus propter sororem Tbiet- 
u birgam ». La date donnée par lîéginon est inadmissible, car dès 857, 
Hubert était maître du pays, et en révoUe ouverte contre le roi. La 
réalité de la concession faite par Lothaire II à son beau-frère a été con- 
testée par DuEMMLER, Oslf'r. Reich., t. II, p. 6. Nous la considérons, au 
contraire, avec M. Pari sot (op. cit., p. 83), comme vraisemblable, <à la 
condition d'admettre que Hubert se trouvait antérieurement en pos- 
session dans le pays d'une certaine influence et peut-être de l'abbaye de 
Saint-Maurice. — Nous avons employé l'expression de duché de Trans- 
jurane, en rapprochant les termes employés par Héginon à propos 
d'Hubert de ceux par lesquels le même auteur {Chron. a. 888, p. 130) 
désigne le royaume de Rodolphe !«'■ « provintiam inter Jurum et 
Alpes Penninas ». Nous pouvons, d'autre part, conclure d'une lettre de 
Benoît III aux évêques du royaume de Charles le Chauve, que 
Hubert, comme plus tard les rois Rodolphiens. étendait plus ou moins 
régulièrement son autorité sur une partie du diocèse de Hesancon, 
puisque d'après cette lettre (Jaffé, n"2669; Hi.^l. r/e /•'/•., t. Vil. p. 38 1), 
le turbulent abbé s'était mis en possession de Saint-Pierre de Luxeuil, 
monastère sis dans le Portois, c'est-à-dire au nord-ouest du Jura. P(ni 
importe qu'il n'en soit pas longtemps demeuré en possession, comme 
le remarque M. Parisot, op. cil., p. 85. — Ni ce dernier, ni Diimniler 
ne semblent d'ailleurs avoir assez remarqué le rapport territorial qui 
parait avoir existé entre le duché d'Hubert et le royaume de lioui'- 
gogne. 

2. Hubert n'était pas simplement un de ces abbés la'iques comme 
il y en avait beaucoup alors ; il était clerc. Hincmar, qui l'avait sans 
doute connu à Saint-Martin de Tours, lui donne, dans ses Annales 
(a. 862, p. 57), ce titre de clericiis [conjuriatua]. Il en est de même 
dans le De divortio Lolharii (.Migne, t. CX.XV, col. 637) et dans la lettre 
précitée de Benoît 111. Hincmar, du reste, jugeait sévèrement le ])er- 
sonnage, qu'il traite {De Uivorlio Lolh., ihid., col. 630) de « perversus 
homo » et il blâme Charles le Chauve (.1/;//. liertin.. toc. cit.) de lui 
avoir donné l'abbaye de Saint-.Martin de Tours « non satis consulte ». 

3. « Saecularia meditans tantum » (Mime. S. Gennani .Uitssisaiod. 
dans Acta Snncf. Bail., Jul., t. Vil, p. 278). 

4. Chronique, a. 8G6, p. 91. 

5. Cf. DucANGE, sut). v°, qui rap])orte un jjassage d'IsmoRE de Sé- 

l'oLi'AïUJiN. noyuinne de Provence. 4 



^iO I;aBBK IIUnERT [855-857] 

seulement il était marié et avait des enfants ', mais encore il 
vivait avec des concubines, qu'il installait dans ses abbayes; 
il s'entourait d'hommes d'armes et dissipait les revenus de ses 
abbayes à entretenir des chiens, des faucons et des fem- 
mes de mauvaise vie". Au point de vue politique, les dernières 
années de sa vie sont remplies par ses efforts pour se main- 
tenir, contre le gré de son souverain, en possession de son 
duché, en même temps que pour soutenir contre Waldrade la 
cause de la reine Theutberge. Dès la tîn de Tannée 857, Lo- 
thaire, en présence des brigandages de son beau-frère', qui 
menaçaient de troubler la paix entre le roi de Lorraine, et l'em- 
pereur avait dû sévir contre le nouveau duc\ L'expédition 
dirigée contre celui-ci paraît avoir eu peu de résultat\ En 859 



VILLE {De Eccles. offlc, 1. II, c 3) : « Duo sunt gênera clericorum, unuiii 
« ecclesiasticorum sub episcopali regimine degentium, alterum acefa- 
« loruni i(l est sine capite, quam sequantur ignorantium. Ilos neque 
« inter laïcos seculariuin officioriim stiulia, neque inter clericos religio 
« retentat divina ». Un fragment d'un livi'C pénitentiel de Saint-Arnoul 
de Metz, rapporté par M. P. Viollkt (Jlïst. des Institut, polit., t. 1, p. 
338), reproduit à peu près ce passage. — Au ix" siècle, on a une ten- 
dance à appliquer ce terme au.x clercs errants, à ceux qui peuvent en- 
courir les accusations portées contre saint Adon : « Nulla ratione clerici 
« aut sacerdotes habendi sunt, qui abnuUius episcopi disciplina et pro- 
« videntia gubernantur. Taies enim acefalos,id est sine capite priscae 
« ecclesiae consuetudo nuncupavit ». (Capilul. Papiense de 850, dans 
BoRETius-KiîAUSE, t. II, p. 121), « Presbiteri absoluti et vagi... acefali. » 
{(loll. Britannica, Joh. vni, n" xvn ; Jafeé, n" 2973.) 

1. HiNCMAR, Ann. Berlin., lac. cit. ; Folcuin, (icsta abbalum Lohieii- 
sium, c. 12; Mon. Germ., »S\S'., t. IV, p. 60: « Eflicitur ad liaec uxorius 
« liberos procreans et ad siiae damnationis cumulum, nihil cléricale 
« ])raeter tonsuram praeferens. » Il ne faut pas conclure de ce texte, 
connue M. Parisot {op. cit., p. 84), qu'Hubert se soit marié durant 
son séjour à Lobbes. Il était marié à cette date, mais le fait même du 
mariage peut être antérieur, d'après le texte de Folcuin, à l'époque à 
laquelle le peu canonique abbé se mit en possession du monastère. 

2. Lettre précitée de Benoit 111. 

3. La môme lettre fait allusion à des meurtres provoqués par la 
« miserriuia cupiditas » d'Hubert, et qui menacent île troubler la ])aix 
entre les deux frères. II s'agit très vraisemblablement d'actes de bri- 
gandage commis par lui en Italie, comme l'a conjecturé Duemmi.eh, 
(tstfr. licich., t. II, p. 9. 

'i. Le roi (juitta Aix à la lin du mois de décembre 857, et y était de 
retour à la Hn d'avril de l'année suivante (HoiMiMEii-MrEiiLBACiiEi!, no^ 
12'i8-1249). Sur cette expédition, cf. .l?m. Laubacrnses, Mon. dcn/i., 
SS., t. I, p. 15; Ann. Lnubicnses. Ihid.. t. .\II1, p. 232; Duemmler, Oslfr. 
Beich., t. II, p. 9-10; Parisot, op. cit.. ji. 119-120. 

5. I{É(;iNoN, (Ihron.. a. SfiG. p. 91, dit qu'llubei't se réfugia (comme 
plus tard l^)dolplie b') dans les montagnes et (pic deux autres expédi- 
lions furent cncni-e nécossair(>s. Dikmmi.er, loc. cit.. considère ce rensei- 



[859-862] I.'AlUil'; HUBERT 51 

les trois diocèses ultrajurans de Genève, de Lausanne et de 
Sion étaient cédés par Loihaire à Louis II, son frère'. II est 
possible que la cession ait été faite par le roi de Lorraine prin- 
cipalement dans le but de se concilier l'appui do l'empereur 
dans la lutte contre Theutberge, mais peut-être aussi le désir 
de se débarrasser d'Hubert y entrait-il pour quelque chose ^ 
L'abbé de Saint-Maurice fut momentanément forcé de quitter 
son duché dcTransjurane et de chercher un refuge dans lesÉtats 
de Charles le Chauve ; il s'y trouvait avant la fin de l'année 860, 
date à laquelle sa sœur vint le i-ejoindre '. Charles le Chauve 
avait là une double occasion do nuire à son frèi-e, en soutenant 
contre lui un adversaire qui pouvait devenir dangereux, et 
en protégeant Theutberge et ses partisans. Doux ans après, 
sans doute à la fin du mois d'avril 862 \ Hubert recevait même 
la grande abbaye de Saint-Martin de Tours, qui venait d'être 
retirée au fils du roi, Louis, coupable d'avoir favorisé l'en- 
lèvement de sa sœur Judith par le comte de Flandre, Bau- 
douin Bras-de-Fer^ Pendant quelque temps Hubert dut rester 



gnement comme « sagenhaft ». Il est cependant possible que deux 
campagnes contre Hul^ert aif?nt encore en lieu après l'année 857. 

1. Cf. supra, p. 22. 

2. DuEM.MLER, lor. cit.; Parisot, op. cit.. p. I3'i. Ce dernier remarque 
avec raison que Lothaire II se réservait une route pour descendre en 
Italie, celle du Pipincen.sis comitatus; mais ce n'était pas la plus directe, 
qui passait par Orbe et Saint-Maurice. Lothaire II craignait, sans doute, 
(lu'IIubert ne lui fermât à son gré cette dernière. De pareilles cessions 
ne sont pas, d'ailleurs, sans exemple à l'époque carolingienne: c'est 
ainsi qu'.\rnulf fit don du pays qu'il ne pouvait reconquérir sur Ro- 
dolphe 1<^''', d'abord à Louis de Provence, puis à Zwcntibold de Lor- 
raine. — DuE.MMLER (ihifL) prétend qu'Hubert se maintintà cette époque 
en possession de l'abbaye d'Agaune, mais son séjour auprès de Charles 
le Chauve indique précisément le contraire. 

3. Ann. Berlin., a. 860, p. 54. On sait, en outre, que la présence 
d'Hubert auprès de Charles est antérieure à la composition du De 
(livdftio Lolharii d'Hincmar (Intcrr. Xll". Muine, t, CXXV, col. 698) 
qui se place à la fin de 860; cf. Pmusot, op. cit., p. 179, n. 2. 

4. Ann. Bertiii.. a. 862. p. 57. — Dans un diplôme pour Saint-Martin 
de Tours, du 2:j avril 862 (Ifi.<it. de Fr., t. Vill. p. 57:i), il n'est pas fait 
mention d'abbé. .\u contraire, un diplôme du 26 du mémo mois, dit, 
en parlant de la même abbaye, « cui etiam abbatis otiicio pi'aesideredi- 
« vina largitione et nostra commissione veuerabilis vir Ilucbertus abba 
« cognoscitur « {11)., p. 574; Panctfrlc noire. n'> xi.ui). C"(>st donc sans 
doute entre le 23 et le 26 avril 862 ((u'IIubert reçut l'abbaye. Cepen- 
dant, comme l'a remarqué M. Parisot (op. rit., p.' 191, n. 2). ilincmai-, 
dans ses Annales, mentionne cette donation avant des événements du 
mois de janvier 862. 

5. Ann. Bertin., a. 862, p. 56. 



62 L'ABBK IltlREllt [862-864] 

encore auprès de Charles', mais à la fin de cette même 
année, on le retrouve dans son ancien duché, à Agaune. Il y 
faisait hommag-e aux moines de Saint-Germain d'Auxerre, qui 
revenaient de Rome en rapportant les reliques de saint Urbain 
et de saint Tiburce, des fragments des corps saints conservés 
à Saint-Maurice". Son ancienne abbaye et son duché étaient 
donc retombés entre ses mains, sans que l'on sache dans 
quelles circonstances. Il faut peut-être rattacher ces faits à 
la tentative de réconciliation qui eut lieu cette année entre 
Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire II, tenta- 
tive qui aboutit au commencement de novembre à l'entrevue 
de Savonnières. Il est bien possible que le comte Hubert, 
craignant les conséquences de cette réconciliation, ait jugé 
prudent de faire lui-même sa paix avec l'empereur et de se 
reconnaître son fidèle ^ 

Cette paix ne devait pas être de longue durée car, lorsque, 
deux ans plus tard, on retrouve Hubert, il n'est plus à 
Agaune, mais à Lobbes au diocèse de CandjraiMl y continue à 
mener le même genre de vie^ se mettant de force en posses- 
sion de l'abbaye après avoir chassé l'abbé Harbert qui fut 
contraint do se réfugier à Corbie", s'emparant des richesses 

1. Il est encore mentionné comme abbé de Saint-Martin dans un 
diplôme du 10 mai 862 (///.s7. de Fr., t. VIII, p. 576; Pancarte noire, 
n" 7.XXIII). 

2. HÉRic, Miracidti S. Ger)iiani Aulisaiod., dans les Acia. Sancl.BolL, 
.lui. t. VII, p. 278: Mém. Suisse romande, t. XIX, p. 29. — Les moines 
étaient de retour à Auxerre le 31 octobre, après avoir passé par Orbe 
et par Pontarlicr. Cela permet de placer cette entrevue dans le courant 
d'octobre. Il est très vraisemblable qu'elle a eu lieu postérieurement 
au séjour d'Hubert dans les états de Charles. Selon Héric, l'abbé 
Hubert était « familiarissimus » des moines d'Auxerre qu'il reçut à 
Agaune; il est bien probable qu'ils avaient fait sa connaissance en 
Gaule. II avait, du reste, d'autres relations dans ce dernier pays, car 
c'est à l'évêque de Beauvais, Eudes, qu'il s'adressa pour faire parvenir 
des lettres au pape (Lettre de Nicolas I du 2S avril 863; .Iakfé, n° 2729). 

3. Nous savons que, à une époque quelcon(iue, Hubert s'était reconnu 
le fidèle de Louis H; et avait reçu de ce ])rince des bénéfices (Axnr.É ni-: 
lÎEKc.A.Mi;, (Ihron., c. 9; Script. rei\ Lan;/., j). 227). les«bonores » dont 
parle llincmar (.ln?î. Berlin., a. 86'i, p. 7')). D'autre i)art, les /!///*. Xnn- 
tcn.'^es (Mon. (irrm., SS.. t. II, p. 231) rapportent (juc « Ludewicus 
« impiurn liugliai'dum (.'iic) abbatom constituit ». Il faut })eut-ètre rap- 
procher ces diverses mentions. 

4. FoixuiN, (ie.sla al)li. Lohirns.. c i2, Mon. derm.. SS.. 1. \\ . ]). 
60; Fnndatio /.ohiensis nionasierii, ibid.. t. .\1V, p. T)'!."). 

5. Fundatio Loi). 7no)iast. (i/tid.) ; Vita I-!rh(ini. .\rln Snncl. Iloll.. 
Mai., t. VII, ]). 8'i6. 

6. i'und. L(d). ntonast. (i/jid.) 



[86il DERiNIÈRE RÉVOLTE ET MORT D'IIIIIKHT 53 

(kl monastèro pour les disiribuer à des gens do guerre, eu 
mèau3 temps que l'argent destiné à la reconstruction de 
l'église, et ne laissant aux moines qu'une moitié des revenus 
qui leur étaient affectés'. 

Mais, bien qu'il paraisse s'être considéré à Lobl)es comme 
occupant une situai ion à l'abri de toute atteinte", il n'y était 
plus dès la tîn de l'année ; il reparait alors en Transjurane, 
sous le C(nip d'une excommunication lancée par cinq évéques'*, 
comme si, chassé par Lothaire II du monastère de Lobbes, il 
avait tenté de se maintenir dans ses montagnes contre l'em- 
pereur Louis \ Celui-ci lui opposa Conrad le Welf ^ nommé, 
selon Folcuin", comte de Rhétie et du Jura, c'est-à-dire sans 
doute de la région des Alpes où se trouvaient les domaines 
d'Hubert, peut-être de l'ensemble des trois pagi ultrajurans 
cédés par Lothaire à son frère. A la fin de l'année 864, Hubert 
succombait dans un combat livré près d'Orbe aux troupes 
impériales, et son vainqueur Conrad prenait possession (lu 
duché". L'abbé d'Agaune laissait un fils, Thibaut, dont nous 
reparlerons plus loin. Sa sœur Theutberge se mit entièrement 



1. Diplôme d'Arnult'du 15 novembre 889 (Boeiimeiî-Mcemli!., n" 17S;{). 
— Sur le séjour d"Hubert à Lobbes, cf. Duemmi.eiî, Oxlfr. Reirk., t. II, 
p. 109-110; Parisot, op. cit., p. 84. Mais nous n'admettons pas les consi- 
dérations qui (font placer par ce dernier auteur l'abi^atiat d'Hubert à 
Lobbes à une époque antérieure à 855, cf. supra, p. '18). 

2. FoLCUiN, loc. cil. 

3. Ann. Xautoises, a. 866, Mon. Genn.. SS.. t. Il, p. 2:!l : « Ihibcrtus 
clericus a quinque episcopis excommunicatus. « Les .\nnales de Xantcn 
ne sont, il est vrai, pas très bien informées en ce qui concerne la Bourgo- 
gne, puisqu'elles placent la mort d'Hubert en 866. Due.mmi.er. Ostfr. 
Reich., t. IL p. 109, voit dans ces personnages des évèques bourgui- 
gnons, mais il parait plus vraisemblable de voir en eux des prélats 
italiens, cela concorderait mieux avec les autres faits. 

'1. André de Bergame, Ilislar., c. 9, Script. Hcr. Lan;/., p. 227; Ami. 
Bertiii., a. 864, p. 74. Les textes d'André et d'ilincmar sont d'accord 
pour prouver que la dernière expédition contre Hubert a été entre- 
prise à la suite de la rébellion de Hubert contre Louis II et non contre 
Lothaire, comme ou l'a dit quelquefois. En vertu de la cession dont 
nous avons parlé, Hubert se trouvait sujet de l'empereur. 

5. Sur ce personnage, cf. Dl'emmler, Osl/'r. Bcic/i., t. 111, p. 318 ; Pa- 
risot, op. cit., p. 251 et 262. 

6. Gc'sla abbot. Lol)icns., c. 12, .I/o//, (icnn.. SS., t. IV, p. 60. 

7. André de Bergame, loc. cit. : .1////. Berlin., loc. cit. : Ann. Xantm.'ic.'i, 
a. 866; .Mon. Gerni., SS., t. H, P- 2.')1; Réginon, Chron.. a. 866, etd'a})rés 
lui. .1////. Metlense.'i, a. 866. l/i.'it. de Fr., t. Vil. p. 194. lue lettre du |)ape 
Nicolas P'"", du 25 janvier 867, le mentionne connue mort (.Iakeé, n" 2872; 
MiGNE, t. CXIX. col. 1 1 43). — CiiNGiNs (I/tif/(>ni(lcs, p. 6) a encore exagéré 



oi RICUILDE, CONCUBINE DE CHARLES LE CHAUVE [869] 

SOUS la protection de Charles le Chauve, qui lui donna l'abbaye 
d'Avenay au diocèse de Reims' . 

Il est extrêmement douteux, comme nous l'avons dit, que la 
situation et le rôle d'Hubert et de Theutberge aient eu 
quelque influence directe sur lajeunesse deleurneveu Boson^ 
C'est seulement à l'époque de l'union de Charles le 
Chauve avec Richilde que le nom du futur roi de Provence 
apparaît pour la première fois dans l'histoire^ . Le 9 octobre 



l'erreur de Réginon en mettant la mort d'Hubert en 867, d'après les témoi- 
gnages de Réginon et des Annales Metleitscs, qu'il considère comme dis- 
tincts et d'après deux diplômes de Lothaire 11 (datés par lui, du reste, 
inexactement tous deux de 867), dans MuRATom, Anl. Ital.,t. II, col. \2[- 
122. Dans le premier de ces deux diplômes, du 17 janvier 866 (Bcemmeh- 
MuEiiLB., n" 1274), le roi donne à Theutberge divers biens en Lyonnais, 
'l'ransjurane, etc. Dans le second, du 2\ novembre 868(B()i:iimer-Mueiii.b., 
n"1284), il renouvelle cette donation en y ajoutant celle des biens confis- 
qués sur le rebelle Hubert. On en a conclu que celui-ci devait être mort 
entre ces deux dates. Mais un certain temps a pu s'écouler entre la mort 
d'Hubert, suivie de la mainmise du fisc royal sur ses biens et la donation 
faite à Theutberge, il ne semble donc pas que l'induction tirée des dates 
de ces deux diplômes soit de nature à prévaloir contre le témoignage for- 
meldes Annales Bertiniennes, comme le reconnaît Pxpasot, op. cil., p. 262, 
n. 2. D'autre part, Hincmar rattache à la mort d'Hubert la nomination du 
diacre Engelwin comme abbé de Saint-Martin de Tours, et il devait être 
bien informé de ce qui touchait ainsi la grande abbaye royale. Or, Engel- 
win parait déjà comme abbé dans un diplôme pour le monastère de 
Cormery, du 20 juin 865 (Ilisl. (Je Fr., t.VHl,p. 596). Cependant, M.Trog, 
Hudolf I uiid il, p. 21, se range à l'opinion de Gingins que reprend 
également M. Philipon (Ann. Soc. Emul. Ain, 1896, p. 278), avec les 
mêmes arguments et en ajoutant que les Ann. Lanhienses {Mon. Germ., 
SS.,t. IV, p. 14) sous l'année 868 rapportent: « occiso Huberto, fit a 
.lohaiHie episcopo poleticum nostrum » donc « parlent en 868 de la mort 
d'Hubert comme d'un fait récent ». Mais le fait peut être récent de trois 
ou quatre ans. Nous savons, d'ailleurs, que c'est bien en vue de constater 
ce (lui restait à l'abbaye après les dévastations d'Hubert que fut ré- 
digé le polyptique, la xiv'^' année du règne de Lothaire 11 (DuviviEii, 
liach. sur le Hninanl ancien, Bruxelles, 1866, in-8", |). 307). Mais au 
témoignage du ms. de Lobbes, qui renfermait ce poly])tique, on aiu'ait 
peut-être commencé à le dre-sser en 866 : « Antiquitates nostrae dicinit 
« polypticum, seu descriptionem villaruni, factam jussu ilicti Lotharii 
« arino DCC('I>.W1, villarum scilicet (juac residuae fuerunt post dissipa- 
« tionem bonorum factam })er Hucbertuni impium invasorem » (Duvi- 
VIER, ibi(L, n. 1). 

1. Ann. Berlin., a. 864, p. 74. 

2. GiN(iiNs (liosonides, p. 38-9) a prétendu donner une histoire de 
sa jeunesse, mais en échafaudant des hypothèses sur cette, hypothèse 
inadmissible que Lothaire favorisait Bosun comme parent de Theut- 
berge, et en lui aj)])li(iuant des mentions qui se rapjjoi'tent en l'èalitc 
au mari d'l']ngeltrude (infra, Apjiendice III. ]). '.iO'.i'.Hi'i) et .M. Bourceois 
{(Jajjil. de Kiersi/, p. 87 et suiv.) a trop suivi (iingins dans cette voie. 

:j. Ann. liertin., a. 869, p. 107. 



[869] RICniLDE, CONCmiNK DE CIIAULKS 1,1-: (.IIAL'VE 55 

869, Charles qui se trouvait à Douzy', occupé à mettre la 
main sur riiéritage de son neveu Lothaire, apprenait que sa 
femme Ermontrude venait de mourir (rois jours auparavant 
à l'abbaye de Saint-Denis. A cette nouvelle, <lit Ilincmar, 
« Boson, Mis du feu comte liivin, se chargeant de ce message 
(( auprès de sa mère et de sa tante Theutbergc, veuve du roi 
« Lothaire, Charles se ht amener la sonir dudit lîoson, nom- 
« mée Ilichilde, et la prit pour concubine - le 12 octobre ». 
Theutberge était depuis quelques années de retour dans les 
états de son mari''. C'est donc là que devait se trouver 
également Richilde. Quant à Boson, il était à la même date, 
d'après le texte d'Hincmar, auprès de Charles le Chauve, 
vraisemblablement comme ayant été l'un des premiers, parmi 
les anciens fidèles de Lothaire II, à reconnaître le nouveau 
souverain. Il est possible qu'il soit venu à Douzy lui faire sa 
soumission avant les autres grands lorrains; il est possible 
aussi que cette union ait été pour Charles moins le moyen de 
satisfaire une passion, que celui de s'assurer l'alliance d'une 
famille qui tenait certainement dans le pays conquis une place 
importante. Mais ce sont là de pures conjectures. Ce qui est 
certain c'est que, durant les quelques mois qui suivirent, 
Charles ne se sépara pas de Richilde. 11 se rendit avec elle 
d'abord à Aix, puis à Gondreville, où il était, au conmiencc- 
ment de novembre, occupé à recevoir l'hommage des grands 
de la Bourgogne et de la Provence, mais nous ignorons si Boson 

1. Douzy, Ardennos, arr. Sedan, cant. Mouzon. 

2. Un diplôme sans date de Charles le Chauve poui' l'église de Lyon 
(i)'A(iiERY, Spicilegium, t. III, col. 349-350) place au 12 octobre sa « con- 
junctio » avec Richilde. lien est également question dans un diplôme 
de 871 pour l'éclise de Paris, et elle y est dite « copulam secundum Dei 
voluntatem » (Taiîdik, Cnrlous des Roix. n" 152, mais l'éditeur donne à 
tort à l'acte la date de S'iG). — On s'est scandalisé de l'indilî'érence de 
Charles à la rnort d'Ermentrude (Maiui.lon, .1///'. Ord. S. Ben., t. III. p. 
I5S: Di'KMMLEii.Os//"/-. //e/r/i., t. Il, p. 286). Diimmler voit dans l'ennpresse- 
inent de Charles une i)reuve des relations (|uc ce dernier aurait eues 
antérieurement avec Richilde. M. de 'i'i-HHEiîASsi; (///.s-/, de Boson, p. 17), 
d'autre part, a cru trouver dans le diplôme j)récité pour l'ég'lise de Lyon 
la preuve qu'il y avait eu en 8(>!» un véritable maria,w entre Charles le 
Chauve et Richilde, mariage que l'hostilité d'Hincmar à l'égard de Hosoii 
a seule jiu lui faire (jualiiier de concubinage. Mais étant donné le rôle 
important que joue dans la formation du mariage la « copula cariialis » 
(Cf. S( iiH()i:iis, Ill)iktn(ii\ p. 214), il n'y a pas lieu de s'étonner de rencon- 
trer, même dans les diplômes, des montions de ce genre, et elles ne sont 
pas dénature à infirmer le témoignage des Annales I5ertini(Muies. 

3. Aun. Dcrtiii.. a. 8G5, ]). 78 ; P.MUSOT, op. cit., p. 350-351. 



56 POSSESSIONS DE BOSON 

continuait à «e trouver auprès de lui'. De là le roi traversa 
l'Alsace pour gagner Aix-la-Chapelle, ensuite Nimègue, où, le 
22 janvier 870, il épousa solennellement sa concul)ine-. 

Les événements exposés dans l'ordre chronologique mon- 
treront assez le pouvoir acquis par Boson, la faveur dont il a 
joui auprès de Charles le Chauve, qui le revêtit de dignités 
de plus en plus considérables. Mais, outre sa situation 
politique, le frère de Richilde s'est trouvé en possession de 
nombreux bénéfices, de domaines que les textes narratifs et 
diplomatiques mentionnent quelquefois. Un article du capi- 
tulaire de Quierzy^ leur était spécialement consacré, ou plutôt 
devait l'être, car cet article est resté en blanc'', et ne peut 
par suite fournir des renseignements sur la situation des 
honores possédés par le comte. D'autre part les textes ne 
font point connaître en général les circonstances dans lesquelles 
Boson avait acquis tel ou tel bénéfice. Les témoignages directs 
relatifs à ces propriétés sont d'ailleurs assez peu noml)rGux. 
Il nous paraît donc plus utile de réunir tout ce que les textes 
peuvent fournir à ce sujet que de laisser les détails dissémi- 
nés dans une histoire chronologique du personnage. Un coup 
d'œil de ce genre peut être intéressant pour riiisioire même 
du comte Boson, et aussi parce que l'histoire et la situation 
de celui-ci sont à ce point de vue, et mutatismulandi^, celles 
de tous les grands bénéficiés du temps de Charles le Chauve, 
d'Eudes de Paris, de Hugues l'Abbé, de Robert le Fort^ 



1. Ann. Berlin., a. 869, p. 107. 

2. Ann. Berlin., a. 870, p. 108. 

3. C'est l'article ;U ; Boretujs-Kkause, t. H, p. 361 ; BornoEOis, Le 
Capitulaire de Kiersi/, p. 89 sqq. 

4. Il n'en existe que le titre : « De honoribus Bosonis, iîernardi et 
« Widonis et aliorum illarum partiuin. » Sur les titres de ce f^enre, cf. 
BoiJi'.oEois, L\(ss('mhlêe de Quierzy-.'iur-Oi&e. dans les Eluder d'/iist. du 
Muijen Arje dédiées à Gabriel Monod, p. 146. 

5. Il faut en passant mettre en garde contre une erreur dans la- 
([uelle est tombé Gingins La Sarra et qui l'a conduit souvent à ('"mettre 
des conjectures tout à fait inacceptables. 11 prétend donner comme 
possédées « en coinmende » ])ar Boson, toutes les abbayes dont les 
moines obtiennent par son entremise des préceptes de Charles le 
Chauve ou de Louis le Bègue. Telles .sont les abbayes de Tournus, de 
Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Bénigne de Dijon, de Saint-Martin 
d'Autun. Mais on ne saurait, pour prendre un exemple, s'apjjuyei- 
exclusivement sur le faitciue Boson ti'j^nre comme (iiiilxtxrialor dni)^ un 
diplôme accordé par Charles le Chauve en 877 à l'abbaye de Sainl-I'.éni- 
giie de Dijon (J/isl. de Fr., t. Vlll, p. 647) pour conclure avec Gingins 



POSSESSIONS DE BOSON 57 

Au momoni où Boson remplit le rôle d'intermédiaire entre 
sa sœur et Charles le Chauve, ce dernier lui donna, selon 
Hincniar, « l'abbaje de Saint-Maurice et d'autres honneurs' ». 
En ral)sence de toute autre indication il est bien certain qu'il 
s'agit là de la célèbre abbave d'Agaune-. xMais nous com})re- 
nons mal les conditions dans lesquelles fut faite cette donation. 
Pour que Charles le Chauve, en effet, pût disposer de cette 
abbave, il eût fallu qu'il la possédât ou du moins qu'il pût 
prétendre à quelques droits sur elle. Or, depuis 850 le pays 
dans lequel elle se trouvait située avait été cédé à l'empereur 
Louis 11, et l'expédition au cours de laquelle les troupes impé- 
riales mirent à mort Hubert de Transjurane avait précisément 
pour but de reprendre au turbulent abbé les territoires dont 
il se maintenait de force en possession au préjudice de l'empe- 
reur ^ Ni l'abbaye d'Agaune, ni le diocèse de Sion ne figurent 
parmi les terres ayant appartenu à Lothaire II que Charles 
le Chauve et Louis le Germanique se partagèrent en 870. La 
seule hypothèse qui semble vraisemblable c'est que Charles 
donna au frère de Richilde des droits à faire valoir sur des 
domaines qui, situés dans le royaume de Louis II, pouvaient 
cependant faire partie des })ropriétés de Lothaire, — peul-èlre 
même une simple autorisation de soutenir ses prétentions sur 



(Bosouidrs. p. il) qu'il avait reçu du roi cette abbaye de même que quel- 
ques autres. La faveur dont le comte jouissait auprès de son beau-frère, 
les hautes fonctions qu'il occupait à la cour, et qui pouvaient même peut- 
être faire de lui dans certains cas un intermédiaire obligé (Hincmak, 
De online palatii, c. xix, éd. Prou, p- 50). sont un motif sullisant pour 
que bien des abbayes aient eu recours à sa protection, lorsqu'il s'agis- 
sait de solliciter les faveurs royales. — Ces diplômes ont cependant un 
autre intérêt que celui de montrer l'importance du rôle de Boson: ils 
fournissent un indice, une présomption, que le personnage avait des 
intérêts et des relations dans tel ou tel comté, et le montrent en rap- 
ports avec un certain nombre d'abbés riches et par suite influents, 
comme ceux de .Moutier-la-Celle, de Saint-Germain d'Auxerre et sur- 
tout celui de Tournus, Geilon. (\m plus tard devait obtenir de Boson l'un 
de ses premiers diplômes royaux. 

1. Ann. Berlin., a. 869, p.* 108 : « Qua de re cidem Bosoni abbatiam 
« Sancti Mauricii cum aliis honoribus dédit. « 

2. C'est d'ailleurs ce qui a été admis sans contestation par tous les 
historiens qui ont eu à mentionner cette concession. 

3. Lothaire II lui-même, en 866, dispose en faveur de Theutberge 
de biens sis dans le pr'i/ns de Grenoble, dont il n'était pas souverain 
(BŒii.MEn-.MuEiii.B., n" 1274, cf. siiprn, p. î^'i). 11 avait aussi disposé on 
sa faveur de domaines confisqués sur Ihibert (///., n" 128i), mais nous 
ignorons si f|uclf|ues-uns d'entre eux ou même tous se trouvaient 
situés dans les états de l'euqicreur Louis II. 



58 POSSESSIONS DE BOSON 

quelques-uns des bénéfices enlevés à Hubert pour être donnés 
à Conrad. Mais il est impossible de savoir si Boson put jamais 
faire reconnaître son autorité à Saint-Maurice, ou même 
jouir de domaines ayant jadis appartenu d'une manière quel- 
conque au monastère ou à ses recteurs. Aucun texte ne permet 
d'admettre la possession effective par lui de l'abbave d'Agaune. 
non plus que d'aucune autre région de la Transjurane. Au 
contraire, en 872, l'impératrice Engilberge, femme de Louis II, 
fixe à deux reprises à Charles le Chauve l'abbaj-e de Saint- 
Maurice comme lieu de rendez-vous'. Si l'on rapproche de ce 
fait un contrat de prestaire, intervenu entre Engilberge et le 
comte-abbé Rodolphe, à une époque malheureusement indéter- 
minée, mais sans doute voisine de celle-ci", il paraîtra assez 
vraisemblable d'admettre que les véritables maîtres de l'abbaye 
étaient l'empereur et Rodolphe, non Charles le Chauve et 
Boson. La concession faite en 869 à ce dernier ne parait 
donc avoir été qu'une simple reconnaissance de ses droits ou 
plutôt de ses prétentions, sans que d'ailleurs il parvint jamais à 
faire valoir celles- ci \ 

Il est mieux établi que Boson dut avoir dans la Cham- 
pagne des domaines, et jouer dans ce pays un certain nMc. 
On lui a attribué^ la donation de l'abbaye de Montiérender^ 
de terres sises en Pertois sur la Voire '^ dans le voisinage de 



1. Ati7iales Berlin., a. 872, p. 119 et 120. 

2. MuRATOiu, Ant. Ital., t. III, col. 155-6. VowEL^Regcxle dr la Suisse 
romande, p. 25, n" L.wii) place l'acte en 870. Duemmleii (Ostfr. lirirh., 
t. Il, p. o'il) le date de 872 et conclut aus.si d'après lui au peu de durée 
de la domination de Boson à Saint-Maurice. M. Parisot. op. cit.. p. ;}52, 
])artage cette manière de voir. 

;{. '( L'abbaye passa après Hubert à son neveu Hoson, qui est l'ins- 
« tigateur de la politique de Charles le Chauve en Italie... ("estde Saint- 
« Maurice (pu; partent toutes les expéditions de France en Italie «(Hotut- 
c.Edis, fj' Capilidaire (le KierKji, p. 215). Il parait probable que Cliai'les 
le Chauve, en se rendant en Italie, a passé par .\gaune, mais la cpies- 
tion serait de savoir si c'est Boson ou Rodolphe qui Ta laissé passer, 
et cette dernière hypothèse nous semble de beaucoup la plus admis- 
sible. Il n'y a })as pour cette période, parmi les documents de l'aiibaye 
de Saint-Maurice dont le dépouillement est donné par le Hegeste d'Ilid- 
bert, (le charte pouvant fournir un argument dans un sens ou dans 
l'autre. 

4. U'Aruois de Juit.M.NVU.I.E, ///.s7. den durs el îles eoinles de C/iaïu- 
paf/)ie, t. I, ]). 65. 

5. Abbaye (lu dioc. de Troyes. .Vujourdhui comuiuiU! du déparl. d<' 
r.\ube, arr. Troyes, canton l.usigny. 

6. La \'oire, aill. de droite de iWube. 



POSSESSIONS DE BOSON 59 

la ville actuelle de Saint-Dizier'. Mais un récent travail - 
a montré que cette donation devait en réalité dater de 
l'épofiuc de Çharlemaj^'Hc et être le fait d'un lîuson plus 
ancien, mort comte palatin de Charles le Chauve avant le 
24 janvier 858, date à laquelle ce prince confirma la donation 
précédente''. L'absence de documents ne permet pas desavoir 
avec certitude s'il existait entre ce Boson et le fils de Bivin 
un rapport de parenté, bien que la similitude de noms accom- 
pagnant la possession de bénéfices dans la même région con- 
stitue un argument en faveur de cette hypothèse \ On a d'ailleurs 
d'autres preuves des rapports existant entre le futur roi de 
Provence et les pagi du diocèse de Troyes. C'est ainsi que 
Boson était de bonne heure en relations avec Eudes, comte 
de Troyes, et remplit les fonctions d'exécuteur testamentaire 
de ce dernier ^ C'est à sa requête également que Charles le 
Chauve, le 29 mars 877, donnait au monastère de Moutier- 
la-Celle au diocèse de Troyes la forêt dite Drosilonk'^ . Deux 
ans plus tard enfin, à la veille de se faire couronner roi, le 
comte de Vienne donnait au monastère de Montieramey la 

1. Cartulairo île Montiérender, éd. Lai.ore, p. 135. L'acte est men- 
tionné dans une charte du comte Herbert II {CavluL de MoiUiéreinler, 
ibid., etd'ARBOis, op. cit., p. 454). 

2. A. DE Barthélémy, Note skv Irais pe?'so)inages du nom de Boson 
meiilioitni's en Chainparjne aux IX'', X^ siècles, dans Cinnjitrs rendus de 
IWciid. des inscr. et belles-lettres, 1896, p. 201 203. 

3. Cartul. de Moniierdmeij, p. 132. n" .\, inexactement daté par La- 
LORE de 856. On ne peut essayer de combattre rargumentation de 
M. A. de Barthélémy en supposant dans la date de ce dernier acte une 
erreur de copie, X'VIII au lieu de X.XXVIll, par exemple, ce qui 
permettrait d'attribuer le précédent à Boson, comte de Vienne, car dans 
la confirmation de Charles le Chauve le donateur dit e.st « quondam », et 
Boson survécut à son beau-frère. — Les deux actes sont mentionnes 
par la C/ironi/juc d'Aii3R[ de Trgis-Fontaines, a. 873 (Mon. Gerni.. 
SS., t. XXlll, p. 71): « Boso cornes dédit ecclesie Dervensi Sanctuni 
« Desiderium, quod Karolus Calvus rex Krancorum conlirmavit. » 

4. La i)arenté ne serait pas très rapprochée, en tout cas, car Boson 
est le nom de l'aïeul maternel du comte de \'ionne, et l'on peut difli- 
cilement identifier ce personnage avec le comte palatin de (,'harles le 
Chauve. Mais ce dernier pouvait être cousin du père de la femme de 
Biviii. 

5. E. Maihlle, Les pérégrinations du corps de saint Martin. ]). jiist. 
n" I, dans /y/6, /u-. Chartes, t. XXX. p. 425. Cf. infra. p. 63. 

6. Cartid. de Moutier-la-Celle, éd. LAi.oitr, p. IM. Selon Maiui.i.on 
(Acta. Sanct. ord. S. Ben., saec. IV. p. 2'i'i), le catalogue des abbés de 
ce monastère publié par Cww^yw J*7-om/tli(arinm Trica-^sinuin, fol. 86 
V", aurait mentionné en 851 comme abbé un Bo-fo, uuiis en réalité le 
texte porte Bodo. 



60 POSSESSIONS DE BOSON 

villa (le Lanty en Lassois'. D'autre part nous savons encore 
qu'en 872, après la mort de Tévêque Erpuin de Senlis, Boson 
voulut intervenir d'une manière quelconque dans l'élection de 
son successeur Hadebert, et il fallut que l'archevêque de 
Reims intervint pour rappeler au comte que la désignation 
aux évêchés vacants ne rentrait pas dans ses attributions ". 
Il avait en outre des vassaux dans ces régions, car en 876, 
Jean VIIl'^ se plaignait des empiétements de l'un de ceux-ci, 
Arembert, qui usurpait au détriment du souverain Pontife 
la villa de Vendœuvre'*, possession du Saint-Siège depuis 
le temps de Louis le Pieux ^ Lui-même possédait, au diocèse 
de Reims, un bénéfice mentionné par Hincmar dans une lettre 



1. DuGHESNE, Ilisl. de la maison de Veri/y, pr. , p. 12 ; A. Giry, Etudes 
Carolingicnucs, dans les Etudes... Monod, p. 129. — Un Boson ligure 
encore, ie 25 octobre 877, parmi les témoins d'une charte du comte 
Eudes II (n'AiîBOis, op. cit., p. 466), mais il est peu probable, en l'ab- 
sence de tout titre, qu'il s'agisse du nôtre. 

2. Yhonok\{\^,Hist. Rem. EcrI., I. III, c. 26; Mon. Genn.,SS.. t. XIII, 
p. 545 ; Beg. Schrœr.'<, n° 336 : « Bosoni illustri comiti de agenda electione 
« Silvanectensis episcopi, ostendens quod non sit sui ministerii specia- 
« lem quamcumque designarc personam. » Mais M. Schr(jI':rs {Ilinkumr, 
p. 580, n. 124) a contesté qu'il s'agît de Boson, fils de Bivin. La lettre, 
en effet, qui suit immédiatement dans l'œuvre de Flodoard, celle que 
nous venons de citer, est différente dans son adresse, qui est ainsi 
conçue : « Bosoni viro inclito « ; or, dans cette seconde lettre, il s'agit 
certainement du comte de Provence. M. Schrœrs croit pouvoir conclure 
de cette différence qu'il s'agit de deux personnages distincts, d'autant 
plus que les lettres adressées par Hincmar à un même correspondant 
se suivent en général, dans les analyses de Flodoard, en ordre cliro- 
nologi(pie, on ne peut supposer la seconde antérieure à la première et 
à l'époque à latpielle Boson reçut le titre de comte. Mais l'omission du 
titre de comte ne prouve pas nécessairement que le personnage n'y 
eut pas droit. D'autre part, en même temps que la Provence, Bo>on 
avait reçu des titres pompeux, qui ont pu entraîner une modification 
dans le protocole des lettres adressées par l'archevêque de Reims à 
« l'archiministre du sacré palais ». Ce titre de « vir inclitus » était peut- 
être môme quelque chose d'officiel, car Hincmar écrit à Ermcngarde 
« uxori Bosonis viri incliti » une lettre qui se rapporte à la même pé- 
riode (Floi)o.\ri), op. cit., 1. III, c. 27, p. 550). L'identité du Boson 
champenois et du Boson provençal est, en outre, confirmée par la lettre 
de Jean VIII que nous citons plus bas. 

3. Jaffé, n" 3285, Mionk, t. CXXVI, col. 880-881 : « Xunc autem, 
« sicut audivimus, villam nostram Vendoaram al)squ(> nostra consensu 
« et voluntate occupatis et uni vestro vassallo nomine Aremberto, in 
« beneficium dedistis. » Jean VI II s'adresse aussi aux conites Hugues 
et Rodolphe jiour obtenir la restitution de Venda'uvre (Jaffé, n" 3284 ; 
MicNE, iliiil., col. 880. 

'i. \'cnd(L'uvre-sur-Bars(', Aube, ari'. Bar sur-.\id)e, cb. 1. de canton 
5. .\nn. Bn'tin.. a. 8G5. ]). 78. 



POSSESSIONS liK IIOSON (51 

au roi, oi qui faisait peut-être partie des /lo/iorrs cljiiné en 
809 par Charles le Chauve au frère de sa concubine'. 

A une date indéterminée il avait également reçu de son 
beau-frèrela iv7/rt de Molay en Tonnerrois-, enlevée à Conrad, 
comte d'Auxerre, lors de la disgrâce de celui-ci en 8(54- 
865, et alors confisquée par Charles le Chauve ^ Mais il ne 
devait pas la conserver longtemps, car dès 878 ou 879* il 
avait fait don de ce domaine au monastère de Saint-Germain 
d'Auxerre, auquel il avait jadis appartenu'', peut-être en partie 
dans l'intention de se concilier l'alliance du puissant abhé laïque 
de Saint-Germain, Hugues l'Abbé, qui se trouvait à ce moment 



1. Lettre d'IIincuiar à Charles le (,'liauve, Ilisi. de Fr.,\. ^'Il,p. 531 : 
« Sed et Hoso in nostradioecesi beneficium unurn habet. » Cf. i)".\nrînis 
DE JuBAiNViLLE, Op. Cit., p. 64, — Cette lettre, en raison des allusions 
qui y sont faites à Ilincmar de Laon, semble peu postérieure à 870, ce 
qui ne rend pas invraisemblable notre hypothèse sur l'époque à 
laquelle Boson aurait reçu ses biens. 

2. Molay, Yonne, arr. Tonnerre, cant. Noyers. 

3. « Fuit per bannum in tisco domini régis » (Hist. de Fr.. t. IX, p. 
399). Molay avait été acquis en 863 par le comte Conrad des moines de 
Saint-Germain d'Auxerre, en échange d'un lieu nommé Hidiononis^llist. 
de Fr., t. Vlll, p. 589). Les moines tenaient cette villa de Charles le 
Chauve, qui la leur avait donnée en 859 (Quantix, Cartul. de /' Yonne, 
t. I, p. 69) et restituée le 11 octobre 862 (//y/W., p. 75). Conrad la donna 
comme douaire à sa femme Waldrade, mais la coniiscation opérée par 
Charles le Chauve rendit nulle cette donation. Cf. DrE-M-MLEr.. Ostfr. 
Beich, t. II, p. 110. 

4. D"aprés les expressions employées dans le diplôme situé à la note 
suivante, le fait se place entre la mort de Charles le ('hauve et l'avè- 
nement de Boson au trône de Provence. 

5. Nous connaissons l'histoire de la villa de Molay, par un diplôme 
daté du 29 janvier de la première année du Tàii;ne d'un roi Louis, et 
attribué par les éditeurs du Recueil dea Hi-floriens de France (t. IX, 
p. 399) à Louis II le Bègue et par Quantin {Cartul. de V Yonne, t. II, 
p. 9) a Louis IV d'Outre-Mer. M. Lauer, Z,o»/.<î /T, p. 17, n. 4, rejette 
cette dernière attribution. Mais l'acte, en tous cas, ne peut pas être de 
Louis II, qui, en })arlant de lui-même, n'aurait pas employé la formule: 
« Pi'eceptum quod apud dominum Ludovicum impetravit ». N'étant pas 
de 878 il ne peut donc servir à ])réciser la date antérieurement à 
laquelle Boson aurait donné la villa à l'abbaye. Elle e»t énumérée 
parmi les possessions de celle-ci à partir du 14 juin 884 (Qi'a.ntin, 
ihiil., t. I, p. 111). 

Un Boson avait été également abbé de Saint-Germain d'Auxerre 
{Ili^t. de Fr., t. VIII, p. 598), mais cela dès 866. à une date par consé- 
quent antérieure à la })remière mention cei-taine de la jjrésence du fils de 
Bivin dans les Etats de Charles le Chauve. Ce Boson, d'autre part, 
mourut un 20 juillet(SiCKEi., Lettre.... dans la liihL de l'Fc. desCtiurtes. 
V^ série, t. III, p. 28) et avant 876 (Gall. C/iri.fl.. t. XII, col. 374). II 
faut donc le distinguer du comte, son homonyme. 



62 BOSON. — SA SITUATION 

avec Boson à la tète des grands du royaume de l'Ouest, 
révoltés contre Charles le Chauve. 

Nous savons enfin que Boson possédait au comté d'Autun 
un certain nombre d'abbayes, qu'il devait en 879 abandonner 
à son rival Théoderic en échange de la dignité du comte dans 
ce même pagiis^^ et qu'on 872 il avait reçu les « honneurs » atta- 
chés au comté de Bourges, dont Charles le Chauve le nomma 
titulaire après la déposition de Girard. En somme ces rensei- 
gnements un peu épars laissent du moins entrevoir une chose, 
c'est que Boson, outre sa situation politique, devait être l'un 
des plus riches possesseurs de biens-fonds du royaume de 
Charles le Chauve. Ajoutons, pour terminer, que l'importance 
de son rôle est attestée non seulement par le nombre des 
diplômes accordés à sa sollicitation ou par l'étendue de ses 
domaines, mais par ce fait que des lampes brûlent en son 
honneur dans l'abbaye de Saint-Denis' comme en celui des 
membres de la famille royale. Un banquet anniversaire devait 
être célébré dans le même monastère au jour de son obit, 
comme pour Charles le Chauve et pour Richilde, et des 
prières devaient être dites càson intention en même temps qu'à 
celle des souverains dans une partie des monastères du 
royaume, notamment à Saint-Martin de Tours et à Saint-Martin 
d'Autun \ 

Boson, ainsi que nous l'avons dit, remplaça àla fin de l'année 
870 Girard en qualité de comte de Vienne. Un diplôme en 
faveur de l'église de Lyon dans lequel il intervient comme 
(imbasciator permet de supposer que son autorité, de même 
que celle de son prédécesseur, s'étendait sur le Lyonnais 



1. Ann. Berlin., a. 879, p. 148. Nous ignorons quelles étaient ces 
al)bayos. Boson obtient en 877 un di})lôme pour Saint-Martin d'Autun 
(l'.n.LioT, Ilisl. de Valihaye de Sdinl-Marlin d'Auluii, t. II, p. 8, u" 'i), 
mais il ne porte dans l'acte ni le titre d'abbé, ni celui de recteur. 

2. Diplonu! de Cliarles le Chauve du 27 mars 870 pour l'abbaye 
de Saint-Denis ; Taiîdh", Carions des Rois, n" 20.j : « Eo videlicet 
« jure ut septcm luminaria ante altare... ardeant. (Juarum una sit pro 
« i)atre nostro sanctae recordationis llludowico augusto, altéra pro geni- 
« tricc nostra gloi'iosa Judith impératrice, tertia pro nobis, cpiarta pro 
« ilyrmintrude olim conjuge nostra regina, quinta pro har.etiaui con- 
« juge nostra Richilde... Sexta pro onnii pi'ole nostra... Septirna ])ro 
« Mosone et Vuidone, ac reliciuis familiaribus nostris (juos niaxima iide- 
« litatis devotio nobis proi)in(puores etïicit ». Cf. sur cet acte A. (Insv 
dans Mrl((nf)es ./. llavel, p. ()8'i-()9:). 

3. Diploiiic du !'■• août 877 ; llixl. de Fr., t. Vlll, i). 671. 



[870-872] BOSON, COMTE F)K VIF.NNF: 63 

aussi bion quo sur le Viennois'. Ce diplnnie est malheureuse- 
ment assez postérieur à l'année 870", et d'une époque à laquelle 
Boson était devenu un assez puissant personnage pour qu'un 
archevé(|ue eut recours à ses hons offices, quand bien même 
il n'aurait pas exercé dans la cité métropolitaine les fonctions 
comtales. La seule trace, d'ailleurs, que nous possédions de 
l'activité de Boson en tant que comte de Vienne est la notice 
d'un plaid tenu dans cette ville, en présence de l'archevêque 
Adon, assisté du vicomte Erlulf, niissus de lîoson.Un certain 
Sigebert y fut condamné à des dommages intérêts envers le 
monastère do Saint-Maurice et de Saint-FerréoP. Boson ne 
parait pas être resté longtemps dans la cité dont le gouver- 
nement lui avait été confié. A la fin de 871 en effet ou au com- 
mencement de 872, il se trouvait dans le nord du royaume 
et remplissait les fonctions d'exécuteur testamentaire du 
comte Eudes de Troyes*. Dans le courant de cette même 
année 872, probablement aux environs du mois de mai', il 
recevait encore une mission qui implique de sa part une cer- 
taine indifférence vis-à-vis de son comté de \'ienne. Charles 
qui se trouvait à Servais, choisit son beau-frère pour le donner 
comme conseiller, comme bajulus, selon l'expression courante 
à cette époque, au jeune prince Louis, roi d'Aquitaine depuis 
867. Boson recevait, en même temps que la première place 
après le souverain en Aquitaine, les « honneurs » du comte 
de Bourges, Girard et les titres de chambricr et do maître 
des huissiers ^ Ce dernier titre, comme l'on sait, désignait un 
des personnages importants de la hiérarchie carolingienne', 
nommé le premier après les grands officiers palatins ^ chargé 

1. Diplôme cité, n. 3. 

2. Infra, pièces jus l if., n'M. 

3. D'AciiEHY, Spicileniiun, t. III, p. 258. — Les dates extrêmes sont 
celle du commencement de 871, et celle du lôdoceinbre 875, date de 
la mort de l'archevêque .\don, mentionné dans la notice. 

4. Maiui.le, Ze.s invasions normandes ((ans In Loire, p. just. n" 1 
(Bih. Kc. Cit.. t. XXXI. p. 425). — Sur ce personnage, mort au mois 
d'août 871, cf. R. Merlet, L'origine de Roberl le Fort, dans les Mél. 
Julien [Idvel , p. 105-lUG. 

5. C'est en mai 872 que Charles le Chauve parait s'être trouvé à Ser- 
vais, comme on peut le conclure d'un dij)lôme publié ///.s/. '/^' /•';•., t. \'III, 
p. 635, où l'an du régne est inexactement donné, mais qui d'après 
l'indiction et la mention de Richilde seml)lc de 872. 

6. Ann. Berlin., a. 872, p. 119. 

7. W.MTZ, Deutsche Verfassunysfjesrhichte, 2"^ éd., t. III, p. 5.37. 

8. liiNCM.M;, De ordine palatii, c. xVn. 



04 BOSON CIIAMBRIKR ET MAITRE DES HUISSIERS [872] 

de diriger le service des huissiers du Palais, d'introduire 
auprès du souverain les personnes qui désirent l'approcher', 
et auquel sont parfois confiées de hautes missions politiques ^ 
A cette nomination de Boson comme chambrier se rattache 
très vraisemblablement l'éloignement d'un puissant person- 
nage, qui, avant lui, avait rempli ces charges, le comte Engel- 
ran, dont la disgrâce est formellement attribuée par Hincmar à 
l'intluence de Richilde^ Cet Engelran paraît avoir été comte 
en Flandre, ou tout au moins dans le voisinage du [tar/us 
Fla)idria'\ et c'est à lui que prétendirent plus tard se ratta- 
cher les suzerains de ce pays^". Il avait joué un certain rôle 
dans les événements des années précédentes, et surtout dans 
les négociations de Charles le Chauve avec Louis le Germa- 
nique'' et avec le roi breton Salomon\ En 868 il portait les 



1. TiiÉODULF, Carmen ad Carolum rcrjem (Ilist. de Fr., t. Y, p. 418). 
Il est parfois désigné par le simple titre d'O.stiariiis. 

2. Gérung, maître des huissiers de Louis le Pieux, gouverna au nom 
du jeune Lotliaire le royaume (Fltalie, de concert avec Walla. Nous 
avons déjà parlé de l'ostiaire Richard et de son rôle sous Louis le 
Pieux. 

o. Ann. Berlin., a. 875, p. 127 : « Engilramno, ((uondamEaroli régis 
« camerario et domestico, suasione Richiidis ab honoribus dejecto et a 
« sua familiaritate abjecto ». 

4. Capilulare Silvacense, c. 9 (Boretius-Krause, t. Il, p. 275). En 
858, il figure le second sur une liste de grands laïques ayant prêté à 
Charles le Chauve un serment de fidélité (Boretus-Kkause, t. Il, 
p. 297). 

5. Art de vèrif. les dates, éd. in-fol , t. III, p. 1. — Les Ann. Dlan- 
dùiienses, a. 856, Mon. Germ., SS., t. V, p. 23, le font abbé de Saint- 
Pierre au Mont-l'landin de Gand (sub Ingelramno comité vel abbate) 
et, bien que ce texte soit assez postérieur, il peut fournir sur ce point 
des renseignements dignes de foi. S'il faut admettre avec leur chrono- 
logie les données de ces mêmes Annales, Engelran aurait conservé 
cette abbaye même après sa disgrâce, car les Ann. Blandinienses lui 
donnent enclore le titre d'abbé en 875 {ibid., p. 24). 

6. En février 863, il est l'un des garants choisis par Louis le Ger- 
manique parmi les sujets de Charles le Chauve, pour assurer l'exécu- 
tion du traité de paix conclu entre les deux frères {Anit. Fuld., a. 863, 
p. 62; DuEMMLER, Ostfr. Beich., t. H, p. 193). Au commencement de 
mars 870, il prend pari à l'accord d'Aix-la-Chapelle entre les deux souve- 
rains et c'est lui qui ])i'ète au nom de Charles le Chauve le sernuMit 
(|ue ce dernier se contentera de la portion de l'héritage de Lotliaire 
qui lui sera attribuée par la convention à intervenir {Mon. Gcnn., 
LL., t. I, p. 516; DuEMMLER, op. cit., t. Il, p. 294). 

7. En 868, c'est lui (jui e.st chargé de porter les présents de Charles à 
Salomon (/Uni. Bert., a. 868, p. 97). — Ajoutons qu'il parait être mort 
avant 883, s'il faut l'identilier avec l'Engelran dont la veuve Friderade 
avait à cette date épousé un seigneur du nom de Mernier (Réoinon, Chro- 
iiitiuc, a. 883. p. 121). Sui' ilngelran, voy. aussi Léon A'andkrkindeue, 



I872| DOSON EN AQUITAINi: C5 

titres de maître des huissiers, do cliambrier et de conseiller 
secret'. Or nous savons que d'une part il était encore comte 
et jouissait d'une certaine autorité en 870-871 -, tandis que, 
d'autre part, il avait été dépouillé de ses fonctions et de ses 
honneurs antérieurement à l'année 875 '. Il n'est donc pas 
invraisemblable de supposer que c'est en 872 (jue sa charge 
lui fut retirée pour être donnée au nouveau favori, Boson, 
alors comte de Vienne, en même temps que le gouvernement 
du royaume d'Aquitaine*. A côté de lîoson, Charles envoyait 
dans ce royaume le comte d'Auvergne, iJernard II Plante- 
velue, fils de Bernard et de Liutgarde% et le marquis de 
Septimanie, Bernard, fils de 151ichilde^ c'est-à-dire deux des 
plus importants seigneurs du midi. Il importait en effet d'éta- 
blir dans ces remuantes provinces une autorité plus stable 
que celle des officiers palatins qui, en 867, y avaient accom- 
pagné le jeune Louis'. Les trois comtes, d'ailleurs, commencè- 
rent par avoir quelque succès, et à la fin de l'année 872, Ber- 
nard, fils de Blichilde **, battait et tuait le rebelle fils de Doda, 
Bernard le Veau '', (jui se maintenait de force dans le comté 



Le copHulaire de Servais, 1897, br. in 8". p. 10-17. (Kxtr. des Bull, 
de ta Coin. roy. d'IIisl. de Belf/ù/ue. 5" .série, t. ^'ll). Cet érudit se 
refuse, avec raison, à voir dans Engeh'an le père de lîaudouin de 
Flandre qui serait bien fils d'Odacre. Il lui attribue comme missus les 
comtés de Courtrai, (iand et 'l'ournai, mais non la Flandre propre 
(Bruges). 

1. A7in. Berlin., a. 868, p. 97. 

2. A cette date, Hincmar s'adresse à lui en même temps qu'aux 
comtes Goziin et Adalehne pour ors;aniser la résistance contre le re- 
belle Carloman (Flodhako, J/isl. Hem. Ece/., III, c. '20 \ Mon. Germ., 
55., t. XIII, p. 543). 

:i. Ann. Berlin., a. 875, p. 127. 

4. Ce qui empêche l'argument tiré de la coïncidence des dates, des 
faits et des cbangements de titres d'être complètement probant, c'est la 
phrase assez embarrassée d'Hincmar qui ne permet pas de décider 
nettement si Boson reçut en 872 la charge de cliambrier et de maitre 
des huissiers pour tout le royaume ou seulement pour celui d'Aqui- 
taine. C'est ainsi que M. BoimoEois (Ca;j(7. de Kier.-nj. p. 9») a pu croire 
que Boson ne reçut alors que la charge de grand chambellan d'Aqui- 
taine. Nous croyons, au contraire, qu'il reçut ces fonctions pour tout le 
royaume de Charles. 

5. Ilial. de Lanrj., t. II, p. 285. 

6. I/isl. de Lan'g., t. II, p. 280. 

7. Ann. Berlin., a. 8G7, p. 86 : « Ordinatis illi fLudovico] ministeria- 
(f.libus de palatiosuo, Aquitanis regem praefuit. » — Cf. BouitoEUis, Le 
(lapilidaire de Kiersij. p. 97. 

H. Ilisl. de Languedoc, t. II, ]). 27<). 
9. Ann. Berlin., a. 872, p. 121. 

l'OLi'AUDiN. Iloîjaiimc de Prurcm-e. 5 



6G BOSON DE RETOUR AUPRÈS DE CHARLES [875] 

d'Autun, et le vainqueur recevait de Charles le Chauve ce 
même comté comme récompense de ses services. 

Mais, pas plus en Aquitaine qu'en Viennois, Boson ne pa- 
raît avoir fait un séjour de bien longue durée'. Trois ans, en 
effet, après son envoi dans le Midi, on le retrouve auprès de 
Charles le Chauve, sans qu'il semble après cette date avoir 
conservé la moindre relation avec les pays d'outre-Loire. Il 
était à Saint-Denis le 19 mars 875- et obtenait de Charles 
le Chauve la celle de Saint-Romain en Maçonnais'' pour les 
moines de Saint-Philibert, incessamment chassés de leurs 
résidences successives par la crainte des invasions normandes, 
et que le roi établissait alors à Tournus en Bourgogne". 
L'abbé qui se trouvait à cette époque à la tète de la raga 
conyi'egatio était le fils d'an comte aquitain, un nommé Gei- 
lon% et devait plus tard se retrouver en relations avec Boson. 
Louis d'Aquitaine parait avoir également été au commence- 
ment de l'année 875 de retour auprès de son père ^ 

Le 12 août 875 l'empereur Louis II mourait près de Brescia 



\. Selon M. E. Bourgeois {loc. cit.), Boson aurait encore été maître 
de l'Aquitaine en 876-877 et « les Aquitains, toujours prêts à mécon- 
« naître l'autorité de Charles le Chauve, suivirent, au contraire, Boson 
« comme un des leurs dans ses intrigues contre l'empereur ». En 
réalité, nous n'avons pas de ti'aced'un rôle quelconque joué par Boson 
dans les affaires d'Aquitaine en dehors de la mention des Annales 
d'ilincmar relative à son envoi dans cette province en 872. 

2. Ilisl. de Fr., t. VllI, p. 645. — C'est le diplôme concédant comme 
refuge à la congrégation de Saint-Philibert le monastère de Saint-Valé- 
rien avec le caslnim Trenorchium, et la villa de Tournus. Mais l'inter- 
vention de Boson, dans ce très long diplôme, n'est mentionnée que 
dans la disposition particulière relative à la celle de Saint-Romain et à 
ses dépendances. — Le texte de l'acte, qui n'est plus connu que par des 
éditions ou par des copies modernes, est extrêmement défectueux. 
Certaines copies (par exemple celle d'après laquelle a été faite l'édition 
(lu Gallia Christ., t. IV, instr., col. 24). au lieu de « pro elemosina 
« nostra, ac dulcissimae conjugis. siveejusdem Bosonis » donnent « ac 
«dulcissimae conjugis filiae ejusdem Bosonis ». C'est une erreur évi- 
(lent(>, mais ce texte altéré a préoccupé certains historiens anciens, 
notamment Pierre de Saint-Julien, au point d'amener ce dernier à 
dédoubler le })ersonnage de Boson. 

'■i. Saint-Koniain-des-lles, Saône-et-Loire, arr. Màcon, canton La 
Chapelle-de-(iuincliay. 

4. Tournus, Saône-et-Loiro, arr. Màcon, ch.-l. de canton. 

5. Cf. la charte publiée par M. Léon Maître, dans la Bi/d. de FEc. def 
Ch., 1898, p. 2.Ï7, et Kaviîe, Eudes, p. 257. 

6. Qui le chargea peu après de défendre la portion orientale du 
royaume. 



[875] PI'.riMIKKK EXI'KDITMN DK GMAHI-KS \Ai CHAUVE EN ITALIE 07 

en ne laissant qu'une fille, Ermengarde'. Charles apprit la 
nouvelle à Douzy', où il se trouvait alors'. Sans tarder il se 
rendit à Ponthion', où se tint une première assemblée, 
puis à Langres. Là il désigna ceux qui devaient l'accom- 
pagner dans son expédition', parmi eux devaient se trouver 
Boson et son frère Richard''. Le V septembre il se mettait 
en route pour tenter de mettre la main sur l'héritage de son 
neveu, en prenant la route ordinaire, celle du Valais et du 
Grand Saint-Bernard dont le maître, le comte Rodolphe, son 
cousin, le laissa passer sans lui susciter de difficultés ^ Malgré 
l'hostilité de Louis le Germanique, qui envahissait la Gaule, 
et dont les tils, soutenus par une partie des seigneurs italiens 
et notamment par Bérenger de FriouP, tentaient vainement 
d'arrêter la marche de Charles en Italie ^ celui-ci était le 
29 septembre à Pavie '", un peu plus tard à Rome, où le 25 
décembre de cette même année il recevait des mains du pape 
Jean VIII la couronne impériale". 

Nous ignorons d'ailleurs la part qu'il convient de faire à 
l'influence de Boson dans cette première expédition d'Italie. 
On a soutenu '- qu'elle devait lui être attribuée en grande 
partie, mais en l'absence de tout texte précis on en est réduit 
aux conjectures. Or, que Boson ait été ambitieux, c'est ce que 
montre la suite de son histoire. Qu'il ait eu intérêt à lancer 
son beau-frère dans des aventures au delà des monts alors 
que lui-même, possesseur des comtés de Vienne et de Bourges, 
jouissait ou pouvait jouir d'une sorte de vice-royauté en Aqui- 
taine ou en Provence, c'est au contraire une chose contestable. 
Ce qui est certain, c'est que l'expédition une fois commencée, 



'i. B(«-:iimek-Ml'ehlb.\cher, p. 476. réunit les textes relatifs à cette 
mort. 

2. Ardennes, arr. Sedan, cant. Mouzon. 

3. Ann. Berlin., a. 879, p. 126. 

4. Ponthioii, Marne, arr. Vitry, cant. Thiéblemont. 

5. Ann. Berlin., ihid. 

6. Mais leur première mention est celle que l'on ti'ouve dans les 
actes de l'assemblée de Pavie, au mois de février 876. 

7. Ann. Berlin., a. 875, p. 127; Dmemmlek, Ostfr. Reich., t. 11, p. 388. 

8. Anuké de Bergame, llisL, c. 19, Script. Rcr. Lan;/., p. 230. 

9. Di;i;.\iMLEiî. Uslfr. Reich., t. II, p. 396, et .\nn. Berlin., p 127. 
André de BepiGame, ibid. 

10. Mcr.ATo.îi, Ann. d'Itnlia, t. V, p. 131. 

11. Ann. Berlin., a. 875, p. 127. 

12. Bourgeois, Capital, de Kiersy. p. 83. 



08 BOSON REÇOIT LA PROVENGE [875] 

SOUS l'influence de Boson ou autrement, le comte fut établi à 
la tète du pays conquis, comme il l'avait été en 872 en Vien- 
nois, en 872 dans l'Aquitaine mal soumise. 

La première portion du royaume de Louis II confiée à Boson 
dut être la Provence propre, c'est-à-dire l'ensemble des cités 
qui après la mort de Charles le Jeune avaient passé entre les 
mains de l'empereur, son frère. Le seul texte, il est vrai, qui 
mentionne cette donation faite par Charles le Chauve à son 
beau-frère, est la Chronique de Réginon ', dont la chronologie 
est particulièrement suspecte à cet endroit. Mais les faits 
postérieurs ne permettent pas de douter que Boson ait eu le 
gouvernement de la Provence ^ et il ne peut y avoir d'hésita- 
tion que sur le moment où celui-ci lui a été confié •\ On 
peut supposer que cette concession lui fut faite à une 
époque un peu postérieure pour le dédommager de la perte 
de son missatkiim italien*. Mais nous croyons qu'il vaut 



1. YiY.GifiO's^ Chronique, p. 113: « Dédit insiiper Bosoni Provinciam. » 

2. DUEMMLKR, Ostfr. RtHch., t. III. p. 78. 

3. Un texte parfois cité à ce propos (cf. Duem.mler, ibid.. n. 1) ne 
parait pas de nature à jeter une grande lumière sur la question. C'est 
une lettre du pape .lean VIII, adressée au comte Boson et relative à 
un certain évoque Ogier [Audgarius] (.Iaité, n" 3002). Une autre lettre, 
en relation avec celle-ci, nous apprend que cet Ogier dépendait du 
métropolitain d'Embrun, Bertmond (Jai fk, n^ 3001). On pourrait donc 
croire que la lettre fut adressée à Boson lorsque celui-ci gouvernait la 
l'rovence, après la mort de Louis II, et, s"il est possible de dater la 
lettre, cbercber à en tirer des conséquences relativement à l'époque à 
laquelle Boson reçut la Provence. Mais Ewald {Ncuea Arrhiv., t. V, 
p. 319), en publiant la CoJJcrlio firilrmiiica, qui renferme ces deux 
textes (.loli-VIIl, n"'- .xxxix et xl, A'enex Arcli., t. V, p. 311) a remarqué 
que les lettres pontificales s'y suivaient, autant que nous pouvons en 
juger, en ordre à peu près chronologique. Or, le document que nous 
venons de citer en précède un autre, qui est certainement du mois de 
février 875 (/6. Joh. vni, n" XLV, .Iaffé, n» 3007). Il est donc lui-même 
antérieur à cette date et a forliori à celle à laquelle Boson ])ouvait 
exercer quelque autorité sur le diocèse d'I'^mbrun. 11 y a donc plus de 
vraiseml)lance à admettre que la lettre en question est adressée à un 
autre comte de même nom, sujet de Louis II, peut-être au mari d'En- 
geltrude, dont nous avons ))récisément encore une mention en 874 
(cf. infra, .[ppriidice III. p. 307). (juant à révêtpie Ogier. nous n'avons 
pu, noi! plus (pi'Ewald, l'identifier, mais on sait combien les listes épis- 
copales sont incomi)lêtes pour ce pays et pour cette éi)0(iue. 

'%. ("est riiypotliese de Doi'.N.NUiES, Deutxchc Slanlsr/'f/U. t. I, p. 13G. 
Mais il admettait aussi, en s'appuyant sur le texte de Réginon, que 
B(json avait été créé roi d'.\rles ])ar Cbarles le Cbauve, ce qui est inad- 
missibles, comme l'a déjà recomni Di;EMMi.i-n, Osl/'r. Reir/i., t. III, p. 78, 
n. I. De même (jue iiéginon a confondu les deux expéditions de Cbarles, 
de même il a confondu la couronne ducale aloi's reçue par Boson, avec 



[S7fi| liosoN, un; iriTAi.ii-; ,;., 

mieux admettre que Boson rerut au début de roccupation 
par Charles des Etats de Louis II le gouvernement de la 
région qui joignait son comté de Vienne aux nouveaux terri- 
toires dont le roi projetait la conquête'. 

Charles en effet dans le courant du mois de février 876 
quittait Rome et revenait vers la Gaule. Mais, avant de fran- 
chir les Alpes, il lui fallait confier le gouvernement de sa 
nouvelle conquête à un homme capable do la lui conserver. 
Boson était tout désigné pour remplir ce rôle. Dans l'assem- 
blée générale des Italiens soumis à Charles, tenue à Pavie 
durant ce même mois de février, il rerr.l, avec le cercle d'or 
qui était l'insigne de sa dignité nouvelle-, le titre de duc, 
oublié en Italie depuis le temps do la domination lombarde''. 
L'empereur lui concédait en outre le droit de choisir ceux qui 
devraient l'assister dans ces fonctions''. Et c'est en cette qualité 
de duc que Doson souscrit les actes de l'assemblée ^ A côté de 



celle que ce dernier portn plus lard. De la chroiii(iue de Héginon, cette 
erreur a j)assé niédiatenient ou iumiédiatemeut dans un certain nombre 
de chroniqueurs du moyen âge. comme SRiEUEirr ue Ge.nuii.oux (Mon. 
Genn., SS.. t. VI, p. o42); IAnnai.iste Saxon (iOid., p. 58'i); Gri de Ba- 
zoches, AuBHi DE TitoisFoNTAiNES (Mou. Gcvm., SS., t. XXlll, p. 71). 
— Boson n'a jamais que le titre de duc dans tous les diplômes de Charles 
qui le mentionnent, jusques et y compris le dernier, du 12 août 877 
{lliat. de Fr., t. \'lll, p. 672), et Uiinni.^es a dû forcer le sens d'un des 
passages de la Respimsio Bosoiiia, de 879, pour y ti-ouver un semblant 
d'argument en faveur de sa théorie. — L'évidence delà confusion com- 
mise par Réginon rend également inutile l'explication trop subtile de 
GiNoiNS (Bo.sonidcs. p. 4'i): « Boson domina comme un roi. ul rcQuli [il 
« oublie de dire à quel auteur il em])runte sa citation] des deux côtés des 
« Alpes )>, ou celle de Vaiun (/> rin/luence des (jucsduns de race .■iu»s les 
Karolintjiens, Paris, 1838, ]i. 13, n. 1) que Boson fut créé roi .sous condi- 
tion d'hommage au nouvel empire de Charles. Quant à 'l'ERUEitAssE 
{llisl. de Boson. p. 56 sq(i.), son opinion est bien hésitante. 

1. 11 est inexact, remarquons-le en passant, que la Provence ait été 
précédemment gouvernée par le marquis Adalbert, au nom de l'em- 
pereur Louis, ainsi que le prétend Ginoins {liosonidea. p. 43). Il 
s'agit uniquement, dans la lettre de.lean Vlll (.Iakfé, n" 32.ï'i) citée par 
l'historien suisse, de biens personnels possédés en Provence par le 
célèbre mar(|uis de 'i'oscane et sa femme Rotlinde. 

2. Ann. Berlin., a. 876, p. 128 : « corona ducali ornato. » — Nous 
savons par la CJironique de Nfinles (éd. Meiu-ET, p. 36) analysant en 
ce passage une lettre du })ape Léon 1\'. (pTini « rirculi(m tntreuin » 
était l'insigne habituel des ducs dans l'Iùnpire franc. 

3. 11 avait été, sous la domination fi-ampie, remplacé par celui de 
comte (DuEMMLEH, Ostfr. Reicli., t. 111. p. 14). 

4. Ann. Brriin., loc. cil. 

'). BoiiETn's-KiiAi'sE, Capitulavid. t. II. p. It'.MOO: « Signum Bosonis 
« ducis et missi Italiac atcjue Palatii airhiministri. — S. Bosonis incliti 



70 BOSON, DUC D'ITALIE |876] 

ce titre il porte encore celui d'archiministre du sacré Palais 
(qui correspond vraisemblablement, dans l'empire, à celui de 
chef des huissiers et de chambrier, par lui reçu lorsqu'il ac- 
compagnait le prince Louis en Aquitaine, et qu'il porte encore 
sous le règne de Louis le Bègue)' — et celui de missus impérial 
pour l'Italie, qui semble avoir désigné quelque chose de plus, 
au civil, que le dux ou chef militaire, une sorte de vice-roi. " 

A la suite de la souscription de Boson, au bas des actes de 
l'assemblée de Pavie, figurent celles d'un certain nombre 
de comtes, parmi lesquels devaient se trouver les « collè- 
gues » désignés par lui pour l'administration de l'Italie. 
Ce sont en général, si nous laissons de côté le comte Richard, 
qui paraît être Richard, frère de Boson. et l'un des comtes 
Bernard, des seigneurs de la région occidentale de la Lora- 
bardie, autant que nous pouvons en juger par les souscriptions 
épiscopales qui accompagnent celles-ci '\ La partie orientale 
du pays restait sans doute soumise à l'ancien adversaire de 
Charles le Chauve, Bérenger, fils d'Evrard, marquis de 
Frioul*. Mais nous ne pouvons voir d'une manière absolue^, 
dans cette absence des comtes et des évèques de la Lombar- 
die orientale à l'assemblée de Pavie, la preuve d'une hostilité 
persistante de Bérenger et du (( parti allemand )> représenté 



« ducis et sacri Palatii archiministri atque imperialis missi.» II a exac- 
tement les mêmes tilres dans un diplôme du 8 janvier 877 (Ilist. de 
Fr., t. VIII, p. 656). 

1. Suppon (sur ce personnage, cf. infi-a, p. 71) porte également le 
titre d'arclihnini.ster (Vita Iladn'ani, c. xui dans le Liber Poidifica- 
(is, t. Il, p. 181 et DuEMMLEU, Osifr. Reicli., t. II, p. 'lO^). Selon ce 
dernier, « die Benennuiig galt weniger einem bestimmter Amte als 
« dem vertrautesten Ratgeber des Koniges. » Cela est vrai, mais les 
textes de Nitiiakd (Ilist., 1. I. c. 3) et d'Aoou.xRD, cités par \\'.\rrz 
(Deutsche Verfassungsr/ese/iir/ite, t. III, p. 356, n. 2) qui permettent de 
rapprocher de la désignation vague priinus post ret/em celle de inissiis 
imperii et imperatoria permettent d'en rapprocher également celle de 
eomrrnriiis, que sous Louis le Pieux portait le comte Bernard. 

2. DcKMMLER, loc. cit., i-apjjroche cette situation de celle d'autres 
missi comme Nomenoé en Hi-etagiie sous Louis le Pieux ou plus lard 
Renier au Long-Col en Lorraire. Mais il confond à tort Hoson. frère de 
L'ichilde, avec un inissvs de Louis 11 en fonctions à Milan en 87i (Mu- 
itATOHi, Ant. ital., t. V, col. 987), lequel doit être l'oncle du.précédent, 
le mari d'Engelti-ude. 

3. Parmi les évèques du pays à l'est de l'Adda. un seul, Adalard de 
Vérone, était présent. Cf. Lupi, (À)d. dipluin. Ber(jom., t. 1, p. 880. 

4. Cf. siijira, ]). 67. 

5. DuEM.MLEH, lor. cit. 



(.S76| LKS COMTFS ITAMKNS 71 

par l'impératrice veuve, Eiigiiberge, à l'égard de Charles le 
Chauve et de Boson. D'uue part, en effet, l'évèque de Vérone' 
et sans doute aussi le comte de Trente" étaient présents. 
D'autre part, la plupart des comtes dont les souscriptions 
accompagnent coUe de Boson paraissent avoir été en rela- 
tions plus ou moins étroites avec Engilberge et avec le mar- 
quis de Frioul : le comte palatin Boderad, Salion d'origine'', 
qui sous le règne de Louis II avait joué un rôle important*; 
le comte Walfrid de Vérone, qui pendant un an sera à la 
tête de la marche de Frioul'' et figure parmi les partisans de 
Bérenger dans sa lutte contre Gui de Spolète*, de même que 
Bernard \ et le comte de Milan ^ Albéric^; et enfin le comte 
Suppon. Celui-ci, fils du comte palatin Maurin'", était père 
de Bertila, femme de Bérenger", et cousin de l'impératrice 
Engilberge'-. Premier gonfalonier'^et conseiller de l'empereur 
Louis Il'\ il avait été momentanément comte de Spolète en 
871, puis réduit de nouveau par Charles le Chauve en 875 à 
son comté de l'Italie du Nord'', dont le centre paraît avoir été 
à Turin, mais qui s'étendait jusqu'à Asti"' et Luna''. La pré- 



1. Adalard mentionné de 876 à 905, mort avant 911. 

2. Le comte Liutfrid. Cf. A. L.^pôtre, Jean VIII, p. 293, n. 2. 

3. Campi, Storid di Piarenza, t. I, p. 478. 

4. Il avait été notamment chargé d'une ambassade auprès de Charles 
le Chauve en 869 {Ann. Berlin., p. 108); en 880, il est mentionné avec 
Suppon et Bérenger (Mon. Hist. Pair., Cliartac, t. I, col. 62). Le nom 
d'Evrard porté par un de ses fils peut faire songer à une parente ou 
une alliance avec la maison de I-'rioul. 

5. Ann. Fnldensfs, a. 896, p. 129. — Il était alors comte de Vérone 
(DuE.MMLEH, Gesia Bcrcngarii, p. 25). 

6. Gesta Dcrengarii, 1. Il, v. 3: « .Nec mora Walfrcdus III" resumit 
« amicos. » 

7. Ge.sla Bereng., ibid., v. 86. 

8. Dlem.mi,er, Gesla Bereng., p. 27, n. 2. 

9. Gi'sla Bereng., ibid., I. \', v. 89. 

10. DUE.MMLEK, 0.s7/'r. Rcirh., t. III, p. 21. 

11. DuEM.MLER, Geslii Bereng., p. 13 et 25. 

12. .\. Lapôtre. Jean Mil, p. 205. 

lo. Anastase le Biiu.iOTiiÉCAUîE, Acla Synodi (Jet., Art. X (870) dans 
MiGNE, t. CXXIX, col. 148. 

14. Donation par Louis II à son conseiller Suppon à la re(iuètc d"En- 
gilberge, en 869, de biens au comté de Parme (Boeiimeiî-.Mieiilh., n" 
1209). 11 est qualifié de marrhio dans un diplôme de Bérenger de 890 
(MuRATOKi, Anl. ital.., t. 1. col. 279-280). 

15. MuKATORi, Ant. liai., t. I, col. 281-284. 

16. Plaid tenu à Asti le l"'' août 880 par le vicomte- Bateric «vice 
« Supponi ». (Mon. Ifi.'tl. Pair.. Charlae. t. 1, col. 60). 

17. Lettre de Jean VI 11 au comte Sui)pon, relative à l'élection de 



72 BKRENGER ET SES PARTISANS [876] 

sence à Pavie du beau-père et d'une partie des partisans de 
Bérenger semble indiquer que ce dernier était, sinon récon- 
cilié avec Charles, du moins neutre, et ses relations plutôt 
amicales avec Boson, vers la même époque, sont en faveur 
de cette hypothèse. Son absence à Pavie s'explique comme 
celle des autres marquis italiens, ceux de Toscane et de Spo- 
lète', en admettant que nous n'avons, à la suite des actes 
de Pavie, que les souscriptions des comtes directement sou- 
mis au duc d'Italie^ Boson. 

Engilberge elle-même paraît s'être rapprochée vers la même 
époque de Charles le Chauve et de son l^eau- frère. Immédia- 
tement après la mort de son époux, elle avait fait appel con- 
curremment aux deux princes qui pouvaient prétendre à la 
succession du défunt'. Plus tard elle favorisa sans doute les 
fils du Germanique, mais les armées de ceux-ci n'épargnèrent 
pas son monastère de Sainte-Julie de Brescia\ et cette cir- 
constance contribua peut-être à la rapprocher du parti « fran- 
çais ». Une lettre du pape Jean VllI' du printemps de l'année 

révêqiie de Luna. (Coll. briiann., Joh. Mil, n" xi.ix, Neucs Archiv, 
t. V, p. 298). 

1. Remarque déjà faite par le P. Lapôtre, Jean VIII, p. 293, n. 1. 

2. En prenant le mot Italie dans un sens restreint et en voyant 
dans le duché contié à Boson quehjue chose d'analogue au marquisat 
de Toscane, par exemple. 

3. Cet appel leur fut adressé par Engilberge et une partie des sei- 
gneurs italiens, réunis à Pavie après la mort de l'empereur Louis 
(Andhk de Bergame, Ilist., c. 19 ; Sau'pt. ver. Lnnr/., p. 229). Selon les 
historiens allemands, comme Duemmler (Ostfr. Iieic/i.,U/.i8S) et Muehl- 
BACHER (Re;/. Karol., ]). 476) le vœu de Louis II aurait été d'avoir pour 
successeur Carloman de Bavière, et Engilberge s'y serait conformée 
en appelant celui-ci. Mais le seul texte cité à l'apjjui de cette opinion 
est celui du Liliellus de impernloria poteslale, document postérieur et 
tendancieux (cf. .\. Lapôtre, Le lihelle impérialisle de Spolète, dans 
Je/iH VII f, cil. V, ]). 170 suiv.), moins bien renseigné qu'.Vndré de 
Bergame. 

'i. Jaki-é, n" 3084 ; Migne. t. CX.WI, col. 719. La lettre n'est que du 
27 mars 877,nnais elle fait allusion à des événements de dix-huit mois 
antérieurs, car depuis sa malheureuse ex})édition de 875, Charles de 
Souabe ne rentra i)as en Italie. Cf. Duemmler, (j.'<t/'r. Reich., t. III, 
p. 48. 

5. Jakké, n" 3085; Miom;, t. CX.WI, p. 720. Il ne faut jias, du reste, 
exagérer et faire d'Engilberge et de Bérenger deux fervents soutiens 
de Chai'les. La lettre même de .Jean VIll montre que l'on. ne conqitait 
pas trop sur la fidélité de l'imjjératrice. Celle-ci obtenait de Louis le 
(iermanique, le 19 juillet 876. une conlirmation de ses })ossessions 
(Boi:iiMER-MrEin,R.\(in:R, n" 1476; Miiratori, AiU. ilal., t. VI, col. 29). 
— L'envoi par llnuilberge des deux députés mentionnés dans l'acte, 
(ji.-;dbert et Amédrc, i)()ui'rai1 d'ailleurs éti'e antérieur à la date du 



[876] MAIIIACK DK ISOSON 73 

suivante exhorte riiiipéralrice à rester fidèle à Charles le 
Chauve, ce qui prouve qu'il y avaitou une réconciliation; celle- 
ci fut plus ou moins sincère peut-être, mais la lettre ne parait 
pas écrite en vue de gatiiicr Kngilherge à cette cause; elle 
V appartenait donc ou feignait d'y appartenir. Si, d'ailleurs, 
au commencement de 876 elle avait été nettement liosiile à 
Charles, il est peu vraisemblable que sa lille eût alors épousé 
le l)eau-frère de l'empereur, son favori, le duc mis par lui à 
la tète de la Lombardie. Il y a là tout un ensemble de faits 
dont les textes ne nous permettent pas de connaître le détail, 
mais qui doivent être rattachés les uns aux autres et dont le 
plus important, au })oint Aq vue qui nous occuj)e, est le ma- 
riage du comte Boson avec Ermengarde. 

Le nouveau duc, en effet, « poussé par la faction de Béren- 
ger », c'est-à-dire sans doute influencé par celui-ci et par les 
comtes lombards dont nous avons indiqué la présence à l'as- 
semblée de Pavie, prit pour femme la fille du défunt empe- 
reur Louis II, Ermengarde, — « iniquoconludio »,dit Hincmar'. 

Le passage trop concis des Annales Bertiniennes relatif 
à cet événement e^i assez difficile à expliquer, et le rap- 
prochement avec les quelques rares renseignements fournis 
par les autres sources contemporaines ne fournit que peu de 
secours. Ajoutons ([u'on a encombré la question de commen- 
taires et d'hypothèses souvent aventureuses, ou même con- 
traires aux textes. La date du mariage peut être approxima- 
tivement fixée au printem[)s de l'année 876", mais on ' a voulu 

rapprochement marqué par les lettres précitées et i)ar le mariage 
d'Ermcngarde. 

1. Ann. hi'rliniani. a. 876. ]). 128 : « Boso, postqnam imperator ab 
« Italia in Fraiiciam rediit, Berengarii. I']vrar(li tllii, factione, iiliam 
« Hludovici imperatoris Hyrinengardem, quac apud cum morabatnr. 
« iniquo conludio in matrimonium sumpsit. ».\ous ne pouvons traduire 
très exactement le mot faclio. D'autre part, il est ditïicile de savoir à 
quel nom se rapporte le terme cum. Autrement dit, Krmengarde se 
trouvait-elle auprès de Hérenger. son cousin par sa mère, Gisla, femme 
d'Evrard, ainsi que le suppose (Ii.nuins (hoxonides, p. 'ili), — ou jjrés 
de Boson lui-mi-ine. Le pronom /s, en. ù/, n'a pas un sens très ])récis, 
et remploi du démonstratif, dans la langue d'Hincmar. ne parait pas 
assujetti à des règles bien fixes.— Die.mmi.ei!, Oslfr. Reirh.,{. II, p. 'iO:{, 
et t. III, p. 78. laisse la question dans le vague. 

2. D'après le texte des Ann. lierliniani, le fait se place entre W. mo- 
ment où Charles quitta l'Italie, et l'ouverture du synode de Ponlliion. 
c'est-à-dire entre le mois de février876c1 le21 juin de la nu'>me année. 

3. GiNOiNS, Boaonidea, p. 45; Di:i:m.\h.eh, (hlfr. /{eic/i., t. III, }). 403; 
Parisot, f.r ro'jdumr de Lorrains, p. 452. — Bi'ECIITI.no, (llan/nrUrdif/licil 



74 MARIAGK DE BOSON [876] 

la reporter à l'année 877, en alléguant que le testament de 
l'ex-impératrice Engilberge' prévoit le cas où sa tille vien- 
drait à prendre le voile dans son monastère. On en a conclu qu'à 
cette date du mois de mars 877", Ermengarde ne devait point 
encore être mariée. Mais en réalité les termes du testament 
s'appliquent à la situation de la fille de l'impératrice, entrée, 
même mariée, dans un couvent, et établissent des distinctions, 
non pour le cas où Ermengarde viendrait à mourir sans être 
mariée, mais pour celui où elle ne laisserait point d'enfant '\ 
Il est d'ailleurs des textes qui prévoient formellement l'hypo- 
thèse d'une femme mariée entrant comme religieuse dans un 
couvent*. Les considérations tirées du testament d'Engilberge 
ne sont donc pas de nature à infirmer la valeur du témoi- 
gnage d'Hincmar, qui n'eût pas commis sur un événement de 
cette importance, et sur lequel il devait être bien renseigné, 
une erreur aussi grave. L'hypothèse, en outre, est contraire 
aux faits connus, car Boson était de retour auprès de Charles 
le Chauve dès le début de l'année 877 et rien ne permet de 
croire que depuis cette époque il ait repassé les Alpes, alors 
que toutes les sources sont d'accord pour placer en Italie la 
célébration de son mariage ^ 

IlinkïïKirs von Reims, p. 34, cherche à expliquer cette prétendue erreur 
dans la chronologie des Annales Bertiniennes par l'hypothèse de men- 
tions rajoutées après coup par l'auteur à son texte. 

1. Cod. clip. Lang., col. 452, n" cclxx. 

2. Du mois de mars de la seconde année de Charles le Chauve, ce 
qui nous met bien en 877 et non en 876, comme le dit inexactement 
M. Bourgeois, Capitulaire de Kierxy, p. 87, n. 3, en adoptant, du 
reste, le même système que les historiens précédemment indiqués, à 
savoir qu'Erm(jngarde n'était pas mariée lorsque hit fait le testament. 

3. Cf. \. Lai'Ôtre, Jecui VIII, p. 312. 

4. Lettre de Jean Vill, de novembre 879 (.Jafké, n"33l0; Mig.ne, 
t. C.\..XVI, col. 891 : « Questa a nobis qiiod viro suo defuncto, velamen 
« sil)i sacri habitus ab ejusdem viri sui fratris duntaxat germani vi... 
« imposituui fuerit. » Dans une lettre de Nicolas I (Mansi, t. XV, j). 473), 
il est (jue.^tion d'une femme qui, dans une intention frauduleuse, prend 
le voile après la mort de son mari. Cf. aussi (jipilulare Papiense, 
de 856 (lî()UETn;s-KiîAUSi:, t. II, p. 90). 11 est un texte bien plus pro- 
bant encore, car il est relatif à Engilberge et Ermengarde ellesnièmes, 
et émane de l'empereur Louis 11. Ce derni(>r prévoit l'hypothèse où 
sa veuve mourrait sous l'habit religieux, abbesse du monastère de 
Saint-Sauveur de Brescia ; dans ce cas, Ermengarde devra succéder 
à sa mère : « Si vero no.stra dilectissima conjux, clarissima .Vugusta 
« i'ingilberga, ante (iliam nostram llermenganleni divina obierit voca- 
« tione, tune, volumus ut ci succ(>(lat ipsa Hlia nostra in eandem potes- 
« tatem. « (Diplôme du 2S avril 865; dodcx tfipl. Laiigob., n" cc.XLV.) 

5. Selon KÉGiNO.N, Charles le Chauve aurait lui-même donné à Boson, 



[87r,| MARIAf.K W. IîOS(»N 7a 

Il est plus difficile de savoir ce que fut 1' « iniquiim conlu- 
dium », la « collusion » dont parle Hincniar à propos du ma- 
riage de Boson'. L'archevêque de Reims a pu désigner ainsi 
uniquement les rapports do Boson avec des personnages tels 
que Bérenger et Kngilborge, qui, aux yeux de Charles le 
Chauve et de ses conseillers, pouvaient passer à bon droit 
pour suspects. Il serait donc dangereux de chercher à expli- 
quer ces mots un peu ënigmatiques par un rapprochement 



en même temps que l;i Pi'ovence et l'Italie, la main d'Ermenganle : 
« [Karolus »] ab urbe Hoiiia in Lan^jobardiam reversns Bosoni gennano 
« Kicbildis rei;inae Ilimiintrardem liliam Ludowiei imperatorisin ina- 
« trimonium jungit. Uies nuptianim tanto a])paratu tantaque ludoruin 
« magniticeniia celebratus est, ut hujus celebritatis gaudiamoduni ex- 
« cessisse ferantur » {(llirunicon, a. 877, p. 113). Comme ce récit e.st 
contraire à celui d'Hincmar, on a.supposé (cf. Dik.mmler, Oslfr. lieich., 
t. III. p. 78) que peut-être, au cours de sa seconde expédition en Italie, 
Charles avait Uni par approuver ce mariage et fait célébrer à Pavie 
des noces splendides. Cela est inadmissible, car, ainsi que nous le ver- 
rons plus loin, lors de cette seconde expédition, Boson ne redescendit 
])as en Italie. Les mots « ut... l'erantui- » dans le passage de Héginun 
indiquent que sur ce point comme sur d'autres l'auteur emprunte, j)our 
partie du moins, son récit à la tradition orale. Or, il ne trouvait peut- 
être, dans les Anrtales de Prlim, qu'il avait sous les yeux et (jui lui 
fournissaient son cadre chronologique, qu'une seule mention relative 
aux expéditions de Charles le Chauve. Du moins, il n'y en a qu'une 
dans \e<,Ann((U'.'< Prumienscs, qui nous sont parvenues (jVom. (îerm..SS., 
t.XN'.p. 1291).M.KiRZE(AV»('5.4/v7(j'r., t.XN'.p. :i20) croit, au contraire, 
queRéginon a trouvédansces Annales jterdues lamentionducouronne- 
ment de Charles à 874 et celle de sa mort à 877. Kn tout cas, cela ne 
lui donnait pas le moyen de rattacher à une date précise les détails 
qu'il pouvait connaître par des rapports oraux.surle mariage de Boson. 
11 a confondu les faits des deux campagnes, c'est-à-dire l'attribution 
par Charles le Chauve à son beau-frère d'un pouvoir inusité des deux 
côtés des Alpes, le mariage de Boson et la mort de l'empereur. On 
s'explique, fort bien d'autre part, qu'il ait pu croire que, si Charles 
donnait à son lieutenant une autorité aussi grande, il pouvait tout aussi 
bien lui accorder la main d'une princesse de la famille impériale. De 
là la réunion des deux faits dans le récit. Quant aiix détails sur la 
pompe du mariage (jui j)arvinrent jusqu'à rabi)aye de Priim, il n'est 
aucune raison de leur refuser tout au moins un fond de vérité. 

1. lY'ut-êti'e {)Ourrait-on proposer de lire « inifjuo con[cJludio », en 
supposant (juc llincmar, à tort ou à raison, trouvait celte alliance 
« dispropoi'tioimée ». C'est, du reste, relativement à ce mariage, la ma- 
nière do voir de Duem.mi.kr, Oatfr. liridi.. t. Il, p. 403, qui juge (|ue 
« ungemessen sein Khrgeiz vcirwàrts schweifte ». M. iMceiii-Maciieii. 
Deulsc/w Gesrhic/ite imU-r dm Karoliiifjmi, p. 567, porte sur Boson un 
jugement à peu prés analogue. 11 ne nous semble pas, au conli'aire, 
que le fait ait eu rien d'anormal, la situation i)oliti(|ue de Boson étant 
certainement assez élevée pour qu'il put épou.ser une princesse de la 
famille impériale. 



76 MAR[AGK DE BOSON |876l 

avec le texte des Annales de Fulda'. Selon ces dernières, en 
effet, Boson, non seulement aurait enlevé Ermengarde, mais 
pour être libre d'épouser celle-ci, il se serait débarrassé par le 
poison de sa première femme. L'annaliste de Fulda est émi- 
'nemment suspect, surtout lorsqu'il s'agit de Boson, l'un des 
conseillers de Charles le Chauve, et qui pouvait avoir en 875 
contribué à la défaite de Carloman de Bavière, pour les ad- 
versaires duquel Méginhard n'a pas assez d'injures. De plus 
c'est à propos des événements de 878 qu'il rapporte cette his- 
toire d'empoisonnement. Or, à cette dernière date, le duc de 
Provence, appelé et soutenu par le pape Jean VIII, retournait 
en Italie pour y lutter contre ce même Carloman. On peut 
donc, avec une certaine vraisemblance, considérer l'anecdote 
comme l'un de ces bruits défavorables aux princes de la 
Francie occidentale que Méginhard aime à recueillir dans 
son œuvre'". Il serait d'ailleurs bien singulier qu'Hincmar, 
nettement hostile à Boson dans cette affaire, ne fit pas même 
allusion^ au crime dont Uéginon ne parle pas non plus. 



1. GiNGiNS, liosoiiidf's, p. 'i4-'i5, a cru devciir donner à ce ])i'opos des 
détails assez circonstanciés sur Texpédilion [yj de Boson à l'révise [?] 
où les confidents [!?] de liérenger lui livrèrent la princesse Ermen- 
garde. « ce qui passa dans le public pour un enlèvement simulé ». — • 
11 est fâcheux que Gingins, qui cite eu note les Annales d'Hincmar, 
n'ait pas cru devoir pul)licr les documents auxcjuels il emprunte ses 
renseignements complémentaires, que nous citons à titre d'échantillon 
de sa manière d'écrire l'histoire. Les Annales de I-'ulda (cf. infra), 
disent, il est vrai, en parlant de ce mariage, « \)ev vim rapuerat ». 
Mais cette affirmation, (ju'aucun autre texte ne vient appuyer, s'ex- 
plique suffisamment par l'hostilité de l'annaliste allemand à l'égard de 
Boson, surtout lorscju'il s'agit d'un événement si contraire aux intérêts 
des princes germaniques. Cette hostilité, manifestée par un partisan 
dévoué de ces derniers princes, ne permet guère d'admettre avec 
M. BouHc.EOis (Le Capilulairp de KÙTsy, p. 8(3-87) que « ce mariage 
« de Boson fut Ici-uvre du })arti allemand. Les ennemis de Charles le 
« Chauve ont exploité l'andiition de son beau-frère ; maître déjà de la 
« vallée du Rhône et du Valais. Boson ])ouvait, grâce à cette nouvelle 
« alliance, prétendre à la succession de Louis II, la Provence et l'Italie ». 
Mais 1" il est plus que douteux que Boson ait été en ])ossessioii du 
Valais ; 2'^ c'est d(; par la volonté de Charles le Chauve qu'il était 
maître de la Provence et de l'Italie aussi bien que de son comté de 
Vienne. Quant à dire qu'il conçut dès ce moment la pensée de se créer 
un royaume indépendant italo-bourguignon, c'est ce qu'il est impos- 
sible d'affirmer, il y avait là un beau mai'iage à faire, et Boson l'a fait. 

2. Comme, par exemple, ce qui concerne les relations de Charles le 
Chauve avec Jean VI IL 

;{. Nous ne pouvons, en effet, considérer les mots iniquo ronlntlio 
comme une allusion de ce irenre. 



[STO] MAlilACE l»F. HOSd.N 77 

En somme, de tous les textes relatifs à ces événements, les 
conclusions qui paraissent se dégager avec le plus de certitude 
— s'il y a une certitude quand il s'agit de l'époque carolin- 
gienne — sont bien peu nombreuses, et ce qui semble à peu 
près acceptable se réduit à fort peu de cboses. Nous pouvons 
admettre cependant que Boson épousa Ermengarde entre le 
mois de février et le mois de juin 876; — que ce mariage eut 
lieu avec le concours et l'appui de IJérenger, duc de Frioul, 
vraisemblablement, à l'instigation des comtes italiens qui 
entouraient alors Boson, ce qui ne fut pas sans déplaire à 
quelques-uns des conseillers de son souverain. Ajoutons qu'il 
est possible que les noces du duc de Lombardie aient été très 
solennelles et aient vivement frappé l'imagination d'une partie 
des contemporains. Il est également admissible (ju'ilait, peu de 
temps avant cette époque, perdu une première femme dont 
nous ignorons le nom et dont il nous paraît impossible de 
démontrer l'existence'. 

Ermengarde, que Boson venait ainsi d'épouser, était alors 
la seule survivante des deux filles de l'empereur Louis II et 
de l'impératrice Engilberge". Son père s'était marié au mois 

1. Il est à peu prés inutile de discuter l'ar^iument do Ginoins {Boso- 
nides, p. 'j5-'j6) que Boson n"a pas empoisonné sa t'enime. car en ce cas 
le pape ne le traiterait pas. comme il le fait, de tils adoptif. Jean VI II 
ou Formose devaient régulièrement employer la formule d'usage 
« dilectissime fili » en écrivant à un comte même accusé d'un crime 
de ce genre. 

Sans parler de Bouis (La rni/a/lr cawonnf! des rois d'Arles, p. 128). 
qui a écrit à cette occasion tout un petit roman, plusieurs historiens 
(les derniers siècles se sont laissés entraîner à admettre la version 
des Annales de Fulda, en identifiant lioson avec le mai-i d'Engeltriide, 
qui se serait alors défait de sa vagabonde épouse (BorruE. ///.s/, de 
Provciict', t. 1, p. 760; (^iiOHircii, I/ist. de I)auphini\ t. I, p. 729). — 
Ce qui est possible, mais purement conjectural, c'est que Boson, liuc 
de Lombardie, ait eu alors une première femme, morte à peu prés à 
cette date, ce qui expliquerait que le bruit recueilli par Kgiuhard 
ait couru en Germanie. Eu outre, au mois de juin 878, Boson avait une 
fille qu'il fiançait au jeune jjrince Carloman. Le mariage avec Ki-men- 
garde datant du printemps de 876, la naissance d'un enfant de celle-ci 
serait de la fin de 876 ou du comuiencement de 877, et il faudrait 
admettre les fiançailles du fils de Louis le Bègue avec une enfant de 
(piin/.e à dix-huit mois, ce qui n'est cependant pas impossible. 

2. Le testament dLiigilberge (Cod. dipl. Lang.. n» cci.xx) itarle 
d' « Ermengarda unica mea filia », mais nous savons cpie Louis II avait 
eu une fille du noin de Gisla, à laquelle, le l.'i janvier 861. il concède 
le monastère de Saint-Sauveur de Brescia (Bi»-:ii.mi:u-.Ml:i:uliiaciiek, ii" 
1186). VAW. est également mentionnée i)ar le N'écrologe de Brescia 
(Mlkatdi;!. Ant. iial.. t. V. col. 761), à côté de ses deux homonymes, 



78 ERMENGARDE [876] 

d'octobre 851 ' et elle-même avait été fiancée dès une date anté- 
rieure à l'année 869 à l'empereur Basile; elle devait donc avoir 
à l'époque de son mariage de 17 à 25 ans. Elle avait reçu les 
lerons du célèbre Anastase le Bibliothécaire", qui l'avait ins- 
truite dans les lettres sacrées. Sa jeunesse avait été assez 
agitée. En 869 Basile avait réclamé sa fiancée, gage de l'al- 
liance conclue par lui contre les Sarrasins avec 1 empereur 
Louis II, mais celui-ci avait trouvé un prétexte pour refuser 
de remettre sa fille au patriceNicetas^ chargé de la ramener à 
Constantinople en même temps que de conduire contre les 
Sarrasins de Bari un secours de quatre cents navires. Blessé 
du refus, le patrice se retira à Corinthe, pendant que les 
Sarrasins, délivrés de cet adversaire, harcelaient librement 
les troupes impériales*. Deux ans après, au mois d'août 871, 
Ermengarde était retenue en captivité avec son père et sa 
mère par le duc Adalgis de Bénévent qui s'était emparé d'eux 
par trahison ^ La captivité de Louis II, et vraisemblablement 
celle de sa famille, dura jusqu'au mois de septembre ^ pendant 
que le bruit de leur mort se répandait jusqu'en Gaule. Ils 
ne furent enfin délivrés que grâce à l'intervention de l'évèque 
de Bénévent ^ Depuis cette époque, les textes sont muets au 
sujet d'Ermengarde, jusqu'au moment où son mariage avec 
Boson vint rattacher celui-ci à la famille des Carolingiens 
d'Italie ^ 



sa tante Gisla. fille de Lotliaire I, et sa cousine Gisla, fille d'Evrard 
de Frioul. 

1. Bœhmek-Mueiilraciiek, 11° 1148. 

2. IIi.NCMAi;, Lflin' à Ertacngardc, dans Flodoard, Hisl. rem. eccl., 
1. III, c. 27; Mon. Genn., SS.. t. Xlll, p. 530: « Quam audierat suffi- 
« cienfer litterls sacris inibutam ab Anastasio quondam didascalo. » — 
SciiRŒns, lief/csle, n» 447, date avec trop peu de })récision cette lettre 
de 875-879, car non seulement Bosoii nepousa Krinen^arde qu'au 
printemps de 876, mais encore il est question dans le texte de domai- 
nes en Provence, et le duc ne revint en Gaule avec son épouse qu'à 
la fin de cette même année 876. 

3. Son nom est donné par le chroniqueur byzantin Geokoes Ceore- 
Nios, Conipendinm llisloricum, éd. de Bonn, \>. 21'.». 

4. Ann. lierlin., a. 869, p. 106. 

5. Ann. Berlin., a. 871, p. 148; Erchempekt, ///.s7. Ijinr/. licneven- 
lan, c. 34, Script, rer. Lanf/., p. 247 ; Gcsta Episcopor. Ncapolil., 
c. 65 ib., p. 435 ; Cliron. Brixiensc Mon. Genn., SS., t. III, p. 239. 

6. B(>:IIMER-MUEHLBACHER, p. 467-468. 

7. An)i. Berlin., loc. eil. 

8. On en a un indice intéressant dans ce fait (}ue le nom de Boson 



L876] BOSON i:.\- ITAl.IK 79 

Boson, par le fait de son alliance avec l'impératrice Engil- 
berge et sa puissante famille, se trouvait avoir acquis une 
autorité plus grande peut-être que celle que Charles lo Chauve 
avait entendu lui donner'. Charles, cependant, laissa son 
beau-frère encore en Italie pendant la plus grande partie de 
l'année 876". Boson, en effet, se trouvait encore à l'avie^ au 
commencement de septembre. Il retenait alors auprès de lui 
deux légats du pape qui revenaient de Gaule, Léon, apocrisiaire 
du Saint-Siège, neveu de Jean VIII, et Pierre, évèque de Fos- 
sombrone '' qui avaient eu au contraire à se louer de ses bons 
offices lorsqu'ils traversaient une première fois son missaticum 
pour se rendre à Ponthion^ ; du moins il mettait si peu d'em- 
pressement à faciliter le voyage de ces deux personnages'* que 
Jean VIII crut devoir intervenir pour se plaindre de la conduite 
du duc de Lombardie'. Mais, en même temps, dans la lettre 
qu'il adressait à ce sujet à ce dernier, il le suppliait instam- 
ment de venir, en l'absence de l'empereur, porter secours 
aux chrétiens contre les Sarrasins qui dévastaient la campagne 
romaine ^ 



figure à côté de celui d'Ermengarde parmi les personnages de la 
famille royale dans le nécrologe de Saint-Sauveur de Brescia.(MuRATOHi, 
Ant. liai., t. V, col. 760). 

1. Ce qui explique que les Annales d'Hincmar sont p.^esque aussi 
hostiles à ce mariage que les Ann. de Fulda qui représentent les inté- 
rêts du « parti allemand ». 

2. Son nom figure au mois de juillet dans les actes du concile de 
Ponthion, mais uni(|uement à la suite du procès-verbal de rassemblée 
de Pavie, qui fut alors représenté aux grands et aux prélats. (i3oRETn"s- 
Kral'sE. t. II. p. 'i8). 

3. C'est ce qui semble résulter des deux lettres de Jean \'ni (Jafké. 
n»'* 30'»2 et ;}0't7), où il reproche à ses légats de rester trop longtemj)S 
à Pavie, combinées avec sa lettre à Boson, dans laquelle il accuse ce 
derniei" d"empf'cher les prélats de continuer leur voyage (.Jakke, 
n" oOiSj. 

4. Ils étaient accompagnés de l'évéque d'Autun, Adalgaire, qui jouait 
à cette épo(iue un rôle actif dans les négociations entre Charles le 
Chauve et .lean VIII, dont il finit en 877 par obtenir \e /lallinm. 11 était 
évidemment en relations avec Boson, abbé laïque de plusieurs abbayes 
de son diocèse, mais on ne peut conclure de là qu'il ait dès cette époque 
travaillé à son profit en Italie. 

5. Lettre de Jean VllI du l""" septembre (Jaffé, n" 30io : Mig.ne, 
t. CXXVI, col. 679). — .M. Bourgeois (Oz;;j7M/fl m' de /v«'t'/-.s-//. p. 88) croit 
à tort Boson déjà revenu à cette date auprès de Charles. 

6. Lettre du 9 septembre, Jaffé, n" 30'i8 ; .Mig.ne, ifjifi.. col. 68'i. 

7. Ces demandes de secours sont déjà faites dans la lettre citée n. .'{. 

8. Plutôt que le désir supposé par .M. Boirgeois ((^apitidaire île 
Kiersij. Inc. rU.) de l'éloigner de Bérenger et d'Kngilberge, auprès des- 



80 RETOUR DK BOSON EN GAULE [876-877] 

Ce sont sans doute les événements de Gaule qui empêchè- 
rent Boson d'accorder à Jean VIII la protection que celui-ci 
réclamait. A la mort de Louis le Germanique, en effet (27 août 
876), Charles le Chauve avait envahi les états de son frère et 
essuyé le 7 octobre, à Andernach, une grave défaite. C'est 
très vraisemblablement cette nouvelle guerre qui le décida à 
rappeler (Tltalie son beau-frère. On retrouve celui-ci le 7 janvier 
877 à Quierzv, près de Charles qui, à sa requête, restituait à 
l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon la villa de Longvic' dans 
rOscheret". Il l'accompagna ensuite à Compiègne, où il se 
trouvait à la fln de mars\ Il v tint sur les fonts baptismaux' le 
fils dont Richilde était accouchée durant la retraite préci- 
pitée d'Herstall à Anthenay à laquelle elle avait été contrainte, 
après la bataille d'Andernach, par l'approche des troupes ger- 
maniques''. Boson d'ailleurs, tout en étant de retour en Gaule, 
conservait ses titres de duc d'Italie, de tnissus, d'archiministre 
du sacré palais". Ce fait, non moins que les nombreux diplômes 
qu'il obtenait à cette époque pour Saint-Bénigne', pour Mon- 
tier-la-Celle^ pour Montiéramey", })our un certain Odilon '", 



quels on vouait de le laisser pendant un an. (Juand Charles a besoin 
de Boson, il le « déplace » comme en 872 il l'a fait passer de \'ienne 
en Aquitaine et, en 875, d'Aquitaine en Italie. 

1. Longvic, Côte-d'Or, arr. et cant. de Dijon. 

2. Diplôme de Charles ieChauvedu7janvier877,(///s/.r/t' F/-., t.VllI. 
p. 656;. 

:j. Diplôme de Charles le Chauve du 29 mars, {Cartul. de Montiir- 
la-Cellc, éd. Lm.ohe, p. 199). Cf. d'Ap.iîois de Juijainvhj.e, //«.s-/, des ducs 
et comtes de Chaïupagne, t. I, p. 65-6. 

4. Ann. Bertin., a. 877, p. 133. 

5. Ann. Bertin., a. 876, p. 131. 

Cet enfant, qui avait reçu le prénom de Ciiarles, mourut peu après 
son baptême. 

6. « Boso charissimas nostcr dux et missus Italiae sacrique palalii 
« nostri archiminister. '> (I)i])l. du 7 janvier 877, llisl. de l'r.. t. \iii, 
p. 656). 

« Insignis ducis nostrique ministerialis IJosonis. » (Dipl. cité n. 4.) 
« Bosonis comitis ducis Italiae _et sacri ])aiatii nostri archiministri. » 

A. Gniv, Éludescarol., dans les Études... dédiées à G. Monod, p. 128.) 
« Bosonis carissimi ducis. » (dipl. du 12 octobre 877, Ifist. de Fr., 

t.VlII,p. 672.) 

7. Cf. n. 2. 

8. Cf. n. 3. 

9. Fragment non daté provenant d'un diplôme de Charles le Chauve 
pour Montiéramey, pub. par A. (juîy, op. cit. p. 128, et qu'il faut. 
seml)l('-t-il, rajjproclier des j)réccdents. 

JO. Chartes de Chiinj. u" 21. 



[877| IIOLF"] DK HOSlXN EN 877 81 

fiflèlo (le Charles, doit faire écarter l'hypothèse d'une dis- 
grâce, encourue par lui à la suite de son mariage avec 
Ermengarde. Il paraît d'ailleurs avoir eu pour remplaçant 
dans son mismticum italien son propre frère, Richard, (ju'ac- 
compagnait Hugues l'Abbé. 

On perd la trace doBoson dans le courant de l'été de l'année 
877 et il n'assista pas au mois de juin à l'assemblée de 
Quierzy '. Mais il n'était pas le seul parmi les grands à y faire 
défaut. Hugues l'Abbé, peut-être encore retenu en Italie, et 
Bernard d'Auvergne étaient également absents'. Ce qui paraît 
le plus probable c'est que ce dernier et Boson se trouvaient 
dans les pays dont le gouvernement loar était confié, peut-être 
pour prendre contre les Normands les mesures dont on s'occu- 
pait alors. Charles, d'ailleurs, les désigne l'un et l'autre parmi 
ceux dont son fils doit, durant son absence, prendre les 
conseils". Ce fait n'indique pas qu'il eût cà ce moment rintcnlion 
de les emmener eu Italie; il réserve cependant le cas où il 
aurait besoin d'eux, et où par suite son fils devrait se passer 
de leur concours \ Une résolution spéciale devait être prise 
par l'assemblée au sujet des « honneurs » de Boson, de Bernard 



1. «Hugo abbas » et Richard souscrivent, au mois de mars 877, le tes- 
tament de l'impératrice p]ngilberge. L'identiiication faite par le P. 
LAinJTRE, Jean VIII, p. 311-312, parait vraisemblable, car nous n'avons 
pas de mention de Hugues l'Abbé en Gaule après le mois de juillet 876 
(Ann. Berlin. .p. 131 ;"diplomedu 13juillet, IIist.de Fr., t. VIII. p. 667 ; 
Actes du synode de Ponthion, dans I'>(iretics-Krause, t. Il, p. 350). 
Richard parait encore en Gaule dans un diplôme du \ septembre de 
cette mômeannée {Hisl. r/e /•>., t. Vlll, p.G5'0. Ce seraitdoncau plus tôt 
dans le dernier trimestre de cette année que ces deux persoiuiages 
auraient remplacé Boson en Italie, ce ([ui concorde avec la date que 
nous avons indiquée pour le rappel de ce dernier. — Ajoutons que 
c'est à Hugues l'Abbé qu'Kngilberge s'adressa plus tard pour obtenir 
un diplôme du roi Carloman de Gaule le 3 août 883 {.Millheit. des Inst. 
Œ. GF., t. V, p. 339, n" xvi), mais nous ne savons si c'est à ce séjour 
de HuQ:ues en Italie qu'il est fait allusion dans une lettre que lui adressa 
Jean Vlll en 878 (Jafké, n° 31.ÏG; Mic.ne. t. CXXVl, col. 781). 11 était 
de retour avant le mois de septembre 877, car à cette date Charles le 
Chauve attendait sa nouvelle arrivée en Italie avec des renforts. 

2. Hi.NC.MAR, Lettre à Louis le Hègue (Ilist. de Fr., t. IX, p. 25'i): 
« Omnes présentes adfuerunt, exceptis Bosone et Hugone abbate et 
« Bernardo comité .\rvernico. » 

3. Cap. Caris., art. 15. 

i. l/iid. : « Quantosaepius pro utilitate nostra potuerint » et Charles 
les appela plus tard en Italie. — Cf. .\nn. Vrdn.-it., a. Si: (Wun Cenn., 
SS., t. II, p. 196); « Illudovicum filium suum delc-it in rc-iio st:o cxin 
« primoribus relinquendum. » 

l'oLi'AHDiN. Royaume de Provence. ti 



82 n<»LE \)K HOSON E.N 877 [877] 

et d'un certain Gui, comte probablement dans la Bourgogne 
dijonnaise, souvent mentionné dans les actes à côté de Boson'. 
Cet article est resté en blanc-, mais il est bien vraisemblable 
qu'il s'agissait de dispositions linancières, des conditions dans 
lesquelles serait ou ne serait pas levé le tribut destiné à pro- 
curer la somme moyennant laquelle les Normands abandon- 
neraient leurs postes de la Loire et de la Seine'. 



1. Il faut distinguer deux comtes Gui, probablement le père et le 
fils, contemporains de Charles le Chauve. 

P Un comte Gui avait été à une époque antérieure à 865 possesseur 
de la villa de Vendœuvre (Ann. Berlin., a. 8G5, p. 78) et mourut un 
20 juin, avant 869, dale à laquelle son anniversaire fut institué par 
Charles à Saint-Lucien de lieauvais (Mabillon, Aitn. Ben., t. 111, 
p. 628): 

2" Le comte Gui dont, en 877, le Capilulaire de Quierzy parle comme 
d'un personnage dont les h.onore.'i étaient voisins de ceux de Ooson, 
est celui pour lequel une lampe devait, depuis 870, brûler perpétuel- 
lement dans l'abbaye de Saint-Denis, en même temps que pour l'osun 
(f/isl. (le Fr., t. VllI, p. 630). il parait en 882 dans un diplôme de 
Charles le Gros relatif au pays de Langres (pub. par Sickkl, Forschungen 
z. d. Gesch., t. IX, p. 414) et peut-être dans un diplôme de Cai'loman 
relatif au pagiis de Chambly (Tardif, Carions des rois, n° 214). 11 accom- 
pagna en Italie Gui de Spolète, dont il était probablement parent et fut 
tué à la bataille de la Trébie en 889 (Wukstenkeld, Dif Her:o(je von 
Spolelo, dans les Forscli. z. d. Gesch., t. III, p. 429). 

Le premier de ces deux Cnii ayant été vassal et fidèle de Charles le 
Chauve ne peut guère être identifié avec Gui, comte du Maine, tué en 
834, en combattant contre Lambert. 11 est plutôt son fils et l'on pour- 
rait, semble-t-il, combler la lacune laissée par Wuestknfeld (op. cil., 
p. 432) entre Gui, comte du Maine, et Gui, tué à la Trébie. 
Gui, comte du Maine, f 834. 

Gui, mort avant 869. 

I 
Gui mort en 889. 

Gui III laissa peut-être en Bourgogne un fils de même nom que lui 
(\m assiste en 890 à l'assemblée de Varennes(//?'.s/. de Fr., t. IX, p. 663) 
et plus tard à un plaid tenu par lîichard le Justicier (^'/;ro«. S. Benigni. 
éd. 15()i,'(iAi:i), ]). 1 13). 

2. Le ca))itulaire n'en donne que le titre : « C. .\.\xi. De honoribus 
« Bosonis, Bei'nardi et W'idonis, et aliorum illarum partiurn. » 

3. Dans le capitulaire, il vient précisément d'être question du tribut 
à payer aux Normands et la fin de l'article, dont le début devait être 
consacré aux bénéfices des trois comtes, indique précisément la ma- 
nière dont le tribut sera levé sur certaines catégories de particuliers, 
les cappi et les marchands juifs et chrétiens. .Malgré rin-cohérence et 
le désordit; des articles du capitulaire, il est à croire qu'il ne s'agit pas 
dans ce début du n" xxxi d'unie affaire d'une autre nature (|ue les dis- 
])nsitioiis (pii le })récèdent etqui le suivent. Vn passage des AnnaU^s de 
Saint-B(>rtin (a. 877. p. I.'!5) semble donner a entendre qu'au point 
de vue du tribut à ])ay('r. la jjortion de l'héritage de Lothaire 11 recueillie 



[877] DÉFECTION DKS GIIANDS 83 

Charles cependant, après avoir quitté Quierzy, gagna le nord 
do la Bourgogne pour pénétrer en Italie par la voie ordinaire 
de Saint-Maurice en Valais'. Le l" août il était en un lieu 
nommé MonasterioUun, sur la Saône"; dans le diplôme qu'il 
donne alors en faveur de Saint-Martin de Tours ; il ordonne de 
prier dans cette abbaye pour Gui et pour Boson'. Ce der- 
nier venait rejoindre Tempcreur et, le 12 du même mois, était 
avec lui à Besancon*; là Charles le Chauve accordait, à sa 
requête, à l'église de Viviers un domaine au comté de Valence, 
et l'abbaye de Donzère au comté d'Orange '. Il restituait éga- 
lement, toujours à la prière de l'archiministre du Sacré 
Palais, divers biens à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun'. 

A ce moment Boson parait donc avoir été encore en bons 
termes avec son beau-frère, mais il ne l'accompagna certaine- 
ment pas en Italie. Deux mois plus tard il se trouvait même 
avec Hugues l'.Vbbé, avec les deux Bernard, à la tête des 
rebelles qui refusaient d'amener à l'empereur les troupes 
dont celui-ci, menacé par Carloman, réclamait l'arrivée en Ita- 
lie. Les grands, sans doute, désapprouvaient cotte expédition. 



par Charles le Chauve subit un traitement spécial, et que les pays gou- 
vernés par Boson payèrent une contribution particuhère : « Et quomodo 
« tributum de parte regni Franciaequam ante mortem Lotharii habuit. 
« sed et de Burr/undia exigeretur » 

1. Ann. Berlin., loc. cil. Bien que ces Annales n'indiquent pas l'iti- 
néraire de Charles entre CJrbe et V^erceil, on ne peut guère douter qu'il 
n'ait passé par Saint-Maurice, mais on ne peut alléguer en faveur de 
cette opinion la souscription de son neveu, le comte-abbé Rodolphe, à 
un diplôme du 13 août, car ce diplôme est manifestement suspect. 
{tlist. de Fr.A. VIII. p. 673). 

2. Donation de Mellecey à l'abbaye de Saint-Martin de Tours (//i.s/. </(' 
Fr., t. YIII, p. 671). On sait, par un autre diplôme de même date (//>., 
p. 670) que ce Monasleriolnm était sur la Saône, dans le voisinage sans 
doute du point où la voie romaine par Langres et Besançon, que Charles 
devait suivre, coupe la Saône entre Seveux et Membrey. Cf. Longnon, 
Atlas histor., pi. II. 

3. C'est le premier des deux diplômes cités à la note jjrécédente. 

4. Gingins affirme que Boson, d'après la lettre d'Iiincmar à Louis le 
Bègue, se serait trouvé en Italie lors de rassemblée de Quierzy et serait 
venu au-devant de l'empereur à Besançon, mais il ne l'aflirme qu en 
falsifiant un passage de cette lettre. Cf. Bouhgeois, Capilidain- de 
Kiersii, p. 86. 

5. llist. de Fr., t. VllI, p. 672. 

6. BuLLiOT, Hisl. de Valibaye de Saint-Martin d'Autun, t. 11, p. 8, 
n" 'i. L'acte n'a pas de date de jour, mais en raison de la date de lieu nous 
croyons qu'il faut rapprocher ce di]jlôme du précédent. L'année 1 du 
règne en Italie, que l'on trouve dans l'acte, est évidemment fautive, 
car elle n'a jamais coïncidé avec l'an .\.\..\VI11 du rè-nc en Fninrin. 



84 MORT DE CHARLES I.E CHAUVE [877] 

entreprise au moment où la résistance contre les Normands 
était le premier besoin du royaume'; Charles avait déjcà été 
obligé de s'assurer leur concours par certaines des dispositions 
du Capitulairc de Quierzy ; ils avaient donc profité de l'oc- 
casion qui s'offrait à eux do contraindre le roi à renoncer à son 
projet. Charles, que cette mauvaise volonté mettait hors d'état 
de continuer la lutte, se hâta de revenir vers la Gaule. Mais, 
tombé malade en traversant les Alpes, il reçut, racontait-on, 
des mains de son médecin juif Sédécias un breuvage empoisonné 
et mourut près du mont Cenis, à Brios-, le 6 octobre 877 ■\ 
Louis le Bègue reçut à Orville* la nouvelle de la mort de 



1. Ann. Vednst., 877 (Mon. Germ., SS.,i. II, p. 196): « Contra volun- 
« tatem denique'suorum cum conjuge iterum Italiam ingressus est ». 
L'explication des Aiin. Fuldenses, que les comtes étaient blessés par 
l'orgueil de Charles et de ses vêtements empruntés à l'Orient, est assez 
puérile (il va sans dire qu'elle est adoptée par Gingins, Bosani(/i's,p. 47). 
iM. HomiGEOis (Ca/Àlulaire de Kiersy,p. y7)conjecture plus justement, 
d'après le texte des Annales de Saint-Vaast et certains articles du capi- 
tulairc, que le mécontentement des grands est en relations avec la né- 
cessité de payer le tribut aux Aormands. — Ce n'étaient pas d'ailleurs 
seulement les grands qui étaient hostiles à l'expédition, mais aussi les 
évoques dont on dépouillait les églises (J/zn. Vcdast., loc. c//.) pour payer 
lesiNormands. Hincmar (.t;r/i. Berlin., p. 136) dit expressément que les 
évèques soutenaient la cause des rebelles. Lui-même n'a pas un mot de 
blâme pour ceux-ci, et, après la mort de Charles le Chauve, se hâte de 
recommander à son tils de faire appel au concours des meneurs du 
mouvement. A cela, il faut ajouter le mécontentement vis-à-vis de Louis 
au sujet des distributions irréguliêres de bénétices. 11 n'est donc pas 
besoin de songer, comme M. HoL'nGEOis,(oj(>. cit.]!. 88-98), à une influence 
considérable exercée par Loson dans la révolte de 877, à la suite d'intri- 
gues des seigneui's italiens auprès de leurs compatriotes de Bourgogne. 
M. bourgeois le suppose mécontent et disgracié, ce qui ne peut guère 
se concilier avec les nombreux diplômes obtenus par lui. avec les 
prières ordonnées pour lui par Charles le Chauve. En outre, de l'article 31 
du capitulaire de Quierzy, M. Bourgeois parait conclure que les comtés 
de Boson, de Bernard et de Gui étaient le centre de la révolte. Nous 
croyons plutôt qu'ils sont là réunis parce qu'ils sont situés dans la 
Bun/iiiidia (Bernard était comte d''Autun) et que la Biirgundia paye 
un tribut spécial. — 11 y a eu mécontentement général des prùiiores à 
Loccasion de la question des bênêlices et de celle du tribut, et Boson 
ne ])arait pas avoir eu plus de part que Hugues l'Abbé ou Bernard au 
refus d'obéissance qui amena la déroute de Charles le Chauve. 

2. La localité n'est pas identitiée. Le dernier auteur qui ait discuté 
la question, M. Pini.iPo.N (I.e .second rot/aione de Bourijixjiie. dans les 
Ann. Soc. lù/tiil. Ain, IS'.X), p. 634) démontre l'inadmissibilité des 
diverses identifications proposées pour Brios, mais à vrai dire n'en 
indique pas de nouvelle!. 

3. Ann. Berlin., ^11, p. 137 ; Ann. Vedasl., a. 877. Mon. Germ.. SS.. 
t. il, ]). 196. 

4. Oi'ville sur-r.\uthie, i\is-de-Calais, arr. Arras. 



[877] LUTTF DKS GRANDS CONTRK I.MUIS lA-. niT.lK 85 

son père et, contrairoment à Tun dos on<^agPinonts pris par 
l'empereur à (^uierzy\ se hâta de dislrihuer, sans le conconrs 
des grands, à ceux de ses partisans ([ui se trouvaient autour de 
lui, des « honneurs», comtés, al)bayes <ui simples domaines". 
Aussi, lorsqu'il voulut se rendre à Compiègne, ap{>ril-il que 
les grands, groupés autour de Boson, de Hugues et des deux 
Berna^d^ et soutenus par Richilde, lui refusaient obéissance. 
Les rebelles marchèrent d'abord sur Avenay % en ravageant 
le pays, puis enfin, après d'assez longs pourparlers, consen- 
tirent à avoir avec le roi, à Compiègne, une entrevue prépa- 
ratoire ^ Mais, tandis qu'ils se réunissaient à Casmis'^, dans 
la forêt de Cuise, d'où ils traitaient avec Louis, Richilde, 
réconciliée avec son beau-flls, lui remettait les ornements 
royaux et l'acte par lequel son père, avant de mourir, l'avait 
désigné pour son héritier". Le jeune roi, sévèrement admo- 
nesté par Hincmar ^ accorda aux chefs de l'aristocratie 
franque tout ce qu'ils demandaient. Aussi, la réconciliation 
semble-t-elle s'être faite facilement' et le couronnement du 
nouveau souverain eut lieu solennellement à Compiègne le 
8 décembre'". Seul, Bernard, marquis de Gothie, paraît avoir 
persisté dans son hostilité". Quant à Boson, il retourna dans 
son gouvernement de Provence, où on le retrouve au printemps 
de l'année suivante. 



1. Capilul. Caris., a. 9. 

2. Ann. Berlin., p. 1.37. 

:}. Hincmar ne le.s nomme pas en ce passage, mais d'après ce qu'il 
en a dit un peu plus haut, il est clair que ce sont ceu.v-là qu'il entend 
par primore.'i. 

4. Ann. Berlin., loc. cil. 

5. Ibid. 

6. Lieu d'identification douteuse, peut-être Caisne, Oise, arrondisse- 
ment Compiègne, canton Noyon. 

7. Ann. Berlin., loc rit. 

8. Lettre à Louis le Bègue, Ilisl. de Fr., t. l.X, p. 254. 

9. Les Annales d'Hincmar montrent les grands soumis, en appa- 
rence du moins, à Louis ; Hugues r.Vhbé, l'un des chefs du mouve- 
ment de 877, parait dans plusieurs de ses diplômes. 

10. Ami. Berlin., a. 878, p. 137; Ann. Vedasl , a. 878, Mon. Germ., 
5S., t. Il, p. 197. 

11. Hincmar (Fi.ono.\r.n, f/i.'il. Bem. EccL, 1. 111. c. 2fi. .S.S., t. \\\\, 
p. 536). avertit son oncle C.ozlin des inauvais desseins que trame son 
neveu. Dès le commencement de 878, Hnienon, oncle de Bernard, e.st 
révolté à Évreux. W fallut, au concilede Troyes, excomuuuuer le mar- 
quis de (lutine (.l«'t- VedasL, ibid.) et diriger contre lui une expédition 
à la fin de l'année. 



86 LE PAPE JEAN VIII EN PROVENCE [878] 

Le 11 mai 878, arrivait à Arles, sur trois dromons à lui 
prêtés par la cité de Naples et son évêque-duc Athanase, le 
pape Jean VIII, que ses démêlés avec le duc de Spolète, 
Lambert, et le beau-frère de celui-ci, Adalbert de Toscane, 
forçaient à quitter Rome pour venir chercher lui-même en Gaule 
l'appui dont il avait besoin contre ses turbulents voisins aussi 
bien que contre les Sarrasins \ A peine débarqué, pendant que 
la plupart des évoques des provinces voisines se hâtaient d'ac- 
courir au-devant de \m'\ il envoyait prévenir de son arrivée 
le comte Boson, et avait avec celui-ci une entrevue à laquelle 
assistait Ermengarde''. Le duc et son épouse paraissent avoir 
produit sur l'esprit du souverain pontife la meilleure impres- 
sion. Dans la lettre que Jean VIII adressait peu de temps 
après à l'impératrice Engilberge, il abondait sur leur compte 
en expressions élogieuses, se déclarant « tout prêt à les élever 
à une situation plus considérable et plus haute' ». Quelle que 
part qu'il faille faire, dans cette lettre, aux formules de 
politesse, la conduite ultérieure de Jean VIII et d'Engilberge 
montre qu'ils étaient capables de concevoir pour le mari 
d'Ermengarde des visées plus ambitieuses peut-être que 
celles de Boson lui-même". En attendant de pouvoir donner 



1. Ann. Beflin.. a. 878, ]). 140: « Joliaunos Papa... Huma exiit et 
« navigio Arelatum in die sancto l'entecostesappulit...». Cf. Ann. Vedast., 
a. 878; Ann. Fuldcns.es, a. 878, p. 91 ; Duemmleiî, Ostfr. Rcich.. t. III, 
p. 77 ; A. Lai'ôtiu: , J('a)t Mil, p. ok'.Wo'i't. 

2. Lettre de Jean VIII à Teutran de Tarentaise (.Iaffé, n";Jir)0; 
Mic.NE, t. CXXVI,col. 781), dans laciuelie il lui reproche de ne pas être 
venu au-devant de lui « more ceterorum venerabilium archiepisco- 
porumo). 

3. Ann. Berlin., p. 140: « Siiosque nuncios ad Bosonem comitem 
« misit. » — Lettre citée ])lus bas, de Jean VIII à Engilberge : « Ecce 
(c Arelatcm... intravimus... Illic(jue l'osonom principom goniM'um ves- 
« trum communem et liliam donmrui Lrmengardem alioiiuoutes... » 

'\. Lettre de Jean VIII à Engilberge, Jaité, n" oWC^ ; .Mione, 
t. C.XXVI, col. 774 : « Et pro amore vestro, vestri nuper et })iissimi 
« conjiigis, illos tanquam lilios amplectentes, pro eoruin consulto, 
« illorum cum honore cuncta facienuis, quoniam ceu per vos, haud 
« secus per istos. consolationein et defensionem sanctae Romanae 
« ecclesiae quaerimus eosdemque, i)ermissu Dei, ad majores excel- 
« sioresque gradus modis ()nniil)us snlvn nostro honore promovere 
« nihilominus dcsideramns. (,»u;q)i'()i)UM' monentes horlanuir ut tanto 
« labori favoatis. » 

5. Selon une autre lettre de Jean \ III (.Iaiii:, u" '^^lï^\) ce n'est qu'à 
Troyes (pie le ])ape s'ouvrit de ses projets à Boson, et celui-ci, comuu> 
nous le verrons, semble avoir mis ])eu d'empressement à les accueillir. 
Engilberge pai'nit s'rtre be.'iucou]) occu))ée de ce (pii jiouvait concei'iu'r 



[878] LE PAPK JKAN VIH FN l'HOVENCR S7 

à ces projets un commencement d'excn-ution, il s'occupait de 
différentes affaires intéressant plus ou moins directement Ni 
duc de Provence, s'entremettant pour faire restituer aux cou- 
sines de celui-ci. les filles d'Engeltrude, l'héritage qu'on leur 
disputait', et renouvelant en faveur de l'archevériue d'Arles, 
Rostaing, le vicariat apostolique jadis coniié au métropolitain 
de cette ville p:ir le pape Grégoire le Grand'. 

A la un de mai '. grâce au concours de Boson et sans doute 
accompagné par lui * et par Ermengarde, Jean VIII se dirigeait 
vers le nord du royaume franc, traversant Lyon', Chalon^ 



sa fille et son gendre. Jean \'lll,dans la lettre citée qualifie la t^rovencede 
« regni delitiarum vestraniiu » et iJoson de «geiienun vestruni coin- 
« munein. » Cf. aussi la lettre de .lean \'II1 à Hoson (/fiai, de /■'/•., t. IX, 
p. 680.) Nous rejjarlerons du rôle joué par I-]ngilborge lors de favène- 
nient de Boson. 

1. Jaffé, n" 3168 et infra. Cette affaire se continua jusfju'à la fin 
de l'année 878 (.Iafké. 3211). 

2. Lettres de Jean Vlll à Rostaing d'Arles et aux évéques de (laule 
(MioNE.t. CXXA'I, col. 775 et 777; Jafké, n"^ 3148-31 j9). Le nom de lîoson 
ne ^;gure dans aucune de Ces lettres dont les termes sont empruntés aux 
vieux privilèges de Grégoire le Grand (Jaffé, 1374-1375. Cf. Gu.Nnr.ACii., 
Arles iiiul Vienne dans le Neues Arrh., t. XV. p. 257) et il est très 
douteux qu'il faille rattacher ce rétablissement de la primatie d'.Arles 
à des efforts faits par Boson pour préparer dès cette époque la création 
de son royaume de Provence. En effet, il est incertain que Boson ait 
eu dès cette époque un tel dessein et s'il l'avait eu, il est bien vraisem- 
blable que Jean \'lll ne l'aurait pas soutenu, car il parait avoir été hos- 
tile à cette idée d'un royaume démembré des Ktats de Charles le 
Chauve (A. Lapôtre, Jean VI/I, p. 249). Même en ce cas, il neùt 
))eut-être pas été de l'intérêt de Boson de faire accorder à Rostaing 
dWrles une primatie rivale de celle qu'avait reçue du pape Nicolas I 
l'archevêque Adon de Vienne, alors que c'est Otran, successeur 
d'Adon, qui paraît avoir été l'un des principaux ap})uis de Boson, et 
([ui signe le premier à son acte d'élection. Rostaing d'.Arles, au con- 
traire, ne semble avoir aucun rôle spécial. Encore au temps de Louis 
de Provence, c est le métropolitain de \ienne, non celui d'Arles, qui 
tient la première place, et comme l'a remar(|ué Gundiach (Arles und 
Vienne, p. 258). cette concession à Rostaing du vicariat apostolique 
n'eut pas grand résultat et demeura dans le cours du i.\'' siècle un acte 
isolé. Il y avait eu cependant antérieurement des négociations de ce 
genre entre l'archevêque Roland d'.Arles et Nicolas I (Jaffé, n" 2757). 

3. Jaffé, p. 399-400, w"' 3151 et suiv. Le pape ne doit pas être resté 
longtemps à .\rles. 

4. Ann. Berlin., p. 140: « Et per ejus [15osonis] auxilium ad Lug- 
« duuum venit. » Comme Boson et Ermengarde se trouvaient à Troyes. 
au moment du concile, il est bien probable qu'ils avaient accompagné 
Jean VIII. 

5. Ann. Berlin., loc. cil. 

6. /Je .S'.V. Silveslro et .{gricola, dans Pliuiv, //isl. de ('Juthinsur- 
Saône, pr., p. 21. 






88 BOSON A L'ASSEMBLÉE DE TROYES [878] 

Langres \ où primitivement avait été annoncée la réunion d'une 
assemblée", et enfin arrivait à TroJes^ C'est là que, lel" sep- 
tembre, Louis le Bègue venait le rejoindre* et que se tenait, 
malgré l'absence des princes germaniques, une des plus im- 
portantes assemblées du ix" siècle. Boson y assista. Toujours 
très en faveur auprès de Jean VIII, il obtint du pontife, le 
28 septembre, pour l'abbaye de Saint-Géry au diocèse de Cam- 
brai, un privilège confirmatif de tous ses droits ou possessions"'. 
L'assemblée eut d'ailleurs à régler deux ou trois questions 
qui intéressaient assez directement le comte Boson. Une de 
ses victimes, Hincmar le jeune, assistait au concile. L'évè- 
que de Laon avait été, comme l'on sait, à la suite de longs 
démêlés avec son souverain et avec son oncle et métroj:)oli- 
tain, Hincmar de Reims, privé de son siège épiscopal. Boson, 
peut-être lorsqu'il se trouvait en Aquitaine auprès du jeune 
Louis, avait fait crever les yeux au prélat dé posé ^ C'est à Troyes 
qu'Hincmar de Laon fut admis', dans une vaine cérémonie, 



1. Il s'y trouvait dans les premiers jours de juin (Jaffé, n°*' 3155 et 
3156). 

2. Albanès, Gallia Chrisliana noviss., p. 40, n. 3. 

3. Ann. Berlin., loc. cit. 

4. Ibid. 

5. Jaffk, n° 3188 ; Duvivieh, Recherches sur le Ilainaul ancien, 
p. 318. C'est le seul indice que nous ayons de relations de Boson avec 
le Cambrésis. Son nom tigure dans l'adresse de l'acte, mais quoi (ju'en 
dise Waiitep.s {Table clironolofiiqne des chartes... concernant l'histoire 
de Belgique, t. 1, p. 468), il ne porte pas le titre d'abbé. A cette date 
du 28 septembre, il allait repartir avec Jean VIII pour l'Italie ; il se 
sera adressé à lui comme à un personnage bien en cour pour obtenir 
le privilège. — Au contraire, il n'est pas mentionné dans une bulle 
accordée à cette épo(jue au monastère de Montiéramey (pub. par 
n'Ap.BOis UK JuBAiN VILLE, dans la Bibl. de l'Ec. des Chartes, t. XV, 
1854, p. 281), avec lequel nous savons que Boson était en relations. 

6. Ann. Vednst., a. 878: « Hincmarus Lauduneusium episcopus qui ab 
Bosone fuerat excaecatus ». Les Annales d'IIincmar disent Hincmarus 
caecus, mais sans parler de Boson. En l'absence de toute spécification, 
dans les .\nn. Vedast., il est bien jjrobable (ju'elies ))arlent du Boson 
le plus connu alors, c'est-à-dire du tils de Bivin, SciiivOioiîs {Hincmar. 
p. 424) attribue cet acte de cruauté à lïnstigation de Charles le Chauve. 
DiEM.Nn.Ef;. Ostfr. Reich, t. II!,]). 87, l'admet aussi. Hincmar de Laon, 
dans son Libellus reclainationis, i)VCi>en\éi\u Concile de Troyes (Migne, 
1.CXX1V, col. 1071) dit lui-même: c( post //f/ectransmissussum in exsi- 
« lium in (luo per duos annos sanussed ali(iuan1o tenifiore ferrovinctus 
« custodilus sum. Duobus annis ferme ])eractis insuper caecntus sum. » 
— I/aec désigne la déposition d'Ilincniar de Laon, en 871, au concile 
de Douzy. Cela mettrait sun supplice durant la période pendant laquelle 
Boson gouvernait l'Aquitaine avec le jeune Louis. 

7. Ann. Berlin, p. 144. 



1878] nnSON A I.'ASSKMRLI'IF: DK THOYF.S 89 

àrGcovoirlopanlon de JoanVIII et des évrqiiés de Gaule, puis 
à donner de nouveau sa bénédicliou au peuple assemblé. 
D'aulre part, les prélats réunis à Trojes, qui avaient menacé 
de l'excommunication les envahisseurs de biens d'Éi^^lise', 
s'occupaient en particulier de Bernard, marquis de Gotliie et 
comte d'Autun, qui pouvait être rangé parmi eux*, et se trou- 
vait, du reste, en état de rébellion ouverte contre l'autorité 
de Louis le Bègue''. Convaincu d' «infidélité», condamné par 
le concile, il fut déclaré privé de son comté d'Autun et de ses 
autres bénéfices'*. Le 11 septembre, Boson invitait à un festin 
dans sa demeure le roi Louis et ses principaux conseillers "'.Ce 
fut là qu'on régla le partage des dépouilles de Bernard entre 
quelques-uns des grands, entre Théoderic le cliambrier, qui 
reçut TAutunois pour sa part, Bernard Plantevelue, comte 
d'Auvergne, (jui eut le marquisat de Gothie^ et peut-être aussi 
Boson '. Celui-ci, à la même fête, se rapprochait encore davan- 
tage du roi en fiançant sa fille au jeune Carloraan, fils de Louis 
le Bègue ^ 11 continuait donc à être en faveur auprès de ce 
dernier et en obtenait deux jours après pour l'archevêque 
Aurélien, sans doute l'un de ses partisans", un diplôme géné- 
ral de confirmation de biens en faveur de l'église de Lyon '". 
C'est peut-être aussi à la même époque qu'il reçut la promesse. 



1. Texte rapporté dans les Atin. Berlin., p. 142. 

2. Cf. supra, ]). 85. 

3. Cf. sujn-n, p. 85, n. 11. 

4. Anii. Vednsl., a. 878. 

5. Ann. Berlin., a. 878. p. 144 : « In crastina (du 10 septembre, jour 
de la « réconciliation » d'Hincmar de Laoïi) iiivitatus a Bosone. ad 
« domum illius perrexit cum quibusdam })rimoribus coubiliariis suis 
« et pastus ac lionoi'atus ab ilio. sed et ab uxore ipsius ». 

6. An)i. Berlin., loc. cit.. Cf. i/j., p. 1»7. un passage qui montre que 
c'était bien le comté dWutun qu'avait alors reçu Théoderic. 

7. Celui-ci un peuplas tard (Ann. Berlin., a. 879, p. 147) parait 
comme possesseur dabbayes dans FAutunois, mais nous ignorons si 
c'est au moment de la depossession de Bernard de Gotliie qu'il les 
avait reçues. 

8. Ann. Berlin., loc. cit. Carloman était encore un enfant: (pia-it à 
la tille de Boson, si elle n'était pas issue d'un premier mariage hypo- 
thétique, elle devait être encore au berceau. 

9. Au moins Aurélien reconnut plus tard Busuu et joua un rùle dans 
son élection. 

10. Extrait dans //isl. de l'r., t. i.\, p. 412 et ci-ai)rès, Pièces jusUlica- 
lives, n" i. — La copie de Baluze, d'après laquelle nous publions ce 
texte, donne comme date (par erreur?) ; II Id. dec. mais Severt avait 
lu: // Id. sept. Il faut admettre celte derniéi-o date, et une erreur de 
date dans la c()[)ie de Baluze ou la source de celle-ci — ou une di>cor- 



90 BOSON ACCOMPAGNE JEAN VIII [878] 

pour l'abbaye de Saint-Philibert de Tournus et Tabbé Geilon, 
du lieu d'Ulchisy '. 

Au commencement d'octobre ^ Jean VIII quittait Troyes, 
et lui-même, le roi et les seigneurs francs étaient d'accord 
pour désigner Boson^ comme devant l'escorter dans son 
voyage. Le comte donc, accompagné d'Ermengarde, suivit sur 
la route du mont Cenis '' le souverain pontife qui convoquait à 
Pavie,pour une assemblée générale, les grands et les évèques 
de l'Italie du Nord^ Officiel lement^ Boson paraissait en Italie 
comme représentant de Louis le Bègue, qu'une grave maladie, 
attribuée parfois autour de lui à l'effet du poison \ empêchait 
d'accompagner lui-même le pape en Italie, pour le protéger 
contre les entreprises de ses ennemis de la Péninsule, de 
Lambert et d'Adalbert^ En soi, la donnée n'avait rien que de 
très vraisemblable. Jean VIII avait fait appel aux Carolin- 
giens allemands comme au tils de Charles le Chauve ; les pre- 
miers ne paraissant pas au rendez-vous, il devait se 

dance entre les deux dates de temps et de lieu, car le 12 décembre 
877 Louis le Bègue n'était pas à Troyes. 

1. Diplôme du 12 décembre S78.'(Hist. de Fr., t. IX, p. 4i;i) Mais 
Louis le Bègue renvoie au diplôme de donation d'Ulchisy accordé à la 
re(|uête de Boson. Or, dans ce diplôme de même date que celui que 
nous citons (Ilisl. de Fr., t. IX, p. 412), il n'est pas question de Boson. 
Par conséquent, ou bien l'intervention du comte n'a pas été concomi- 
tante à l'obtention du diplôme, ou bien le texte publié en premier lieu 
par CiiiFKLiT (Ilisf. de Tourmis, p. 229) était incomplet et supprimait le 
nom de VaiNfxincialor. .Mais il est douteux qu'à cette date Boson se boit 
trouvé ])rès de Louis le Bègue. 

2. 11 se dirigea d'abord vers Chalon où il était le 7 octobre (Jaite, 
n» 3200). 

:{. Ann. Berlin. ,-ç. \'ik\Ann. Ved((st..(i. 878; Ann. Fuld.,\). '.)I.(|ui 
semblent donner au pape le principal rôle dans le choix de son com- 
])agnon. Cf. Lettre de Jean Vlll à .\nsbert, archevêque de Milan (Jaffi:, 
n" ;}204 ; MiGNE, t. CXXVL col. 807): « Acceptoque commun! consilio 
« uti Boso gloriosus princeps cornes esset itineris nostri donec Christo 
« favente reverteremur ad urbem. » 

4. Ann. Berlin., lac. cit. 

5. Lettres de Jean VIII à Ansbert de Milan (Jaffé, n" 320'i), au 
comte Supi)on (Ih., n" 3207), à Bérenger de Krioul (//>., n" :!2lu). 

(). Lettre précitée de Jean VIII au comte Sujjpon : « Qui fLudovicus] 
« hune Bosonem principem virum consultissimum sitiique ex omni 
« parte conjunctum dédit ut nos salvos sine impedimento maledicti 
« Lamberti in urbem mitteret. cum (]uo pacifiée pro certo venimus. » 

7. Ann. Berlin., a. 878, p. 147. 

8. Dans sa lettre au comte Bérenger, Jean \'I11 dit 1res netteincMil : 
« Ludovicus rex nisi infiruius esset nobiscum vcnirct. jam quia pro 
« iidirmitate non potuit. dédit imbis Imni- iîdsnncm principem. » (Mu'.NE, 
t. CXXVl, col. 80'.t)- 



[878] PROJETS HK .IRAN VI1[ 91 

coiitonter de l'appui que pouvait lui offrir le second, et 
faute d'un roi à emmener avec lui en Italie, la présenciï 
à ses côtés de l'ancien duc de Lombardie pouvait sembler 
suffisante. 

^lais il est bien prubal)le que Jean VIII a\ait pour Boson de 
plus bautes visées encore, et que ce n'était pas sans raison 
qu'on préparait à Pavie une a.ssemh\ée jjo/iti<jue-, qu'Ermen- 
garde accompagnait son époux à travers les Alpes, que 
Jean YIII dans ses lettres faisait grand éloge de son « fils 
adoptif »''. C'est à Troyes qu'il s'était ouvert à lui de l'idée 
que r<in voit poindre déjà dans la lettre à Engilberge. Bien 
que l'entretien dut demeurer secret, « l'objet de cette entente 
(( n'est que trop facile à deviner, quoique l(;s événements n'aient 
« pas permis aux contractants de le prinluire complètement 
« au grand jour*. 11 s'agissait, à n'en pas douter, d'amener les 
<( grands dignitaires italiens à faire choix d'un nouveau roi en 
« la place de Carloman que la maladie rendait de plus en plus 
« incapable ; il s'agissait de disposer les esprits à accepter la 
(( candidature de l'ancien duc de Lombardie et, l'Italie une 
« fois gagnée à sa cause, de compléter sa fortune par le cou- 
(( ronnement impérial" ». 

1. Lettre de Jean VIII à Charles le Gros (Ilist. d<' Fr., t. IX, p. 173; 
JaffÉ, n° 3205). 

2. Ou du moins d'un caractère mixte, Jean VIII y convoquo des com- 
tes. Cf. A. Lapôtre, Jean MIL p. 3'i8 et suiv., qui a complètement 
étudié la question de la politique de Jean Vlll au moment où lîoson 
l'accompagna en Italie. Aussi n'insisterons-nous pas sur ces événements. 

3. Lettre à Charles le Gros (cf. n. 1): « Cujus i Ludovic! HalbiJ con ■ 
« silio atque hortatu Bosonem gloriosum principem per adoptiunis gra- 
« tiam filium meum elîeci » (///.s7. de Fr., t. I.X, p. 173). Mais on ne sait au 
juste ce que Jean VIII entendait par là. C'est peut-être une pure formule 
de politesse : il emploie des expressions analogues en pai'lant d'Kiigil- 
berge : « Spiritalis tilia nostra » (///.v/. de Fr., t. IX, p. 180 et l'J'.). In 
l)eu plus tard, quand Jean VIII abandonnera Boson pour trouver un 
protecteur plus utile, c'est Chai-les le Gros qu'il veut « loco carissimi 
« filii retinere » (Jaffé, n" 3321; llixl. de Fr.. t. IX, p. 197). Hadrien 
II déjà traite Louis II de « spiritalis filius « (J.\rrÉ, n" 292C)). 

'i. "Lettre au comte Boson (Jaffé, n" 3251 ; .Migne, t. CXX\1. c(j1. 835) : 
« Secretum quod, Deoauxiliante, vobiscum Trecis exi.stentes habuinius, 
« immutilatum ac fixum no.stro apostolico pectore (juasi quoddam tlie- 
« saurumreconditumretinemus,ettolisnisibusilIud...alacriteroptainus 
« perficere. » — Sur la date de cette lettre, cf. A. Lai'ùtke, Jean VUL 
p. 347. Elle doit être assez peu postérieure au retour de Boson à l'é- 
poque où Jean Vlll croyait qu'il allait incessamment redescendre en 
Italie avec des secours fournis par Louis le Bègue, illusion (ju'il con- 
serve encore dans la lettre qu'il adressa à ce dernier. 

5. A. Lai'otre, Jean Mil. p. 3'i7 sqij. Si les expressions employées 



92 BOSON ET JEAN VIII EN ITALIE [878] 

Mais si Jean VIII avait pour son protégé de grandes ambi- 
tions, ce dernier semble avoir été peu pressé de profiter des 
bonnes dispositions du souverain pontife à son égard. Peut- 
être était-il inquiet de ce que faisaient en son absence les 
autres chefs de l'aristocratie franque, peu confiant dans leurs 
promesses'. Le roi Louis, d'autre part, n'était pas dans le 
secret des projets de Jean VIII, mais il est possible qu'il ait 
commencé à s'inquiéter de ce qui se passait en Italie ^ car 
s'il n'avait pas franchi les Alpes à la suite du pape Jean, il 
n'en conservait pas moins des prétentions sur l'héritage de 
Louis ir*. En outre, Louis le Bègue avait fourni peu de monde 
pour escorter le pape et Boson''; les seigneurs italiens 
s'abstenant de répondre aux appels qui leur étaient adressés", 
le candidat impérial de Jean VIII eut été incapable de lutter, 
soit contre Lambert, soit contre les souverains germaniques. 

par le pape, dans sa lettre à Engilberge, ne sont pas de simples for- 
mules de politesse, il songeait déjà à faire peut-être de Boson le maitre 
de l'Italie, car après les titres que celui-ci avait reçus en 875. il ne 
restait plus guère pour l'élever ad majorex (/radns qu'à faire de lui un 
roi ou tout au moins l'égal d'un roi. Mais le secret des entretiens de 
Troyes devait avoir été bien gardé, car on ne saurait comme Dur;MMLEiî 
(Os'tfr. lieich, t. 111, p. 89), voir dans le passage des Annales de Fulda 
relatif à ces événements une preuve que leur auteur avait pénétré le 
secret de Jean VIII. L'idée de voir l'Italie protégée par un représentant 
des rois francs de l'Ouest peut suffire à exciter la colère de Méginard. 
Sur cette situation, cf. abbé L. Duciiesne, Les premiers temps de l'Etal 
pontifical, p. l'i'i et l'i5. 

1 . Lettre de Jean VIII à Théoderic, Bernard et Hugues l'Abbé (flist.de 
Fr., t. IX, p. 176)qui nous semble comme à Jaffé devoir être ra])portée 
à cette période. L'expression « foedus amicitiae « doit s'entendre de 
])romesses assez générales, sans doute faites au moment où Boson allait 
l)artir })our l'Italie, non du traité particulier conclu entre lui et Tliéo- 
doric au commencement de 879, uniquement relatif au comté d'Autun. 
et où Bernard n'eut pas à intervenir. La phrase « omnia sua salva et paci- 
« fica.seryr/<e », semble bien impli(iuer l'absence de Boson. 

2. (7est ce qui paraît résulter d'une phrase de la lettre citée à la 
note précédente « régis animum erga eum immobilem et tranqaiilom 
« semper servetis...» 

3. Au traité de Fouron, conclu avec son cousin Louis, fils du Germa- 
nique, il réserve expressément son droit à intervenir dans un partage 
de l'Italie (.!«?;. liertin., a. 878, p. 145). 

4. A. L.M'ôTaK, .le<i)i VIII, p. 348. Louis avait bien, il est vrai, donné 
ordre à plusieurs évêcpies de suivre Jean VIII et Boson, mais ils s'étaient 
gardés de le faire (Lettre de Jean VIII à Louis le Bègue, Jafke, u" 
:{208). 

5. Il n'est pas besoin de croire j)our cela, comme Dukmmi.ki!, Ostfr. 
lii'ick. t. III, p. 91-2, ([u'ils avaieni ])ercé le «secret» de Jean \'lll, mais 
ils devaient être nécessairement hostiles à l'oson, du moins ceuxtiui. 
comme Ansbert de Milan, étaient des partisans de Carloman. 



[878-879] RETOUFl l)K liOSoN KN ('.AI l.K 93 

Aussi, après avoir amené le pape jusqu'à Pavie, Roson 
le ([uittait dans cette ville', pour regagner la Gaule où l'appe- 
lait une affaire plus sûre que le rêve d'Emi)ire caressé par 
Jean VIII, le partage des territoires à reconquérir sur Uernard, 
fils de Blicliilde. Mais Jean VIII ne renonra pas, semble-1-il, 
à ses idées d'alliance avec les Francs de l'Ouest et, dans la 
lettre qu'il confiait au com[)agn()n de Boson, l'évèque Agilmar 
de Clerniont', pour le roi Louis le Bègue, il continuait à faire 
le plus grand éloge de « son cher fils », on suppliant lo prince 
de lui fournir des troupes pour une nouvelle expédition ', mais 
se « gardant bien de lui dire le fin mot du projet manqué* ». 

C'est au commencement de 879 que? l'on retrouve avec cer- 
titude Boson en Gaule auprès de Louis le Bègue ^ Celui-ci 
était alors à Troyes au début d'une expéilition entreprise pour 
mettre à la raison Bernard de Gothie^ Mais arrivé dans cette 
ville, la maladie dont il souffrait déjà au commencement de 
l'année venant à empirer, il dut remettre le soin de continuer 
l'expédition à Boson, assisté de Bernard Plantevelue et de 
Théoderic. Ce dernier devait remplacer, dans le comté d'Autun, 
le marquis de Gothie. Pendant ce temps, Louis lui-même 
gagnait péniblement Compiègne où il mourait le 11 avril. 
Il avait envoyé à son fils Louis, par le comte Albuin et 



1. Lettre de Jean VI 11 à Louis le Bègue (Jaffé, n" 3208). — Les lettres 
lie Jean VIII pour cette période ne permettent pas de dater avec préci- 
sion le fait. 

2. Ce prélat, mentionné dans lacorrespondatice d'Hincniar(l''i.oi)<).\i!i), 
llisi. Rem. EccL, 1. III, c. 24, Mon. Germ., .S'.S\. t. XIII, p. 5:j(i) était 
d'origine l)ourgaignonne et possédait dans l'Auious dos domaines patri- 
moniaux {Viia S. Vivmtii, dans Acta Sanrt. Bol!., iau., t. I. p. 813). 

3. Lettre de Jean Vlil à Louis le Bègue (Ilisl. de Fr., t. IX, p. 175; 
Jaffé, n° 3208). Dans sa lettre à Boson, il conserve encore l'espoir de 
voir celui-ci revenir (Jaffe, n" 3251), mais il n'y a plus d'allusion de 
ce genre dans la lettre qu'il adresse le 3 avril à ce même Boson pour le 
prier de prendre sous sa protection les biens (jue l'ex-enneini du Saint- 
Siège, Adalbert, et sa femme Kotlinde possédaient en Provence (Jaffé, 

.n" 323'.; llist. de Fr., t. IX, p. 180). 

4. A. Lai-ôtue, /ea» VIII. p. 348, n. 6. 

5. A la fin de l'année 878, le 12 décembre, si l'on admettait que Boson 
se trouvait auprès du roi au moment de la donation d'UIcliisy à l'abbaye 
de Tournus (cf. sii/jra, p. 90). — Les Ann. lierlin., a. 879, iriit., mention- 
nent la présence de Boson à 'l'royes. 

(). C'est probablement au (;ours de cette campagne que fut saccagé 
le monastère de Saiiit-.Martin d'Autun. Diplôme de Charles le (iros 
du 16 juin 885 Boi-iimek-Mueiiuiaciiek, n" 1659). — Biilmot (Fssni 
hisl. sio' Saint-. Martin d'Autun. t. I, p. 137), attribue cette destruction 
à Boson dans ses luttes conti-o 'riièodcric. ce (pii est plus que douteux. 



9i AVÈNEMENT DE Eol'IS 111 ET CARLOMAN [879J 

l'évoque Eudes de Beauvais, les insignes royaux, avec mission 
pour ceux qui entouraient le jeune prince de le faire sacrer 
et couronner. Mais à la nouvelle de la mort de Louis II les 
deux messagers se rendaient auprès du chambrier TJiëoderic ; 
celui-ci recevait les insignes royaux dont étaient porteurs 
Eudes et Albuin, et se donnait en quelque manière les allures 
de disposer du sort du royaume. Il prépara une assemblée de 
grands à Meaux pour délibérer sur le parti à prendre, c'est- 
à-dire sans doute pour régler les difficultés relatives à la suc- 
cession de Louis le Bègue. Celui-ci, comme l'on sait, laissait 
enceinte sa femme Alpaïde ; mais il avait eu auparavant 
d'Ansgarde, que l'on pouvait considérer comme une concubine, 
deux enfants, Louis III et Carloman. 

C'est probablement pour pouvoir à son gré s'occuper des 
affaires générales du royaume et conserver sa haute situation, 
que Théoderic, quelque temps après la mort de Louis ', se 
décida à traiter avec Boson; il se trouvait en conflit avec ce 
dernier dans des conditions que nous ignorons, à propos du 
comté d'Autun. En vertu de l'accord intervenu alors, Boson 
recevait le comté, mais donnait en échange les abbayes que 
lui-même possédait dans cette région ". Le marché avait eu lieu 
grâce à l'entremise de Hugues l'Abbé ; il semble bien pro- 
bable qu'il ne fait (^ue se rattacher à une ou plusieurs Cf^iven- 
tions plus générales conclues entre les grands, ou du moins une 
partie d'entre eux'', en vue de se partager les grands bénértces 
et le gouvernement du royaume. Une sorte de quatuorvirat, 
composé de Boson, de Bernard Plantevelue, de Théoderic et 
de Hugues l'Abbé s'était formé et prenait la direction des 



1. Sans doute, au mois de février ou de mars: un acte du 25 janvier 
879 mentionne encore Théoderic comme comte d'Autun. (Catiid. crAri- 
lun, éd. Cn.MiMASSE, n" xni), mais d'autre part, Hincmar parle du traité 
])ostéri('ur(Mnent à la mort de Louis le Bègue. Une charte de l'évoque 
Adalgaire d'Autun {Ibid., p. 8(i) dit que Hoson succéda « parifi(jue- 
moil » au comte Théoderic (jui venait de mourir. Cette affirmation est 
coiitreilite ])ar le témoignage des Aniudcsde Saint-Hertin et l'acte, (]ui 
confond Hoson comte et Hoson roi, doit avoir été refait à une époque 
postéi-ioure. 

2. Aiin. /iertin., a. S79, p. 148. — Théoderic parait être mort la 
même année, avant le 8 novemhre (Houkgeois, Capilnl. de Kicrsi/, 
]). 90, n. 4). 

:i. « Hugo et Boso et Theodei'icus et illorum socii », dit Hincmar 
(.1?!//. liriiin.. p. 149). — Il y avait des mécontents, comme Conrad, 
comte de Pai'is, ([ui ne se trouvait pas assez puissant. 



[879] SlITATIdN liK lioSiiN 9;, 

affaires. Ce sont ces chefs de l'aristocratie (lui, au mois de 
mai. traitent avec Louis de Saxe; celui-ci, appelé par Con- 
rad, comte de Paris, et Gozlin, abbé de Saint-Denis, avait 
pénétré en Lorraine. Il lalliit. pour (pul cunsciilii à rciiinM- 
dans ses états, lui offrir la purlion du rovauuie do Lothaire II 
attribuée à Charles le Chauve par le traité de Meersen, c'est- 
à-dire une i^rando partie des territoires soumis à Boson. Mais, 
quelques semaines plus tard, Conrad et trozlin, encouragés par 
l'épouse du roi de Germanie, et se disant soutenus par celui- 
ci, recommençaient leur rébellion. Inquiets, Hug-ues l'Abbé et 
ses partisans faisaient couronnera Fcrrières, par le métropo- 
litain de Sens, Anségise, les deux petits rois, Louis III et 
Carloman. 

C'est ce moment que Boson choisit pour se révolter à son 
tour. Les circonstances pouvaient sembler favorables. La 
souveraineté du Lyonnais et du Viennois, par suite de la 
cession consentie à Louis de Germanie, était momentanément 
assez indécise. La royauté, dans la Francie occidentale, exis- 
tait à peine : l'élection de Ferrières avait rencontré des oppo- 
sitions" et n'avait pu s'accomplir que grâce à Hugues l'Abbé 
et à Théoderic. C'était un triomphe pour ceux-ci. Hincmar fut 
même obligé d'écrire à Théoderic pour lui reprocher ses allures 
autoritaires''. Boson ne pouvait voir sans jalousie son rivai 
prendre ainsi la première place. D'autre part, l'ambitieuse 
Ermengarde déclarait à son mari que, tille et fiancée d'empe- 
reur, elle ne pouvait vivre si elle n'était au moins l'épouse 
d'un roi\ Boson, possesseur depuis 870 du comté de Vienne, 
de la Provence depuis 875 sans doute, étendant son autorité 



1. Ann. lici'lin., p. 149. 

2. HiNCMAii, Lettre à Louis III {Opéra, t. II, p. 197): « Contra pluri- 
morum voluntates et minas in electione vestra consens!. » — Cf. 
Di:em.mi.eiî, Ostfr. Reich, t. III. p. 121. 

;{. Lettre (riliiicmar à Tliéoderic, dans Flodomu), llist. /tcni. Eccl., 
I. III, c. 2G {Mon. Ccnn., SS.. t. XIII, p. 5'»5). 

4. Ann. lierUnimii, p. 150 : « Interea Hoso, persuadante uxore sua, 
« quae noilc vivere se dicebat si lilia iinperatoris Italiae et desponsata 
" iniperatori Greciae maritum suum reji^em non faceret. » — Ce que dit 
lliiiciuar est assez rontbrnie à ce que nous savons de l'histoire d'Lr- 
mengarde, la digne iille d'Lngilberge, qui furma toujours pour elle des 
rêves de grandeur. Hile jouissait d'une certaine inlluence sur son mari 
et Hincmar s'adresse à elle pour qu'elle engage Boson à restituer aux 
églises des biens dont elles ont été injustement dépouillées (Ki.oDOArtl), 
llist. Ih-m. ICrcl.. I. 111, (• 27 : Mon. limn.. .s'S.. t. Mil, p. 5ÔU;. 



90 SITUATION DE BOSON [879] 

sur Lyon et sur Autun ', se trouvait, quand bien même il paraît 
avoir de bonne heure renoncé à ses comtés aquitains, maître 
de territoires aussi étendus qu'un royaume". Il était quelque 
chose de plus qu'un comte, de plus même que des personnages 
comme Bernard ou Théoderic. Il n'était que peu disposé à 
reconnaître l'autorité des fils de Louis le Bègue ^ et ses senti- 
ments percent dans le titre ambigu qu'il se donne en tète 
d'une charte pour Montiéramey : « Moi, Boson, par la grâce de 
Dieu, ce que je suis, et... Ermengarde, fille d'empereur*.. » 
— Cette charte est du 25 juillet 879, c'est-à-dire des derniers 
temps qui précédèrent le couronnement de Boson. Il ne lui 
manquait plus qu'un titre, et il n'allait pas tarder à l'acquérir. 



1. Mais nous ne croyons pas qu'elle s'étendit au Maçonnais. Il y a 
bien un acte du Ccviulnire de Màcon (éd. Ragut, n" cliii, p. 105) qui 
parle d'un plaid tenu à Màcon par Boson. au mois de mars : 1° en l'ab- 
sence de tout titre royal, il est douteux que ce soit ce Boson, fils de 
Divin, roi, qu'il s'agisse. En ce cas, d'ailleurs, la date serait celle du 
mois de mars 880. A cette époque, le comte de Màcon était probable- 
ment Sirald ou Bernard, non le Guillaume qui est mentionné dans 
l'acte ; 2'* nous ne croyons pas qu'il s'agisse de Boson comte. Le per- 
sonnage nommé Boson ne porte dans l'acte aucun titre. Cela ne serait 
pas une raison sulïisante; mais le document semble bien désigner Guil- 
laume comme étant comte de Màcon. Il y a eu à Màcon au x*-" et au xi" 
siècles ])lusieurs comtes de ce nom; mais d'après la liste des échevins 
indiqués par l'acte, il semble bien qu'il y ait lieu de rapprocher celui-ci 
d'une autre charte du même cartulaire, datée du temps du roi Eudes 
{ibid., n° CLXXXiv). Celui qui nous occupe doit donc être rapporté aussi 
à la fin du ix<= siècle. Or, à cette époque, il n'y a qu'un comte Guillaume 
dont l'autorité se soit étendue sur le Maçonnais, c'est Guillaume le 
Pieux ; celui-ci ne devint comte de Miîcon qu'après la mort de son 
père Bernard Plantevelue, c'est-à-dire après 885, date à laquelle Boson 
était roi et à laquelle Charles le Gros régnait en Maçonnais. 

2. Nous ne parlons pas des biens que Boson pouvait posséder en 
Champagne et qui ne faisaient pas corps avec l'ensemble des territoires 
sur lesquels s'étendait son autorité ducale ou comtale. Cependant 
Boson possédait encore à cette époque des vassaux dans ces régions. 
car c'est à cette époque que se placent les lettres de Jean VIII relatives 
aux empiétements de l'un d'eux, Arembert, à Vendcruvre (Jaffé, 

n<"* 328'i et 3285, supra, p. 60). 

3. DuciiESNE, llist. de la maison de Ver;/y, pr., p. 12. L'acte est de 
879, daté non d'après les années du règne de Louis III et Carloman. 
mais « anno 1° i)ost obitum IIlu<iovici gjoriosissimi régis. » — Sur cet 
acte, cf. A. Girv, Eludes (kirolinfjieirnes, dans lUudes... (h'diées à G. 
Monod, p. 128. 

4. « Ego Boso Doigratia id (juod sum. necnon et dilecta conjux mea 
« Ilirmengardis. pi'oles iinperialis, etc. », dit l'acte cité à la note pré- 
« cédente. — Dans les formules finales. Boson ne prend non plus 
« aucun titre précis : « Ego Stejjhanus archicancellarius, jubente 
« inclito et illustri viro domuo Bosone. » 



CHAPITRE III 

BOSON ROI DE PROVENCE 

(15 octobre 879-7 janvier 887) 

Le 15 octobre 879', en effet, les archevêques de Vienne, de 
Besançon, de Lyon, de Tarentaiso, d'Aix et d'Arles, accompa- 
gnés de vingt et un ëvèques, leurs suffragants, se réunissaient 
non loin de Vienne, à Man taille-, ancienne résidence de Charles 
le Jeune et sans doute aussi du duc de Provence. Là, ils 
décidaient de confier, pour le bien de l'Église et du pays, la 
CDuroune au comte Boson, qui avait fait ses preuves comme 
conseiller des rois Charles le Chauve et Louis le Bègue. 

1. Conventus Manialennis. dans Boretius-Krause, t. Il, p. 365; Ann. 
Berlin., a. 87.), p. 150; e]le.s indiquent rassemblée comme l'un des der- 
niers événements de l'année. La date tlejour est donnée par les actes 
du concile et par Hugues de Flavki.ny, ('Jiron. Virdunense, Mon. Cerm.. 
SS.,t. \'lll,p.;)56: « .\nno UCCCLXXIX, Indictione xn. suscepit regnum 
« Provinciae Boso ad Viennam idibusoctobris. » Il est seul parmi les chro- 
niqueurs à fournir ce renseignement : cela pourrait faire supposer 
qu'il a eu entre les mains soit les actes de l'assemblée, soit une source 
historique perdue les ayant utilisées. 

2. On a longtemps identifié ce lieu avec Mante, localité aujourd'hui 
disparue, dans le voisinage de Vienne; mais Charvet dont tous les 
auteurs plus modernes ont suivi le sentiment, a monti'é qu'il s'agissait 
de .Mantaille, dans la vallée dite Vallis Aurea ou Valloire. La localité e^t 
ancienne, car elle est mentionnée par la table de l'eutinger. Charles de 
Provence en date plusieurs de ses diplômes {llist. ilc Fr., t. VIII, p. 3'.f7, 
nos I et n, p. o'.)()j. Elle figure, selon yiu.i.E (//isl. de liouri/oi/nc. t. 111, 
p. 15) dans un ancien pouillé sous la forme Matiilti. Ce fut plus tard 
un château, résidence des archevêques de \'ienne. l*]n li02, (îuiet.Iean 
de 'i'orchefelon ayant refusé de rendre honunage à rarchevé<|ue, Thi- 
baut de Rougemont, pour leur château de .Montcarraz. mouvant du fief 
de Saint-Chef, et l'archevêque, poui- les punir, ayant détruit ledit châ- 
teau, les Torcliefelon, par représailles, détruisirent celui de Mantaille. 
(Mermet, I/ist. de la ville de Vienne, t. III, p. 188-189). Le château de 
.Mantaille ne se releva jamais de ses ruines, mais au temps de Charvet 
(Ilist. de /a Sainte Église de Vienne, p. 220-221), il en restait encore 
des vestiges. A la fin de l'ancien régime, ce n'était i)lus ([u'uno annexe 
de la paroisse de Saint-Sorlin (Isère, arr. Vienne, canton X'ionnc-Sud). 

l'OLPARDiN. Royaume de l'rovence. 7 



08 l/ASSKJlIiLKE dp: MANTAILLF. |87!»] 

Ces métropolitains et ces évèqucs étaient Otran de 
Vienne ', Aurélien de Lyon ", Teutran de Taren taise ^ 
Robert d'Aix'', Rostaing d'Arles', Tbéoderic de Besançon", 
et parmi les prélats de leurs provinces Ratbert de Valence', 
Dernier de Grenoble ^ Hélie de Vaison", Hémicon de Die'", 
Adalbert de Maurienne", Biracon de Gap'', Eustorge de 
Toulon'', Gerbaud de Clialon-sur-Saône '\ Richard d'Apt'", 
Guntard de Mâcon'^ Etlierius de Viviers'', Léodoin de Mar- 
seille '^ Germard d'Orange '\ Ratfrid d'Avignon"', Walafrid 
d'Uzès^', Edold de Riez^'', et enlln un évèque inconnu du nom 



1. Sur ce personnage, cf. infra. Append. vni. 

2. Son prédécesseur Rémi mourut le 28 octobre 875. Lui-même 
mourut le 3 juillet 895. 

o. Archevêque depuis raiinée 808 au moins. 

4. Mentionné })Our la première fois au concile de Troyes en 878. 

5. Son prédécesseur mourut en 869. 

6. Mentionné de 875 à 895. 

7. Évèque depuis avril 859 au moins. 

8. Évèque en 869, mentionné ius(|u'en 882. 

9. Cf. abbé Duchesne, Fastes épiseopaiix, t. I, p. 255. C'est la seule 
mention que nous ayons du personnage. Ceux qui citent un Hélie de 
Vence comme ayant été présent à l'assemblée ])araissent avoir été 
induits en erreur ])ar une faute de lecture. Cf. Gall. Christ., t. 111, 
col. 1216. 

10. Et non liirico, comme écrit par erreur Paradin. Il est mentionné 
pour la première fois en 876 au concile de Ponthion. 

11. Mentionné de 876 (au concile de Ponthion) à 882. 

12. Mentionné en 876, au concile de Ponthion. 

13. Seule mention connue. 

14. Mentionné de 864 à 885. Cf. GolL Christ., t. IV, col. 76. (|ui raye 
de la liste des évoques de Chalun VOrncardns, dont le ms., consulté 
par Pierre de Saint-Julien et par Paradin, semble avoir donné le nom 
(i)ifra. Appciulire v, ]). 322). 

15. Le texte porte Agalhciisis, mais la plupart des éditeurs ont, avec 
raison, corrigé en Apteiisis. L'évèque d'Agde, bien que dépendant de 
la province de Narbonne, eût pu reconnaître Hoson comme un autre 
suffraj^ant du même métropolitain, Walafrid d'I'zès, mais cela est peu 
vraisemblable. Le diocèse d'Agde se trouvait séparé du royaume de 
Provence par le pagus de Maguelonne et par une partie de celui de 
Nimes, et il ne parait avoir jamais reconnu l'autorité de l!oson ou tle 
Louis l'Aveugle. 

16. Première mention comme. Son pi'édécesseur vivait encore en 878. 

17. Mentionné depuis 876. 

18. A])pelé Litidinus dnns deux lettres de Jean Vlll (Jaitê, n"'^ 3176 
et 3179). 

19. Germard II, évèque d'Orange et de Saint-Paul-Trois-Chàteaux. 
VA. A. \)V. Mas-Lathu;, dans la liibl. de l'Éc. des Charles, t. 1. p. 394. 

20. Mentionné depuis 878. 

21. Mentionné (l(q)uis 858. 

22. Seule mention connue. 



[879] L'ASSKMIU.KK DK MANTAILI.K Ç,Q 

de Baidemarus', A côté de ces prélats figurait un ilf'légué do 
révèfiiic Adalgairo (rAutun -, Gcilon, sans doute ral)bé de 
Tournus \ ([ui fut l'un des premiers à recevoir les faveurs du 
nouveau roi '. Leoboin", chorévèque de Lyon, xManno, sans doute 
le célèbre prévôt de Saint-Oyan de Joux, ancien directeur de 
l'école du Palais® et enfin Jérôme, évè(iueolu de Lausanne, non 
encore consacré', assistaient également à l'assemblée. 

Il j avait d'ailleurs à Mantaille d'autres personnages (pie 
ces évè([ues, bien que ceux-ci soient seuls mentionnés pai- le 
préambule de l'acte d'élection et que leurs souscriptions 



1. \\ nous a été impossilile de dôtermiiior \c sièi^o do ce personnage. 

2. Flvcque en 875, mort en 89'». 

3. Cf. p. 56. n. 5. 

4. Ili.'it. (le Fr., t. IX. p. G(i9. 

5. Cf. OE La Mrp.E, Hisl. cccU's. du iliocrsi' dr Ijjoit. p. 133. Il est 
mentionné depuis le concile de Chalon-sur-Saône en 873. 

G. Selon Paradin, le Manno (jai souscrit à Mantaille aurait été « prévôt 
« de l'église de Vienne», mais ce nom ne se trouve pas dans les chartes 
viennoises qui nous sont parvenues, et l'explication peut provenir de 
l'imagination de l'auteur des .l//»a/e.s- de Bourf/o'/iir. plutôt que du ms. 
(lu'il avait sous les yeux. .Nous préférons voir dans. Manno un personnage 
connu du ix" siècle, né vers 8'j3. qui sous Louis le Pieux dirigea l'école 
ilu Palais (Watteniîach, Dculschlands Gi'schicfUni/uellen, 5« éd.. t. 1, 
p. 276). 11 est mentionné en 870 comme prévôt de Saint-Oyan de Joux 
({Jallia C/irisl.. t. IV, col. 246; .Mabillo.n, Ann. Jk'nfd.. t. 111, p. 164) 
et enrichit la bibliothèque de son abbaye d'un certain nombre d'ou- 
vrages dont nous connaissons quelques-uns (L. i)Ei,i>LE, dans la Bibl. 
de. l'Ec. des Chartes, vi" sér., t. IV, p. 218). \ous savons que comme 
prévôt de cette abbaye, il fut en relations avec l'église de Vienne et avec 
l'arclievè(iue Adon (Mabili.on, Acla sancl. ord. S. Ben., t. IV, p. 270). 
11 mourut le 16 août 880 (Watteniîach Ioc. cit.). Cf. aussi Due.m.mleh, 
dans le Xeues Ardiiv. t. XIll, p. 3i6-3'i7. 

7. Le siège de Lausanne était vacant depuis le 10 juin 878 au moins 
(Lettre de Jean VIII à Théoderic de Besançon, Hist. de Fr., t. l.X. p. 
165), mais Jérôme ne fut consacré que trois ans plus tard {Reff. de In 
Suisse rom., n" 75). 

Les souscriptions du concile se suivent sans aucun ordre. Contraire- 
ment aux habitudes, tous les métropolitains ne souscrivent pas en tète 
de l'acte: les souscriptions de Rostaing d'.Xrles et de Théoderic de 
Besançon se trouvent parmi colles des simjjlcs évoques. D'autre part, 
maigre l'incertitude de nos listes épiscopales pour ce pays et pour 
cette région, il est permis d'affirmer que l'ordre d'ancienneté n'a pas 
été suivi comme il l'était à l'épocjue mérovingienne (cf. HiiETiioi.z, 
dans le Nettes Archiv, t. XVill, p. 542). ("est ainsi que Rostaing, le 
plus ancien des métropolitains présents, souscrit après révèijue de 
Lausanne à peine élu, et que l'évèque de Grenoble, Hernier, olu on 869, 
se trouve avant Gerbaud de Clialon, déjà mentioimé en 864 au concile 
de Pitres. Eiifin, il est superflu d'ajouter (jut; les .souscri])tions ne 
sont point disposées par provinces ecclésiasti((ues, co (pii serait contraire 
aux liabitudes carolingiennes. 



100 LES ACTES DE MANTAILLE 

figurent seules à la suite de ce même acte. Un certain nombre 
de laïques y assistent également. Ce sont des grands, des 
nolnliores^ des jjn?nafes et subjwimates-, qui prennent part 
àrélectionaussi bien que les évêques, et dont divers passages^ 
des actes du concile attestent la présence et le rôle*. 

11 est difficile de savoir à quelle pensée obéissaient ces 
laïques et ces prélats réunis à Mantaiile. Nous n'avons à ce 
sujet que le témoignage d'Hincmar, api)uyé il est vrai par 
celui de Réginon, et les Actes mêmes du concile. Mais si le 
premier est suspect comme émanant d'un ennemi, ceux-ci 
ne le sont pas moins en tant que document officiel. Selon 
l'archevêque de Reims, Boson aurait gagné les évêques à ses 
projets en usant tour à tour de promesses et de menaces^ et 
payé leur consentement du don d'un certain nombre d'abbayes 
et de v'illap royales. Bien que les documents soient trop peu 
nombreu.^ pour nous permettre de constater si ces donations 
ont eu lieu réellement", il est possible, il est même certain 
que la délibération de l'assemblée ne fut que le résultat d'une 
entente préalable' de Boson et de quelques-uns des « me- 
neurs m. A la tète de ceux-ci il faut placer Otran de Vienne qui 
parait avoir joué en cette affaire un rôle important et notam- 
ment avoir tenté de faire croire aux membres de l'assemblée 
que la conduite de Boson était approuvée par son protecteur 
et « père spirituel » de l'année précédente, le pape Jean VHP. 

1. Elcctio Busonis, Boretius-Krause, t. II, p. 368, I. 15. 

2. licsponsio Bosonis, ibid., j). 367, I. 37-38. 

3. « Siinul cum nobilioribus », dit V Elfclio. — « Siinul cum primo- 
« ribus « répète la Lcjalio et c'est par le «coinrnuni animo pari(|uc voto » 
de ces laïques joiiUs au.x évoques qu'a lieu rélectiou, et « obedieiidum 
« est inspu'atis a l)eo tain saceidotibus (|uani nostris amicis et tide- 
« libus ». Il est aussi question de la « sacerdotalis et laïcalis tidelitas ». 

4. On les a ce pendant niés (l)()i';NNiGES,Z)rt.s/>''///.s'f7ie.S7rtfl'is?'er/</,i). 136). 

5. Xnn. Berlin., p. 150. « Partini coinininatione constrictis, partini 
« cupiditale illectis pro abbatii.s et villis eis promissis et postea datis, 
« episcopis illaruui partiuin persuasit ut cum in regein ungerent et co- 
« ronarent. » Reginon, CJiron.. p. 114: « l'artiui minis, partini suasio- 
« iiibus in societatis foedera coUigit. » 

6. Nous avons bien des diplômes de Boson en faveur d'Otran 
{Ilhl. de Fr., t. I.X, p. 671) et de Hostaing (I/isl. de Fr.. t. l.X, p. 672) 
— la mention, dans des préceptes de Louis l'Aveugle, de diplômes pour 
les églises de Valence et de Grenoble (J^artid. de Grenoble, éd. .Marion, 
p. 58 et 65), mais il serait chimérique de songer à y voir le pri.x de 
rélectlon de Mantaiile. 

7. H y est fait, sous une forme officielle — « (pii et si consideratione 
laboris renuerit... » — allusion dans les .\ctes. 

8. l.'Fleclio Bosonis parle de ces sentiments bienveillants qu'on 



CARACTKHF, DK LA nOYAUTK DK IJOSON lui 

Quant aux Actes do rassemblée il peut sembler intéressant 
d'étudier ces documents au point de vue du droit, de la théorie 
de la nouvelle royauté qui se formait. Si en effet nous laissons 
de coté les souverains bretons', c'était la première fois, depuis 
le temps de Charlemagne, qu'un état se démend)rait de l'Empire 
franc, sous un prince choisi en dehors de la famille carolin- 
g-ienne-. Lorsque, dix ans plus tard, une « foule de roitelets » 
étrangers également à cette famille, se partagèrent les débris 
de l'empire de Charles le Gros, aucun principe nouveau ne 
fut mis en avant, et, dans les actes officiels, la royauté d'un 
parvenu comme Eudes do Paris parait avoir aux yeux des 
contemporains à peu près le même caractère que la royauté 
d'un Carolingien comme Louis le Bègue, héritier par le sang 
de Charlemagne et de Charles le Chauve''. 11 en est, scmble- 
t-il, de même pour Boson : les théories sur le pouvoir royal et 
les vertus du roi, qui paraissent inspirer Otran et les rédac- 
teurs des actes du concile de Mantaille ne sont pas sensible- 
ment différentes de celles d'Hincmar ou des autres écrivains 
politiques du ix'' siècle \ Par suite les raisons fournies pour 
légitimer l'avènement de l'usurpateur sont à peu de chose près 
rénumération des vertus que l'on pouvait désirer chez le suc- 
cesseur naturel d'un prince carolingien. 

Les prélats et les grands réunis à Manlaillo en effet, qu'ils 
aient agi spontanément ou sous la pression do Boson, ne se 
sont pas beaucoup étendus sur les points qui seraient pour nous 
particulièrement intéressants, et notamment sur le motif qui 
poussa les grands de la Provence et du Lyonnais à rejeter 
l'autorité des princes que le royaume franc de l'Ouest 



suppose au pape Jean VIII à l'égard du nouveau roi, mais Jean VIII 
accusera plus tard Otran d'avoir abusé de son nom (JArrÉ, n° 3370). 

1. Pour lesquels nous n'avons aucun document de ce genre et qui, 
par suite de l'indépendance presque continue de l'Armorique. se trou- 
vaient dans une situation toute différente. 

2. Les actes qui offrent avec ceux de Mantaille le plus d'analogie 
sont ceux du couronnement à Metz de Charles le Chauve comme roi 
de Lorraine (Ann. Berlin., p. 1U2-105). Mais là encore la situation 
était différente, Charles étant déjà roi et issu de Charlemagne. — 
.M. McEiiLH.vciiEn, Dciilsr/w Gescli. itnter den Karo/int/i'rn. p. 589, 
indique en passant le rapprochement, mais en ne faisant aucune dis- 
tinction dans le caractère des deux usurpations. 

3. Favre, Eudes, p. '.)o. 

4. Sur ces théories, cf. FAvrui, Inc. cil.. s(|<i., et M. Pitou, préface au 
De ordine Palatii d'IliNCMAit. p. x.wiii ^<['\. 



102 CARACTÈRK HE LA ROVAUÏK DE lîOSON 

considérait comme légitimes. L'on ne peut guère faire à ce 
sujet que des conjectures. Sans doute les deux petits bâtards 
que Hugues l'Abbé venait de faire couronner à Ferrières * ne 
leur paraissaient pas des protecteurs suffisants et tout en refu- 
sant de se soumettre à Louis de Saxe, auquel k^ traité do 879 
avait cédé une partie d'entre eux, peut-être ne reconnaissaient- 
ils point à Louis III et à Carloman la qualité de rois. 

Pour les rédacteurs des Actes en effet, le roi, c'est-à-dire 
Louis le Bègue, est mort et n'a point encore eu de successeur". 
Le procès-verbal d'élection débute par l'exposé de la triste 
situation de l'Eglise et du peuple, privés de l'appui et de 
l'assistance d'un homme qui puisse à la fois les diriger et les 
protéger '\ tant pour faire régner dans le royaume l'ordre et 
les bonnes mœurs, que pour le défendre contre les païens et 
contre les mauvais chrétiens. Aux païens, c'est-à-dire aux 
pirates normands et sarrasins, il n'est fait qu'une impercep- 
tible allusion \ Quant aux mauvais chrétiens, ce sont ceux 
sans doute, comme d:ins nombre de diplômes ^ qui ne respec- 
tent pas les commandements de l'Eglise et surtout envahissent 
ses biens; mais il faut y voir incontestablement aussi les fau- 



1. RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 114, dit expressément, en parlant 
de Boson : « pro nihilo ducens adulescentes tilios Ludowici et velut 
« dégénères despiciens eo quod.. eorum genitrix spreta atque repu- 
« diata fuerat. » 

2. Ce ne peut être que Louis le Bègue, en effet, dont il s"agit, et 
dont les évèques reconnaissent la légitimité. Ils parlent de ses relations 
avec Boson comme d"un titre en faveur de ce dernier, tandis qu'il n'y 
a pas un mot du rôle de celui-ci sous le règne de Louis 111 et de ('ar- 
loman. Nous savons cependant par Hincmar ([u'il continua quchpie 
temps à diriger les affaires, notaumient au moment de l'invasion ger- 
manique. Cela s'accorde, du reste, avec les diplômes de Boson, (pii se 
montre respectueux de la mémoire de Charles le Chauve et de Louis 
le Bègue, mais ne parle pas des fils de celui-ci (///.s7. dr l'r., t. IX, p. 671). 

— 11. Martin, llixl. de France, 4" éd.. t. 11, p. 473, reconnait aussi ([ue 
c'est i)our remplacer Louis le I5ègueque Boson fut élu à Mantaille. 

;J. On trouve des considérations de même nature et le même recours 
à l'inspiration divine dans le préambule de l'acte de couronnement de 
Charles le Chauve à Metz en 860. Ami. Berlin., j). 102. Cf. aussi Elerlio 
Widonis, dans Buuin'ius-KKAL'SE, t 11, p. 104. 

4. L'expression « visibiles inimicos eiiam ex his quos i})sa Cliristi 
l)eperit sancta mater ecclesia » sous-entend pour ainsi dire les païens. 

— Ils ne sont cependant pas la pi'incipale in'iuiétude du synode comme 
à Valence en 890. 

5. L'expression est de slyle. Cf. par exemple un diplôme du comte 
Hugues. (///.s7. de Fr.. t. I.\. p. 689) ou un diplôm(> de Charles le Cros 
l)oui' SaiutMarlin d'.Vutuu (l!(ii:iiMinî-Mrt;in.it\<"iihi!, iv 1659). 



CARACTERI-: HK I.A lliiNAin': lii; ItnSdN 103 

(eurs (1(^ guerres civiles et ceux, qui, (•(jiniuc Théudoric et 
Hugues l'Abbé, ne se sont pas, dans les {Icrui^res luttes, 
rangés du coté du nouvel élu de Dieu, Roson. 

C'est de Dieu, enefîet, tout comme un prince carolingien, roi 
par la grâce de Dieu, c'est-à dire la miséricorde divine, que le 
nouveau souverain tiendra son pouvoir. Il y a bien eu réunion 
des grands et élection, mais cette élection procède, en théorie, 
de l'inspiration divine ' ; elle n'est aux yeux des prélats « qu'un 
moyen choisi par Dieu pour manifester sa volonté" ». Cepen- 
dant, contrairement aux habitudes '', les évéques croient devoir 
(MitrcM- dans quelques détails, sinon pour justifier leur choix, 
(lu moins pour recomnuinder celui (pii en a été l'objet au 
peuple qui va se trouver soumis ;ï son autorit('. Les titres de 
Ijosou, ce sont les services qu'il a rendus et la faveur dont il 
a joui au temps de l'empereur Charles et du roi Louis, son 
fils; c'est aussi la confiance qu'a mise en lui \^' pontife de Rome, 
r « Apostoile » Jean YIII, (pii a fait l'éloge de son dévoue- 
ment et l'a choisi pour son fils adoptif et pour son défenseur 
lors de son retour en Italie. Il semble même qu'il y ait eu là 
de la part des prélats du concile, non seulement le désir de 
faire l'éloge de Boson, mais encore un ingénieux moyen de 
compromettre habilement Jean VIII \ en le faisant passer, 
aux yeux du public, pour un fauteur de l'audacieuse entreprise. 

En somme, s'il y a deux conditions qui font, avec le sacre, 
un souverain légitime, la naissance et l'élection', celle-ci 
représentant la volonté de Dieu, Boson satisfait à l'une d'entre 
elles, car il est l'élu des nobles et des évéques. Il remplace la 
naissance**, à laquelle au ix" siècle le clergé semble n'avoir 

1. « Deum... exoraverunt... ut rectum daret consilium et evidens 
« consilii promeret indicium. I)eiiif|uo cui patet oinne cor et omnis 
« Yoluntas loquitur fatigatos majonnu et miiinnim inspiciens aiiinios, 
« quoddam clarescere fccit solatiuin et quodaminodo praesentavit suf- 
« fi-agiuni. Sane omnibus uniun sapientibus et per divinam visitationem 
« idcin indivisibiliter ambientibti.s, cordi fuit exliibitus homo... » 

2. Prou, Prof, au Df Ordine Palatii d'/Iincmar, p. xxix. 

3. Comme Charlemagne au moment de -son couronnement par 
Léon III, comme les papes et les évéques au moment de leur élection, 
Boson feignit de résister à la volonté du Concile. .Nous ne voyons rien 
d'analogue dans les CaronoUunes des rois cai-olingiens non plus que dans 
les actes de Metz en 869. Ceux du couronnement d'Kudos sont perdus. 

4. Cf. siiprd. p. 100. 

5. Mahujs Sei>et. dans /?ev. Quest. hist.. t. VIII, p. 122, cité i)ar P. 
VioM.F.T. /fitt. des Inxiil. polit, de la Frawf, t. II. p. 2:i. 

6. Il n'y a aucune allusion à son alliance avec la famille carulin- 



104 CARACTÈRE DE LA ROYAUTÉ DE ROSON 

jamais beaucoup tenu', par ses qualités et ses vertus person- 
nelles. Il ne lui reste plus qu'à prendre l'engagement de rem- 
plir ses devoirs de roi, tels que les définissent les grands et 
les prélats réunis à Mantaille. C'est là l'objet des deux pièces 
additionnelles au procès-verbal d'élection, la Legatio ad Bo- 
sonem et la Bosonis responsio. 

Ces devoirs du roi sont ceux que nous pouvions nous 
attendre à rencontrer exposés dans un document de ce genre. 
Ce sont ceux que tous les écrivains du ix" siècle ont tenté de 
faire remplir par les rois leurs contemporains. Ils peuvent 
se réduire à ces deux formules : pratiquer les vertus chrétiennes 
et protéger l'Eglise et le peuple. Mais ce serait une erreur de 
voir dans Boson un « Pfaffenkonig - » s'humiliant devant 
l'aristocratie ecclésiastique de son royaume. 11 n'y a pas là 
une royauté créée uniquement par l'Eglise et pour l'Eglise. 
Nous avons déjà relevé la présence à Mantaille de l'élément 
laïque, et Boson ne se considère pas comme moins obligé de 
satisfaire au vœu de ces laïques qu'à celui des prélats \ S'il 
promet « d'exalter l'Eglise de Dieu dans la mesure de ses 
forces M, il s'engage aussi et surtout à « faire droit et justice 
à tous )) ■', à être accessible à tous ceux qui lui suggéreront 
de justes avis^ à « se montrer un juste patrico pour les 
petits comme pour les grands w*^, et à procurer à tous « pro- 
tection et maimbour ))'. C'est là une chose rare** dans les 



gienne, ni à « riinpériale descendance « d'Ermenc;arde, ce qui est à 
noter si l'on compare ce texte : \° avec le dernier diplôme de Boson 
comte pour Montiéramey ; 2° avec ce que dit Hincmar du rôle d'Er- 
mengarde ; 3° avec les actes du Concile de Valence en 890. 

1 . Prou, loc. cit. 

2. D(«NNiGES, Das Deutsche Staalsvcrhl, p. 136. Cet ouvrage e.st 
aujourd'liui vieilli, mais c'est le seul où l'étude du caractère de la 
royauté de Boson ait été tentée. 

3. « Obediendum inspiratis a Deo tam sacerdotibus quam amicis 
« nostris et lidelibus. » 

4. « Omnibus, ut monuistis, legem, justitiam et rectum. . . » 

5. L'exjiression et l'idée sont à rapprocher du préami)ule de beau- 
coup de dii)lômes, même obtenus par des laïtiues. ('"est également le 
i)remier des conseils donné dans un avertissement adressé à un Caro- 
lingien inconnu, peut-être à l'un des fils de Louis le Bègue, publié par 
DiiEM.Ml.Ki! {Nnii':< A7-rhiiK t. Xlll, p. 194). 

6. L'expression est dans la Lrf/dtio ad Boso)icm. 

7. (c Omnibus... mainbui'gium auxiliante Deo consorvabo et iuipen- 
« dere curabo. » 

8. Louis le Bègue à Compiègne, en 877, ne ])vomv\ jnslitimn cl rcc- 
lu)n que iniicni'/u.c c/iisc<ij)o ri à son église. Cl'. Favki:, iùulcs, p. l*'i, 



CAUACTKIIE DK I.A llOYAlTl'; I»l': lloSflN lO.', 

p7'0?7iissiones roysdes des couronnements carolingiens, oii VvUi- 
ment laïque n'est en génc'ral mentionné qu'à peine et souvent 
même ne l'est pas du tout'. Quant aux vertus qu'il s'engage 
à mettre en pratique, ce sont celles qui conviennent à tout 
chrétien : il se montrera fils respectueux de l'Eglise, humble 
vis-à-vis d'elle, écoutera ses sages conseils, et, si l'humaine 
fragilité le fait tomber dans le péché, il s'efforcera de se 
corriger selon les avis des prélats. Mais si quoiqu'un cepen- 
dant, parmi ceux qui sont assemblés à Mantaille, — sans que 
le texte distingue enirc hiïques et ecclésiastiques, — se .rend 
coupable vis-à-vis du l'oi, celui-ci attendra Ymiendatio du 
coupable, avec la patience et la douceur qui conviennent à un 
roi chrétien, mais ne l'en attendra pas moins. C'est ainsi que le 
souverain et son peuple pourront, confiants l'un dans l'autre, 
marcher d'accord dans la bonne voie. 

Tels sont, dans leurs traits principaux, les Actes du concile 
de Mantaille. On voit que s'ils fournissent des renseignements 
assez abondants sur les vertus que les grands et les évèques 
désiraient trouver dans leur futur souverain, ils sont moins 
précis en ce qui concerne le côté pour ainsi dire matériel de 
la roj-auté qui vient de se fonder. Pas une ligne n'est relative 
à l'étendue, tout au moins théorique, du nouveau royaume, ou 
à ce que l'on appellerait aujourd'hui ses précédents histo- 
riques. On ne cherche à se rattacher à aucun souvenir ; il n'est 
fait nulle allusion au roj-aume de Provence qui, sous Charles 
le Jeune, avait existé dix-sept ans auparavant, ni même à une 
étendue territoriale déterminée'. Tout cela est laissé dans le 



Charles le Chauve à Metz ne parle pas expressément des laïques, mais 
promet de « leges tam ecclesiasticas quam mxndanax conservare. » 
— Le c. 5 de V Ëlcvlio W'idonis (Uoretius-Khalse, t. II, p. 105) rentre 
dans la catégorie des capitulaires plutôt que dans celle des jinnitis- 
sioncs royales. 

1. Le rer/num de Roson, la « Gaule cisalpine », sont, au contraire, 
rappelés en 890 dans les actes du concile de \'alence. 

2. On peut ra})procher ce que nous disons ici de la manièi-e dont 
certains clironitjueurs ont envisagé les choses : « Tune de regno Fran- 
« ciae varie sentientibus... aliis liosoni adsentientibus » dit Sigeueiît me 
Gemuloux, Chronique, Mou. Genn., SS., t. VI, p- ^4- : Cliroit. Turo- 
nense. I/ist. de Fr., t. IX. p. 'i6. iNous ne prétendons pas évideniinont 
qu'en fait Boson ait pu jamais songer sérieusement à se faire recon- 
naître comme roi de la Francie occidentale. Ce que nous voulons bien 
faire sentir, c'est (pie d'a])r(''s la rédaction des actes de Mantaille. les 
prétentions de IJoson s'étendaient beaucoup plus loin que les frontières 
du pays qu'd gouvernail. 



106 CARACTKRK DE LA UdVALTK DE BOSOX 

vague, à dessein sans doute. On donne ainsi au plus grand 
nombre possible de comtes et d'évêques, à tous les mécontents 
auxquels ne convient pas la jeune roj-auté de Louis III et de 
Carloman, la faculté de reconnaître Boson. En d'autres termes, 
on ne cherche pas à rétablir la situation qui avait existé au 
temps de Charles de Provence; il n'y a pas, dans le docu- 
ment que nous venons d'analyser, l'expression d'un « mouve- 
ment séparatiste » de la Gaule cisalpine'. Ce n'est pas à Charles 
le Jeune, c'est à Louis le Bègue que succède Boson, et recon- 
naît qui veut le nouveau souverain. Celui-ci va chercher à 
étendre le plus possible son pouvoir du coté de la Bourgogne 
septentrionale, même en des régions sur lesquelles le fils de 
Lothaire, et plus tard Boson, fonctionnaire de Charles le 
Chauve, n'avaient jamais étendu leur autorité'. 

Ce n'est pas à dire cependant qu'en fait il ait pu n'y avoir 
aucun lien entre le royaume attribué, en 855, au troisième fils 
de l'empereur Lothaire et celui qui se constituait, en S79, à 
Mantaille. Le lien n'est peut-être pas très étroit, et surtout il 
ne paraît pas avoir existé dans la pensée des contemporains. 
Mais néanmoins, il semble bien (ju'il faille en reconnaître la 
réalité. 

Il ne s'est pas formé entre les Alpes et le Rhône une nation, 
parce que ni le mot ni la chose n'existent au ix' siècle. Cepen- 
dant, à partir de 855, les trois provinces ecclésiastiques 
d'Aix, d'Arles et de Vienne se sont en quelque sorte accou- 
tumées à se voir réunies sous une même souveraineté. Elles 
ont formé un ou deux groupes de territoires, qui, à maintes 
reprises, ont changé de maître, qui ont été annexés aux états 
voisins, mais qui n'ont pas pour cela perdu une certaine indi- 
vidualité. Celle-ci se manifeste par ce fait que dans les par- 
tages le ducatus Lugdiincnsis d'une part, la Provence d'autre 
part, ne subissent point de nouvelle division. La Provence 
d'ailleurs pouvait à peine être considérée comme ayant jamais, 



1. .1 forliari ne doit-on pas attacher (riniportancc à ce fait que 
Boson est désigné en un passage du texte, par le vieux titre de « pa- 
tricius », porté jadis par les rois burgondes, ainsi que le fait .I.vhn 
(Geschichtc dfr liurijondioiifu, t. II, ]). 'i78). Il est difficile de voir là 
une « Ueminiscenz ans der Zeit Altbiirgundiens », Burgondie ([ui devait 
être alors tomI)ée dans l'oubli le plus profond. 

2. Le Maçonnais, le (31ialonnais, et les pniji dépendant de la })ro- 
vince ecclésiastique de Besancon. 



CAlîACTKUr. Iii; I.A UD^AriK lir. I!(»S(»N 107 

depuis la date du traité de Verdun, c'est-à-dire depuis (rente- 
six ans, fait partie du royaume de Francic occidentale dont 
elle se séparait en 87!)'. C'est en effet en 875 seulement que 
Charles le Chauve avait étendu sur elle son autorité et encore, 
depuis cette époque, la Provence s'est-elle trouvée placée dans 
une situation spéciale, conservant ses relations avec fltaliedu 
nord avec laquelle elle était unie sous le gouvernement de 
lîosun. Pour Vienne et pour Lyon, la situation, sans être tout 
à fait la même, est cependant assez analogue puisque l'in- 
corporatimi du dncdlus LiN/duticnsis aux états de Charles le 
Chauve no datait que de 869, et que, là encore, c'est à Boson, 
semble-t-il, ([n'était échu le pouvoir le plus considérable 
dans le pays annexé. En somme, pour les gens du Lyonnais 
et du Viennois, Boson tenait la place de leur ancicMi chef, le 
duc Girard: pour les Provençaux d'Arles et d'Aix il repré- 
sentait le gendre et presque le successeur du souverain qui 
avait régné paisiblement sur eux pendant douze années'. 

()utre ces considérations pour ainsi dire personnelles à 
Boson, il est nécessaire de faire une remarque d'une portée 
plus générale. En cette fin du ix° siècle, où commencent à se 
former les États de l'Europe occidentale, il n'y a pas encore 
d'esprit patriotique, mais il y a déjà, à un certain degré, un 
esprit particulariste. 11 n'y a encore ni France ni Allemagne, 
mais il commence à y avoir une Lorraine, une Neustrie, une 
Aquitaine^ — et aussi une Provence. La question de race ne 
paraît pas jouer un rôle bien considérable dans la formation 
de ces unités : les comtes aquitains, par exemple, incessam- 
ment unis dans une commune révolte contre l'autorité de 
Charles le Chauve, sont, tout comme les comtes de la Francie, 
les fils ou les petits-fils des leudes austrasiens de Pépin le 
Bref et de Charlemagne. En Provence Girard appartenait 
à une famille alsacienne, Boson à une famille lorraine; il 
est bien vraisemblable qu'il en était de même de la plupart 
des comtes dont les origines nous sont demeurées inconnues. 
Mais, bien (ju'aucun texte ne le dise expressément, il est dans 
la naluro des choses que très vite, après une ou deux généra- 



1. Cette considération a dcjù <Mé présentée par M. Mleiilhaciii;!!, 
JJcutsi-he Gcsr/i. nntcr den Karoli)igern. p. 589. 

2. LoNGNO.N, Allaa histnr., texte, p. 78. 

3. I*AriiS()T, Oj). cit.. p. 23-2 j, n. 4. 



108 CAI'.ACTÈRE DE LA UOYAUTK DE BOSON 

lions les Francs établis en Aquitaine ou en Provence aient 
pris certaines habitudes communes et se soient à un certain 
degré distingués de leurs compatriotes de Neustrie ou 
de Lorraine, comme s'en distinguaient les populations au 
milieu desquelles vivaient les sriitorcs^. La communauté 
d'origine no faisait pas que ceux-ci entendissent se soumettre 
à leurs compatriotes de la Francia, et diverses circonstances 
avaient pu favoriser le développement des idées d'indépendance. 
Il est bon surtout de noter que les rois carolingiens, dans leurs 
luttes intestines, ont du souvent faire appel, contre leurs com- 
pétiteurs, à l'aristocratie laïque et ecclésiastique, et que celle- 
ci a pu ainsi prendre peu à peu conscience de sa force. En 
856" c'est la résistance des seigneurs provençaux qui oblige 
Lothaire II et Louis II à renoncer à leurs projets d'usurpa- 
tion ^ En 861 c'est sur eux ou du moins sur une partie d'entre 
eux que s'appuie Charles le Chauve pour tenter de mettre la 
main sur le royaume de son neveu \ En 863, lors de la mort 
de Charles de Provence, ses frères se hâtent tous deux de se 
faire des partisans parmi ses anciens fidèles'. En 869, une 
partie des seigneurs provençaux avaient été à Metz recevoir les 
engagements pris par Charles le Chauve vis-à-vis de ses nou- 
veaux sujets \ Aussi, après avoir soutenu tel ou tel des divers 
Carolingiens qui prétendaient régner sur eux, l'idée pouvait 
se présenter à leur esprit d'avoir un roi à eux, capable mieux 
qu'un souverain éloigné de défendre les intérêts du groupe 
restreint que l'on peut considérer comme une unité. Boson, 
entre les mains duquel les circonstances avaient fini par réu- 
nir la totalité des pays auparavant soumis à Charles de Pro- 
vence, était tout désigné pour jouer ce rôle et pour gouverner 
à titre de roi le paj^s qu'il administrait auparavant à titre de 
fonctionnaire. D'après le récit d'Hincmar, on ne lui a d'ailleurs 

1. MoNoi), Ij' rùlc lie roppu^il ion drs mers el /les nalionn/iti's datix 
la (lissolulioit. de rj'Jmpirc (•(iro/iiigieii. dans VAinniairc de /"/'>. des 
JJuKles-Iitudes, 1896, p. 13-16. 

2. Cf. supra, p. 18. 

3. Wenck (I)as l'rdnlùsrhe Ueicli nacJi deiii Verlra;/ von Verdun. 
p. 258-259), relève avec raison cette uianit'estatiou de l'esprit sépai'a- 
tiste des seigneurs provençaux, qu'il rap})rochc de celui .des seigneurs 
afjuitains. 

'i. Cf. supra, p. 2()-27. 

5. Ann. lierlin.. a. 863, p. 61 : « Illudowicus... Provinciam venit et 
quos poluit ipsiiis regni ])rimores sibi conciliavit. » — Cf. supra, p. 33. 

6. Anii. iU-rtin., a. 869, p. 107. 



ETENDUE ni: R(»VAI Mi: 109 

pas offert la couronne, il l'a sollicitée; mais pour qu'il ait pu 
créer quelque chose de durable il faut qu'il y ait eu, dans 
l'assemblée de Mantaille, autre chose que le résultat dos intri- 
gues d'un ambitieux. 

Mais, si Boson se faisait reconnaître comme roi par les dio- 
cèses sur lesquels il n'avait jusque-là étendu son autorité (juc 
comme comte ou comme duc, il cherchait également, comme 
nous l'avons déjà dit, et t'omme les chroniqueurs contempo- 
rains l'ont Ijien vu ', à s'agrandir hors de lu Prov(!nce en 
occupant au détriment de Charles le Chauve; une partie de la 
Bourgogne, et notamment la marche éduennc, dans lu([uelle, 
au mois d'octobre 879, on reconnaissait le nouveau souverain. 

Les souscriptions épiscopales qui terminent le procès-verbal 
d'élection peuvent en effet servir à dresser la liste des pcgi 
qui venaient de se séparer de l'empire franc et constituent le 
document principal pour le début de toute étude géographique 
sur les royaumes de Provence et de Bourgogne. Toutefois il 
ne faut pas oublier qu'elles nous sont parvenues assez mu- 
tilées et que, de plus, l'état de choses qu'elles représentent, au 
point de vue territorial, fut de très courte durée. 

C'est par elles que l'on peut constater que le nouveau 
royaume de Provence — pour lequel, à cette époque de son his- 
toire, ce nom est un peu insuffisant — comprenait la totalité" 
des provinces ecclésiastiques d'Arles, d'Aix, do Vienne, celle 
de Lyon (moins le diocèse do Langres) et très probablement 
aussi toute la province de Besançon, dont le métropolitain 
Théoderic était présent à l'assemblée, avec l'un de ses suffra- 
gants, l'évèque de Lausanne. Il faut ajouter, à la liste des 
provinces que nous venons d'énumérer, le diocèse métropoli- 
tain de Tarentaise, Cependant les deux évèques d'Aoste et 
de Sion n'assistent pas à l'assemblée, sans doute par suite 
de l'iiiflnçnce exercée sur eux par l'abbé de Saint-Maurice, le 



1. « Boso etiam dux Pruvinciae partem BurguniUae occupât. »(Ann. 
Veda.sL, a. 87U). « E Provincia egroditiir totaïuque Burgundiam occu- 
« pare nititur » (Héoinon, Chron.. a. 879, p. 114.; 

2. La totalité, croyons-nous, quand morne certains suffragants de ces 
métropoles n'auraie'nt pas été pré.>ents à l'assemblée comme ceux de 
Carpentras, de Cavaillon, de Fréjus et de Cap. C'est ainsi que l'évèque 
de Genève, seul parmi les suffragants de Vienne, ne souscrit pas à Man- 
taille; mais la domination de i'.oson sur le pngiis Genavcnsis est attestée 
par la donation qu'il fit au monastère dcTournusde plusieurs domaines 
sis dans ce comté. 



110 ETENDUE DU ROYAUiME 

comte Rodolphe, partisan de Charles le Gros, et par les marquis 
italiens ^ L'Uzège d'autre part, bien que son siège épiscopal 
dépendit de la province do Narbonne, suivait les destinées 
du Yivarais, comme il l'avait toujours fait depuis l'époque 
mérovingienne, et se trouvait rattaché au royaume de Boson, 
de mémo qu'il l'avait été à celui de Charles de Provence". 

Il est à remarquer' que ni le métropolitain d'Embrun ni 
aucun d(^ ses suffragants de Digne, de Senez, de Glandève, de 
Vence et de Nice n'assistaient à l'assemblée \ On a cru" que 
cette province avait cependant fait partie du royaume de 
Boson. Mais s'il est certain que l'autorité du successeur de 
celui-ci fut plus tard reconnue par Arnaud, métropolitain 
d'Embrun, qui prit en 890 une part active à son élection, on 
ne peut inférer de ce fait qu'il en ait déjà été de même en 
870 : l'absence de tout évoque de la province à l'assemblée 
de Mantaille semblerait plutôt indiquer qu'elle continuait à 
être politiquement rattachée aux pays de l'Italie du Nord, 
alors placés sous l'autorité de Charles le Gros. 

Les sources diplomatiques fournissent relativement peu de 
renseignements de nature à compléter ou à contrôler ceux que 
l'on peut tirer de l'étude des souscriptions du synode de Man- 
taille. Les actes du nouveau souverain attestent son pouvoir 
sur les diocèses de Lyon", d'Autun', de Mâcon', de Chalon- 



1. L'évéché d'Aoste est d'ailleurs rattaché à.ritalie. L'évèque de cette 
ville, Hatbur-ne, souscrit en 876 au concile de Pavie. Cependant le nom 
de Boson figure parmi ceux des bienfaiteurs de l'église (F. Savio, (ili 
anticlii Vescovi d'Ilalia. Il Picmonli', p. 82). 

2. Cf. supra, p. 9. 

3. L0N(iN0N, Allas hislor., texte, p. 78, n. ;J. 

4. C'est par confusion avec Arnaud sans doute (jue Chorier et d'au- 
tres anciens historiens dauphinois ont avancé que rarchevè([ue (rplui- 
brun était à Mantaille. (Chohiki!, Estai polil. de Daiiphiné. t. 11, p. S). 

5. LoNdNON, lue. cil. 

6. Deux diplômes de Boson sont datés de cette ville (B(*:iimeiî- 
Muiiiu.iî., n'"- Y'i'i.i et l'i'i4, llisl. de Fr., t. IX, p. 669-670) et l'arche- 
vêque remplit un instant aupi'ès du roi les fonctions d'arctiichancelier. 

7. A la refiuète d'Adalgaire, ôvêque d'Autun, Boson conlirme les 
possessions de l'église de cette ville, et y ajoute la montagne de Semur 
(Semur en Auxois, Côte-d'Ur, ch.-l. arr.) avec réglis(> cpuy est élevée. 
(Diplôme du 8 novembre 879, Boi'ii.Miiii-Miiiiii.H. n" 14i'i, /lis/, de 
Fi:, t. IX, p. 670). 

8. Boson donne au monastère do Cliarlieu (Loii'o, ai'i-. Roanne, cli.-I. 
de canton) la j)etite abbaye de Saint-Martin au comté de Màcon (B()i-:n- 
MEli, n" l'i'iS; IJisl. de Fr., ib). 



KTENDUF l>r IIOYAIMK 111 

sur-Saône', peut-être de Mauriomie-', de Viviers', sur une 
partie de la Savoie actuelle correspondant à la partie méridio- 
nale du pagus Genavensis*, sur le couité de Tarentaise^ sans 
parler des diocèses de Vienne'', de Grenoble', de Valence^ et 
d'Arles' qui se trouvaient certainement déjà compris dans les 



1. Donation faite au monastère de Tournus, situé dans in paqn^ 
Ca/nloiinensis (Hoiciimer, n" U'iS ; I/iKt. de AV.. t. IX, p. (iO^). 

2. La donation, faite par lioson à l'église de Maurienno. du château 
d'ileruiillon (Ilist. de Fr., t. IX, }). 672) est un faux datant probablement 
du \r" siècle. Mais si, comme nous le croyons, cet acte a été en partie 
refait pour tenir lieu d'un diplôme authentique perdu, il prouve, 
malgré son inauthenticité, que la domination de Boson s'était étendue 
sur le diocèse de Maurienne. Celui-ci avait d'ailleurs été compris dans 
le royaume de Charles de Provence. 

3. Confirmation par Hoson, en faveur du métropolitain Rostaing 
d'.\rles, du monastère de Cruas au comté de Viviers, concédé à Roland, 
prédécesseur dudit Rostaing, par Lothaire I et Lothaire II {llinL de Fr., 
t. IX, p. 672). 

'i. Cf. diplôme cité, n. 1, concédant à l'abbaye de Tournus la celle 
de Talloires en Genevois (Haute-Savoie, arr. Annecy, cant. Annecy- 
Nord), avec ses dépendances de Doussard (mêmes dèp. et arr., cant. 
Faverges), de iMarlens (/rf.), de Verel. d'ilery (mêmes dép. et arr., 
canton .\lby). etc. Ces localités, pour le plus grand nombre du moins, 
avaient été données par Lothaire II à la reine Theutberge, le 17 jan- 
vier 866 (BoKHMEii-.MrEHi.B., n" 1274; MuRATORi, Ànt. liai., t. U, col. 
121). On pourrait donc supposer que Bo.son se trouvait posséder ces 
domaines à titre de simple propriétaire, comme héritier de Theutberge, 
sa tante maternelle. Mais il n'y a dans Tacte aucune expression équi- 
valente à celle de « res proprietatis nostrae », employée dans le di- 
plôme précité de Lothaire, et pouvant indiquer que Boson dispose de 
ces domaines autrement qu'à titre de souverain. 

5. Le diplôme cité à la note précédente ajoute aux biens donnés à 
I'abl)aye de Tournus la villa de « Clusia » en Taren'^aise, qui est sans 
doute "C/«.sîa, Glaise (comm. Notre-Dame de Briançon. Savoie, arr. et 
cant. Moutiers), mentionnée dans un diplôme de Hugues Capet pour le 
même monastère (L. Lex, Doeuments originaux des Arch. de Saône-et- 
Loire antérieurs à l'an lOUU, p. 260). 

6. Bœumer-.Muemlik, n" rii6: Ilist. de Fr.. t. I.\, p. 671. 

7. \ln diplôme de Louis de F'rovence du 11 août 894 (Bcf.iimer- 
MiEME». n" 1449 : Cari de Grenoble, A. XXVII. éd. Marion, p. 65) et 
une notice de 1094 ou 1905 (ihid., A. XXIII, P- ^'^) mentionnent la do- 
nation faite par Boson à la cathédrale de Grenoble de l'église de Saint- 
Donat (Drômc, arr. Valence, ch.-l. de canton). M. Puudiiom.me {llisl. 
de Greiiofj/e, Grenoble, 1888, in-8, p. 61, n. 1) croit que le bénéficiaire 
de cette donation fut l'évoque Bernier. Mais les termes du précepte de 
Louis ne sont pas assez précis pour permettre d'affirmer rpie la dona- 
tion fut faite à Bernier plutôt qu'à son successeur Isaac 

8. La donation ou la restitution faite par Boson à l'église de \'alence 
du domaine de Villeneuve (lieu détruit entre les communes de Valence 
et de Bourg-les-Valence) nous est connue par un Jugement de Louis 
lAveuii-le de 912 (Cart. de Grenolde, A. XXIV, éd. M.\RIo.n, p. 95). 

9. Cf. p. lUO, n. 6. 



112 BOSON A LYON [879] 

pays gouvernés par lui antérieurement à 879 comme repré- 
sentant dos rois francs. Mais les actes privés ne sont d'aucun 
secours, car, si ce n'est pour le Viennois^ le Lyonnais" et le 
Diois^ il ne paraît pas s'en être conservé qui soient datés des 
années du règne de Boson. 

Peu de temps après sa proclamation à Mantaille, celui-ci se 
rendait dans le nord de son royaume, à Lyon". Selon Réginon, 
dont la plupart des historiens modernes^ ont admis sans dis- 
cussion le témoignage, il aurait été sacré dans cette ville par 
l'archevêque Aurélien. En réalité, Aurélien fut certainement 
du nombre des premiers partisans de Boson ; il avait assisté 
à l'assemblée de Mantaille^ et remplit pendant quelque temps 
auprès du nouveau roi les fonctions d'archicliancelier' ; mais 
le texte do Réginon, si on le rapproche du passage correspon- 
dant des Annales d'Hincmar, ne paraît pas suffire à prouver 
(ju'il y ait eu à Lyon une cérémonie distincte de ce qui se 
passa à Mantaille'', cérémonie ([u'aucun autre document ne 



1. Cartul. de Saint-André le Bus, éd. Chevalier, n" 3; Charles de 
Cliini/. n"^ 23 et 26. 

2. Charles de Cluny. n" 24. 

3. Cartnl. de Saini-Cha/fre, éd. Chevalier, p. 52. Donation par le 
comte Odilon à l'abbaye de Saint-Cliaffre-le-Monastier de biens sis en 
Diois, à Savenna, datée d'un jeudi du mois de mars de laVIIf année du 
règne de Boson. ce (jui prouverait que Boson était encore reconnu en 
Diois au mois de mars 886. Mais cette date ne concorde ni avec la 
mention de l'abbé Dructannus, ni avec l'indiction XII donnée par 
l'acte, car en 886 l'indiction était llll et l'abbé de Saint-Chal'fre se 
nommait Rostaimus (Chevalier, inlrod., p. xiv — et non Guigue 
comme le dit par suite d'un lapsus évident Chevalier, p. 52, n.). 11 
faudrait donc pour conserver à l'acte sa date de 886 admettre deux 
confusions: 1" entre l'indiction III et l'indiction X1I(?); 2" entre Druc- 
tannus et Rostannus. La charte paraît d'ailleurs authentique et est 
mentionnée dans un diplôme de Conrad le Pacitt(iuc. (lOid.. p. 108). 

4. La présence, peu après le concile de Mantaille, de Boson à Lyon, 
est attestée par le diplôme donné dans cette dernière ville, en faveur 
de l'église d'Autun, le 8 novembre 879 (I/isl. de /•'/■., t. IX, p. 670). 

5. DuEMMLER, Ostfr. Reich, t. III, p. 126. 

6. Sa souscription se trouve la seconde parmi celles des ])rélats pré- 
sents immédiatement après celle d'Otrau de Vienne. — Aurélien fut 
plus tard le précepteur le « didascalus « de Louis, fils de Boson, et 
s'occupa activement de son élection. 

7. Le premier dii)lôme de Boson (pie nous possédions, du 8 novem- 
bre 879, cité n. 1, est souscrit par « l^libcrtus iiotarius ad vicem Aure- 
« liani archie])iscopi » ; mais dans le diplôme du 2 décembre de la même 
année pour (;harlieu {ilist. de Fr., t. IX, j). 671), la récognition est 
déjà faite « ad vicem Adalgarii ». 

8. UÉcuNON, Chronique, a. 879, p. 114. Réginon ne dit pas foruielle- 
ment (pic le sacre ait eu lieu à Lyon, et l'on pourrait, ce (jui paraîtra 



[879] 130S0N A LYON ET DANS ΠLYONNAIS 113 

mentionne. Le désir qu'avait Boson d'asseoir solidement son 
autorité sur la plus grande partie de la Bourgogne et la 
nécessité do mettre eu état do défense sa frontière septen- 
trionale suffisent à expliquer sa présence à Lyon et dans le 
Maçonnais à la lin de l'année 879 et sans doute aussi durant 
les premiers mois de l'année 880'. Boson en effet était à 
Charlieu le 2 décembre". De là il paraît s'être rendu une 
seconde fois à Lyon. Il se trouvait dans cette ville le 8 du 
même mois, donnant à l'abbaye de Saint-Philibert de Tour- 
nus, à la requête de l'abbé Geilon, la celle de Talloires en 
Genevois avec toutes ses dépendances ', 



un peu trop subtil peut-être, interpréter les mots « Lugdunum ingres- 
sus » par « étendant son autorité injustement sur Lyon », — comme une 
sorte de développement de ce (|u'a dit l'auteur un peu plus haut : 
« Provincia egreditur totamque Burgundiam ocrupare nititur. » D'autre 
part, Réginon raconte assez exactement les mêmes choses qu'liincraar, 
avec certains détails communs, et presque dans les mêmes termes. 

« Nonnullos episcopos partim minis, partim suasionibus in societatis 
« foedera colligit et Lugdunum ingressus ab Aureiiano... et aliisponti- 
« ficibus... in regem... inunguitur. » (Réginon, Clironiquf, /oc. cit.) 

« Partim comrainatione constrictis. partim cupiditate illectis, pro ab- 
« batiis et villis... episcopis illarum partiiim persuasit ut eum in regem 
« ungerent et coronarent. » (À nu. Ik'rlin., a. 879, p. J50). 

Or, si l'on admet sans difficulté que la dernière partie du texte 
d'Hincmar fait bien allusion à l'assemblée dont nous avons conservé 
les actes, et que nous savons par ces actes s'être tenue à Mantaille, il 
semble bien qu'il faille l'admettre également pour la portion corres- 
pondante du texte de Réginon. Par conséquent: ou les mots « Lugdu- 
num ingressus » expriment une erreur de l'abbé de Priim; — ou nous les 
interprétons mal en supposant que, d'après Réginon, le coui'onnement 
aurait eu lieu à Lyon. Cette dernière hypothèse a, en outre, l'incon- 
vénient d'en nécessiter une autre: comme Réginon dit: c^ab Aureiiano 
« ejusdem url)is metropolitaet aliis]ponli ficibus \n regem inunguitur», 
il faudrait admettre que les évèques réunis à Mantaille, ou la plus 
grande partie d'entre eux. auraient suivi Boson et Aurélien à Lyon. 

1. Les Annales de Fulda, racontant la campagne contre Boson, dont 
nous reparlerons plus loin, disent que ce dernier passa le Rhône pour 
s'enfuir à Vienne. Il se trouvait donc auparavant sur la rive droite 
du fleuve. 

2. B(>:iiMER, n° 1445; Ilisl. de Fr.. t. I.X, p. 67 L 

3. BticiiMEK, n" 1443 ; llisl. de Fr.. t. L\. p. 609. Nous considérons ce 
diplôme, dont l'original nous est parvenu, comme authenti(|ue, (pioi 
qu'en pense le dernier éditeur de l'acte. M. Léonce Lex (/Jijtloiiies 
oviginau.x des Arch. de Saône-ef- Loire antérieurs à Van 1000, dans 
les'il/n/i. de la Soc. dliist. et (Vnrchêol. de Chaloiisur-Saôiie, t. \\). 
Mais il est daté du 6 des ides d'un mois indéterminé de la jjremière 
année du régne de Boson (15 octobre 879-14 octobre 880). Les éditeurs 
des Ilist. de Fr. et Bo'hmer veulent le rapprocher d'un autre diplôme du 
même roi, aussi daté de Lyon, de la j)remiêre année du règne, et du 6 
des ides de novembre. On suppléerait « viid. [nov.] » dans l'acte qui nous 

l'oui'ARDiN. Roi/aume de Pi-ovence. 8 



114 ALLIANCK entre les unis FRANCS [8801 

Cependant les rois francs de l'Est et de l'Ouest avaient senti 
la nécessité de se rapprocher les uns des autres. Sans parler 
des Normands qui n'interrompaient point la série de leurs 
dévastations, pendant que la Gaule du Sud-Est se séparait du 
reste du royaume, un tlls naturel de Lothaire II et de Wal- 
drade, Hugues, soulevait la Lotharingie \ Une seconde tenta- 
tive d'invasion de Louis de Germanie dans le royaume de 
ses cousins, au printemps de 880, n'avait abouti qu'à une 
nouvelle réconciliation et à un nouvel al)andon, par Louis III 
et par son frère, de l'ancien ro^-aume de Lothaire". Par l'en- 
tremise d'Hincmar■^ une entrevue entre les rois francs avait 
été décidée. Elle eut lieu au mois de juin 880 à Gondreville'' ; 
mais Louis de Saxe, retenu dans son royaume par la maladie, 
se borna à y envoyer des députés, et son frère, Charles de 
Souabe, y représenta seul les souverains de la Germanie''. 

Les actes de cette assemblée n'ont point été conservés et 
les annalistes ne nous ont point transrais de renseignements à 
ce sujet, mais il est bien certain que la nécessité d'une union 
contre les ennemis et les rebelles qui menaçaient de divers 
côtés les princes francs inspira toute la conduite de ceux-ci". 
Chose rare depuis la mort do Louis le Pieux, les Carolin- 
giens surent une fois agir de concert contre leurs adver- 



occupe. Mais le 8 novembre 879, c'est l'archevêque de Lyon, Aurélien, 
qui est chancelier. Au contraire, la récognition du diplôme pour Tour- 
nus est donnée, comme dans le diplôme cité n. 2 : <c Ad vicem Adal- 
« garii», ainsi qu'on le lit très nettement sur l'original (et non « ad vicem 
Radulphi », comme ont lu les premiers éditeurs). L'acte n'est donc pas 
de la même date que le diplôme pour Aiitun. Mais il est daté de la XI h' 
indiction. Si nous ne supposons pas gratuitement celle-ci erronée, 
l'année 879 est la seule du règne de Boson à laquelle elle s'api)lique, 
et le diplôme en ce cas ne peut être que du 8 décembre 879. 

1. Hugues est mentionné dans un diplôme de Lotbaire 11 en 8Go 
(///.s-/, de Fr., t. VIII, p. ^i08). En 8G7, il reçut de son père le duché d'.\lsace 
{A}m. licrlin., p. 87). Va\ 878, ses violences contre plusieurs évè(iucs 
le font excomirumier au Concile de 'i'royes (ihid., p. 14^i) et. dès 879. 
les hostilités ont conunencé entre lui et Louis le Tiermanique (.1m/?. 
Fuld., p. 93). — Sur ce personnage, cf. Parisot, Le roydiime de Lor- 
raine, p. 44;} et suiv. 

2. Ann. Berlin., a. 880, p. 150, et l)i;E.M.\n.Ei!, Ostfr. licir/i., t. III, )). 
131-132. 

3. C,f. Lettre d'IIincmarà Charles le Gros, 0/3e/"rt^, t. II, p. 18r);Sciin()i;RS, 
Ilinkmar, p. 443; l)i;i:MNn.i:ii, Osifr. Ueich, t. III, p. 143, n. \. 

4. Condreville, Mcurthe-et-MoselIe, arr. et canton Toul. 

5. Ann. liertin., a. 880, p. 151. 

6. DcEMMl.Eli. op. rif..\. III, p. 143-144. 



[880] ALLIANCE F.NTIU', LKS HOFS FliANCS 11 i 

sairns commmis. L'usurpation de Boson lésait d'aillours 
los rois (le l'Est aussi bien que ceux, de l'Ouest. Parmi ces 
derniers, la nouvelle guerre ne concernait en théoi-ie que le 
seul Carl(^nian, auquel un traité conclu au coniniencenicnt 
d'avril' avait réservé l'Aquitaine et la Bourgogne avec ses 
marches, c'est-à-dire le soin de la résistance contre Boson; 
son frère, au contraire, devait s'occuper plus particulièrement 
de la lutte contre les Normands". Mais, parmi les princes 
francs, les plus directement intéressés, ceux auxquels l'usurpa- 
tion de Boson causait le préjudice le plus considérable étaient 
les deux fils de Louis le Germani(|ue. Charles le Gros et son 
frère, en effet, en vertu du traité de 879, pouvaient prétendre 
à la possession du Lyonnais, du Viennois, de l'Uzège et du 
Sermorens, comme à celle du diocèse de Besançon \ 

Les textes relatifs à cette cession de 879 accordent bien 
à Louis de Germanie la totalité* des pays compris dans l'hé- 



1. A)in. Bcrlinidiii, p. 151. 

2. Les Annales de Saint-Vaast (a. 880) indi(iuent Louis seul comme 
ayant pris les mesures relatives à la guerre contre les Normands. 

3. Les expressions employées par M. Longnon, Atlas hislor.. texte, 
p. 79, ne sont peut-être pas tout à fait suffisantes à expliquer l'intérêt 
de Charles le Gros dans la guerre contre Boson. L'usurpation de ce 
dernier ne le lésait pas seulement parce que le nouveau souverain 
avait été reconnu par l'archevètpic de Besançon, mais aussi parce que 
Charles perdait ainsi l'éventualité de posséder un jour, après la mort 
de son frère Louis, la province de ^'ienne et le diocèse de Lyon. 

4. Aun. Berlin , a. 880, p. I'jO : Ann. Fuld., a. 880, p. 9'i : « Ludo- 
« wicus... in Galliam profectus filios Hludowici ad se venientes suscepit 
« totumque regnum Hlotharii suae ditioni subjugavit. y^^ Ann. Vednst.. 
a. 879 : « Partem regni Lotharii quam suus [Hludowici] genitor Karolo 
« inter se dividende regnum acciperet. « — Réoinon, Chron., a. 880, ]>. 
115: « portionem regni Lotharii (piam avus patcrcpie tenuerat intcgro 
« illiconcesserunt. » — Cf. Dukmmi.er, Osifr. Reich. 1. 111. p. 132 i:!'i. — 
Le seul texte qui ne mentionne la cession (pie d'une portion de l'ancien 
royaume de Lothaire, le Sermo de tumulatione S. Qinntini {Mon. Crrni.. 
•S'.S., t. XV. p. 271) est postérieur et de moindre valeur. M. Paiîisot, au 
contraire (Le royaume de Lorraine, p. 139), croit que Besancon. Lyon. 
\'ienne, \'iviers, l'zès ne durent jamais avoir ]muv souverain Louis 
le Jeune. « Quelle (pie fût l'importance inc()ntestai)le de cette 
« contrée, elle était trop éloignée pour ((ue Louis pût y faire sentir 
« son autorité... On n'a aucune preuve que ces territoires aient 
« appartenu au roi des Francs orientaux. » Ce système nous parait con- 
traire aux textes qui donnent très explicitement à Louis le .leune tout 
ce (pie Charles le Chauve avait recueilli en 870 dans l'héritage de Lo- 
thaire. D'autre part, si, par suite de l'usurpation de Boson. le souvei-ain 
germanique s'est trouvé hors d'état de faire valoir ses droits dans le 
bassin du Rhône, il est à remanpier que c'est comme héritier de Louis 
le .leune, et en vertu ])ar suite du traite de 879-880. (pi(> Chai-les le 



116 LES TRAITÉS DK 879 ET DE 880 [S^sQ] 

ritage de Lothaire II, et attribués en 870 à Charles le Chauve 
par le traité de Meersen, c'est-à-dire en s(3mme le principal 
morceau du royaume créé par Boson. Les trois diocèses 
d'Autun, de Màcoii et de Chalon-sur-Saône, ainsi que la 
totalité des provinces d'Aix et d'Arles, pour lesquelles aucune 
convention particulière ne semble être intervenue depuis le 
traité de Fouron en 878 pouvaient seuls, lors de l'entrevue 
de Gondreville, être considérés comme devant faire légale- 
ment retour aux Carolingiens de l'Ouest, si les coalisés 
parvenaient à les enlever à l'usurpateur'. A ce moment une 
expédition contre Boson pouvait donc sembler faite autant 
dans l'intérêt de Charles le Gros" que dans celui de Carloman 
et de Louis III. Mais il est possible qu'à cette époque la situa- 
tion ait été quelque peu modifiée et qu'il y ait eu, de la part 
du souverain germanique, sinon rétrocession de ce qui ne lui 
appartenait pas encore, du moins accord avec ses cousins au 
sujet de la succession de Louis de Saxe. L'héritage de celui-ci 
comprenait, avec la portion de l'ancien royaume de Lothaire II 
demeurée aux mains des rois francs, la portion de ce même 
royaume qu'il s'agissait présentement de reconquérir sur 
Boson. Peut-être un partage fut-il stipulé, mais la conven- 
tion, qui intervint certainement^ ne nous est pas connue dans 



Gros a pu, du vivant de Louis II [ et de Carloman, exercer son autorité 
sur ces territoires. Le système de M. Parisot laisse sans explication ce 
fait que ('harles le Gros est souverain de Besancon dès 880 (///s/, de Fr., 
t. IX, p. 190), de Vienne en 883 (Gall. Christ.', t. XVL instr., col. 9), 
peut-être du Lyonnais en 881 (Cartul. de Savi;/iiy, t. I, p. •28). 

1. En 878, à Fouron. il est stipulé, au sujet du « regnum quod Hliido- 
wicus imperator Italiae habuit » distinct de l'Italie; pour laquelle se 
trouve plus loin une disposition spéciale, et correspondant par consé- 
quent à la Provence: « quicumque illud modo tenet, ita teneat. » .!?/«. 
licrlin., a. 878, p. 145. 

2. Les auteurs germaniques considèrent Boson comme rebelle à leur 
souverain. Ils parlent, en ei'fet, de plusieurs révoltés, de plusieurs 
« tyrans ». L'un d'eux est Hugues de Lorraine, l'autre ne peut être 
que l'oson. ("est ainsi que le C(»ntinu.\tki;k n'LiiciiEMPEiiT (Mon. Genn.. 
SS.. t. 11, ]) ;{.'J0), le([ucl écrivait en Al'émainiie vers 881 (Duemmi-ER, 
Ostfr. Reich., t. III, p. 171), souhaite à ("harles le (!ros et à Richarde 
une postérité « per quod tyranni vel ])otius latrunculi {pii, adhuc vivente 
« serenissimo impoi-atoro Karolo et fratre ejus Ludovico rcge, licet 
« latitando c;iput levare presumunt, divino adjutorio comprimantur. » 

3. A la mort de Louis, fils du (i(Tmanique, les grands de l'ancien 
royaume de Lothaire veulent pas.ser en masse à Louis III (de (jaule), 
mais celui-ci repousse leurs olï'res en alléguant les conventions conclues 
avec (.'harles (/i?m. liertin., a. 882, ]). 152). Au mois d'octobre 882, 
Hugues l'Ahhé ;dhiil trouver Chai'les le Gros à NN'orms « ]m) iielitione 



[880] JKAN VIII AIÎAMiON.NK RdSON 117 

ses détails et nous en sommes, sur ce point, réduits aux con- 
jectures. 

En même temps que les Carolingiens s'apprêtaient à réunir 
leurs armées contre Boson, ils s'occupaient de lui enlever les 
appuis sur lesquels il paraissait pouvoir compter, le pape 
Jean YIII et l'impératrice Engilberge. 11 ne semble pas 
d'ailleurs que le souverain pontife ait accueilli avec plai- 
sir la royauté de celui que, ({uplques mois auparavant, il 
traitait do fils adoptif et auquel il s'apprêtait à livrer l'Italie. 
Le 18 juillet 880, il écrivait à Charh^s le Gros' que rien, 
en cette affaire, ne devait lui être imputé, et que Doson 
n'aurait jamais à espérer de lui à l'avenir secours ni assis- 
tance. Quelques mois plus tard, à la suite, il est vrai, 
des premiers revers du nouveau roi, il adressait à l'arche- 
vè(iue Otran de Vienne' une lettre pleine de reproches, dans 
laquelle il le blâmait sévèrement d'avoir favorisé cet acte de 
tyrannie, cette usurpation, en se prétendant à tort, lui Otran, 
soutenu par le souverain pontlfe^ Les lettres de Jean VIII ne 
font, du reste, pas connaître les motifs qui purent le déterminer 
à ce revirement. Ce fut peut-être là un simple abandon d'un ami 
devenu malheureux et par suite inutile, peut-être aussi, comme 
le croit le P. Lapôtre'% l'effet do la contrariété éprouvée par 



« partis regni quam frater suus in locarium acceperat» (ibid., p. 153). 
Il y avait donc eu rétrocession au moins partielle, mais il ne semble 
pas que la réclamation de Hugues ait été suivie de beaucoup d'efl'et. 
Cf. PiJHJi'ON. Le second Roy. de Bourqof/nc. dans Ami. Sdc Jùnul. 
Ain, 1896, p. 652. 

1. Lettre de Jean VHI à Charles le Gros (Jaité, w 'Sl2l ; J/ixi. de J-'r., 
t. LK, p. 192) : « De Bosone quoque certo vos esse volumus quia 
« neque aliquem familiaritatis locum aut receptionis nostrae auxilium 
« apud nos habebit neque potuerit invenire... .\am nihil nobis départe 
« ipsius pertinere videtur qui talem tyrannideni praesumpsit com- 
« mittere. » 

2. Lettre de Jean Vlll à l'archevêque Otran (Jaffé, n" 3370 ; 
MicNE, t. CXXVl, col. 917) : « Nichilomiims etturbati existimus et quod 
« fidelium relatu comperimus, his qui cum bosone praesumptore et 
« regni pei-turbatore tyrannidem exercere non cessant, ausu temerario 
« favere eorumque malis oporibus communicare praesumas. » Kn même 
temps, Jean \'lll écrit à Hugues IWbbé et à Bernard pour les engager 
à soutenir tidclement le roi Carloman, c"e.st-à-dire à résister à Bosun 
(JaU'É, n" 3373). 

3. Lettre précitée de Jean Vlll à Otran (cf. .««/3ra, p. 100 et 103): « Falsa 
« o})inione sanctam nostram Romanam infamare non dubitas, quoil ad 
« talia perai:(Midum ipsius auctoritateni habei'c te certirices. » 

4. Jean Vlll, p. 349. — Jean \lli écrit aux comtes demeurés fidèles 



118 MESURES CONTRE LES PARTISANS DE BOSON [880] 

Jean VIII lorsque Boson tenta de frustrer les descendants de 
Charles le Chauve d'une portion de leur héritage. D'ailleurs, 
tout en tenant compte des deux motifs que nous venons de 
citer, on peut conjecturer que ce ne fut pas sans mécontente- 
ment que Jean VIII dut voir le comte de Provence renoncer 
à devenir en Italie et à Rome le protecteur du Saint-Siège 
alors plus que jamais menacé par les Sarrasins'. Il paraît, en 
effet, avoir à cette époque reporté toutes ses espérances sur 
Charles le Gros. Celui-ci venait de descendre en Italie en 879", 
et le pape l'y appelait de nouveau en 880, dans l'espoir de trou- 
ver auprès de lui cet appui qu'il avait déjà, cherché auprès 
de Boson comme auprès de Charles le Chauve. 

Engilberge, d'autre part, avait été à tort ou à raison soup- 
çonnée de favoriser l'usurpation de son gendre et Charles le 
Gros avait cru devoir, par mesure de précaution, la faire 
enfermer dans un couvent d'Alémannie '. Jean VIII, toujours 
en bons termes avec l'impératrice veuve *, que son époux 
Louis II avait, disait-on, recommandée en mourant au Saint- 
Siège, intervint pour demander qu'on lui rendit le droit de 
rentrer en Italie ^ promettant de la garder si bien à Rome 
qu'elle ne pourrait venir en aide à l'usurpateur Boson ^ Ces 
lettres suppliantes de Jean VIII datent déjà du mois de mars 



aux fils de Louis le Bègue pour les féliciter et les engager à persévérer 
dans ces sentiments (Jaffé, n° 3373 ; Migne, t. CXXVl, col. 895 

1. Jaffé. n'^« 3325-3326. Cf. Duemmler, Oslfr. Reich., t. III, p. 178. 

2. Dés le 3 avril 879, Charles le Gros ayant annoncé l'intention de 
descendre en Italie, Jean Vlll lui écrit pour l'exhorter à persévérer 
dans ce dessein (Jaffé, no 3321 ; Mione, t. CXXVl, col. 825). 

3. Ann. Derlm., p. 153 : « Engilbergam vero, Illudowici Italiae 
« régis uxorem, quam imperator in Aiemanniam transduxerat. » 

4. Kn octobi'c 879, Jean Vlll écrit à Tévêque Antoine de Hrescia, à 
Bérenger de Frioul et à divers autres comtes (Jaffé, n" 3297) pour les 
inviter à prendre sous leur protection les biens de l'ex-impératrice, 
biens sur les(iuels Charles le (îros et ses partisans commençaient sans 
doute, à mettre la main. 

5. Lettre de Jean \'lll aux évèquos italiens (Jaffe, n" 33'ii), et lettre 
à Louis III, Carloman et Hugues l'Abbé pour les engager à soutenir 
sa demande auprès de Charles le (Iros (Jaffé, u" 33i0). 

6. Jaffé, n" 33'i0; Migne, t. ("XXVI, col. 92'i : « 'l'anta custodia cir- 
« cumspecta nobis crédite ut nec l'osoni nec alii liouiini ad ])crturba- 
« tionein imperii sive regni quidlibet adjutorium vol auxilium vei-bis 
« aut scriptis praebere(|U()quo modo valeat. » — Au commtMUNMncMit de 
882, il écrit encore dan^ le même i)ut à l'impératrice lîiciiarde, fennne 
de (Charles le (iros, et au favori de celui-ci, Liutward, évè(iuc de \'er- 
ceil (Jaffé, n'^ 3380 ; Mig.ne, t. CXXVl, col. 9'.9\ 



[880| MESUIIES CONTRE LES TARTISANS DE BOSON hq 

881. Ce n'est cependant qu'en octobre 882, c'est-à-dire quand, 
après la prise de Vienne, lînsou avait cossr d'être à craindre, 
que Charles le Gros accorda la grâce sollicitée et permit enfin 
à Engilberge de se rendre de nouveau en Italie, accompagnée 
de l'évèque de Verceil, Liutward', 

Les autres partisans du nouveau roi de Provence, ceux qui 
avaient contribué à son élection, furent frappés de la mémo 
manière, autant que le petit nombre de documents dont nous 
disposons nous permet d'en juger. Otran, déjà blâmé par 
Jean VIII à l'occasion de sa conduite lors de l'élection de 
Boson, avait également vu le pape consacrer directement 
l'évèque élu de Genève, Optand, à la demande de Charles le 
Gros-. L'on ne peut guère attribuer cet empiétement de l'auto- 
rité pontificale qu'au désir d'empêcher le partisan du rebelle 
de jouir de ses droits de métropolitain, et peut-être aussi à 
celui d'installer sur ce siège, malgré Otran, un candidat 
hostile à r>oson\ Jérôme, évéque de Lausanne, dont le nom 
figure au bas des actes du concile de Mantaille, eut, devant 
les résistances de Charles le Gros, qui appnvait, sendjlc-t-il, 
un autre compétiteur', quehjue peine à monter sur son siège 
épiscopal ; l'intervention du pape fut nécessaire' et, bien que 
le prédécesseur de Jérôme fût mort dès l'année 878, que celui- 
ci eût été lui-même élu avant le 15 octobre 879, il lui fallut 
attendre jusqu'en 881 pour obtenir la consécration ^ Il est 



1. Aiin. Berlin., p. 1.53. 

2. Lettre de Jean VIII au clerj^é et au peuple de l'éprlise de Genève 
(.Jaffé, n" 3357 ; Migne, t. CXXVI. col. 947). Cette lettre est du 11 no- 
vembre 881. Otran y répondit en faisant emprisonner Optand et 
en lui opposant un autre candidat (Jaffé, n"* 337'i et 3375; .Migne. 
t. CXXVI, col. 952). Ces lettres sont dn printemps de l'année 882. 

3. Trog, Rudolf I und Rudolf IL p. 17. La lettre citée de Jean \'III 
dit expressément que c'est « proj)ter dissensionem Bosonis » que ces 
mesures ont été })rises. 

4. Lettre de Salomon de Constance à Théoderic de Besançon, dans 
les Formuhic Saiifjallcnses, n° .wvi (Zei;.mei!, Fonnulae. p. ill): v Do- 
« minus noslor K. comperto recessu fratris no.stri N. Losaniensis epis- 
« copi cuidam clerico suo eandem sedem tradere decrevit. » 

5. Lettre (!(• Jean VIII à Charles le Gros, du 20 juin 880 (Jaffé, 
n« 3315 ; MidNE. t. CXXVI, col. 901). Cf. lettre de m-nie date à l'arche- 
vêque Théoderic de Besançon (Jaffe, n" 3317). 

6. CoNON n'EsTAVAYEii, (IcirluL de Ijnisdinif (Mém. Suisac Rom., 
t. VI), p. 3'i : « Jeronimus e])iscopus fuit ordinatiis anno ab Inc. 
« donnni DCCCLXXXI tertio anno post decessuni llerinianni predc- 
« cessoris sui ., » 



120 EXPÉDITION CONTRE IIL'GUES DE LORRAINE [880] 

possible aussi qu'il faille rattacher à ces faits l'eiivahisscment 
des biens de l'église de Besançon par un nommé Hubon, vassal 
de Charles le Gros ; ce dernier aurait, pour punir l'arche- 
vêque Théoderic d'avoir pris part à l'élection de Mantaille, 
toléré ou favorisé cette usurpation, qui nécessita égale- 
ment l'intervention de Jean VllI'. Malheureusement les faits 
de ce genre sont trop fréquents à cette époque pour que l'on 
puisse, avec quelque vraisemblance, voir là autre chose qu'une 
de ces usurpations comme les grands laïques s'en permettaient 
trop souvent au détriment des biens d'Église". 

Le récit de ces événements nous a entraînés au delà de 
l'époque de l'entrevue de Gondreville, Pendant qu'ils s'accom- 
plissaient, que l'on mettait Engilberge hors d'état de soutenir 
son gendre, et que Jean Vlll abandonnait son ancien protégé, 
les rois francs agissaient également par les armes. Une armée 
germanique, conduite par Adalard, comte du Moselois '\ 
et le puissant comte Henri d'Alémannie\ venait rejoindre les 
troupes de la Francie occidentale et marchait de concert avec 
elles contre Hugues de Lorraine. Celui-ci échappa, mais les 
forces coalisées livrèrent à son beau-frère, le comte Thibaut, 
un sanglant combat" à la suite duquel Thibaut vaincu dut très 



1. Jaffé. no 3315 ; IlUt. de Fr., t. IX, p. 190 (cf. Gall. Christ., t. XV, 
col. 25). On peut rapprocher de ces mesures de rigueur un passage 
de RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 115 : « Cum sibi [liosoni] faventes pro- 
ie scriptionibus dampnarentur bonisque omnibus privarentur. .. » 

2. Il y a cependant peut-ctre là tout au moins une conséquence des 
guerres, et de l'incertitude où l'on se trouvait alors quant à la souve- 
raineté de la plupart des pays qui avaient fait partie du royaume de 
Lothaire. ■ — C'est à ces mêmes causes que l'on pourrait, semble-t- il, rat- 
tacher l'acte de violence à main armée commis par Adalbert, évêque 
de Maurienne, qui, un matin, à la tête d'une troupe d'hommes de 
guerre, surprit l'évèque Dernier célébrant la messe dans son église 
cathédrale de Grenoble, le maltraita et l'emmena prisonnier (Lettre 
de Jean VIII à Adalbert, du printemps de l'année 882; .Iaffé. n" 3376, 
MiGNE, t. C.X.XVI, col. 953). Le différend entre les deux prélats devait 
remonter à (juelques années déjà, car, dés l'année 878, Jean Vlll avait 
enjoint à l'archevêque de Tarentaise de prendre des mesures pour y 
mettre fin (Jaffk, n" 3150; Migne, t. CXXVI. col. 781). 

3. Sur ce personnage, cf. Dlîemmleh, Oslfr. Jii'irh., t. 111, j). l'ii. 

4. Sur le « triarchos » gerniani(|uc, cf. ihid., p. 1(')9-170. 

5. /In?;. Berlin., p. 151. 1/annalisto de Fiilda, p. 95, fait battre Thi- 
baut })ar Henri et les ti'oupes saxonnt^s seules, pour leur réserver Ihon- 
neur de la victoire. 11 est d'ailleurs mal informé en ce qui touche toute 
la chronologie de ces événements, jjuisqu'il place l'entrevue de (!on- 
dreville après le mois d'août. Nous devons toutefois faire observei" <|ue 
s'il est certain, au témoignage d'ilincnuir, que l'expédition contre 



[880] EXPEDITION (Xt.MllK illGEKS KT CONTRE BOSON 121 

vraisemblablement se réfugier en Bourgogne, où nous le 
retrouverons quelques années plus tard (tin juin-commence- 
ment juillet 880). Quant à Hugues, il ne paraît pas avoir beau- 
coup souffert de la défaite infligée à son lieutenant, car il 
continua à se maintenir en Lorraine'. Cela n'empêcha pas 
néanmoins l'année victorieuse de se diriger vers la Bourgogne *, 
pendant que Tabbé Gozlin, rentré en grâce, était chargé de 
diriger la défense du royaume contre les Normands \ 

Après avoir battu les troupes de Hugues le bâtard, il fallait 
en effet s'occuper de Boson*. Louis III et Carloman, toujours 
accompagnés de leurs auxiliaires germaniques', traversèrent 
la Champagne, passant par Trojes, qu'ils quittaient au mois 
de juillet*^ et pénétrèrent d'abord dans les pays envahis par 



Hugues fut menée de concert par tous les princes t'rancs, il est pos- 
sible que le combat dans lequel périt le comte Thibaut ait été livré par 
Henri seul, car les A7iii. Vednslini (Mon. Germ. SS.. t. II, p. 198), 
comme [es Ann. Fuldoisrs, ne parlent que de celui ci à cette occasion: 
« In ipso itinere Heinricus Teutbaldum filium Hucberti gravi devicit 
« praelio. » C'est à tort que les Ann. Lauhienses (Mon. Germ., SS., t. 
1\', p. 15) disent que Thibaut fut tué dans la bataille. Sur les destinées 
ultérieures de ce personnage, cf. infra. 

1. 11 se trouvait encore en Lorraine au mois de mai de l'année suivante 
et fit à cette époque sa soumission h Louis de Saxe, en recevant de lui, 
en échange, force comtés et abbayes {Ann. Fuld., a. 881, p. 96). entre 
autres celle de Lobbes (Ann. Lnubiens., loc. cit.). Cela ne l'empêcha pas 
de se révolter de nouveau. Mais il fut battu et obligé de se réfugier en 
Bourgogne, sans que nous sachions si par ce mot il faut entendre la 
Bourgogne propre, ou bien le roj'aume de Boson qui jouissait alors d'un 
peu de tran(iuillité, Carloman étant en Auvergne et Louis 111 occupé 
contre les .Nurmands. Hugues, d'ailleurs, n'y resta pas longtemps, car 
en 883 (Ann. FiibL. p. 100), il contractait une alliance avec le Normand 
converti Gotfrid, qui avait épousé sa sœur Gisla. Dans Tété de l'année 
885 (Ann. Fuld., p. 103), accusé de favoriser la révolte de son beau- 
frère-, il eut les yeux crevés et fut enfermé au monastère de Saint- 
Boniface de Fuldà, puis à Saint-Gall, enfin à Priim dans les dernières 
années du ix« siècle (Keginon, Chrun., p. 125, et Due.mmleh, Ostfr. 
neich., t. 111, p. 241). 

2. Ann. Berlin., p. 151. 

3. Ann. Berlin., loc. rit. ei Ann. Vedanl.. a. 880, .I/o//. Germ. SS., 
t. II, p. 198. 

4. La guerre contre Boson fait dans l'ouvi-age de dingiiis l'objet 
d'une étude longue et très intéressante, mais i)lus que conjecturale, 
l'historien sui.sse, là plus encore que partout ailleurs, inventant les 
détails que ne fournissent pas les textes, très pauvres en renseigne- 
ments sur ces événements. 

5. « Una cum praedicta scara llludowici régis Germaniae » (.Ann. 
Berlin., p. 151). 

6. « In lîurgundiam versus Bosonem ])er mensem julium a 'i'rccas 
« perrexerunt )) (.1/*//. Berlin., loc. cit.). [Uludowicus] et frater ejuscum 



122 PRISE DE MAÇON [880] 

rusurpateur sur la rivo droite du Rhône. Ils recouvrèrent, 
vraisemblablement sans combat', une partie des villes occupées 
par Boson dans la Bourgogne éduenne et arrivèrent devant 
Màcon, que défendaient les hommes du nouveau roi ayant à leur 
tête un certain Bernard"; ils s'en emparèrent sans avoir, 
semble-t-il, rencontré grandes difficultés. La ville et le 
comté qui en dépendait furent donnés par eux à Bernard 



« reliquo exercitu Burgundiam petentes. » (Aim. Vi'dast., a. 880, Mon. 
Germ., SS., t. II, p. 198). 

1. Aucune des sources annalistiques relatives à la campagne de 880 
ne mentionne de combat avant l'arrivée à Màcon. Le « civitates quas 
tyrannus inva:-;erat reccperunt », des Ami. Vedaslini, n'indique pas 
qu'on ait trouvé beaucoup d'obstacles. — II est bon de rappeler, à l'oc- 
casion du récit de cette guerre, qu'un texte hagiographique, les Mira- 
cula Sanctae (Jpporlunae (Acta sancl. ord. S. Beii., saec. III, p. n, 
p. 234-6). fait pénétrer, au cours de cette campagne, les troupes de 
Boson jusqu'à Moussy-le-Neuf en Meldois (Seine-et-.Marne, arr. Meaux, 
ch.-I. de canton). Là, un soldat, ayant tenté de se glisser sous l'autel 
e.st puni de son impiété. Nous ne trouvons dans aucun texte rien qui 
autorise à supposer que les troupes de Boson aient jamais pu s'a- 
vancer aussi loin. Cependant le texte, œuvre d'Aldhelm, évèque de 
Séez. est contemporain de Charles le Chauve et de ses fils. Ce qui 
nous paraît le plus vraisemblable, c'est que vivant en Wenstrie, loin 
du théâtre de ces événements, l'auteur aura commis une confusion 
entre les diverses guerres dont il entendait parler : le nom de Boson 
sera venu remplacer ici celui d'un des souverains germaniques qui 
envahirent à plusieurs reprises la Gaule orientale durant la deuxième 
partie du ix*-' siècle. 

2. Ann. Berlin., a. 880, p. 151: « In quo itinere ejectis de Castro 
Matiscano Bosonis hominibus, ipsum castellum ceperunt. » — .4/;//. 
Fuldeiises, a. 880, p. 95 : « Madasconam urbem expugnantes, Bern- 
«hardum, qui in ea principatum tenebat, in deditionem accipiunt. » 
On a cru (DuEMMLER, Osifr. Reich. t. III, p. l'tS) (ju'une confusion avait 
été commise par Fannaliste de Fulde entre le nom de ce personnage 
et celui de Bernard d'Auvergne, auquel le comté de Màcon fut ensuite 
donné. On a supposé, par suite, que le défenseur de la ville était en 
réalité le comte Sirald, à la requête duquel Boson donna le 2 décembre 
87i), au monastère de C'harlieu, la petite abbaye de Saint-Martin sur la 
Saône (Bifjimer, n° 14i5 ; Hist. de Fi\, t. IX, p. 670). Mais 1° ce per- 
sonnage pouvait ne pas être comte de Màcon ; 2° (|uand bien même il 
l'aurait été, il eût pu ne pas défendre la ville en 880. Les Ann. Fu!- 
densc'< peuvent avoir été bien renseignées, car des Allemands avaient 
pris part à l'expédition, et Méginhard n'avait, sur ce point ])articulier. 
aucun intérêt à altérer la vérité. — On a identifié ce ])ei-sonnage avec 
I5ernar(L fils de iJlichilde (cf. I/isl. de fjiiit/itedoc, t. Il, p. 317), Mabille 
supi)0se (//>/V/.. et A'o//. d'Ariuit.. p. 53) que l'ancien nuu'(juis de Gothie, 
dont l'histoire ])er(l alors la trace, s'était réconcilié avec i?oson, alors 
révolté comme lui, et aurait reçu du nouveau roi le comté de Màcon. Mais 
en ce cas, il serait l)ien singulier (|ue I(>s Ainialcs d'Ilincmai' ne disent pas 
exj)res.sément(iue l'adversaire que les rois francs avaient alorsdevant eux 
était un personnage aussi connu f|ue lemartpiisdeGolhie lilsdeBlichilde. 



[880] CAMPACNK CONTRE lîOSON 123 

Plantevolue, chargé ainsi de (léfoiulro contre les entreprises 
de Boson, outre son ancien comté d'Auvergne, une partie des 
territoires qui allaient constituer la marche de Bourgogiui'. 

Charles le Gros ne parait avoir rejoint ses cousins qu'après 
la prise de Màcon", mais en revanche il est possible que le 
contingent placé sous les ordres du margrave Henri n'ait pas 
pris part à la suite de rex})édition^. Boson d'ailleurs, après 
la prise de Màcou, ])arait axoir renoncé à défendre plus long- 
temps les pa}s situés sur la rive droite du Rhiuie ; il repassa 
sur la rive gauche* et se rendit à Vienne. 11 ])araît avoir séjourné 
dans cette ville en même temps que sa femme et sa liile", soit 
que celles-ci l'eussent suivi, soit qu'elles se trouvassent déjà 
dans la ville. Les rois francs traversèrent le fleuve à sa suite 
et marchèrent vers la cité que l'on pouvait dès lors considérer 
comme la capitale du nouveau royaume*'. 

A partir de ces événements, les divers témoignages 
ne s'accordent plus au sujet de la conduite ultérieurement 
tenue par Boson. Celui-ci, en effet, selon Hincmar, aurait 
quitté Vienne en y laissant sa femme et sa hlle, avec une 
notable partie de son armée, tandis que lui-même s'enfuyait 
« vers les montagnes '' ». Selon les Annales de Saint- 



1. Ann. Berlin. . loc. cit. : « Cum comitatu Becnardo cognomine Plan- 
ce tapilosa dederunt. » En présence de ce témoignage formel, il faut donc 
identifier le nouveau comte de iMàcon avec le marquis d'Auvergne, 
malgré l'avis contraire de Dukmmleh, O-'ilfr. Rric/i. loc. rit. — Cf. 
Mabille, Le royaume ci Aquitaine, p. 21. 

2. Cela semble bien ressortir du texte d'IIincmar. d"après lequel les 
deux rois occidentaux, en quittant Troyes, devaient r()joindre en liour- 
gogne Charles le Gros et son armée, d'après lequel aussi la prise de 
Màcon aurait eu lieu u in itinere ». dans le trajet fait pour retrouver le 
souverain germanique. Le récit des Annales Vedaslini concorde sur ce 
point avec celui des Annales de Saint-Bertin.en indiquant la jonction avec 
Charles comme postérieure à la réoccupation par les troupes franques 
des cités eavaliies par i'oson. 

3. Dukmmleh, Ostfr. lieirh. t. III, p. I'i6. 11 n'en est plus parlé i)ar la 
suite. 

4. Ann. Fuld.. }). 1)5: « Huoso vero fugiens ultra Khodaniun.... » 

5. C'est ce qui semble ressortir du texte d'IIincmar. 

6. Ann. Berlin., p. 151 : « Pergentes simul Karolus, llhulowious et 
« Karlomannus ab obsidendam Viennam... » 

7. Ann. Berlin., iln'd. [Vienna] in (pia Boso uxorem suam cum lilia 
« etmagnam partem de suis hominibus relinquens, fugam ad moalana 
« quaedam arripuit. » Nous ignorons de (luelles montagnes il s'agit. 
Gimi:ins. tenant à faire lutter le plus longtemps possible Boson contre 
Bernai-d Plantevolue les chorclic dans l'Ouesi de la Provence, et linv- 
CiiiEH {Ilinl. du Vivarais, p. 186), d'après lui. suppose que Boson alla 



124 CAMPAGNE CONTRE BOSON 

Vaast ', au contraire, que vient appuyer jusqu'à un certain point 
le texte des Annales de Fulda'', ce serait Boson lui-même que 
les armées royales seraient venues assiéger dans Vienne, après 
que les coalisés lui eurent adressé d'inutiles propositions de 
paix^. D'ordinaire le témoignage d'Hincmar est à peu près 
indiscutable et il semblerait qu'on dut en pareil cas admettre 
une erreur de la part des deux autres annalistes \ Cependant il 
faut remarquer que les Annales Vidastines, toujours très bien 
renseignées ^ paraissent l'être spécialement en ce qui concerne 
cette guerre, et fournissent même certains détails dont nous 
ne retrouvons point l'équivalent dans les Annales Bertiniennes*^. 
On peut relever d'autre part dans celles-ci, pour la fin de 
cette année 880, quelques erreurs incontestables sur certains 
faits, et l'annaliste de Saint- Vaast paraît avoir été mieux in- 
formé au sujet d'une partie de ces mêmes faits'. C'est donc 



recruter une armée en Vivarais, mais le diplôme qu'il cite (flist. dr 
Fr., t. IX, p. 672) n'étant pas daté, ne saurait être invoqué à ce 
sujet. 

1. An)i. Vedast., K IJosonem in Vienna civitate incluserunt... circum- 
« data itaque urbe illi se firuiissime intus munivit. » 

2 Aim. Fald., loc. cit. « In urbe Vienna se tutatus est ». Nous disons 
qu'elles confirment « jusqu'à un certain point » le téinoignaii'e des Anns 
Vedast, parce que l'on pourrait concilier le texte des Ann. Fuldense. 
avec celui des .4/;/;. Berliniani, en supposant que Boson, après s'être 
fortifié dans la ville, la quitta à l'approche des rois francs. 

:{. .1//?;. Vcdasliiii, lue. cit. 

'i. ("est ce qu'a fait notamment Dur.MMi.Ei: (Ost/'r. Reich, t. 111, 
}). l'iT)), qui a écrit l'histoire la plus critique de cette ;^uerre. 

5. Sur l'excellence de ces Annales et la valeur de leur témoignai^e, 
cf. Faviîe, Fude.<, introd., p. vni. 

6. 1° La mention de projjositions de paix faites à Boson ; 

"2" Son excommunication par les évèquesde l'armée assiégeante ; 

;j° La mort de Carloman de Bavière au moment où sou frère et 
ses cousins guerroyaient contre Boson, fait et date attestés ))ar d'autres 
sources, (^f. Dukmmler, Ostfr. Fi/'ich, t. III, p. 133. 

4" Le détail de l'incendie du camp de Charles le Gros. 

7. 1° Le couronnement de Charles le Gros à Borne, que les Ann. 
Berliniani meltent au 25 décembre 880, eut lieu en février 88L 11 est 
vi'ai que les Ann. Vedaslini reculent jusque sous l'année 882 la men- 
tion de cet événement ; 

2» A s'en tenir au témoignage d'ilincniar, les rois francs de l'Ouest 
seraient restés sous les murs de Vienne au moins jusfpi'ù la fin de 880. 
Or, Carloman avait levé le siège avant la fin de novembre, comme 
nous le verrons ])lus loin. Les Ann. Vcdnslini mettent av(;c exactiUide 
l'abandon de l'enti-eprisc; avant la fin de l'année ; 

3" Il semblerait, d'après la disposition du récit d'IIincmai', (|ue 
Louis 111 n'aurait laissé le soin de la guerre à son frère, pour revenir 
dans le nord du royaume, (pi'à une date jjostérieure au connnence- 



[880] SlKr.K |)K VFKNNK 12:i 

peut-Otre au lémoignagc de ce dernier (lu'il conviendrait de 
s'en tenir. 

La ville d'ailleurs était forte, que le roi la défendît en per- 
sonne ou (iu'il eût cuntié à Flrniengarde le soin d'arrêter les 
assiégeants\ Ses défenseurs malgré l'excommunication lancée 
contre eux par les évêques de l'armée franque" pouvaient 
opposer une longue résistance, à cette époque où l'art des 
sièges paraît avoir été fort négligé. Vienne, en effet, était 
défendue par le Rhône d'une part, et d'autre part par cinq 
collines fortifiées^, Crappo'\ Hti?ncdii(m", Quiriacus*', Pom- 



ment de 881, c/est-à-dire au 25 décembre 880. Or, nous savons par les 
Annales de Saint-Vaast que Louis était déjà à Compiègne le 25 dé- 
cembre. 

Il est assez ditïicile d'expliquer ces erreurs dans le récit ordinaire- 
ment si exact d'Hincmar. Mais l'on peut rernar(|uer combien les men- 
tions relatives à la fin de l'année 880 et plus encore à toute l'année 881 
sont écourtées. Cette remarque permettrait peut-être de basarder une 
hypotbèse, que nous reconnaissons d'ailleurs être un peu avetitureuse. 
ifn'est pas certain quHincmar ait rédigé ses .\nnales au jour le jour, et 
d'autre part il les a poussées très loin, l'on pourrait presque dire jus- 
([u'au récit de ses derniers moments, en tout cas jusqu'à l'époque où il dut 
abandonner, devant la crainte inspirée par l'approcbe des Normands, 
sa ville métropolitaine. Toute la dernière partie des Aiuiales peut donc 
avoir été rapidement rédigée, alors que le vieil arcbevèque, réfugié à 
Kpernay, n'avait sous la main ni documents écrits, ni témoins dont 
les récits aient pu venir en aide à ses propres souvenirs. Ce serait 
donc uniquement d'après ceux-ci, et dans un moment de trouble, 
qu'Hincmar aurait complété les Annales dont il conservait avec lui le 
précieux manuscrit (cf. Waitz, Uebcr dit' Ueberlieferunf/ (1er Ann. 
Berlin., dans les Sitzunrjber. der Kaia.-preus. Akad.. I88:j, n» 5. p. 113- 
115). Ainsi s'expliqueraient les erreurs et les morceaux écourtés dont 
nous avons relevé la présence. 

1. C'est ce que parait indiquer le texte d'Hincmar et ce qu'on admet 
en général d'autant plus facilement qu'Krmengarde figure seule dans 
le récit de la prise de la ville. Le fait n'aurait rien d'impossible : en 
870, Bertbe avait été chargée de résister dans Vienne à Charles le 
Chauve ; en 894, Ageltrude défendra Rome contre les troupes d'Arnulf. 

2. Ann. Vedast., loc. cit: « L'nde episcopi cum consilio regum et prin- 
« cipum cum perpétue damnaverunt anathemate. » Bien qu'elles soient 
seules à fournir ce renseignement, nous ne croyons pas, ainsi que 
nous l'avons expliqué, qu'il' y ait lieu de le tenir pour suspect. 

'S. Sur la situation de Vienne, resserrée entre des collines escarpées 
et le Rhône, cf. Tiiéoliulf, Versus adversus judices {l*ocl(ie lut. aevi 
carol., t. I, p. 'i97): 

Saxosa petimus constructam in valle \'iennam 
Ouam scopuli inde artant, bine promit amnis hians. 

4. Saint-Just (cf. Gall. Christ., t. XVi, col. 147). 

5. Château de Pipet, rasé en 10:j;J. Cf. Mermkt, /fisl. de Vinwe. 
t. 111, p. 404-405. 

6. Sainte-l'.landine. Cf. Mermet, //isl. de Vienne, t. I, j). 174. 



126 SIÈGE DE VIENNE [880] 

peiacus^ et Suspolium\ sur chacune desquelles s'élevait un 
château ^ Elles étaient réunies entre elles par une muraille 
dont les deux extrémités venaient aboutir au fleuve \ Il est 
impossible de rien dire sur la situation de l'armée assiégeante, 
mais il semljle bien que l'on ait fait des préparatifs pour un 
siège de quelque durée ^ Les deux armées de l'Ouest et de 
l'Est opéraient de concert et Charles le Gros s'était solennel- 
lement engagé à poursuivre le siège jusqu'au bout ■'. 11 est pro- 
bable d'ailleurs que ce serment avait été sollicité par Louis III 
et par son frère, qui devaient voir avec inquiétude leur cousin 
plus occupé de ses projets sur l'Italie que du châtiment de 
l'usurpateur. Dès le mois de juillet', en eff'et, il avait été con- 
venu, entre le pape Jean VIII et le roi Charles, que ce dernier 
ne tarderait pas à revenir dans la péninsule qu'il avait dû 
quitter pour se rendre à l'entrevue de Gondreville. Au mois 
d'août, Charles, comptant peut-être qu'on en aurait vite fini 
avec Boson, annonçait au souverain pontife son arrivée pro- 
chaine ^ C'est durant ce même mois d'août ou dans le courant 
de septembre que l'on avait entrepris le siège de Vienne. La 
ville ne se rendait pas et Jean VIII continuait à implorer l'ar- 



1. Mont-Arnaud. Cf. Mermet, loc. cit. 

2. La Bâtie. Cf. iMermet, loc. cit. 

3. Adon, Vita Sancti Thcuderii, dans Mabu.lon, Acla Snnct. 0. S. 
Ben., saec. I, p. 479, qui énumère les cin(| collines. 

4. AnON, loc. cit. C'est ainsi que nous interprétons la phrase suivante : 
« Ipsaque tota civitas cum suis castris a tluvio usquead ipsum fluvium 
K Rodanuni protenso par colles usquc ad plaiium muro cin^itur » ; le 
mur part du fleuve pour y revenir après avoir relié entre elles les di- 
verses collines. 

5. Le « incluserunt » des Ann. Vedaslini, lo « obsidenda » des Ann. 
Bei'linimii semblent faire allusion à un projet de blocus. Les « castra » 
(jue brûla Charles le Gros étaient peut-être aussi des constructions 
destinées à (piclque durée. 

(■). Aint. licrtin., a. 880, p. 151 : « Karolus qui se una cum sobrinis 
« suis \'iennani obsessurum proniiserat, mox ut quaedam sacramenta 
« utrinique inter eos facta fuerunt... » 

7. Jaité, n'J 3321. 

8. La lettre est perdue, mais nous pouvons juger de son contenu par 
la réponse de Jean VllI, du 10 septembre 880 (.Iakké, n» 3324 ; Mione, 
t. CXXVI, col. 911), à laquelle elle est aiUérieure. « Quod aut(Mn nobis 
« mandastis ut vestrum o{)tatuni praestolaremur advontum. » La suite 
de la lettre parait indiipier que Charles le Gros était sur le point de se 
inottr(î en marche. — L'abbé L. Dlîchesne. Les premiers temps de 
l'h'ti/l pontifical, p. 14.'), admet, au contraire, (lue ("harles le Gros 
icnail surtout à secourir ses cousins, et ne se décida à descendre en 
Italie (pie devant les instances réj)élées de Jean Vlli. 



1880] I.EVKE ])V SIKGK 127 

rivée de Charles'. Aussi, une nuit du mois do novembre'', 
celui-ci incendiait son camp et se mettait en route pour 
l'Italie à l'insu des deux rois occidentaux, laissant ceux-ci 
mener seuls à bonne fin, s'ils le pouvaient, renti'pprise com- 
mencée en commun \ 

Le séjour de Louis III et de Carloman sous les murs de 
Vienne, après le départ de Charles le Gros, fut de très courte 
durée ^. Dans un conseil de guerre qui fut alors tejiu, l'on décida 
qu'après le départ des contingents germani(iues il était impos- 
sible d'arriver à aucun résultat utile'. Les Normands, d'autrç 
part, voyant le roi éloigné, avaient jugé l'occasion bonne pour 
envahir de nouveau la portion septentrionale de la Gaule, alors 
dégarnie de défenseurs ". L'abbé Gozlin avait été battu sur 
l'Escaut et, se sentant incapable de résister aux pirates qui 



1. Lettre du 30 octobre 880, Jafké. n" 3327. 

2. M. MuEiiLBACiiER {Rerjcula Karolorum. p. 616) croit que ce fut la 
lettre citée à la note précédente qui dut arriver à Charles vers la mi- 
novembre qui décida définitivement son départ, que le roi devait 
d'ailleurs chercher à presser, surtout depuis la mort de son frère Kar- 
loman. On ne peut le mettre d'autre part bien avant dans ce mois, car 
dans le courant de ce même mois, Charles était déjà à l*avie (LioKiiMEit- 

MUEHLBACIIER, n° 1362). 

3. Les Annales de Saint-Bertin (ihid.) disent simplement : « .\1) ipsa 
« obsidione recessit, et in Italiam perrexit )).Les,4«/<. Veilast. sont plus 
détaillées « Karolus vero rex noctu consurgens, ignorantiijus Hludowico 
« et Karlomanno, igné castra concremavit atque ita revertitur in sua. » 

4. Certains historiens et en dernier lieu Terkeiîasse {Hisl. delioson, 
p. 115) admettaient que Louis III et son frère, puis le dernier seul, 
continuèrent à bloquer la place après le départ de Charles le Gros, et 
supposent même un blocus de deux ans au cours du(|uel Boson serait 
resté éloigné de Vienne, défendue seulement par Erniciigarde. Vn di- 
plôme de Boson {Hisl. (le Fr., t. IX, p. 671). dont nous re])arlerons 
plus loin, rend la chose inadmissible. Dukmmi.er (Os///-. Reich. t. 111, 
p. 146-7) a, avec raison, rejeté ce système, que Gingins lui-même 
n'avait pas cru soutenable. 

5. Ann. Vedast. : « Hi vero qui Viennam obsederant, videntes nil 
« inimicis **** posse, accepto consilio. redierc in sua. » Il faut évidem- 
ment, après « inimicis », suppléer un mot analogue à « noccre », comme 
l'a fait dans son édition l'abbé Deiiaisne (p. 305) sans d'ailleurs prévenir 
de la correction qu'il introduisait. Le récit sec et écourté des A)in. de 
Salul-Bcrlin ferait à tort rejeter ces événements à la fin de décembre 
880 ou au commencement de 881. 

6. Plusieurs textes mentionnent expressément cet elfet de l'absence 
du roi et des grands sur les progrès des Normands. Cf. Rylhmus tm- 
tonicus de la bataille de Saucourt (Ilist. de F)\, t. IX, p. yy) et Sermo 
de tumiilatione S. QuinliuiÇMon. Gcnn., SS., t. XV, p. 272) : « Pagani... 
« Franciam sine rege et principibus vacuum reperientes. » Le Sermon 
paraît avoir été composé au xi'' siècle, mais il utilise les Ann. Vedast. 
et d'autres Annales perdues. Cf. lIoi.nEr.-L(;oEi!. pirftirc. iljid.,\). 265. 



128 RENTRKE I)K BOSON A VIENNE [880J 

envahissaient le pays jusqu'à la Somme, avait licencié son 
armée (octobre 880) \ Ce sont sans cloute ces nouvelles qui, 
tout autant que la défection de Charles le Gros, décidèrent 
les deux rois à abandonner le siège de Vienne. Celui-ci fut donc 
levé dans le courant du mois de novembre'. La guerre contre 
l'usurpateur n'était cependant pas abandonnée et Carloman 
restait chargé de la poursuivre ^ mais il abandonnait Vienne 
et même le Viennois. A la fin de novembre il était en Berrj, à 
Néronde*, d'où il datait une restitution faite à l'église d'Au- 
tun^ en faveur d'un ancien partisan de Boson, l'évéque Adal- 
gaire, de la villa de Teigny en Avalonnais''. Quant àLouis III, il 
quittait également le sud de ses États pour se porter au-devant 
des envahisseurs danois, et arrivait à Compiègne à la fin de 
décembre 881 pour célébrer dans cette ville les fêtes de la 
Noër. Vienne et son territoire retombaient, libres d'ennemis, 
aux mains de Boson. On retrouve celui-ci au commencement 
de l'année suivante tout près de sa capitale, à Toisieu^ à 15 
kilomètres de Vienne. 11 date de ce lieu une restitution en faveur 
du fidèle archevêque Otran, des biens enlevés à l'église cathé- 
drale et notamment du monastère de Saint-André- le-Bas'. 

La guerre que Carloman était chargé de diriger contre 
Boson ne paraît pas avoir été conduite au début par lui avec 
beaucoup d'activité; aucune campagne ne fut entreprise ni 



1. Ann. Vedast., a. 880, p. 198. 

2. Ann. Vedast., ibid. Les Ann. Berlin., comme nous l'avons dit, 
passent sous silence cette levée du siège avant la fin de 880. 

'^. Ann. Berlin., a, 881, p. 152; Sermo de tumul. S. Quinlini, lor. cil. : 
« fratrem in Burgundia reliquit. » 

4. Sans doute Nérondes, Cher, arr. Saint-Amand, ch.-l. de canton. 

5. Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 418. 

6. Nièvre, arr. Clamecy, canton Tannay. 

7. Ann. Vedasl., 880 ad fin: « Diemcpie nativitatis Domini egit cele- 
« brem in Coinpendio palatio. » 

Il est iaipossible de supposer, comme Bouche (///.s7. de Provence, 
t. I, p. 767) et CiiOKiEi; (Ifisl. de I)auphiné,\. X, c. i.\), que Boson, par 
l'intermédiaire de Hugues de Lorraine, beau-frère du roi danois Gottfrid, 
appela les Normands pour faire une diversion en sa faveur. Gottfrid 
n'épousa Gisla, sd'ur de Hugues, qu'en 88:J {.[nn. Fuldcns., p. 100). 

8. Toisieu, Isère, coinm. Saint Prini, arr. Vienne, cant. Roussillon. 
Le nom du lieu où ce diplôme a été donné est orthographié souvent 
Tanriaro, que nous n'avons pu ich^iitifier. Nous avons adopté la va- 
riante 7V<?/.fjV<co correspondant à Toisieu, fournie par l'une des copies 
(Bibl. Nat. ms. lat. 5214) du Cartulaire de l'égli.se de Vienne (jui nous a 
conservé cet acte. 

9. ///.s/, de Fr., t. L\, p. 071. 



|882] SIKf.K nr. VIKNNK l'Ali C.MSI.OMAN Ij'j 

durant l'année 881, ni pendant les jji-emicr.s mois de 8S:^. P.icii 
que les noms de lieux, qui marquent l'itinéraire (Ui)lumali(iiio 
de Carloman soient difficiles à identifier', ils paraissent indi- 
quer un long séjour dans le Berry et dans l'Auvergne ^ Une 
mention plus précise permet de constater avec certitude sa pré- 
sence en Anjou, le 14 juin 882^ Dans le courant de ce même 
été, cependant, il reprenait la campagne contre Boson et, 
accompagné d'un certain nombre de grands, parmi lesquels 
l'évèque de Langres, (xcilon, il se trouvait de nouveau, le 
8 août 882, sous les murs de Vienne'*. C'est là qu'il reçut la 
nouvelle de la mort de son frère, survenue à Saint-Denis le 
3 aoùt\ Les grands le sup{)liaient en mémo temps de venir 
prendre possession de la partie septentrionale du royaume sur 
laquelle s'était exercée l'autorité de son frère ; aussi Carloman, 



1. Par exemple, quel est exactement le Pierrefitte qui répond au 
J'etraftetn de deux diplômes du mois de mai S81 (///.s7. de l'r., t. IX, 
p. 4iy-i20) ? On peut dire avec Mabillon {De re diidomalica. p. 34) : 
« Obscura relinquitur ejus loci positio, quem hoc nomine multiplicem 
« lego in tabulis geographicis. » 

2. C'est ce qu'avaient déjà reconnu les éditeurs des ///.s7. de Franee, 
t. IX, p. 320, n. Terreijasse, au contraire {llist. de Hoson, p. 115 et 116), 
admet, comme nous l'avons dit. que Carloman, à la tète d'un corps 
d'observation, resta deux ans devant Vienne. On peut peut-être pro- 
poser, pour quelques-uns des diplômes, les identifications suivantes: 

30 novembre 880 (Ilist. de ir., t. IX, p. 418): « Apud Xerondam Vil- 
lam ». — iXérondes. Cher, arr. Saint-.Amand, ch.-l. de canton. 

12 janvier 881 (Hist. de Fr., ibid.) : « Apud Villam Caciacum ». — 
Chassy, com. Blet, cant. Nérondes. 

Mai 851 (Hist. de Fr.. t. IX, p. 419) : « Apud \'iilam Petrafictam ». 

— Pierrefitte, Allier, arr. Moulins, cant. Dompierre (?). 

3. Diplôme du 14 juin 882. en faveur de l'abbaye de Beaulieu, donne 
« apu i Lipsiacam villam Andegavensem » (flist. de /•';'., t. IX, p. 422). 
Lipsiacum est aujourd'hui Leze, Indre-et-Loire, arr. Chinon, canton 
Bourgueil. Cf. C. i^or.T. Dicl. de Maùte-et-Loire, t. II, p. 523. 

4. Carloman, à la requête de Geilon, évèque de Langres, confirme 
une charte de précaire: « Datum VI. Id. Aug. anno IllI. régnante Kar- 
lomanno gloriosissimo rege. Ind. .XV'. Actum apud Viennam » (Musée 
Arch. Dép., pL Vlll, n" 10, et A. Roserot, IJi'jj/. (aivuL on)/, des Arcli. 
de la Ilaule-Marne, p. 14. Cf. Sickel, dans les Forschungenz. d. Gear/i., 
t. IX, p. 431, n" x.xiv). Il semble bien, d'après les Aiin. lierliniaiti, 
qu'il faille traduire « apud \'iennam » par « sous les murs de N'ienne », 

— et il est certain qu'il faut voir ici Vienne en Dauphiné, non Vienne- 
la-Ville, sur l'.Visne (.Marne, arr. Sainte-Menehould, canton \'ille-sur- 
Tombe), villa royale carolingienne de laquelle sont datés plusieurs 
diplômes de Charles le Simple (///.s7. de Fr.. t. L\, p. 471-3). 

5. Ann. Berlin., p. 152 : « Ubi [Turonis] infirmatus est corpore et 
« lectica deportatus usque ad monastei'iuni S. Dionysii. mense Augusto, 
« ibi mortuus est et sepultus. » Les .1/(71. Vedasl., a. 882,doiHient le jour 
de la mort. Cf. Dle.mmlek, O.'Ufr. Heich, t. III. p. 105. 

l'oL'i'AKDiN. Roi/aume de Provence. 'J 



130 lilCIlAUI) l.E ,)rSTir.n:P, devant vienne |882] 

laissant à d'autres, dit Hincmar', le soin d'assiéger Vienne, 
que Boson paraît cette fois n'avoir plus défendue en personne', 
reprit le chemin du nord. C'est très vraisemblablement au 
comte d'Autun, c'est-à-dire au propre frère do Boson, Richard, 
lils de Bivin, célèbre dans l'iiistoire sous le nom de Richard 
le Justicier, qu'il avait confié le commandement do l'armée 
cliargée de terminer le siège de Vienne. 

Ce Richard, bien que beau-frère aussi de Charles le Chauve, 
n'avait point encore su se faire une carrière aussi brillante 
(|uo celle de Boson''. Il est possible, comme nous l'avons vu, 
qu'il ait remplacé momentanément son frère dans les fonc- 
tions de yj/issus en Italie''. Il se trouvait auprès de lui alors 
que Boson commençait à prendre vis-à-vis des fils de Louis 
le Bègue une attitude hostile, mais il no parait pas l'avoir 
soutenu dans sa tentative d'indépendance. Il lui succéda dans 
le comté d'Autun, probablement après l'époque de l'élection de 
Mantaille (15 octobre 879) et en tout cas avant le 30 novembre 
880, date à laquelle il intervenait, en même temps que le comte 
Théoderic, auprès de Carloman, pour faire restituer à l'église 
d'Autun la vii/a de Teigny ''. Il est très vraisemblable qu'il reçut 
le comté, non de son frère % mais des rois francs, auxquels le 
diplôme (jue nous venons de citer, comme toute la conduite de 
Richard, prouve ([u'il était demeuré fidèle. Il n'y a donc rien 
d'ëtounant à ce qu'il ait été appelé, lors du départ de Carloman, 
à prendre en main la direction de l'expédition contre Boson et 



1. A>in. Ilerliii., p. 152. Cf. .\nn. Vedasl.. Inc. cil. 

2. Aucun texte ne le dit positivement, mais il semble qu'on doive le 
déduire du passage des Annales de Saint-Vaast, qui montre Roson en 
lutte avec un certain Bérard. venant du côté de l'Italie, à l'époque de 
laquelle Vienne était assiégée et de ce fait qu'llincmar, en parlant de 
la prise de Vienne, parle d'Ermengarde et de sa fille, non de lîoson. 

3. Il était probablement plus jeune que lioson, à en juger par l'époque 
très postérieure de sa mort. Le premier acte dans lequel il paraisse 
avec le titre de comte est un diplôme de Charles le Chauve concédant 
au comte {!oin\ul des biens sis dans le pagiis de Sens, le 4 septembre 
876: « llildoinus abba et Hicardus cornes ambasciaverunt » (Ilisl. de Fr., 
t. VIII, p. 65'i). 

4. Cf. supra, p. 81. 

5. Carlul. d'Autun, éd. Charmasse, p. 87, n" n. — C'est le di])lôme 
cité ])lus haut, p. 128, n. G. 

G. Kn ce sens cependant, voy. le P. LAi'ÔTni:, Jean VIII. p. 29(). — 
lui jin'llet 879, liicliard est avec son frère et souscrit la charte ])()ur 
l'abbaye de Montiéramoy dont il a été question p. 9G. 



[882] PUISE DR VIF.NNK l'AR HICIIARl) Hl 

du siège de Vienne. En nKMiie temps un comte italien, Béranl, 
envoyé sans doute par Charles le Gros, harcelait IBoson du côté 
du sud-est et ne lui permettait pas de s'occuper lui-même de 
la défense de sa capitale'. La résistance de celle-ci ne fut 
pas longue: dans le courant du mois do septemhre, Richard 
s'emi)arait de Vienne", y faisait prisonnière sa l)elle-sœur, 
Krmengarde, en même temps que la fille de celle-ci, et les 
emmenait captives dans son comté d'Autun. La ville elle- 
même paraît avoir été saccagée par le vainqueur ', ses églises 
détruites et ses murailles rasées'. C'était un coup terrible pour 
Boson et les rois francs purent le croire abattu. Aussi Charles 
le Gros choisit-il ce moment pour accorder à Jean VIII la grâce 
que celui-ci demandait, et pour mettre en liberté l'impératrice 

1. Ami. VedasI.. a. 882, p. 199 : « Berardus quoque ab Italia veniens 
« Bosonem tyrannuiii non sinel)at quietuin esse. « Cette indication ex- 
plique pourquoi Hiuciiiar n'a pas à mentionner lîoson à propos des 
événements de Vienne. Ce Bérard est sans doute le « Berardus Boni- 
« faci tilius » auquel Jean VIll écrit en 879-80 en même temps (ju'à 
d'autres comtes italiens, pour les prier de prendre sous leur protection 
les biens d"Engilberge (Migne, t. CXXVl, col. 898). 

2. « Capta Vienna, nxorem Bosonis et tîiiam ejus Hichardus. frater 
« ipsius Bosonis, ad suum comitatum Augustodunensem adductam ha- 
K bebat. » (Aiin. Bertin., p. 153). Ce texte est la clarté même. C'est 
Richard qui a pris Vienne, et ensuite emmené à Autun Ermengarde 
et sa fille. Gingi.ns (Boson, p. 101) a jugé sans doute, que cette con- 
duite, vis-à-vis d'une belle-sœur et d'une nièce n'était pas à l'éloge de 
Richard. 11 a donc soutenu qu'en réalité Vienne avait été prise par 
Bernard Plantevelue et que Richard avait joué en cette circonstance 
le rôle de sauveur d'Ermengarde. Mais son hypotlièse ne repose que : 
l" sur le texte des Grandes Chroniqui's qui n'ont aucune autorité en la 
matière; 2" sur un diplôme de (>harles le Gros désignant Bernard Plante- 
velue comme le « principal adversaire » de Boson. Mais quand bien 
même celui-ci aurait eu à lutter contre le mar([uis d'Auvergne, cela 
n'empêche pas Richard le Justicier d'avoir pu prendre Vienne. De 
plus, le diplôme lui-même parait suspect à de bons juges. Cf. infra. p. 
137. 

3. Une charte déjà citée par (^'iiokiem {liist. de Dauphiné, t. I, p .539) 
est datée de « l'an II après la destruction de Vienne ». {GalL (llirist., 
t. XVI, instr., col. 9.) 

4. Selon les historiens viennois (Mermet, ///.</. de Vienne, p. 229 ; 
ChoriePi, Ilist. de Dauphiné, t. I, p. 539) qui, d'ailleurs, n'appuient leur 
allégation sur aucun document, Richard aurait fait démolir les ter- 
rasses qui divisaient la ville en plusieurs étages superposés de manière 
à ensevelir les habitations et fait également détruire les remparts 
romains. Mais \'iennc avait déjà été prise auparavant et aucun texte 
ne prouve ([u'il faille attribuer précisément à Richar.l le Justicier ces 
dévastations dont Mermet croyait de son temps voir encore la trace. 
Môme en ce cas, cette destruction n'aurait pas été totale, car une charte 
de 946 mentionne encore comme confront le mura antieo de la cité de 
Vienne (Chartes de Cliinij. n° 241). 



132 CONSEQUENCES DE LA GUERRE |S82| 

Eiigilberge, dont la présence en Italie, par suite de la défaite 
de son gendre, ne pouvait plus être considérée comme un 
danger parles princes carolingiens'. 

Quelque temps après ce mois de septembre 882, au cours 
duquel l'armée franque avait triomphé du roi de Provence, 
Hugues l'Abbé était allé réclamer à rassemblée de Worms, au 
nom de Carloman, la part du royaume de Lothaire cédée en 
879 à Louis de Saxe. C'eût été l'abandon par Charles le Gros 
de la plus grande partie des pays cou(juis au nom des souve- 
rains réunis sur Boson. Mais, profitant do l'absence du défen- 
seur du royaume, les Normands ravageaient le Nord de la 
France, brûlaient Laon et marchaient sur Reims. Le vieil 
archevêque, Hincmar, n'avait pas de combattants à. leur 
opposer; il dut s'enfuir et se réfugier à Épernay. A cette date 
s'arrêtent ses annales, qui avaient jusqu'ici été notre principal 
guide, et à partir de cette époque l'histoire du royaume fondé 
par Boson n'est plus que trouble, incertitude et obscurité. 

Aussi ne savions-nous guère ce qui se passa après la prise 
de Vienne, et l'influence qu'eut cet événement dans l'histoire 
de Boson". Il n'est pas douteux cependant — , et c'est presque 
la seule chose qu'il soit possible d'affirmer, — que les terri- 
toires qui, en 879, reconnaissaient la souveraineté du roi de 
Provence, ne se soient trouvés fort amoindris par suite des 
conquêtes successives faites par les rois francs de 880 et 882, 
et en dernier lieu par la prise do Vienne. La portion de la pro- 
vince ecclésiasti(juo de Besançon occupée par Boson se trouvait, 
en vertu du traité de 879, rattachée aux Etats de Charles le 
Gros. Elle avait été sans doute remise à ce prince imnu'>diate- 
ment après avoir été occupée par les troupes franques. Dès 



1. Jaffé, n" 3:i80 ; Ann. Berlin., p. 153; cf. DuEMMLr:iî, Oslfr. 
Reich, t. III, p. 188. 

2. En général, les historiens, par suite de ce fait, qu'aucune source 
annali.stique n'a raconté la conquête du pays, paraissent admettre que 
la prise de \'ieiuie n'a pas empêché Boson de continuer à régner, et 
même de rentrer dans Vienne peu de temps après. En réalité, nous 
n'en .savons rien. Il est même possible (pie Hoson ne soit jamais 
rentré dans Vienne avant sa mort. Dire comme IIoijciueh (Ilist. du 
Vivarais, p. 386) : « Deux femmes captives et une ville en cendres. 
« tel fut pour ( "arlonrian le triste et strrile résultat de la victoii-e. La prise 
« de Vienne n'amena <mrnne dr/'eclion dans h: pai/s... .\insi le nouveau 
« royaume de Provence, qui semblait devoir succomber dans une lutte 
« tr()|) inégale en soi'tit au fond consolidi'... », c'est vouloir à toute force 
savoir (piclque chose d'une situation qui nous sera toujours inconime. 



[882-8871 SITUATION lU LYONNAIS 1:^3 

le 20 juin 880, en effet, c'esl-à-dire nirme avant la date tlo 
l'entrevue de Gondreville, c'est à lui que le pape écrivait 
coniuie au souverain de la ville de liesançon, pour faire res- 
tituer à l'archevêque Tliéoderic les biens de son église'. La 
même lettre montre que Charles était alors aussi reconnu dans 
le diocèse de Lausanne, qu'il avait ih'i même occuper un cer- 
tain temps auparavant". D'autres textes di[)lomatiques viennent 
attester, pour les années suivantes, l'annexion déiinitive de 
ces territoires au royaume de Charles le Gros' . 

Pour la province de Lyon la situation est moins nette. S'il 
est certain, en effet, que les pays qui n'avaient pas fait partie 
du royaume de Lothaire comme le Maçonnais, le Chalonnais, 
l'Autunois '*, reconnurent l'autorité de Carloman, il est possible 
qu'il n'en ait pas été de même du Lyonnais. Une charte de ce 
pays au mois de mai 881 indique le règnede l'empereur Charles^ 
Un autre acte, il est vrai, du mois de juin de la même année" 
ferait supposer par le libellé de sa date que les gens du Lyon- 



1. Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 190; Jaffé. n" ;}315. 

2. Jean VIII demande à Cliarles de permettre à Jérôme de prendre 
possession de son siège épiscopal. Comme Jérôme était à Maniaille le 
15 octobre 879, que la lettre est du 20 juin 880, et qu'il y est dit qu'il 
a été à Rome implorer le Pape pour la prise de possession par Charles 
du par/us de Lausanne, amenant le conflit avec révoque, doit se placer 
à une époque de quelques semaines au moins antérieure à cette date. 

3. Charte du 28 février 881, datée du règne de Charles {(Uirlul. de 
Lausanne, p. oi2; cf. /?''//. de la Snisse Romande, p. 26. n" 79). Cf. la 
donation faite un peu postérieurement par Charles à Wodalgise. vassal 
de Rodolphe, de biens sis dans le comté de ^'aud(Mù/.. p. 132). 

4. Diplôme précité de Carloman pour l'église d'Autun (J/isl. de Fr., 
t. I.\, p. 418). Le 6 mars 883. il confirme a l'église d'.\utun l'abbaye de 
Flavigny (Ilisl. de Fr., t. I.\. p. 430). — Il avait également confirmé 
à révoque .\dalgaire le droit de monnayage, et il existe des monnaies 
autunoises au nom de Carloman (H. liATAUi.T. Monnaies earfdini/inines 
et du moyen âfje, dans Mém. Soc. hi.'it. cl arcltêttl. Chalon-.sur-Saone, 
t. VI, p. 332). — Un acte de vente de 881 d(; biens sis en Autunois. est 
daté de l'an du règne de Carloman ((Charles de (lluny, n" 2,')). 

5. Carlul. de Saviyni/, t. I. p. 28; donation à l'abbaye de Savigny 
de biens sis « in pago Lugduncnsi. in agro Tarnatensi. Data die Jovis 
« in ascensa domini mense mayo anno II regni Caroli impcratoris. » On 
pourrait, il est vrai, dater de 886, en admettant comme point de départ, 
dans un acte privé, pour le compte des ans de règne, la date à lacpielle 
(-harles succéda h Carloman. 

6. Charles de Clnny, n» 24 ; vente de biens en Lyonnais, « (lie Sa- 
« bato, mense jugnio, in anno secundo Bosoni rege de lUirgundia et in 
« primo anno quando Ludovicus et Karlomannus Hurgundia possidcre 
« venerunt post obito genitore illorum Ludovico filio Karlo <iui impe- 
« ravit. » 



134 SITUATION HE LA l'UOVKNCE [882-887] 

nais ne savaient plus trop quel était leur maitre à une époque 
à laquelle Boson était en fuite, tandis que Carloman et son 
cousin négociaient le partage des territoires conquis par eux. 
Boson, d'ailleurs, parait bien ne jamais avoir exercé de nou- 
veau d'autorité sur le Lyonnais et rarchevêque Aurélien 
reconnut l'empereur Charles, qui, le 20 juin 885, lui restituait 
certains domaines et conlirmait en sa faveur les diplômes de 
son église ^ 

La Provence proprement dite semble bien avoir reconnu 
l'autorité de Carloman : révè(|ue de Marseille, au commen- 
cement de l'année 884, venait trouver celui-ci dans son palais 
de Compiègne pour obtenir de lui la restitution en faveur du 
monastère de Saint-Victor, du domaine de Sillans' au comté de 
Fréjus^ D'autre part il existe des monnaies frappées à Arles 
au nom de Carloman, et le frère de Louis III est le seul prince 
de ce nom auquel il soit possible d'attribuer les pièces en 
question '". 

1. I/isl. de Fr.. t. IX, p. 339; CaivIuL de Grenoble, A, n" i\; B(«-;iiMEr!- 
MiJEiiLBACiiER, n" 1660. Ce diplôme est postérieur à la mort de Car- 
loman et par conséquent ne prouve rien quant à la possession du 
Lyonnais par Charles du vivant de son cousin, mais il montre que 
Boson, après 881, ne régna plus à Lyon. L'hypotiiôse de Gingins {Bo- 
sonidrs, p. 106) que ce diplôme fut accordé à la demande de Bernard, 
à l'insu d'Aurélien et presque malgré lui, est inepte et ne repose sur 
rien. C'est à tort, bien entendu, que les anciens historiens, comme 
Chorier {llist. de Daiiphinê, I, p. 540) voyaient là seulement l'effet 
d'un traité à la suite duquel Bo.>,on aurait reconnu la souveraineté de 
Charles le Gros. 

2. Sillans, Var, arr. Brignoles, canton Tavernes. 

3. Cartnl. de Saint- Victor de Marseille, éd. Gi'ÉUAlU), t. 1, j). 9. Ce 
diplôme avait déjà été relevé, avec cette conséquence, parPAPoN, Ilist. 
de Pvovenre, t. Il, p. 140. Il y a aussi une trace du souvenir de cette con- 
quête dans les expressions employées au w" siècle, par l'auteur du 
Serina de Inrmilaiioiie S. (Juiiitini (Mon. Gerni., SS.. t. XV, p. '272). 
« [lUudovicuset Karlomannusi Bosonem a regiadignitate depresserunt. » 

4. Prou, CaUil. des monndiex carolini/iennes de la Ilibl. nationale. 
introd., p. 119. Le même auteur cite (n" 862) une monnaie frappée dans 
la même ville, portant au droit j Carm's rex entre deux grénetis, au it! 
Arki.a civis et le monogranmie de Caroliis avec le C initial. Ùr, le C- et 
surtout la facture de la pièce, dont la croix centrale est gravée en biseau, 
non en méplat, forcent à rapprocher la pièce des monnaies de Carloman. 
11 faut donc admettre que Charles le Gros, roi, a eu des monnaies frappées 
à son noui à Arles, ('e fait ne peut guère s'expliquer ([uc })ar deux liypo- 
thèses : 1" ou la prise de possession d'Arles par les rois francs est anté- 
rieure à l'élévation à l'Lmpire de ('harles le Gros et peut-être au siège 
de Vienne en 880. — l'hi ce cas, on peut s'exi)Ii(|uer que des monnaies 
aieiitété frajjpéesdans la vill(\ fût ce pendant un temps ti'ês court, nu nom 
des deux souverains concurremment; — 2" ou bien cesmomiaies doivent 



[882-8811 SITlATln.N HU VIKNNUIS i:i;. 

En ce qui CDiicerno A'ienne les ronseignement.s s(jnt moins 
abondants encore, s'il est possible. Les derniers actes, relatifs 
aux territoires viennois, et datés du règne de Boson, qui nous 
soient connus, sont de l'été de Tannée 882 '. Un autre document 
pourrait faire croire que Carlonian fut, au moins momentané- 
ment, reconnu à Vienne, mais la pièce est incomplète et peut 
provenir de la Bourgogne \ Au contraire, une charte, que 
nous avons déjà citée, datée de « la deuxième année après la 
destruction de Vienne, Charles, empereur régnant'* », implique 
la domination de Charles le Gros sur Vienne du vivant même 
de Carloman. Ce dernier document joint aux autres textes que 
nous venons d'examiner permet de considérer comme très vrai- 
semblable le fait que le pa3'S conquis sur Boson fut partagé 
conformément au traité de 879, la Provence revenant au roi 
franc de l'Ouest, les dépendances de Besançon, de Lvon et de 
A'ienne à celui de l'Est. 

Quant à Boson lui-même, on ignore les événements qui rem- 
plirent les dernières années de sa vie, entre la date de la 
prise de Vienne et celle de la mort du roi. Les historiens des 
deux derniers siècles admettaient volontiers l'hypothèse d'un 
traité par lequel Charles le Gros aurait restitué à Boson une 
partie au moins des anciens États de celui-ci'. Cette hypothèse 



être attribuées en réalité à Charles le Gros, empereur, et l'on se 
sera cependant servi du type cahlvs kex consacré par une longue 
habitude. 

1. Chartes datées, à Vienne, des années du règne de Boson: «mense 
maio, anno 1" régnante Bosoni rege » (Chartes de C/iiny. iv> 23) ; 
« mense januario, anno 111 régnante Bosone » (I'hevai.ieh, Cartid. du 
chapitre de Saint-Maurice de Vienne, p. 34. n" 13.5 ; Carlul. de 
Saint- André-le- Bas, x\°'à*): « mense junio, anno 111'^ régnante Bosone 
rege post obitum Ludovico filio Carlo iniperatore » (Chartes de Clunij, 
n" 26). 

2. Chevalier. Carlul. du chapiire de Saint-Maurice de Vienne, 
p. 54. C'est une donation incomplète du début, datée du Vlll des ides 
de juin « anno I" regni domino nostro Ilarlanianno vidclicet in Bur- 
« gundia. » La mention de l'archevêque Otran empêche de songer à un 
autre Carloman qu'au fils de Louis 11. M. Ctievalier date du 6 juin 880 en 
supposant le point de départ des ans de règne à la mort de Louis le 
Bègue comme à la chancellerie de Carloman. .Mais à cette date. Boson 
régnait à Vienne et en Bourgogne. Le point de départ doit être pris à 
l'entrée des troupes de Carloman en Bourgogne (ap. juillet 880) ou à 
Vienne (septembre 882), et la charte peut être antérieure au règlement 
définitif du partage et à la remise du N'ieimois à Charles le Gros. 

3. Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 9. 

'j. « Charles le Gros, appelé par les grands, envoya un sauf-conduit 
« à Boson j)our venir le trouver à Metz comme il le souliaittoit. Mais 



136 ItKHMKIŒS ANNÉES DE BOSON |S82-887] 

ne repose sur aucun texte contemporain. Elle est de plus en 
contradiction avec le seul passage d'un historien du ix* siècle 
relatif aux dernières années de Boson. Le texte de Réginon, 
malheureusement bien peu précis, indique en effet une lutte 
acharnée soutenue jusqu'aux derniers jours du roi de Pro- 
vence, L'épitaphe de celui-ci, d'autre part, rappelle l'impuis- 
sance des rois francs à venir jamais à bout de leur adversaire ', 
favorisé sans doute par les embarras que les Normands susci- 
taient à Charles dans les autres parties de son royaume". Mais 
les détails et les résultats de cette lutte sont complètement 
inconnus. Plusieurs prélats de l'ancien royaume de Provence, 
les métropolitains de Lyon et de Vienne, le chorévèqueLéoboin, 
les deux évoques de Valence et de Belley assistent à un concile 
tenu le 18 mai 886 à Saint-Marcel-lès-Chalon^ et dont les actes 
sont datés d'après les années de l'empire de Charles le Gros. 

« l'.oson ne fit le voyage qu'après que le traité de paix eut esté conclu et 
« signé, estant trop judicieux et trop politique pour se mettre luy-mème 
« entre les mains de son ennemy, qui n'auroit pas manqué de prétexte 
« pour l'arrêter. 11 fit le premier jour de novembre hommage à Charles, 
K et ensuite sa femme et sa fille liii furent rendues ». dit gravement 
CiioRiER {Ilist. de Dauphiné, t. 1, p. 549). — Fantoni-Castrucci (///s/. 
délie cilla di Avùiione, t. 11, p. 17) ou Bouvs (La rot/aile couronne des 
roys d'Arles, p. 136), renchérissent encore. D. Vaissète (flist. de Lan- 
guedoc, t. 11, p. 36; cf. t. IV, n. i, p. 6) avait reconnu, au contraire, 
que « Charles le Gros traita toute sa vie Boson comme un usurpateur. » 
Il considérait même Chatoies comme ayant été, durant les dernières 
années de la vie de son ennemi, souverain de la Provence, en s'ap- 
puyant sur un diplôme daté de 887, et par lequel l'empereur donne à 
l'abbaye de Tournus le monastère de Donzère sur le Hhône (Ciiiffi.et, 
Hist. 'de Tournus, pr., p. 259). Mais ce diplôme est, en réalité, du mois 
de juin (du 17 au 23) de cette même année, ainsi que l'a montré 
M. 'MCiilbaciier (Sitzuiif/bericlite der Wiener Akad., histor. pkilos. 
niasse, t. XCli, p. 381, n. 3), c'est-à-dire d'une date certainement posté- 
rieure à la mort de Boson. .\ cette époque Charles, par suite de cet événe- 
ment, se trouvait reconnu dans le royaume de son ancien adversaire, 
et la veuve de celui-ci se trouvait précisément avec son fils Louis auprès 
de l'empereur, pour implorer son appui. 

1. Ilisl. de Fr., t. VllI, p. 50, n. a ; Terrerasse, Insrr. du moijen âge 
de Vienne, \\° 343 : 

Quamvis hune plures voluisscnt perdere reges 
Occidit nuUus.... 

2. Di.'emmeer {De Arnulfo Francornm regc., p. 5()) a cru que Charles 
le Gros, après le siège de Paris, tenta de se débarrasser des Danois en 
les envoyant en Bourgogne contre Boson. M. Favre {Eudes, p. 62) 
combat (;ette opinion, qui n'est en tout cas qu'une pure conjecture, car 
le mot liurguiuliri. dans le texte invoqué, peut fort bien ne désigner 
que la Bourgogne proi)re. où en 886 les ."S'ormands allèrent ntta(iuer 
Sens. 

3. Chron. liesuense. éd. lk)U(iAi;D, p. 271. 



(882-88"! |tKlîMi:i;i;s ANNKKS HK ItOSON 137 

Ce fait, sans être une preuve absolue, jteut faire supposer que 
Boson se trouvait réduit à une faible fraction des lîtats ([u'il 
avait antérieurement possédés'. 

Un diplôme, il est vrai, par lequel Charles le (iras soumet 
à l'église de Nevers l'abbaye d'Iseure et la celle de Saint- 
Heverien-, accordé à la requête de Guillauiiie, liU delîernard, 
rappelle les services rendus à l'empereur par le marquis 
d'Auvergne : celui-ci, dans la guerre contre l'usurpateur IJoson 
et ses complices, se fît tuer en combattant pour son souverain 
légitime. Cette mention serait fort intéressante, car elle four- 
nirait la preuve de luttes soutenues par Boson contre Bernard 
Plantevelue, luttes qui se seraient terminées, dans l'été de 
l'année 885'', par la mort de ce dernier. Mais les éléments 
chronologiques de ce diphnne ne concordent pas, ils sont dis- 
posés dans un ordre anormal et l'on rencontre dans l'acte 
plusieurs interpolations; aussi a-t-il été considéré comme fort 
suspect par M. Miihlbacher*, qui admet cependant' ({ue le 
passage relatif à Boson utilise des données contemporaines et 
ne manque pas de vraisemblance''. Mais quelle est la nature 
de ces données ? Une mention aussi développée paraîtrait plutôt 
anormale dans un diplôme authentique, et si l'acte est un 
diplôme refait, il n'est pas certain que ce passage ait été, plus 
que le préambule, emprunté au teiLte primitif. Les renseigne- 
ments qu'il fournit, bien que n'étant pas en contradiction avec 
les faits connus, ne peuvent donc être acceptés qu'avec beau- 
coup de défiance. 

En dehors cependant de l'idée d'un traité avec l'empereur 
Charles ou d'une lutte victorieuse contre le marqnîs Bernard, 



1. [jn seul acte prive, appartenant à cette période et relatif au Diois, 
est daté des ans du règne de Boson {Cartul. de Saint Cha/fre, éd. CiiE- 
v.\i,n;r.. p. 52; cf. supra, p. 112, n. 3). 

2. Ilist. de Fr., t. IX, p. 349. 

3. Kntre le 20 juin 885. date à laquelle il obtient un diplôme pour 
l'église de Lyon, et le 18 août, date du diplôme i|ui nous occupe. 
M. Miihlbacher admet comme exacte cette date, qu'il fixe à 885, et non 
a. 88G comme on l'avait fait ])récédemmcnt. 

4. Silzunf]hpric}ile der Wiener Akndemie. hislor. p/tili>s. Klasse, 
t. XCII, p. 497-498. Son authenticité avait été déjà mise en doute par 
Maiuli.o.v, Diplomalique, p. 554. 

5. Loc. cit., p. 498. 

0. Et encore Bernard, sujet de Carloman en 884. aurait-il en. jus(jn'a 
885, peu de temps pour lutter « permanente lidelitate » en faveur de 
Charles le Gros. 



138 DERMKUHS A.NNKES L)K IJOSON [882-8871 

il est possible d'adinettre que Boson rentra dans Vienne 
durant les dernières années de sa vie. Divers arguments plus 
ou moins probants ont été mis en avant en faveur de cette 
opinion'. 

A. Un diplôme dnté de VicntiP et de la VI fP année de 
Boson-. — Ce diplôme, qui a permis à Gingins'' de faire, 
avec pas mal d'imagination, un tableau de la cour de Boson 
dans les dernières années de son règne, et où figure le prince 
tenant un plaid à Vienne en compagnie d'Ermengarde et des 
évêques de son royaume, est un faux du xi" siècle. 

B. Monnaies frappées à Vienne par Boson, après son 
reloar. — Les monnaies de ce prince, toutes frappées à 
Vienne, portent au droit la légende circulaire boso gratia dei 
et dans le champ rex ; au revers le nom de l'atelier monétaire, 



1. Nous ne discuterons que ceux qui ont été repris par Duemmleh, 
Oslfr. Reich, t. III, p. 242, n. 

2. Jlist. de Fr., t. IX, p. 672. Ce diplôme est une donation faite à 
l'église de Maurienne, par Boson, « roi des Burgondes et des Ausones ». 
eu sa cour de Vienne, et assisté de son épouse Ermengarde, sur la prière 
de l'évoque Asmond, et du frère de celui-ci, Léotmann, évèque de Cré- 
mone, du château d'Hermillon. Une disposition spéciale est ajoutée à la 
fin de l'acte, pour confirmer l'union de la cité de Suse à l'évêché de 
Maurienne. Le diplôme est daté au début, de la vm" année du rôjLi'ne. 11 
a été généralement utilisé par les historiens, non seulement par Gingins, 
mais plus récemment par Duemmlek {Oslfr. Reich, t. III, p. 126, n. 4), 
par Hauhéau (Gail. Clirist.A. XVI, par 620), par l'abbé Dliciiesne {Fastes 
épiscopnnx, p. 235), par F. Savio (Gli aulichi Vescovi, p. 229), par 
Cahutti (// conte Umherlo e il re Arduino, p. 47) et par PinupoN {Le 
second royaume de Rourgogne, dans Ami. Soc. Eniul. Ain, 1896, p. 255) ; 
ce dernier néanmoins le déclare suspect. Et cependant la fausseté du 
document saute pour ainsi dire aux yeux. L'invocation « régnante Deo, 
factore omnium », la suscription « ego quippe Boso », la date placée en 
tète, le style, les longs développements étymologiques, les menaces spiri- 
tuelles, ne sont pas du ix'' siècle. Les deux évè([ues mentionnes sont 
d'ailleursinconnus. L'acte atrôsprobablement été fabi'iqué au.xi'' siècle, 
lorsque les évèques de Turin disputèrent au siège de Maurienne la 
possession de la cité de Suse, réunie à Maurienne depuis l'époque mé- 
rovingienne (LoNGNON, Allas hislor., texte, p. 142. et Bileiet, Méui. 
sur les premiers évè'jiies de Maurienne, p. 53 et suiv.). Le faux ne 
peut être d'ailleurs très postérieur à cette date, car il est connu par 
une copie du xr' ou du xii'^ siècle en tète d'un bénédictioimaire de Car- 
pentras (cf. Lamiîekt, Calai, des Mss. de Carpenlras, n» 74, et .Mas-Latuie, 
dans les Doc. histor. incd., t. I, p. 722). Il est probable (jue l'acte fut 
rédigé à cette époque, pour remplacer jx'utètre un diplôme authen- 
tique perdu contenant la donation du château d'Hermillon, et certai- 
nement pour constituer, au moyen d'une interpolation, un titre en 
faveur des prétentions de l'église de Maurienne sur Suse. 

){. Rosoiiides, \). 110 et suiv. 



1882-887] HKliMKUKS A.N.NI-JKS DK lîitSO.N 130 

viENNA ciYis'. Mais il n'y a rion, dans ces pièces', qui i»uisse les 
faire attribuer à l'époque à hupicllo Boson était nnitré dans 
sa capitale, plutôt qu'à celle à laquelle il n'était i)oint encore 
sorti de la ville. On sait du reste ({u'uncnionnaio pouvait conti- 
nuer à être frappée au nom d'un souverain dans uucî cité dont 
celui-ci n'était plus le maître''. 

C. Le fait que Boson fui enseveli à Vienne. — Ce fait est 
attesté, et par deux diplômes de Louis l'Aveugle en faveur de 
la cathédrale de Vienne « où reposent ensevelis les ossements 
de son père et de sa mère'' » et par l'épitaplie du roi. Un 
heureux hasard, en effet, nous a conservé de celle-ci quehjues 
fragments contemporains ', en même temps (qu'une copie com- 
plète sur la pla(jue de marbre qui, au xiii'' siècle, lors du 
remaniement de la cathédrale par l'archevêque Jean de Bour- 
noin, remplaça dans le cloitre le monument carolingien". 

1. Prou, Calai, des monn. carol. de la Bibl. nat., p. \su, et no 846 ; 
Garu:l. Monnaies des rois de France de la seconde race, t. H, p. 336 
et pi. LXIl. Des monnaies de ce genre ont été déjà figurées par Lkul.anc 
(Traité hislor. des monnaies, p. 132) et d"après lui par Kccakt, Com- 
ment, de rébus Franciae (Jrientalis, t. II. p. 645. 

2. Non plus que dans celle que décrit Mkrmkt, J/ist. de Vienne, t. I, 
p. 236, et qui porte au di'oit la tète de Boson [?j. au lieu du mot ri:\. 
Cette monnaie, que ne connaissent ni Gariel ni Prou, est assez sus- 
pecte. 

3. DuEMMLER et GiNoiNS citent, en outre, d'après Mi;r.\ji:t (l/ist. de 
Vienne, p. 237) et celui-ci, d'après des Annales inédites de Ciiarvkt, 
(publiées depuis par E.-.J. Savigné, Vienne, 1869, in-8", p. 90), une 
monnaie inédite — et inconnue — de Boson, portant sur la face la tète 
de ce prince, et au k l'inscription Vn:.NNA stat libkra autour d'un mo- 
nogramme que Charvet interprète Ri:x Boso. Il est certain que la pièce 
n'est pas de ce prince et probable ([u'elle n"est pas de répo(iue carolin- 
gienne. La légende Vienna stat i.nn-.RA peut être une mauvaise lecture 
de l'érudit Viennois, mauvaise lecture rendue plus facile par l'exiguïté 
de la pièce « guère plus large qu'une lentille », c'est-à-dire de dimen- 
sions très inférieures à celles du denier carolingien. Il est pos.-ible 
aussi que la pièce elle-même soit un faux, comme on en fabriqua 
beaucoup au xvr' siècle et au connnencemciit du xvn'\ 

4. llist. de Fr.,i. VllI, p. 416, et Cart. de Saint-André-le-Iias. (}x\. 
Cin:vALn:R, n° 4. La mention se trouve, il e.st vrai, à une place légè- 
rement anormale dans le dispositif et non dans l'exposé, mais la clian- 
cellerie de Louis ne daraît pas avoir eu de fonnules très constantes. 
M le diplôme, ni l'indication que nous vérilions par ailleurs, ne 
semblent donc devoir être considérés connne suspects. 

5. Ti:RRi:iiASSi;, Inscriptions du moyen t'uje de Vienne, t. Il p. 129. 
Allas, n» 343. Cette pierre du ix*^' siècle fiit au xni« niise au i-ebut et 
employée dans une construction pour servir de seuil à une mai.son, ce 
qui en a fait conserver un tHïment. C'est un beau morceau de marbre 
blanc, paraissant provenir d'un sai'copliagc antitiue. 

6. C'est cette plaque du xm» siècle qui existe encore aujourdluii, pu- 



140 DERMEHES ANNEES DE liOSON [882-887] 

Mais le fait même que Boson trouva sa sépulture dans l'église 
Saint-Maurice de Vienne ne suffit pas à prouver qu'il soit, 
avant sa mort, rentré dans cette ville pour y exercer un pou- 
voir effectif, car ses restes peuvent y avoir été apportés après 
cette date par sa veuve ou par son fils. 

D. — Un argument plus sérieux pourrait peut-être se tirer 
de ce que diverses chartes relatives au Viennois sont datées 
des années <( après la mort de Boson ' ». Ce fait tendait à prou- 
ver qu'au moment de cette mort le souverain était reconnu dans 
le pays. Mais, d'autre part, ces actes sont de l'époque troublée 
([ui suivit la mort do l'empereur Charles le Gros, durant 
laquelle on resta pendant quelque temps, dans divers pays, 
indécis quant au prince à reconnaître". Si Boson, comme 
le laisse entendre Réginon, lutta jusqu'à sa fin contre les 
troupes impériales, sa mort pouvait être considérée comme 
un événement assez important pour que les rédacteurs d'actes 
privés aient cru devoir y rattacher la date de leurs chartes, 
plutôt qu'aux ans de règne d'un souverain incertain. La rentrée 
de Boson à Vienne, quoi([ue possible et même vraisemblable, 
reste donc toujours un peu problématique. 

C'est le 1 1 janvier 887 ''' que la mort vint débarrasser Charles 
le Gros de son adversaire. Réginon " résume l'existence de 
celui-ci, durant les dernières années de sa vie, en un portrait 
célèbre. « Les rois des Francs eurent son nom en horreur et 
« en haine, au point d'obliger à son expulsion et à son extermi- 



bliée avec facs. dans Mermkt, Ilist. de Vienne, p. 234 et 320 et mieux 
dans Terrkbassk, op. cil.. Allas., n" 343. Elle fut transférée dans la clia- 
polle de Saint-Apollonie, aujourd'hui celle des fonts baptismaux. Selon 
Cii()Kn;K(///.s^ fie Dauphiné, 1. 1, p. S'il), les ossements de Boson auraient 
été de nouveau découverts de son temps « et s'il faut juger de sa taille 
« i)ar eux, elle passoit la médiocre «. On remit le tout en place, mais 
selon certains archéolofA'ues ('1'i;rri:bassi;, loc. cit.), il y aurait eu depuis 
des remaniements et de nouvelles véridcations seraient nécessaires 
])our savoir si les restes de Boson reposent encore derrière la i)la(iuc 
de marbre blanc qui est censée les recouvrir. 

1. Cliarles de CÀioiy, n'"- 30 et 37. 
, 2. i\()us reparlerons plus bas de ce qui concerne alors les anciens 
J'^tats de Boson. 

3. La date de jour est donnée par l'épitaphe du roi et par le nécro- 
loge de Saint-Maurice de Vienne (CiniTi.KT, llisl. de Touniiis. pr., p. 
23.Ô). L'épitajjlie ajoute qu'il mourut dans la \nr" année de son règne 
(15 octobre 8H()-15 octobi'c 887). 11 est mcntioniié connut- mort au mois 
de juin 887 par les .[un. J''h/iI., \). 1 15. 

'i. [{rtiiNo.N, (Ihrini.. p. 115. « Non solum illi Louis III et Carloman] 



f882-SS-| • JIT.F.MKNT Sril F'.OSON l'.l 

a nation, par promesses et par serments, non seulement leurs 
« princes et leurs ducs, mais tous leurs soldats. Boson était 
« d'un esprit si avisé, qu'attaqué, comme nous l'avons dit, cons- 
c( tamment par les rois et les forces de leurs royaumes, personne 
« ne put venir ;'i bout de le prendre ou de le surprendre, d'une 
« si grande modération que, l)ien que ses partisans fussent 
« proscrits et privés de leurs biens, il ne fut jamais en butte aux 
« embûches de ses propres soldats ni trahi par eux, bien que 
« ses ennemis l'eussent souvent tenté. » Dans quelle mesure ce 
portrait est-il exact, c'est ce qu'il est bien difficile de déter- 
miner. Il sembb^ bien que Boson ait été capable de se créer 
des partisans dévoués, comme Otran, comme Jean VIII lui- 
même pendant quelques mois. En tout cas, que les rois francs 
aient ou non essayé de le faire assassiner, il ne sortait pas 
moins victorieux de la lutte soutenue contre eux, car il mourait 
roi. Non seulement d'ailleurs il avait fondé définitivement le 
royaume de Provence, mais il avait donné l'exemple que devait 
suivre, quelques années plus tard, dans des circonstances, il 
est vrai, bien plus favorables que celles dans lesquelles s'était 
trouvé Boson, llodolphe de Haute-Bourgogne. 



« verum etiam alii reges Francoriim per succedentia tempora adeo,ii:ra- 
« viter nomen ejus tulerunt atque exosum habuerunt. ut iiirecup(>rabili 
« eius deiectione et inortis exitio non modo principes et duces, sed etiam 
" eorum satellites, sacramentis et execratiotiibusobligarentur. Fuitautein 
« tam perspicacis iiifi-enii, ut cum a niultis, ut dictuin est. regibus et 
« regnis assidue insectatus sit, a nuUo tameii aut capi, aut circumveniri 
« aliquando jjotuerit : tantae moderationis ut cum sil)i faventes ))rGscrip- 
« tionibus dampnarentur... numquam insidiis suorum milituni fuerit 
« petitus, nefiue fraude proditus, cum utrumque hostes saepe tenip- 
« tassent. « On peut rapprocher des expressions employées par liéginon, 
celles de l'épitaplie du roi (jue nous avons citées plus haut. 



CHAPITRE IV 

LOUIS DE PROVENCE JL'SOU'AUX EXPÉUIIIONS DITALIE 

(887-900) 

A sa mort, Boson laissait un fils et doux filles au moins' 
placés sous la protection de leur mère, la reine Ermengarde. 
Nous ignorons d'ailleurs et le moment où celle-ci avait pu 
quitter le comté d'Autun et celui de la naissance de ses 
enfants. Sur ce dernier point l'on peut cependant arriver 
peut-être à quelques conjectures. 

L'une des filles d'Ermengarde se nommait, comme sa grand'- 
mère maternelle, Engilberge, et sa destinée ultérieure est 
connue. Elle épousa plus tard, en effet, le duc d'Aquitain(s 
Guillaume le Pieux, et est mentionnée dans diverses chartes'. 
L'une au moins de ces filles était née avant 880, date à laquelle 
la mentionnent les Annales de Saint-Bertin^ Mais nous 
ignorons si c'est d'Engilberge qu'il s'agit alors ou de sa sœur. 
Le sort de celle-ci, après 887, nous est également inconnu*. 
Quant au fils de Boson, le jeune Louis, la date de sa nais- 
sance reste de même ignorée. La première mention que l'on 
rencontre de ce prince se trouve dans les Anna/es Fuldcnses ; 
celles-ci le qualifient de parvulus au moment où il se trouvait. 



1. Un diplôme de Charles le Gros mcMitionne ces filles d'Ermengarde 
en 887 (l5(g;ii.\n:M-Mui:iii,B., n" 1709 ; Mijhatohi, Ant. ilal.. t. I, eoir'Jl'O 
malheureusement sans les nommer et, sans même en dire le nomhre. 

2. Cf. M.MnLij-., Le Hoy; dWquitnine, p. 22. 

3. Ann. Berlin., a. 880, p. 151. 

4. Nos données sur la famille de Boson chronologiquement disposées 
se réduisent, en somme, à ceci : 

876, printemps. — Mariage avec Ermengarde (.-l«/i. Berlin., p. 128). 
878. — Une fille au moins fiancée à Carloman (Ihid., p. I'i4). 
880, octobre. — Une fille au moins (fhid.. p. 151). 
882. — Une fille au moins (//>/V/., j). 15:!). 
887. — Un fils et deux tilles au moins. 



[887| I.A l'AMlILK I»r'. liOSON 113 

en 887, auprès de Charles le Gros'. La ]'isio K/no/i- le dit, à 
une époque voisine de cette date, infantulm, mais hî caractère 
particulier de ce texte ne permet pas de prendr." au jiicd de la 
lettre les expressions qu'il emploie. Nous savons eu outre (jue 
Louis était encore un enfant en 8i)0', d'autre part Ilincmar, 
qui, à propos de la guerre contre Boson, parle à doux reprises 
de la fille de celui-ci, ne dit rien de son fils. Le silence de 
l'annaliste sur ce point ne permet pas de croire que Richard, 
lors de la prise de Vienne, ait emmené à Autun le jeune Louis 
en même temps que sa mère et sa sœur. 11 reste donc trois 
hypothèses également admissibles : 

r Au moment de la prise de Vienne, Ermengarde était 
enceinte et son fils naquit en Bourgogne, lorsqu'elle s'y trou- 
vait auprès de Richard le Justicier'^; 

2" Louis naquit entre S83 et 887, en admettant qu'à une 
époque quelconque comprise entre ces deux dates le comte 
d'Autun laissa sa belle-sœur rejoindre Boson, dans la portion 
des anciens Etats de celui ci qui lui obéissait encore; 

3" Louis était né avant 882, mais ne se trouvait pas dans 
Vienne lors de la prise de la ville. 

Mais il ne faut pas, semble-t-il, reculer trop bas vers 887 
la date de la naissance de Louis. On appelle, en effet, celui-ci 
en Italie en 900 comme un prétendant capable de disputer la 
couronne, sans qu'aucun chroniqueur fasse allusion à sa grande 
jeunesse. Son fils, d'autre part, avait déjà atteint un certain 
âge en 923, puisqu'il intervient à cette date dans un diplôme, 
et remplace trois ans plus tard Hugues d'Arles dans le comté 
de Vienne. C'est donc vers la troisième des hypothèses 
énumérées plus haut que nous inclinerions de préférence. 
Ajoutons qu'Hincmar, ne mentionnant qu'une fille en 880 et en 
882, il faut peut-être placer la naissance de l'une des filles 
de Boson après cette date de 882. 

Quoi qu'il en soit, Louis était certainement très jeune 
au moment delà mort de Boson, et hors d'état alors de continuer 
la lutte soutenue par ce dernier contre les troupes fran((ues. 
Pour que dès cette époque -il succédât à son père, il eut fallu 

1. Ann. Fuldpnses, p. v, a, 887, p. 115. 

2. Sur ce texte, cf. l'appendice que nous lui avons consacré, j). 227 
et ss. 

;j. Convenlus ValenlinensiK, dans Horktius-K«.\usi:, t. II, p. 370. 
'i. HiNOiNs, Bosonides, p. 90, aihnct cotto hypothèse sans discussion. 



144 ERMENGARDE ET LOUIS AUPRES DE CHARLES LE GROS [887] 

une élection et un couronnement par les évoques et par les 
grands du royaume. Mais les seigneurs provençaux se souciaient 
vraisemblablement fort peu d'une tentative de ce genre et 
d'une continuation de la guerre contre Charles le Gros. 

Celui-ci, depuis la mort de son cousin Carloman, surve- 
nue en 884, avait ajouté à ses couronnes celle de la Francie 
occidentale. Mais il ne semble pas s'être occupé personnel- 
lement, depuis cette époque, do rentrer en possession do la 
Provence, seule portion de l'empire franc qui échappât encore, 
pour partie du moins, à son autorité. L'année 886 avait été 
employée par lui d'abord à sa malheureuse campagne contre 
les Normands de la Seine, puis à l'apaisement des troubles 
que suscitait en Italie l'avidité et l'insolence de son favori, 
l'évêque Liutward de Verceil. Lors de la mort de Ijosou il 
était de retour en Alémannie. C'est laque venaient le trouver 
les rebelles italiens, parmi lesquels le marquis Bérenger de 
Frioul, et en môme temps l'un des grands les plus puissants 
du royaume de l'Ouest, le comte Eudes, C'est là également 
que se rendit Ermengarde, accompagnée de son jeune fils. 

A la nouvelle de l'arrivée de sa cousine' Charles, qui se 
trouvait à Waiblingen, fit une partie de la route au-devant 
d'elle et la rencontra à la fin du mois de mai à Kirchen sur le 
Rhin', un peu au nord de Bàle. Là, disent les Annales ^ « il 
reçut le jeune Louis à hommage et comme son fils adoptif ». 

Ce passage des Annales de Fulda est malheureusement un 
peu trop concis et ses termes un peu trop vagues pour ([u'il 
soit possible de se rendre un compte exact de la situation du 
jeune Louis vis-à-vis de l'empereur. On a rapproché cette 



1. Dans ses diplômes, il rappelle sa nièce. En réalité, il n'était que 
son oncle, « à la mode de Bretagne ». Le fait qu'il se rendit au-devant 
d'elle semble indi(|uei' (ju'il était bien disposé en sa laveur et qu'elle 
n'arriva pas à Kirchen absolument en suppliante. 

2. Sui' l'identilication du lieu, cf. DuKMMi.Kh", O.'^lfr. lieich, t. 111, p. 277. 
La première mention, datée du st^jour de Charles à « Ciri/ieim », est 
un diplôme du ;{0 mai (IjOi'.iiMKii-MiiKin.n., n" 1703J. Ce n'est (\ue le 
2'i juillet suivant qu'un dij)lôuie indi(|ue que Charles avait quitté Kir- 
chen. Mais l'annaliste de Fulde place la rencontre et l'entrevue avant 
des événements du mois de juin. 

y. Ami. Fu(denses,Y*. 115: « Ad hominem sibi quasi adoptivum lilium 
« eum injunxit >■>. — !Sur cette entrevue, cf. 1)ui;mmi,i;i{, Osifr. Reirh, t. 
[IL p. 277 et F.WHi;, Eudes, p. IG. — Vaiîin (Influciire des (jhcsUdiis de 
race sous In/; Kfiro/itif/iens. j). i:}, n. 1) s'est fait de l'entrevue une idée 
assez originale, nutis inexacte, en supposant que Louis y vint « prêter 



188'] i.nnis " KihKi.r. . m-; cmahi-Ks 14.') 

situation de celle qu'Eudes occujja plus tard vis-à-vis d'Arnulf 
et supposé que le comte de Paris et le niaiNjuis de Frioul, qui 
assistaient à l'assemblée, avaient trouvé là un exemple et un 
modèle pour leur royauté future'. Mais il faut remarquer 
qu'Eudes, lorsqu'il se rendit en 888 auprès du souverain ger- 
manique, était déjà roi en vertu de sa libre élection par les 
hommes de la Francie occidentale. Tout se réduisit alors, en 
somme, à la reconnaissance par lui du « séniorat moral « 
d'Arnulf, sous la seule condition de conserver avec ce dernier 
des relations pacifiques et amicales. Au contraire, lorsque 
Louis vint mettre ses mains dans celles de l'empereur Charles 
et se recommander à lui, aucune élection ne lui avait encore 
conféré la qualité de roi ; si Charles le Gros lui reconnut des 
droits éventuels à la succession paternelle, ces droits ne pou- 
vaient, semble-t-il, s'exercer effectivement qu'après le décès 
de l'empereur. Jusqu'à sa mort, en effet, celui-ci est considéré 
comme le souverain de la Provence. Il y fait acte d'autorité 
en concédant, à la requête de l'évèque de Langres, Geilon, au 
monastère de Saint-Philibert de Tournus, l'abbavedeDonzère^ 
sur le Rhône, autrefois donnée par l'empereur Lothaire à 
l'église de Viviers \ Plusieurs autres chartes attestent que 
l'autorité de Charles fut reconnue dans les pays jadis soumis 
à Boson, comme si l'empereur s'en était trouvé maitre ipso 
facto après la mort de son adversaire*. Les Annales de Fulda, 
d'autre part, ne donnent nullement à entendre que le nouveau 
fidèle de l'empereur ait été roi dès cette date de 887. En 890, 
les prélats et les seigneurs réunis à Valence déclarent que leur 
pays est demeuré sans souverain depuis la mort de Charles 



à Cfiarles le Gros, couronné empereur, l'hommage qu'avait refusé .son 
père ». 

1 . F^AVRK, loc. cit. « Une voie nouvelle était ouverte. Eudes et Bérenger 
« purent alors comprendre comment il était possible de se tailler dans 
« l'empire un royaume sans paraître porter sur l'unité carolingienne une 
« main sacrilège. Ils comprirent qu'en contractant un engagement de 
« fidélité, acte purement formel et qui n'engageait à rien, il était pos- 
« sible d'acquérir sans être un usurpateur une royauté ertective. » 

2. Donzère, Drôme, arr. Montélimar, cant. Pierrelatte. 

3. Diplôme du 17 juin 887; B(*:ii.\ii:i{-.Ml'kim.ij., n° 1706. Il ne semble 
pas avoir, du reste, été suivi de beaucoup d'eflet, car Louis de Pro- 
vence eut plus tard à intervenir pour assurer aux moines de Tournus 
la paisible possession de Donzère {Hist. de /•>., t. I.\, p. G77). 

4. Ch. de Chnnj. n" 30 et. pour l'époque postérieure à la mort de 
Cfiarles, C'/t. de Cluny, n°^ 36, 'lO, 41. Cnrl. de S. -André, n° !10*. 

PoL'F.xnuiN. liojjaume de Provewe. lU 



■146 ADOPTION ])]■] |.(»l IS l'Ai! CIIAIU.KS I.E r.P.dS |8S7| 

le Gros ', ce qui implique qu'auparavant ils ne reconnaissaient 
que celui-ci. Réginon" enfin ne fait remonter la royauté de 
Louis en Provence qu'au mouvement « séparatiste » de 888 
et à l'élection, dans les divers royaumes francs, de souverains 
nationaux. 

Louis lui-même, — ou plutôt ceux qui parlaient alors en 
son nom, — ' prétendait tenir sa qualité de roi de cette « adop- 
tion » de 887. Or, à cette date, Charles le Gros semble avoir 
eu trois héritiers possibles, l'impératrice Richarde ne lui 
ayant point donné d'enfant légitime: 1° son bâtard Bernard, 
auquel il s'occupait à ce moment d'assurer la majeure partie 
de sa succession, mais que repoussaient les grands ; 2° Arnulf, 
bâtard de Carloman de Bavière, que sa noble naissance autant 
que ses qualités personnelles faisaient au contraire désirer par 
la majorité des sujets de Charles'^; 3" enfin Louis de Provence, 
le seul Carolingien légitime parmi les prétendants à la suc- 
cession de l'empereur, et de plus fils quasi-adoptif de ce der- 
nier. Les partisans de Louis semblent avoir mis dès cette 
époque en circulation l'idée que l'Empire devait lui revenir. 
Du moins la trouve-t-on exprimée dans un texte un peu pos- 
térieur cà la date de l'entrevue de Kirchen, la \lsio Karoli''. 
L'auteur inconnu de cet écrit, en même temps qu'il insiste sur 
la nécessité de la paix entre les rois francs, fait donner, par 
l'empereur Louis II, à Charles le Gros descendu en esprit dans 
les régions infernales, le conseil d'assurer l'empire au fils 
d'Ermengarde, le dernier héritier du sang carolingien. 

Ce n'(?st pas à dire cependant que dans la pensée de Charles 
cette adoption, sur la nature de laquelle nous ne sommes pas 
d'ailleurs nettement fixés, ait eu une portée aussi grande que 
sembleraient l'indiquer les prétentions exposées dans la Visio 
Karoli. Occupé en ce moment d'assurer le sort de Bernard, 
il n'eût pas été se chercher un successeur dans la personne 
de Louis. Mais si, par considération pour sa « chère nièce » 
Ermengarde il voulait accorder un royaume au fils do colle- ci, 



1. Convnitua Valeiilinensis, BonKTius-KRAUSn:, t. II, p. 37(). 

2. Chrantijur. a. 888. 

:i. Cf. llAiiTTUNo, Die Thronfulfje iin dcvlscheii liciche Ina :vr Mille 
des A'/"" Jahrhunderls (dans les Forsch. z. deulsc/wn Gesch., t. X\ III. 
p. 135). 

4. Nous rattachons, comme Diimmlor, la composition de la \isio ka- 
rol'iiux (''véncments (le 887-888. Cf. iii/'iti. Aj/pe/idicf 17. p. 32'i et ss. 



[88"| ciiAUi.o \.\: r.Hos KT i.ons n7 

il fallait que ce fils, arrivô ù l'àye (riiomiiie, eût des droits à 
faire valoir. Ces droits, il ne pouvait les tenir de son père que 
Charles le Gros considéra toujours comme un usurpateur'. 
L'adoption de Kirchen, au contraire, devait mettre Louis dans 
la situation qu'occupait par exemple Arnulf de Havière, et lui 
permettre de recueillir un jour une fraction de l'héritage de 
Charles le Gros". On pourrait dire en somme que celui-ci a 
conféré à Louis, non pas précisément le titre de roi, mais 
plutôt l'aptitude à le devenir un jour. L'élection, qui devait 
nécessairement intervenir, eut été, sans cette adoption impé- 
riale, contraire comme celle de Doson lui-même aux règles 
de la succession carolingienne. Charles le Gros, en adoptant 
le fils d'Ermengarde, ne le créait donc pas roi, mais le rendait 
éligible. 

Après l'entrevue de Kirchen nous n'avons plus de rensei- 
gnements, ni sur Louis ni sur sa mère, jusqu'à l'époque de la 
mort de l'empereur. Nous savons seulement qu'Ermengarde 
envoya auprès de ce dernier un de ses fidèles, Winigis, pour 
solliciter la confirmation de ses biens, selon ce que Charles 
lui avait promis à Kirchen, c'est-à-dire sans doute pour hâter 
la rédaction de l'acte attestant cette confirmation. Le diplôme 
fut accordé par Charles, le 11 août 887 ^ en même temps qu'un 
privilège analogue en faveur de la mère d'Ermengarde, l'im- 
pératrice Engilberge, qui avait à cet efi'et envoyé auprès de 
l'empereur son médecin, l'abbé Gisulf^. 

Louis de Provence cependant n'allait pas conserver long- 
temps l'appui qu'il avait, on 887, trouvé auprès de l'empereur. 
Charles, en effet, débonnaire mais faible, avait mécon- 
tenté les grands et, au mois de novembre 887, la révolte 
ouverte éclatait, ayant à sa tète Arnulf. Son oncle, abandonné 



1. Rien ne prouve d'ailleurs que ce soit précisément le royaume de 
Boson que Charles ait voulu conréder à son fils. Les actes du concile 
de \'alence se bornent à parier de « rrr/ia dit/iiilas ». 11 n'est pas question 
d'un rcgitvm, d'une circonscription territoriale déterminée, qui aurait 
été réservée à Louis dans un partage analogue à ceux que préparèrent 
entre leurs fils Louis le Pieux ou l'empereur Lothaire. 

2. 11 y a un exemple analogue à une époque plus reculée de l'ins- 
toire de" la monarchie franque. Au vi" siècle, Goiuran adopta Childe- 
bert, son neveu, pour lui assurer sa succession (GaÉu. ni: 'l'oiits, Ilixi. 
Franc, livre V, c. rr, éd. Omont, p. 161 ; P. Viollkt, llisl. des Iitslil. 
polit., t. I.p. -i'iR). 

3. B(i:iiMr.i!-Mi:r.iiMV\rMr,i!. n" 1709. 

4. H(*;iiMi;i!-Mri;iii,ii\<;Mi:i!. ii" 1710; Miiîaioiii, .l/i/. j7/j/., t. I. col.5'')5. 



lis FORMATION lU: IKlYAr.MR DK liOllUKlCNE |88S] 

de tous SCS fidèles, trop peu énergique d'ailleurs pour résister 
jusqu'au bout, se bornait à demander quelques terres en Ger- 
manie pour y finir ses jours et, six semaines environ après ces 
événements, mourait à Neidigen, près de Fïirstenberg, sur le 
Danube, le 13 janvier 888'. 

Alors, dit Réginon dans un passage célèbre et souvent cité, 
(( les royaumes qui avaient été soumis à la domination de 
« Charles, se fractionnent en rompant le lien qui les unissait, et 
« sans attendre leur seigneur naturel , chacun chercha à se créer 
« un roi tiré de ses propres entrailles"' ». Parmi la « foule de roi- 
« telets ■* » qui s'élevèrent sur les débris de l'empire de Charles, 
Louis de Provence ne paraît pas avoir figuré tout d'abord. 
Mais il est nécessaire de dire un mot de Rodolphe 1"'", qui 
venait de fonder en Bourgogne jurane un royaume dont l'his- 
toire est assez étroitement liée avec celle de la Provence. 

Rodolphe n'était pas, comme Boson, un « homme nouveau », 
en ce qui touche du moins ses parents du côté paternel. 11 
appartenait à la famille des Welfs. Son aïeul, Conrad l'An- 
cien, frère de l'impératrice Judith \ comte et duc en Aléman- 
nie^ protecteur" et peut-être abbé laïque" de Saint-Gall, 
avait été l'un des plus puissants personnages de son temps, le 
« collègue des rois^ ». Oncle de deux, souverains^ et l'un des 
conseillers de Lothaire 11 et de Louis, il prit part à de nom- 
breuses négociations entre les fils et les petits-fils de Louis le 
Pieux. Ce Conrad laissa deux fils: l'un fut le célèbre Hugues 
l'Abbé ; l'autre Conrad, comte d'Auxerre, en 858-859 con- 
tribua avec son frère à sauver Charles le Chauve lors de 
l'invasion de Louis le Germanique en Gaule. Mais tombé, 
comme Hugues, en disgrâce vers 861 au moment de la grande 



1. Sur tous ces événements, cf. Dukmmleh, Osifr. Reich,i. III, col. 
287 

2. Chronicon, a. 888, p. 129. 

3. Ann. Fuldmses, a. 888, p. 116. 

'i. Sur la Kénéalogio fies Wt'lfs, cf. Duf.mmi.kiî, Oslfr. licldi. t. Ilf, p. 
318, et TiiOd, Rudolf I uitd II, p. 5 et suiv. 

5. 1)ui:m.\ii.!:r, O.'^tfr. lieirh, t. I, p. 12'.t. 

6. Wart.mann, Ur/;inidetiln(clt dev Ahlri S. CalL, 1. I, p. 333, t. II. p. 37. 

7. Dui:mmi.i;i[, op. cil., p. 181, d'après Waiii,. Stiiauon. dans les Mon. 
Germ. Poelae Intini medii aevi, t. II, p. 369. 

8. IIkikic, Miracula s. Germaui. 1. II, c. n; Mon. Cenn., SS., t. 
-XI II, p. '.01. 

9. De Charles le Chauve, fils de Judith, et de Lothaire II, tils d'Er- 
mengarde, sœur d'Adélaïde, femme de (.'onrad. 



|88S1 Fdl'.MATI'iN lU Ki iVAi M K liK Mol l'.CniiM'; 159 

faveur de Robert le Fort', il passa au service des tils de l'em- 
pereur Lothaire. Il reçut très vraisemblablement de l'empereur 
Louis les territoires qu'il avait enlevés au comte abbé Hubert, 
c'est-à-dire le gouvernement des trois diocèses ultrajurans de 
Genève, de Lausanne et de Sion, avec l'abbaye de Saint-Mau- 
rice d'Ag•aune^ Un chroniqueur' le qualitie de « duc de Rhétie 
et des pays jurans ». Il mourut à une date indéterminée et 
son fils, Rodolphe, parait lui avoir succédé dans le gouverne- 
ment de ses comtés, sans que nous sachions très bien quel rôle 
il joua dans les relations politiques entre les divers princes 
francs. Rodolphe, abbé de Saint-Maurice*, porte dans les actes 
les titres de comte" et de marquis'' et son autorité semble 
s'être étendue sur les pays qui constituèrent plus tard son 
royaume de Bourgogne transjurane^ 

C'est de Bourgogne jurane en effet qu'il se fit proclamer 
et couronner roi à Saint-Maurice en Valais, au mois de jan- 
vier 888*, par une assemblée de grands et d'évèques^ Mais ce 

1. Hugues fut à ce moment un instant installé par Lothaire II comme 
archevêque de Cologne. Cf. Parisot, Le royaume de Lorraine, p. 250. 

2. Sur l'étendue de ces pays confiés à Conrad, cf. Forkl, Reg Suisse 
Rom., introd., p. XLVU. 

3. FoLCUiN, Gesta Abb. Lobiens.. c. 12. Mon. Germ.. SS., t. IV, p. 
60. Par R/iéiie. il faut, sans doute, entendre des pays alpins distincts de 
la Rhétie proprement dite, car celle-ci ne fut jamais soumise à l'autorité 
de l'empereur Louis II. (Longnon, Allas, pi. YIl.) Le Codex diploma- 
ticus Cur Rlw liens, àeMoHR (Coire. 1848-1863,4 vol. in-8), ne mentionne 
aucun comte Conrad, mais on rencontre dans ce pays un comte Rodolphe 
(DuKMMLKR, Ostfr. Reich. t. II!, p. 343), peut-être son parent. 

4. Cf. la prestaire consentie à l'impératrice Engilberge (v. 872 ?) 
(MuRATORi, Ant. ital., t. II, col. 156). 

5. « Rodulfus comes » souscrit une charte pour l'église de Lau- 
sanne {Cartul. de Lausanne, Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 126). 
L'acte est daté inexactement dans ce dernier recueil : Il est de 885 ou 
886. non de 890, date à laquelle le roi régnant à Lausanne était Ro- 
dolphe lui-même, non Charles le Gros. 

6. Diplôme de Charles le Gros du 15 février 885 (RœHMKR-MuKMi.- 
BACHKR, n° 1648) et charte de Rodolphe lui-même du 13 août 886 (Zapf, 
Monum. Aiu-cd., I, p. 23). 

7. Selon Réoinon (Ioc. cit.), en effet, son usurpation semble avoir sur- 
tout consisté à « retenir à titre de roi » (regaliter retinere) ce qu'il 
possédait déjà auparavant à un autre titre. ^' i»* 

8. Le premier des diplômes de Rodolphe L'"" n'est (|ue du 10 juin 888 
(Charles de CJunij, t. I, 39). Mais il fait commencer son règne à une 
date indéterminée du mois de janvier, car un acte du 28 janvier 895 
place cette date dans la VIII" année du règne de Rodolphe (IMplôme 
confirmant à l'église de Lausanne ses droits de libre élection de Tévêque 
par le clergé et le peuple ; Carlul. de Lausanne, p. 53; ILdrf.k, He- 
gesta, p. 183). 

9. RÉGINON, Chron., a. 888, p. 130 : Ann. Fuld., a. 888, p. 116. Les 



lôO KdllOLl'IlE I" K.N IJtllliAIM-: 

rojaiime no parait pas avoir suffi à l'ambition de Rodolphe I""", 
qui chercha à se faire reconnaître dans l'ensemble des anciens 
états de Lothaire II. Aussitôt après sa proclamation à 
Saint-Maurice, il envoya en Lorraine des émissaires chargés 
de gagner à sa cause les grands de ce pays\ Sa tentative fut 
couronnée de succès, car dans le courant du printemps de cette 
même année ses partisans, réunis à Toul', le faisaient consa- 
crer roi par l'évêque de cette ville, Arnaud'. Le nouveau roi 
semble même avoir occupé l'Alsace''. Mais sa domination en 
Lorraine ne devait pas être de longue durée ^ car Arnulf 
n'était pas disposé à soutenir ou à admettre ceux des rois 
de nouvelle création qui ne reconnaissaient pas son autorité au 

Ann. Anfilo-Saxonici {Mon. Germ., SS., t. XIII, p. 107); les Anii. 
Lausanneiises, a. 888 (Ibid., t. III, p. 152) ; les Gesta Berenf]<trii, 1. 1, v. 
88, mentionnent également l'avènement de Hodolphe I. Iléginon est 
seul à parler du couronnement à Saint-Maurice, que DuKiMMLKH (Osifr. 
Reich, t. III, p. 318) révoque en doute en présence de cet unique témoi- 
gnage, après ravoir primitivement admis {de Arnul/'o, p. 49). Tro*; 
{Rudolf I und IL p. 30)objecte avec raison que le témoignage de Réginon 
n'est pas dénué de valeur. Les Ann. Vedaalini, il est vrai, ne parlent pas 
de l'assemblée de Saint-Maurice, mais elles ne sont pas aussi bien rensei- 
gnées que l'abbé de Priim sur des faits qui intéressent l'iiistoire de la 
Lorraine. La phrase « ceux qui habitent entre le Jura et les Alpes se 
«réunissent à Toul» indiquede leurpart une confusion. Une réunion d'un 
nombre forcément restreint de seigneurs et d'évêques à Saint-Maurice 
peut fort bien avoir échappé à l'annaliste de Saint-Vaast. On s'explique 
fort bien, en revanche, que Réginon, qui était Lorrain et écrivait moins 
de vingt ans après les événements, ait eu des raisons pour ne pas in.•^ister 
sur le règne de Rodolphe dans ce pays. Cependant, le fait du couron- 
nement de Rodolphe à Toul est confirmé par un diplôme d'Arnulf cité 
plus bas, n. 3. En outre, d'après les .4/;/;. Vedaslini, le couronnement 
à Toul parait avoir eu lieu en mars, alors que les diplômes de Ro- 
dolphe 1 ont pour point de départ du compte des ans de règne une date 
de janvier 888, qui ne peut être que celle d'une première proclama- 
tion. — Sur tous ces événements, cf. Parisot, op. cit., p. 487 et suiv. 

1. RÉGINON, Chron., l. cil. Le fait n'a rien que de vraisemblable. 

2. Anîi. Vedastin., a. 888. Elles mentionnent ce fait immédiatement 
après la consécration de l'évèquc de Cambrai, Odilon, le 17 mars de 
cette année. 

3. .\rnaud fut plus tard puni de sa trahison envers la cause d'Arnulf, 
et dépouillé d'une partie de s(>s biens (diplôme d'Arnulf du 2 février 
893 ; /lisl. de Fr.. t. IX, p. 36G ; B()i';iiMi:R-Mi:i:in,BACiiEU. n" 1833. 

4. C'est ce qui ressort des expressions emj)loyées par les Annales de 
Fulda (p. 116): « Rex contra Rodulfiun l^lisaciam progreditur ». Cf. 
LoNdNON, Allas hisl., p. 80. 

5. Dès le !'''• mai 888, l'évoque Arnaud de Toul assiste avec l'arche- 
vêque de Trêves et les évoques de Verdun et de Metz à un synode tenu 
dans cette dernière ville et dont les actes sont datés « Aimo 1" regni 
« Augusti gloriosissirni régis » {llixl. de Fr.. t. 1\. p. 3!'i) — il faut 1res 
vraisemblablement corriger .l«yi<s// en Aninl/i. 



L88S| CrKlil'.K KNTIU-: AllM l.l' KT K( lliol.l'lll-; 1- loi 

moins nominale. Au mois do juin 888, Eudes était venu, .à 
Worms, (c s'humilier* » devant le successeur de Charles le 
Gros. Arnulf pénétra alors en Alsace et marcha contre le roi 
de Bourgogne". Rodolphe paraît s'être alors réfugié dans les 
montagnes, peut-être dans le nord do la Suisse actuelle '* et 
Arnulf, laissant à une armée d'Alamans le soin de poursuivre 
son ennemi, rentra en Bavière en traversant la Francie\ A la 
fin d'octobre et au commencement de novembre il était à 
Ratisbonne^ C'est là que Rodolphe se décida à venir le trou- 
ver, pour conclure avec lui un traité de paix, mais sans pou- 
voir se maintenir en Lorraine®. Il ne semble môme pas' 
qu' Arnulf ait très nettement reconnu l'existence du nouveau 
royaume ^ 

Ce dernier, tel qu'il se trouvait alors constitué, s'étendait'' 
sur les cantons suisses actuels de Neuchàtel, de Fribourg, 
de Vaud, do Valais, de Genève, comprenait Bàle'°, Aoste et 
Besanron, dont le métropolitain Théoderic remplissait auprès 
du nouveau roi les fonctions de chancelier". 11 était donc 



1. L'expression est de l'annaliste de Fulde, c'est-à dire de lliistorio- 
graphe presque officiel d'Arnulf. 

2. Aiin. Fuldeiises, p. 116; Réginon. p. 130. 

3. Cette retraite de Rodolphe n'est indiquée que par Réginon, qui, 
selon son liabitude, introduit ici une digression relative à des événe- 
ments postérieurs. Nous ne savons où Rodolphe se retira. Les mots 
« inito con^ilio cum primoribus Alamannorum », des Aiiti. Fuldenscs, 
pourraient faire croire qu'il se trouvait sur les frontières d'Alémannie, 
mais il peut s'agir aussi des chefs de l'armée alémannique envoyée 
par Arnulf contre son adversaire. 

4. Ann. Fuld., loc. cit. 

5. Ann. Fuld., loc. cit. ; Bti^HMKH-MuF.HLBACHER, n^^ 1755-1757. 

6. Cf. p. 150, n. 5, et en 889 plusieurs diplômes attestent la souverai- 
neté d'Arnulf sur la- Lorraine. Hi>it. de Fr., t. IX. p. 364 sqq. 

7. Les Ann. Fuldeiises ne disent rien de ce genre. Hkh.mann di: Rki- 
CHKNAU est seul à dire explicitement « favore ejus pervasam impetravit 
« Burgundiam. » {HisI . de Fr., t. VIll, p. 247.) 

8. La guerre ne tarda pas à recommencer entre Rodolphe I d'une 
part, Arnulf et son fils Zwentibold d'autre part, soit que l'on n'eût pu se 
mettre d'accord sur la question des frontières (Dukmmlkk, Ostfr. lieic/i, 
t. 111, p. 32'i), soit qu'en 888. Arnulf n'eût fait qu'ajourner la lutte, pour 
pouvoir librement s'occuper des affaires d'Italie. 

9. Les textes relatifs à cette que.stion sont énumérés et analysés dans 
Trog, Rudolf I und Rudolf II, p. 27-33. Cf. Long.non, Atlas Hisl., 
texte, p. 80-81. 

10. L'évéque de Bàle, Éring, accompagne Rodolphe à la consécration 
de l'évéque de Lausanne. Mansi (t. XVIII, p. 158) imprime sous la 
forme Trinjus le nom de cet évoque qui assiste en 895 au Concile de 
Tribur. 

11. Gall. Christ., t. XV. col. 23. 



152 SITrATlON DK I.A Pl'.UVKNCK f888-890j 

constitué en grande partie par le duché situé entre le mont 
Saint-Bernard et le Jura qu'avaient possédé Hubert, puis 
Conrad et Rodolphe ^ Mais à ce duché venait en outre s'ajouter 
une partie des anciens États de Boson, celle qui ne faisait, 
avant 879, partie ni de la Provence ni de la Bourgogne 
éduenne. 

Les pays entre le Rhône et la mer, qui avaient formé la 
plus importante portion du rojaume de Provence, demeu- 
rèrent, après la mort de Charles le Gros, quelque temps sans 
souverain. Les actes y sont datés, selon une formule habi- 
tuelle aux temps d'interrègne, « après la mort de Boson -, après 
la mort de Charles^ ». Louis, bien que certains textes parais- 
sent faire remonter à 888 le début de son règne'', n'avait cer- 
tainement point encore été couronné à cette date. Ce retard 
doit sans doute être attribué aux troubles auxquels les actes 
du concile de Valence font une allusion assez vague" et (pi'il 
faut peut-être rattacher à l'expédition en Gaule de Gui de 
Spolète*. Nous ne savons d'ailleurs si celui-ci traversa l'an- 
cien royaume de Provence, pour se rendre en Bourgogne, 
où se trouvaient ses partisans les plus nombreux. La seule 
autorité qui semble s'être exercée alors dans les Etats 
qui avaient appartenu à Boson est celle de la reine Ermen- 
garde, assistée des grands et des évêques, et soutenue 



1. Cf. RÉGINON, Chron., a. 859, p. 78. 

2. Charles de Cluny, n"'* 30, 37. On en trouve encore des exemples 
même à une époque et dans des lieux où Louis était certainement 
reconnu,' par survivance d'une habitude des rédacteurs des actes 
(Cnrtul. de Saint- Maurice de Vienne, n"'' 106 et 154 ; Charles de Cluny . 
n°^ 49 et 57 ; Gall. Christ., t. XVI, instr., col. 10).. 

3. Chartes de Cluny, n"** 36, 40. 41 (Cf. Bruel, Chronologie des rois 
de France et de Bourgogne, p. 1 1); Cartiil. de Saint-André, n" 15*, n" 1 10*; 
Cartul. de Romans, éd. GniAni), n» 34 (pour ce dernier acte il y a 
cependant un léger doute, cf. IfivAZ, Diplomatii/ue de Bourgogne, i. 
n" xiv); Chartes de Cluny, n" 61 (la date : « Anno X post obituni Karoli » 
a fait croire à tort à M. Bruel que Louis ne fut pas sur le-champ reconnu 
en Lyonnais; il vaut mieux admettre la survivance d'une habitude de 
notaire). 

4. Aiin. Fuldenses, a. 888, p. 110. 1! en est de même jusqu'à un 
certain point du texte de HiXiiNoN, cité plus liaut, p. 148. 

5. Concentus Valentinensis, BoniiTius-KuAUSi;, t. IL p. 476 : « Valde... 
« alîlictaretur, non modo a ])ro])riis incolis (pios iiulla dominationis 
« virpa cocrcebat. » 

6. Le texte des Ann. F nid., lue cit., parait étublii' un lien entre les 
tentatives de Gui de Spolète et celles qui purent être faites alors par 
le jeune Louis. — Sur Gui de Spolète, cf. FAViit, Eudes, p. 85-88. 



[SflO] IM.AII) DK VaI;K.N.M-.S 1Ô3 

par son ancien adversaire, Richard le Justicier. C'est ce 
que prouve du moins la notice d'une assemblée alors tenue 
en un lieu indéterminé du nom de Varennes'. La présence 
de plusieurs évoques provençaux, parmi lesquels le métropo- 
litain d'Arles", de divers comtes du même pays comme 
Teutbert et Adalelnie, en même temps que de Richard le Jus- 
ticier et de seigneurs soumis à son autorité, tels que Gui, comte 
de Dijon ou d'Oscheret'', et Rainard, vicomte d'Auxerre*, 
paraît devoir faire attribuer à l'assemblée une certaine impor- 
tance politique ^ Le début de l'acte semble indiquer tous les 
personnages réunis à Varennes, comme des « fidèles « du jeune 
Louis", mais celai-ci ne porte pas dans le texte le titre de roi 
et, d'après la teneur môme du préambule, c'est la reine qui 
paraît avoir présidé le plaid \ C'est également contre un de ses 
« vassaux » que fut rendue la sentence qui condamnait celui- 
ci, un nommé Bernard, à restituer à l'abbaye de Gigny* et à 
l'abbé Bernon " la celle de Baume '" qu'il avait indûment usurpée. 
Il faut en même temps conclure de l'acte qu'au début de son 
règne, Louis de Provence étendit jusque dans TEscuens son 
autorité". L'hypothèse qui semble la plus acceptable consiste 
à rattacher ce fait aux relations respectives de Louis et de 
Rodolphe P"" avec Arnulf. Le roi de Haute-Bourgogne, alors 
en guerre avec le souverain germanique, pouvait être momenta- 
nément réduit à la possession des pays montagneux où il 
résistait aux armées alémanniques*-. Nous savons au contraire 



1. Ilisf. de Fr., t. IX, p. 66.3. — Les localités bourguignonnes du 
nom de Varennes sont trop nombreuses pour que l'on puisse identifier 
celle-ci avec quelque certitude. 

2. C'était alors Rostaing. — Les autres évêques provençaux présents 
sont Ardrad de Cavaillon et Lsaac de Grenoble. 

3. Cf. supra, p. 82. n. l. 

4. Cf. iiifra, p. 343. 

5. C'e.st ce qu'a déjà reconnu Tkrrebassk, Hist. de Boson, p. 165 ; 
mais l'objet même de la notice, grâce à laquelle l'assemblée nous est 
connue, est en lui-même p^ important. 

6. « Et cuncti principes Ludovici filii Bosonis. » 

7. « Cum convenisset Ermengardis regina et cuncli principes... Et 
«tune ipse perjussionem reginae jam dictum locum in praesentia 
« werpivit... His ita expletis jussit dominatrix regina. » 

8. Jura, arr. Lons-le-Saunier, cant. Saint-.Julien. 

9. Bernon, abbé de Gigny (899-910), plus tard fondateur et premier 
abbé de Cluny (910-927). 

10. Baume-les-Messieurs, .Jura, arr. Lons-le-Saunier, cant. Voiteur. 

11. C'est ce que reconnaît Longnon, Allas hislor., texte, p. 81. 

12. Cf. supra, p. 151. 



loi IM.AII» l)K VAHIvNNKS |S90| 

qu'Arnulf favorisa les débuts de son jeune cousin, auquel il 
devait même plus tard donner officiellement une partie des 
territoires conquis ou à conquérir sur Rodolphe P""'. C'est là 
sans doute ce qui explique que, vers 800, Louis ou ses repré- 
sentants ait eu à intervenir dans des territoires dépendant de 
la province de Besançon". 



1. Cf. inf?-n,\). 158. 

2. Nous avons adopté pour cette notice la date de 890. Elle demande 
quelques explications. L'acte est connu par une copie du xi« siècle 
(Bibl. i\at. ms. lat. 14192, fol. i5 v°) et par des copies modernes ou des 
éditions dérivant d'une copie perdue venant de Vyon d'Herouval. Il est 
dans les deux cas daté « anno incarnacionis Domini DCCCXCVIll, 
indict. VIII ». Ces indications ne concordent pas : l'année 898 a pour 
indiction I, l'indiction Mil correspondrait à 890 ou à 905. Les conti- 
nuateurs de Dom iJouquet ont adopté cette dernière date. Au contraire, 
.M. DI-: Tkrrebassk (Hisl. de Bosou. p. 165, et Ilist. des Dauphins de 
Viennois, p. 9-10) se prononce pour celle de 889 ou 890. 

Au premier abord, il semble que l'argumentation des Bénédictins soit 
très solide. La notice de Vare.nnes dit, en effet, fornaellement que les 
moines de Gigny revendiquent la celle de Baume « ([uam olim per pre- 
« ceptum a Rodulfo re-ze acquisierant ». Or, nous possédons un diplôme 
de Rodolphe l(//i.s/.ri'ey''r., t. lX,p.692)qui paraît bien authenticiue et par 
lequel ce souverain donne à l'abbé Bernon et aux moines de Gigny, avec 
d'autres biens, « dans l'Escuens une celle du nom de Baume à l'endroit 
« où la Seille prend sa source. » Ce serait donc là le diplôme visé dans la 
notice, et comme il est certainement daté du 10 décembre 903, la not'ce 
devrait être rapportée à l'année ayant pour indiction VIII qui suit 90:5, 
c'est-à-dire à 905. On ne peut d'ailleurs le considérer comme plus récent, 
car Lrmengardemourutuu plus tard en 905 (Ilisl. de Fr.,i. 'VIII, p. 41G). 
Mais l'on peut faire à ce système diverses objections et s'il est exa- 
géré de dire, comme Tkrkeuassi:(/oc. vil.), qu'il faut corriger la date du 
diplôme de Rodolphe I avec celle de la notice, l'érudit Dauphinois nous 
paraît cependant avoir raison quant au fond, bien ([ue nous ne consi- 
dérions pas comme valables tous ses arguments. 11 faut, en effet, fain^ 
les remai-ques suivantes : a) Les moines de Gigny possédaient cerlai- 
nement la celle de Baume avant bi date de 90;5, car un privilège du 
pape Formose de 895 (Jaffé, n» 3499, Hisl. de Fr., t. L\, p. 2Ô;)) la 
mentionne parmi les possessions qui font l'objet d'une concession du 
souverain pontife. Formose .étant mort en 898, il est impossible de 
supposer une erreur de date et de croire le privilège postérieur 
au diplôme de Rodolphe I. D'autre i)art, il y a dans ce dernier un 
passage « quam ipsi monachi prelibati .ad fundainentum reedifica- 
« verunt )) qui prouve de leur part une prise de possession antérieure. 
Il y a donc, en ce (jui touche la celle en (piestion, restitution ou Cdu- 
firmation plutôt (|ue donation, sans que nous sachions ])Ourquoi la for- 
mule de donation a été employée comme s'appli(|uant à Baume au 
même titre (ju'aux autres possessions énumérées dans l'acte. — 
h) Paléographiquement. l'on s'explique assez bien la confusion entre 
DCCC.XC et DCCCXCVIll, en admettant une « dittographie ». L'un 
des copistes, peut-être nombreux, par l'intermédiaire desquels l'acte 
nous est parvenu, aura répété deux fois le chilfre de l'indiction, et au 
lieu de «anno... IJC(JCXC .\'1II. indiclioiie cum convenissent » aura 



[889] N'KGOCIATKINS .WKC AliMM.K KT KTIKN.NK V 155 

C'est à préparer le couronnement de son fils qu'Krmenganle 
employa l'année 889. Au mois de mai elle se rendit à Forcheim 
auprès d'Arnulf, chargée d'obtenir de celui-ci une nouvelle 
confirmation de biens en faveur d'Engilberge, les domaines de 
l'ex-impératrice devant, après sa mort, revenir à sa fille*. Mais 
on même temps elle offrit au roi « de riches présents », et, 
lorsque celui-ci la renvoya « chez elle » ", ce ne fut sans doute 
qu'après lui avoir accordé ce qu'elle demandait, c'est-à-dire 
l'assurance de la protection royale pour le jeune Louis. En 
échange la reine devait avoir fait la promesse d'un serment de 
soumission et d'hommage, analogue à celui que l'année précé- 
dente, Eudes était venu prêter à Worms''. 

D'autre part, on s'était assuré de l'appui du pape Etienne V. 
L'archevêque de Vienne, Bernoin, s'était, dans la première 
partie de cette année', rendu auprès du pontife. Il avait obtenu 
de lui une circulaire adressée à tous les évêques de la (laule 
cisalpine, leur recouimandaut de « constituer roi, sur le 



écrit « anno... DCCCXCVIII indictione VIII cum convenissent ». La 
confusion entre DCCCV et DCCCXCVIII serait moins admissible; — 
c) Louis ne porte pas dans Tacte le titre de roi, ce qui donne lieu de 
croire que l'acte est antérieur au couronnement du jeune prince àValence. 
En 890. d'autre part, les limites du royaume de Rodolphe I sont assez 
variables pour que Louis ait pu momentanément régner sur l'Escuens; 
il est, à cette époque, étroitement soutenu par Richard le Justicier. 
Au début du x" siècle, au contraire. Louis est non seulement roi, mais 
empereur. Richard ne s'occupe plus j^uère que des affaires de France, 
et l'Escuens est de nouveau retombé sous la domination du roi de 
Haute- Lîourgogne, comme le prouve le diplôme même pour Gigny. 
La date de 890 pouvant être maintenue, en raison du texte du précepte 
de 903. celle de 898 s'expliquant assez facilement par une erreur de 
copiste, celle de 905 s'accordant moins bien avec les faits historiques 
coimus que celle de 890, cette dernière nous a paru devoir être défi- 
nitivement adoptée. — Le document a peut-être été connu par l'au- 
teur du Ca/a/. abbalum S. Eugeii/li Juretisis (Mon. Germ., SS.,t. XIII, 
p. 745) qui insère dans la notice relative à Manno cette brève indication 
chronologique : « ab incarnatione 898. Indictione vni. Ermengardis 
« regina et principes Ludovicifilii Bosonis. Anno I\' post obitum Karoli 
« imperatoris ». 

1. Cod. iliplom. Long., p. 573: BrEHMr:r.-ML'EMLi$\CHEK, n" 1767. 

2. Aim. Fuld., p. 119, ann. 890. Mais en raison du diplôme cité n. 1, 
dont l'original s'est conservé et qui a date certaine il faut très vraisem- 
blablement, comme l'a reconnu Dle.mmi.kr {Ostfr. Reich, t. III, p. o'i4) 
rapporter ce récit à l'année 889. La confusion est d'autant plus admis- 
sible qu'il y a en ces deux aimées plaid à Forcheim au mois de mai. 

3. Favre, Eudes, p. 110. 

4. Il était de retour au mois d'octobre de cette année (^Jrt//. Christ., 
t. XVI, col. 54). 



156 ASSKMBLKK I)K VAI.KNCE_ [SOO] 

peuple de cette terre, Louis, petit-tilsde l'empereur Louis' ». 

A une date indéterminée en automne ou au commencement de 
l'hiver de l'année 890-, les métropolitains de Lyon, d'Arles, de 
Vienne et d'Embrun, assistés d'un certain nombre d'évêques^ 
et sans doute de grands \ en présence de deux envoyés d'Ar- 
nulf, l'évêque Réoculf et le comte Bertold^ se réunissaient 
à Valence pour élire et constituer roi Louis, fils de Boson. 

Le procès-verbal de l'assemblée nous est parvenu ^ Les rédac- 
teurs rappellent d'abord les démarches de l'un d'eux, Bêrnoin 
de Vienne, auprès du souverain pontife et les motifs qui les 
poussent à désirer un roi. Le pays en effet est privé de souve- 
rain depuis la mort de Charles le Gros, pendant que des troubles 
intérieurs l'agitent et que les païens normands ou sarrasins pro- 
fitent de cette situation pour piller un royaume dépourvu de 
défenseur. Louis paraît tout désigné pour être investi de ces 
fonctions de roi, tant par ses qualités, son heureux naturel, son 
impériale naissance, que par l'appui que lui prêtent le pape 



1. La lettre est perdue, mais est mentionnée dans les actes de 
Valence. 

2. Louis compte ses ans de règne comme roi très probablement à 
partir de son couronnement à Valence. Mais nous ne possédons que 
deux diplômes de lui ayant l'an de règne et la date de jour (Cai-lid. de 
Grenoble, éd. Marion, p. 65 et 72). Le second montre que la date du 
concile est postérieure au 12 août 890. Mais les actes n'ont point de 
date de jour et c'est à tort que Pertz (Mon. Germ., LL.. t. I, p. 558) 
a cru pouvoir, d'après l'indiction, placer cette date antérieurement au 
1«'' ou 24 septembre. Mais certains actes d'assemblées analogues sont 
certainement datés d'après l'indiction du 25 décembre, 'i'els sont ceux 
de Foron, novembre 878, indiction xi (BoRi-Tn's-KRAiisi:. t. II, p. Ifi'.i); 
de Mayence, octobre 852, indiction xv (Jbid., p. 195); de Thionville, 
octobre 84'i, indiction vu (ibid., p. 112). — Il semblerait plutôt, d'après 
les dates de deux autres diplômes (I/ist. de Fr., t. l.\, p. 678 et 679), 
que le point de départ soit postérieur au mois de septembre. 

3. Les souscriptions de ces évoques devaient figurer à la suite de 
l'acte, dont la dernière plirase semble les annoncer, mais elles n'ont 
pas été conservées. 

4. Ceux-ci ne sont pas mentionnés dans le procès-verbal de l'assem- 
blée, mais il y est fait allusio!i dans la formule de date d'une cliarte du 
27 mars 893 « vocato atque electo a magnatis principibus regionis hu- 
« jus Ludovico rege « ((larhd. de Saint-Maiirire de Vienne, n" 155). On 
trouve une formule analogue dans un autre acte publié dans le Gall. 
Christ., t. XVI, instr., col. 11. 

5. Ce dernier parait bien être un comte du pays des Mamans 
(DuK.MMi.KR, De Arnnifo, ]). 58, et Boretuîs-Khause, p. 377). ("es deux 
auteurs identifient aussi Heoculfus avec révè(|ue de Coire, Tliiadulfus. 
Les fautes de lecture de Paradin i-endent l'bypolhése possible. 

6. Il ne nous est parvenu que par l'interuiédiaire de Paradin. La 
dernière édition est celle de Boiurrn's-Kr.AUsE, t. II, p. 376. 



[890] ASSr.Mlil.KK HK VAI-ENCK 157 

Etienne et le successeur de l'empereur Charles, Arnulf, dont 
les envoyés assistent à rassemblée, et qui a donné ou fait 
donner à Louis l'investiture par le sceptre '. A la vérité, le prince 
est un peu jeune encore pour tenir tète lui-même aux ennemis du 
dehors et du dedans, mais avec le secours du duc Richard et de 
la reine Ermengarde, grâce aussi aux conseils des prélats, il sera 
certaineinent capable de venir à bout de cette tâche difficile. 
C'est donc sur lui que les membres de l'assemblée ont porté 
leur suffrage. Mais il faut encore remarquer qu'en théorie" et 
à leurs yeux ni les avis du pape, ni la concession impériale ne 
constituent en faveur de Louis un droit. 11 y a eu élection par 
les prélats réunis à Valence, sans que les avantages précédem- 
ment énumérés soient une raison absolue pour que Louis par- 
vienne au trône; ils sont seulement considérés comme une 
garantie en faveur du choix qui vient d'être fait. Si donc Louis 
est roi, ce n'est pas parce qu'il est fils de roi% petit-fils 
d'empereur, désigné par le suzerain, c'est parce qu'il est l'élu 
des grands et des évéques et qu'il va recevoir de ceux-ci 
l'onction sainte*. 

Le royaume que l'on venait de créer, ou plut(3t de reconsti- 
tuer ainsi, était certainement moins étendu que ne l'avait été 



1. C'est en ce sens que nous croyons qu'il faut entendre les mots: 
« per suum sceptrum... perque legatos... fautor auctorque regni com- 
« probatur ». 

2. « Ut... Ludovicum... regem constituèrent — ; exploravimus... si 
« hune constituere debueremus — ; nuUus melius rex fieri debuisset — ; 
« Ludovicum elegimus ». — Tout cela est, sans doute, en partie de la for- 
mule, mais est néanmoins intéressant à relever au point de vue de la 
théorie du pouvoir royal dans les états qui se créaient des débris de 
l'empire. — On peut rapprocher de certains passages des actes les 
formules de prières du sacramentaire d'Arles : « ut famulus tuus 
« Hludovicus ad peragendura regalis dignitatis officium inveniatur ». 
Ce sacramentaire donne à Louis le titre de roi. Il date donc, par consé- 
quent, des dix dernières années du ix<^ siècle (L. DELibLE, Mémoire sur 
d'anciens sacramenlaires. p. 151-152). 

;j. Cette allusion à Boson est intéressante à relever. Elle prouve 
qu'on admettait un lien entre les deux royautés. 

4. « Ungendum decrevimus » disent les actes. Le sacre n'est men- 
tionné par aucun texte narratif, mais il semble bien qu'il y soit fait 
allusion dans la date d'un acte de vente de biens sis en Viennois : « Anne 
« 1" quo Ludovicus benedictus fuit ad regem » (Chartes de Clunij, n» 42). 
Les actes de l'assemblée semblent avoir été, comme ceux de Mantaille, 
connus au moins indirectement par Hugues de Flavigny, Chron. Vir- 
dun. (Mon. Germ.,SS., t. VIII, p. 356). « Cui [Bosoni] successit Ludo- 
« vicus filius ejus anno DCCCXCI adhuc juvenis auctoritate papae 
« Stephani sub tutoribus Richarde duce et regina. » 



108 AFPAIUKS l»l>: lîOUnr.OdNE [89i] 

à ses débuts celui de Boson. La Provence proprement dite et 
le Viennois en faisaient certainement partie ; l'autorité de Louis 
fut dès le commencement de son règne reconnue à Lyon ' ; mais 
il n'en était pas de même dans les 2)agl bourguignons jadis 
soumis à Boson. Du coté de la province de Besançon il j avait 
également diminution, puisque le métropolitain Théoderic 
reconnaissait Rodolphe I''"' de Haute-Bourgogne, Sur ce point, 
il est vrai, la frontière semble avoir été quelque temps indé- 
cise. Louis, au début de son règne, ou plus exactement sa 
mère en son nom, avait étendu son autorité sur la partie méri- 
dionale de l'Escuens", en profitant sans doute des luttes de 
Rodolphe P'' contre Arnulf. Mais avant les premières années 
du x" siècle, ces pays avaient fait de nouveau retour au royaume 
de Haute-Bourgogne ^ Un autre démembrement au profit de 
Louis avait encore menacé le royaume rodolphien. Les hos- 
tilités en 894 recommencèrent entre Rodolphe et Arnulf. Celui- 
ci au retour d'une assez malheureuse expédition en Italie avait 
trouvé les passes des Alpes défendues par le comte d'Ivrée, 
Anscher, l'un des fidèles de Gui de Spolète, assisté de troupes 
bourguignonnes*. Il avait dû prendre, pour regagner la Ger- 
manie, une autre route (arrivant à Saint-Maurice en contour- 
nant les passes du grand Saint-Bernard) qu'il avait falUi se 
frayer de force malgré la résistance de Rodolphe ^ Aussi 
quand, au mois de juin'', Arnulf fut de retour à Worms, prit-il 
des mesures pour se débarrasser de son adversaire. Il paraît 
avoir d'abord songé à donner à son bâtard Zwentibold l'inves- 
titure de l'ancien royaume de Lothaire II, c'est-à-dire de la 



1. LoNGNON, Allas, texte, p. 82. Le premier diplôme de Louis e.4 
accordé à l'église de Lyon (Cart. de Grenoble, p. 72). 

2. Notice de l'assemblée de Varennes, cf. supra, y>. I5i, note 2. Nous 
avons aussi la preuve que dès le début (lu règne de Rodolphe, ("lenève 
faisait partie des états de ce prince. C/estàlui, en effet, que s'adressent 
le métropolitain de Vienne et ses deux suffragants de Grenoble et de 
\'alence pour faire contraindre Dernier, évêque de Genève, à venir à 
un synode tenu à Vienne, et auquel ce prélat avait été en vain con- 
voqué (Cartul. de Grenoble, p. 257-259; Reyesle Genevois, n°« 112 et 
113). 

3. Diplôme de Rodolphe I de 90.'}, pour les moines de Clinny (llist. 
de Fr., t. IX, p. r,92). 

4. « Cum satellitibus Rodulfi régis de Rurgiindia. » (Ann. F nid., 
p. 12'..) 

5. Ann. Fuld., p. 121 ; RixiiNON, Clinui . ]). rr2. 

6. l'>(KIIMEIi-.Mi;Llll.!î.\cnEI!, n" 1H'|7 Sl|q. 



[894| l.liriS A l/ASSKMlil.KK ItK WdllMS 150 

Bourgogne jurano en même leiups que de la Lurraine '. Mais 
devant la résistance des grands il dut renoncer à son projet et 
se borna à envoyer, à la tète d'une armée d'Alamans, son fils 
contre Rodolphe P''\ L'expédition, du reste, n'eut aucun succès; 
Rodolphe se réfugia encore une fois dans ses montagnes et 
Zwentibold, après avoir ravagé le pays entre le Jura et le grand 
Saint-ljornard, dut revenir auprès de son père sans avoir rien 
fait^ 

^lais à l'assemblée de Worms avait aussi paru le jeune 
Louis de Provence', accompagné de sa mère Ermongarde. Il 
venait faire là acte de respect et de soumission, au moment 
même où quelques-uns des autres « vassaux^ » d'Arnulf comme 
de Gui de Spolète et Rodolphe, se mettaient au contraire en état 
de rébellion, et où la conduite du souverain germanique attestait 
le désir de faire respecter l'autorité à laquelle il prétendait ^ 
La fidélité de Louis devait être récompensée, car Arnulf fit 
don cà son cousin de plusieurs cités qui se trouvaient au pouvoir 
de Rodolphe I" '. La cession, du reste, resta purement nomi- 
nale ^ Aucun texte ne mentionne une tentative faite par Louis 
pour se mettre en possession dos territoires qui lui avaient 
été concédés. L'année suivante, Arnulf oubliait la promesse 
faite, pour réaliser son premier dessein et faire reconnaître 
Zwentibold c(jmme roi de la Lorraine et de la Bourgogne ^ 



1. « Lotharii regno », dit Réginon. Or, il emploie la même expression 
à Tannée 895, pour parler des territoires soumis à Zwentibold et qui, 
en théorie, comprenaient aussi la Bourgogne. 

2. Ann. Fuld , ibid. : Réginon, ibid. 

3. An)i. Fuldeiises, a. 894, p. 124. 

4. Ann.FuldenscsJoc.cil. — RÉGiNON(C/tro».,p. 142) place l'entrevue 
à Lorsch. Les deux textes peuvent se concilier si l'on admet que Louis 
vint trouver Arnulf à Worms et l'accompagna ensuite à Lorsch où 
aurait eu lieu la cession, à la nouvelle de lïnsuccès de Zwentibold. 

5. En prenant ce mot dans un sens vague bien entendu. 

6. Sur ces prétentions et sur l'attitude d'Arnulf vis-à-vis des rois 
francs, cf. Favre. Eudes, p. 110-111. 

7. RÉGINON, loc. cit.. — Les Ann. Fuld. ne mentionnent pas la cession. 

8. Cf. Trog, Rudolf I und Rudolf II, p. 37-40. Réginon dit expres- 
sément « eas nullo modo de potestate Ruodulfi eripere praevaluit ». 
Mais nous ne croyons pas qu'on puisse voir là d'allusion à une guerre. 

9. Réginon, Chron., a. 895, p. 143; Ann. Fuld., p. r-'6. — Duemmlf.r, 
Oslfr. Reich, t. III, p. 350, n'a pas assez insisté sur ce fait que la Bour- 
gogne devait être comme la Lorraine soumise à Zwentibold. Celui-ci, du 
reste, n'eut pas beaucoup plus de succès que la première fois. Ilneput 
expulser Rodoljjhe, réfugié dans ses montagnes, et se borna à lui enlever 
la partie septentrionale du diocèse de Besançon, pendant que l'évèc^ue 



IGO l'HKMlKHES A.NNKKS \)i liKf.Ni: \)K I.OUIS |S90-900] 

Pour songer ù faire des conquêtes et pour administrer son 
royaume, Louis était encore bien jeune. Aussi les évêques 
réunis à Valence avaient-ils, comme nous l'avons dit, confié 
au duc de Bourgogne, Richard le Justicier, et à la reine 
Ermengarde une autorité que le premier semble avoir été peu 
soucieux d'exercer. Si en effet son fils Hugues vint dix ans 
plus tard solliciter pour un de ses fidèles, de la part du roi 
Louis, la concession de terres dépendant du comté de Lyon \ 
aucun document ne mentionne l'intervention de Richard lui- 
même dans les affaires du royaume de Provence. Les textes 
au contraire ont conservé quelques faits attestant l'activité 
d'Ermengarde, qui avait accompagné son fils à Worms^ et 
fait concéder par lui divers diplômes '. A côté d'elles, les actes 
émanés du jeune souverain indi(|uent encore le rôle du comte 
Teutbert, un des anciens fidèles de Boson*, comte d'Avignon^ 
et d'Apt^ — d'Aurélien, archevêque de Lyon, qui fut, semble- 
t-il, chargé de l'instruction de Louis, — de Bernoin" surtout 



de Bâle revenait à la souveraineté d'Arnulf. Longnon, Atlas, te.xte, p. 
82. 

1 . Diplôme de 900 (s. d. de j . , mais antérieur au 1 1 octobre), concédant 
à la requête du comte Hugues, fils du comte Richard, à son fidèle 
Airaoin des biens dépendant du comté de Lyon et sis à « Cavineas » en 
Maçonnais (Chartes de Cluny, n° 79). Nous avons, d'ailleurs, consacré 
au rôle de Richard le .Justicier une note spéciale que l'on trouvera 
parmi les Appendices du présent travail, p. 333-345. 

2. Cf. supra, p. 159. 

3. Diplômes du 18 mars 892 pour l'église de I^yon, du 11 août 894, 
pour l'église de Grenoble, de 896 pour le monastère de Saint-Chei" 
(BoEHMER-MuEHLBACHER, n"** 14'i8, 1449, 1453; Ilist. de Fr., t. IX, p. 674, 
675 et 679). 

4. Une charte sans date de Teutbert, donnant à l'église de Vienne 
la villa de MantuJa (Mantaille?), rappelle que celle-ci avait été donnée 
à Teutbert par Boson (u'AciiEnv, Spicilcginm, éd. in-fol.,t. 111, p. 362). 
Il en est de même dans la concession au comte, par l'archevêque Ber- 
noin, de l'usufruit de la même villa (ihid., p. 363). Nous reparlerons, 
d'ailleurs, ])lus loin de Teutbert. 

5. Mantkveh, La inarc.he de Provence, Positions de thèses de l'École 
des Chartes, 1897, p. 56. 

6. .\vant l'expédition de Louis en Italie, Teutbert n'intervient que 
dans un diplôme de 896, concédant à l'église d'Apt, ruinée par les païens, 
le lieu de .]foiiasleriolH)H([Ui:\i\iEn-UvEi\in.\cuEH,n" i^bO , Ilist. de Fr., 
t. IX, p. 676; Aluanès, Gall. Christ, nov., t. I, p. 128). Les mots 
« Teutbertus illustris cornes nostram adiit potestatem, . obsecrans ut 
« sedem Attensis ecclesiae, in ipsius scilicet comitatu », semblent bien 
in(li(iuer que l'autorité de Teutbert s'étendait sur Apt. 

7. Diplôme de 895(s. d. de j.), en faveur du ])rêtre Drogon, accordé à la 
requête de l'archevêque Bernoin et du vicomte Bérillon (ci-après, pièces 
justif., n» II), et diplôme de 896 })our Saint(Jlicf, cité n. 3. 



|89ÔJ DII'I.O.MKS IIK I.OIIS l'OLll SAINT-CIIKK KT POI^R TOURNIS 161 

auquel Louis avait déjà eiï grande partie dû son élection, et 
qui remplissait auprès do lui les fonctions d'archichancelier'. 
Ce fut lui qui s'occupa, avec la reine Ermengarde, d'installer 
en Provence les moines de Montiérender'. Ceux-ci, chassés de 
leur monastère par les invasions normandes, venaient appor- 
tant avec eux le corps de leur patron saint Berchairc'', chercher 
un refuge dans des pays en apparence moins menacés, où ils 
parvinrent quelque temps avant l'élection de Louis. La reine 
et l'archevêque de Vienne, que l'abbé de la communauté fugi- 
tive, Adalric, avait accompagné dans son voyage à Rome'\ les 
établirent en Viennois à Saint-Teudier, plus tard Saint-Chef\ 
Quelques années plus tard, grâce à leurs protecteurs, les 
moines faisaient confirmer leurs privilèges par le roi Louis ^ 
Celui-ci, vers la même époque, avait à secourir encore d'autres 
victimes des invasions normandes, sans parler de ses propres 
sujets, éprouvés par des invasions de pirates probablement 
sarrasins '. Les moines de Tournus, en effet, ne se fiant pas, 
pour repousser les païens, au château élevé près de leur 
iiKmastère^ sollicitaient également un refuge pour les jours 
d'invasion. Louis leur donnait pour cet objet l'abbaye de 
Donzère, sur le Rh(3ne, dans le voisinage de Viviers '. 



1. Ce sont les archevêques de Vienne qui ont toujours rempli auprès 
de Louis les fonctions d'archichanceliers. — Le premier acte oh Ber- 
noin paraisse en cette qualité est le premier aussi des diplômes de 
Louis qui nous soient parvenus, du 18 mars 892 cité pag. précéd., n. 3, 
et le dernier un précepte de 897 ou 898 (s. j.) pour l'église d'Avignon 
(RœHMER-MuEiiLBACiiER, n" 145'i ; Ilist. de Fr., t. IX, p. 680). 

2. Dipl. cité, Ilist. de Fr.. t. IX, p. (579. Cf. pag. précéd. n. 7. 

3. Sur ces pérégrinations, cf. Miracula Sancli Berc/iarii ahbatia, dans 
Mabu.lon, Acta. Sancl. ord. S. Ben., saec. Il, p. 846. Mais ce texte ne 
parle pas du séjour à Saint-Chef. 

4. Bulle de Formose du 25 novembre 891 ; Jaffé, n" 3474 ; Ilist. de 
Fr., t. IX, p. 202. 

5. Saint-Chef, Isère, arr. La Tour-du-Pin, canton Bourgoin. 

6. Dipl. cité (Hist. de Fr., t. IX, p. 679). — Les moines de Montié- 
render ne devaient pas d'ailleurs demeurer longtemps à Saint-Chef, 
car un peu plus tard le roi Raoul les établit sur les bords de la Saône 
(Mir. S. Bercharii, loc. cit.). 

7. Conv. Valcnlin, dans Bop.etiusKrause, t. Il, p. 376. 

8. Ce château est mentionné dans un diplôme d'Eudes (Hist. de Fr., 
t. IX, p. 448). 

9. Louis donne aux moines de Tournus et à l'abbé Blitgaire « abba- 
« tiam Doseram quameis ad Normannorum rabiem vitandam jamdu- 
« dum concesseramus » et confirme les privilèges [perdus] accordés à ce 
sujet par le pape Etienne V et par une assemblée d'évèques provençaux 
(BoEii.MER-McEiiLBACiiER, n^ 1451; /lisl. de Fr.. t. IX, p. 677). La date 

Poui'ARDiN. Rijijatime de Procence. il 



-162 MOUT it'r.nMRxr.AP.nr: isofi-8971 

Ce sont là à peu près les seuls événements de l'histoire 
intérieure du royaume de Provence durant les dernières années 
du X® siècle qui nous soient connus, car si les diphjmes de 
Louis le montrent parcourant les diverses régions de son 
royaume, séjournant à Lyon', à Vienne ^ à Orange '\ à Avi- 
gnon^ les actes qu'il date de ces diverses villes sont en 
général de bien peu d'intérêt historique ^ 

C'est cependant encore à cette période de la vie de Louis 
que nous croyons devoir rapporter la mort d'Ermengarde, 
survenue, peut-être, en 896 ou 897. En 896, comme nous 
l'avons dit, elle est encore mentionnée dans un diplôme 
de son fils en faveur du monastère de Saint-Chef ^ Mais, le 2 



de ce diplôme est un peu incertaine. Il est, en effet, daté du x des 
kalendes de juillet (22 juin), de la 12" année du règne de Louis, roi, et 
de la 14e indiction. Louis n'ayant été roi que 11 ans. Fan de régne ne 
peut être accepté. Si l'on corrige xn en vn, le diplôme serait de 897 ; 
mais l'indiction xiv est celle de 896. Aussi les Bénédictins ont-ils cor- 
rigé xn en vn, ce qui est paléographiquement moins soutenable que la 
correction de xn en vi. Il faudrait peut-être plutôt admettre une erreur 
d'une unité sur le chiffre de l'indiction. 

L'acte n'est plus connu que par une édition de Juênin (Nouvelle His- 
toire de Touriiits, pr., p. 103), faite elle-même d'après un vidimus du 
xv siècle d'un cartulaire perdu. L'acte est également mentionné, au 
XP siècle, dans le Chronicon Trenorchiense (\e Falcon (Mabillon, Ac(a. 
Sanct. ord . S. Ben., saec. IV, p. i, p. 863). « Blitgarius qui a Bosonis tilio 
« Ludovico Duseram quam ante ob refugium jam beatodederat Filiberto 
« ex toto sibi dari impetravit. » — Donzère (cf. supra, p. 145) avait déjà 
été donnée par Charles le Gros aux moines de Tournus, mais ceux-ci, 
pour une raison ou pour une autre, peut-être en raison des troubles 
dont parlent les actes du concile de Valence, n'étaient pas entrés en 
possession de l'abbaye vivaraise. 

1. Diplômes du 18 mars 892 (/list. de Fr., t. IX, p. 674) et de 896 
(s. d. de j.) {Ihid., p. 679). 

2. Diplôme de 900 (s. d. de j.) pour Aimoin {Charles de Cluny, n° 70). 

3. Diplôme de 896 (s. d. de j.) restituant, à la requête d'Amelius, évo- 
que d'Uzès, divers biens à l'église de ladite ville (Bœii.meh-Muehluaciieh. 
n" 1452; Ilisl. de Fr., t. IX, p. 678). 

4. Diplôme s. d. de j. de 897 ou 898, concédant, à la requête de Ros- 
taing. archevêque d'Arles, au prêtre Raimond, un manse du comté 
de Vaison, sis au comté d'Avignon (HoEiiMr.n-MuEULHACMER, n" 1454 ; 
llist. de Fr., t. IX, p. 680). 

5. Quant à l'histoire extérieure, nous avons parlé des relations de 
Louis avec Arnulf. Seul parmi les chroniqueurs Ru:iier (Ilisl., 1. I, 
c. 37) parle d'un contingent de guerriers sortis de la Provence, des 
cités d'Orange et de Carpentras, qui auraient aidé le roi l'Eudes à rem- 
porter sur les Normands la victoire de Mont])ensier en Auvergne. Mais 
tout ce passage offre un caractère épique et parait bien n'avoir qu'une 
valeur légendaire (cf. Favhe, Eudes, app. iv, p. 232). 

6. Ilisl. de Fr., t. IX, p. 679. 



(896-897] MoiiT iri:iiMi;.Nr,.Mîitr: I63 

juin 897', Louis demande à la fois des prières pour le repos de 
l'àme de son père Boson, et do sa mère Ermengarde'. Aucun 
texte d'autre part ne fait allusion à un rôle quelconque joué 
par la reine lors de l'expédition de son fils en Italie. Il est 
donc bien probable que c'est avant la fin du ix* siècle que le 
corps d'Ermengarde alla rejoindre celui de son époux dans 
la cathédrale do Saint-Maurice de Vienne ^ Elle ne vit donc 
pas son fils s'engager au delà des monts dans une série de 
tentatives, en somme malheureuses et funestes, pour ressaisir 
la couronne impériale qu'avait portée son aïeul. 



1. Ilist. de Fr., t. ix, p. 677. La date de ce diplôme est un peu 
douteuse. Cf. aupra. p. 16 1, n. 9. 

2. Ce n'est })as une preuve absolue, mais il faut rapprocher du 
silence de tous les documents relatifs à Ermengarde, à partir de cette 
date. Rigoureusement, le seul terminus ad quem est un diplôme du 
26 octobre 905 (Bcehmer-Muehlbacher, n° ri74 ; Hisl. de Fr., t. VIII, 
p. 416, attribué à tort à Louis 11) dans laquelle il est question de la sépul- 
ture d'Ermengarde. — GisGiss (Bosonides, -p. 181) admet qu'Ermengarde 
se retira en 890 dans le monastère de sa mère, celui de Saint-Sixte de 
Plaisance, et qu'elle y mourut. Il s"appuie sur une donation d'Ermen- 
garde, datée de Plaisance et du 30 novembre 891 (Mlratori, Ant. ilal., 
t. I, p. 367). Mais si cette date représente effectivement celle d'un 
séjour de la reine de Provence auprès de sa mère (laquelle n'était pas 
morte à cette date, quoi qu'en dise Gingins), le diplôme de 892 pour 
l'église de Lyon (Ilist. de Fr., t. IX, p. 67 4) prouve qu'Ermengarde 
revint peu après auprès de son fils, et que ce ne fut pas seulement son 
corps que ce dernier rapporta d'Italie. L'autre diplôme cité par Gingins 
(MuRATORi, op. cit., t. Il, col. 205) ne prouve rien. — M. Auvray (Car- 
tiilaireset obituaires français du Vatican, dans les Mélanges J. Havet, 
p. 409) a cru la reconnaître dans r« Ermengardis regina >>, dont l'obit 
est indiqué au 3 des kalendes d'avril par un martyrologe du x" siècle, 
conservé au Vatican sous le n" 435 du fonds la reine Christine, mais 
il peut être question de la femme de Lothaire I, dont l'obit est 
indiqué au xni des kalendes du même mois par le Nécrologe de Saint- 
Germain-des-Prés (.Soc. Ilist. France, Not. et doc, p. 23). 

3. Hist. de Fr., t. VIII, p. 416, cité à la note précédente. 



CHAPITRE V 

LES EXPÉDITIONS DE LOUIS DE PROVENCE EN ITALIE 

(900-905) 

Dès 878, l'évêque Antoine de Brescia déplorait la malheu- 
reuse condition de ses compatriotes: « ils sont, disait-il, la proie, 
« tantôt des uns, tantôt des autres, et attendent avec impatience 
« que l'on se soit rais d'accord sur le point de savoir à qui ap- 
« partiendra le pays \ )) Depuis 878 cette situation avait empiré 
encore et l'Italie n'avait pas clos, à la fin du ix" siècle, la période 
d'incessants changements politiques qui s'ouvre en 875, à la 
mort de l'empereur Louis II. Depuis cette date, en effet, sans 
parler des luttes entre Charles le Chauve et ses neveux, on avait 
vu, jusqu'en 898, « Tltalie gouvernée par quatre rois différents 
« dont les trois derniers avaient été en même temps empereurs, 
« Carloman, Charles le Gros, Gui et Lambert, sans parler de 
« l'empereur Arnulf et du roi Bérenger" ». En 898 dans le cou- 
rant de l'automne une chute de cheval, ou peut-être un assassi- 
nat, débarrassait Bérenger de son compétiteur, Lambert, et 
l'ancien marquis de Frioul, réconcilié avec les principaux parti- 
sans de la maison de Spolète, l'impératrice veuve Ageltrude, lo 
marquis Anscher d'Ivrée, semblait devoir régner paisiblement. 
Mais deux ans ne s'étaient pas écoulés que les grands italiens 
mettaient une fois de plus en pratique la règle de leur politique 
dont Liutprand'^ devait un peu plus tard donner la formule 
célèbre « avoir toujours deux maîtres à la fois pour contenir 



1. Lettre à Salomon de Constance, Coll. Sanf/all., n° xxxix, dans 
Zkumeiî, p. 421. Même l'époque de Charles le Cliauve est considérée 
comme un temps de paix, « quia unuscjuisciue gaudebat de bonis suis «, 
à l'extrôrne tin du ix" siècle, par l'auteur du Chronicon Brixiense 
(Mon. Germ., SS., t. III. p. 239). 

2. A. Lapôtre, Jean Vlfl, p. 198. 
'6. Aittapodosis, 1. I, c. 37. 



SITLATIO.N liK I.ITAMK UJ5 

a l'un par la crainte de l'autre ». Ils opposèrent dune à 
Bérenger un nouveau candidat, Louis, fils de Boson, qu'ils 
appelaient de Provence. 

Du moment que les Italiens souhaitaient un autre maître 
que le leur, rien n'était plus naturel (jue d'aller le chercher au 
delà des Alpes. C'est à tort qu'on parlerait', pour des Italiens 
de cette époque, d'un roi « national ». Il n'y a que les grands, 
laïques ou ecclésiastiques qui jouent un rôle, et ces grands, 
chaque fois que nous pouvons constater leur origine, sont 
des Francs, ayant conservé le souvenir de leur première 
patrie qu'ils n'ont pas, en général, quittée depuis bien long- 
temps. Des Francs saliens, comme le comte palatin Boderad', 
comme le comte de Vérone Anselme^, comme le comte 
de Pavie wSamson\ des Alamans comme le comte de Vérone 
Ingilfred% ne peuvent voir des étrangers dans les souverains 
venus des mêmes pays qu'eux. Jusqu'en plein milieu du 
x" siècle, celui que choisissent les Italiens jjour l'opposcn- au 
provençal Lothaire et au germain Otton, Bérenger H, raj)pell(' 
dans ses diplômes son origine salique^ Il en est de la petite 
noblesse comme de la grande", et jusque dans l'entourage des 
comtes de Spolète, dans l'Italie méridionale, il y a des Francs 
de Gaule en grand nombre, qui ont conservé leur langue^ 
Sans doute, à l'époque de Bérenger, il commençait à se ren- 
contrer en Italie des gens qui avaient conscience d'être 
Italiens, et c'est sans doute avec intention que l'auteur du 
Panégijrique de Bérenger rappelle que le rival de son héros, 
le Bourguignon Gui, venait des bords du Rhône'-'. Mais, en 
somme, toute l'histoire italienne des dernières années du 



1. DuEMMLER, Oslfr. Reicli, t. I, p. M, cherche, au contraire, à déter- 
miner le caractère plus ou moins national des maîtres de l'Italie. 

2. Campi, Storia di Piacenza, t. I, p. 478. 

3. MuRATORi, Ant. Uni., t. II,' col. 247. 

4. RoBOLiNi, Nolizie délia sua patria, t. II, p. 102. 

5. Ughelli, Italin Sacra, t. V, col. 727. — On pourrait beaucoup 
multiplier les exemples. 

6. For.schuiigeti z. deulschen Gesch.. t. .\, p. oi;{. 

7. DuEMMLER. Oslfr. Rrich, t. Ht, p. 14. — Les témoins de la fonda- 
tion du monastère de Saint-Caprais par Adalbert 1 de Toscane (Mura- 
TORi, Aiit. Esteiisi, t. I, p. 210) se disent Alamans et Bavarois, etc. 

8. \. Lapùtre, Jean VIII. p. 334. 

9. r.esla Bercng., 1. II, v. 13 : « Gallicus héros »; 1. II, v. 161 : « Rho- 
« danicus ductor ». L'auteur oppose aussi les Galli qui suivent Gui 
aux partisans de Bérenger. 



166 SITLATK»" DE L'ITALIE 

IX* siècle est l'histoire de la lutte entre deux grandes familles 
franques pour la possession du vain titre de roi. Gui de Spolète 
est parent à la fois des comtes de la marche de Bretagne, de 
l'archevêque de Reims Foulque' et des seigneurs de la Bour- 
gogne dijonnaise", qui le soutiennent dans sa lutte contre 
Bérenger de FriouP. Celui-ci d'ailleurs n'est pas plus un 
Italien que Gui. Il est allié aux grandes familles de la Gaule 
et notamment à celle des Adalard. Son père, le marquis 
Éverard, avait mérité, en arrêtant les invasions slaves, d'é- 
pouser la fille de Louis le Pieux, Gisla, et de voir son mar- 
quisat devenir héréditaire dans sa famille. 11 avait en effet 
pour successeurs, l'un après l'autre, ses deux fils, Unj'och et 
Bérenger \ Ce dernier, neveu d'un marquis de Toulouse et d'un 
abbé de Saint-Bertin, cousin d'un abbé de Cysoing en Flandre, 
est donc un Franc comme son rival. C'est, de plus, un Caro- 
lingien qui se glorifie volontiers dans ses diplômes' de sa 
parenté avec les rois Francs, parenté dont son panégyriste 
tire aussi pour lui vanité ^ Ce dernier en même temps cherche 
à justifier la royauté de son héros, non par une expression 
(juelconque du sentiment national, mais par une prétendue 
donation de l'empereur Charles le Gros". 

Louis de Provence, petit-fils du dernier souverain qui eût 
régné tranquillement sur la péninsule, n'était donc pas plus 
un étranger que Gui ou Bérenger. Arnulf, bâtard d'ailleurs, 
et dont les Italiens avaient mal accueilli la domination, était 
mort. Charles le Simple était trop loin et hors d'état de 
recommencer la tentative de Charles le Chauve. Louis ét;iit 
donc le seul Car<>lingien que l'on put opposer à Bérenger \ 

1. Faviu;, Eudes, p. 81-85. On peut y ajouter (jue le nom de Fouhiuo 
figure dans l'obituaire italien de Brescia (Odorici, Slorie Brcsciatio. 
t. IV, p. 70). 

2. Sur toute la famille de Gui, cf. W'uestenfeld, Die llerzogc von 
Spolelo, dans les Forscliiniyen :■. <l. Gesr/i., t. III, p. 38;j et .suiv. 

3. DuE.MMLER, Gesla Berrng., \). 15-16. 

4. Sur la famille de FJérenger et la marche de Fi-ioul, cf. Duemmlei;, 
Oslfr. Rciclu t. III, p. 14; Gesln lirr., p. 15; E. P\\vhe, La fnm il Ir d'Ev- 
rard, marquis de Eriou/ . dans les Eludca... dédiées à G. Moiiod.. p. 155. 

5. Diplôme du 12 mai 890 (Muhatori. AnI. ital.. t. 1, p. 280) diplôme 
sans date pour l'église de Novare (Miltheil des Eisl. f. Œ. GE.. 
t. II, p. »52), confirmant les précej)tes de Charles le Gros et Carloman 
« quorum prosapie nostra coruscat origo ». 

6. Gesta lieretKj., 1. I, v. 16 ; 1. III, v. 4; 1. IV, v. 6. 

7. Gesia lierenfi., 1. I, v. 30. 

8. On y attache une certaine importance (cf. n. 5) et le panégyriste 



siTiATKiN m: i.hai.ik le: 

Rodolphe 1", en effet, celui de tous le.s souverains voisins qui 
se trouvait avec Louis le plus à mèrae de descendre en Italie 
était étranger au sang de Charlemagne. Mais nous ignorons 
la part qu'il faut faire aux idées de grandeur de Louis lui- 
même, à celles qu'avait pu lui inspirer sa mère Ermengarde, 
dont les prétentions en sa qualité de fille de Louis II sont 
attestées par des textes assez nombreux'. La vieille impéra- 
trice Engilberge, à laquelle on pourrait songer à prêter des 
vues ambitieuses pour son petit-fils comme elle en avait eu 
autrefois pour son gendre, vivait retirée dans son couvent de 
Saint-Sixte de Plaisance, où elle ne mourut que quinze ans 
plus tard'. 11 est peu vraisemblable en outre qu'elle eût ainsi 
trahi son ancien allié Bérenger, dont l'un des premiers actes 
avait précisément été de confirmer les diplômes auparavant 
obtenus par la veuve de Louis IL'. 

En dehors, d'ailleurs, de la facilité générale des Italiens à 
changer de maitre et à se soumettre à des souverains venus 
d'au delà des Alpes, il y avait peut-être des causes plus par- 
ticulières de mécontentement contre Bérenger. Les circons- 
tances n'étaient point favorables à celui-ci. Les Hongrois 
venaient d'envahir et de piller son royaume, en le battant lui- 
même sur les bords de la Brenta*. On était au lendemain de 
la guerre contre Gui de Spolète ; malgré la facilité des 
Italiens à accepter les changements de souverain, il est bien 
probable qu'il restait des partisans de ce dernier, aux yeux 
desquels l'origine « bourguignonne » de Louis constituait 



de Bérenger lui-même est obligé (1. i V, v. 5) de reconnaître que la nais- 
sance constitue un titre en faveur de Louis : 

... Sed stirpe legendus 
Berengario genesi conjunctus quippe superba. 
\H E^iMLEn (Os If'r. Reich, t. III, p. 43'i) considère à tort comme extraordi- 
naire que le roi de Provence ait pu avoir la présonqition de chercher 
à mettre la main sur l'héritage de son aïeul l'empereur Louis II. 

1. Le diplôme de Boson où. elle se dit « proies imperialis », le té- 
moignage d'Hincmar (.Inn. Berlin., a. 879), le texte des actes du con- 
cile de X'alence, la Visio Karoli. 

2. Campi, Sloria di Piacenza. t. I, p. 350. 

3. Diplôme du 8 mai 888 (Muratori, Ant. ilal.. t. VI, col. .345). 

4. Ann. Fuld.. a. 900: Reoi.non, Cliron., a. 901: .1?*?*. Alemannici, 
a. 899 {Mou. Germ., SS., t. I. p. 53). — Bérenger fut battu sur la 
Breuta le 24 septembre 899 (Duemmler, Ostfr. Reich, t. lil, p. 507). 
Les Hongrois pillèrent l'Italie pendant Tannée suivante. .Vu mois de 
juin, révéque Liutward de Verccil fut tué par eux. Cf. DussiEUX, 
Essai hislur. sur les invasions des Ilonijrois, p. ■2i-26. 



168 SITUATION DE L'ITALIE 

im titre en faveur de ce prince, tout autant que sa descendance 
carolingienne \ Le comte Gui, l'un des principaux appuis de 
son homonyme et cousin le marquis de Spolète durant l'ex- 
pédition de 889 ", venait de la Bourgogne. Les textes relatifs 
à ce pays le mentionnent à diverses reprises, précisément à 
côté de Boson^ Son frère Anscher, qui l'accompagna en 
Italie, avait été comte d'Oscheret\ avant de recevoir de (nii 
de Spolète le marquisat d'ivrée". C'est le fils de cet Anscher, 
Adalbert d'Ivrée, que Liutprand" (notoirement suspect de 
partialité, il est vrai"), désigne comme ayant été en Italie le 
premier partisan de Louis. 11 reçut en effet à deux reprises 
au moins le nouveau souverain dans sa ville de VerceiP et 
dont, comme son « très cher fidèle », il obtint des diplômes''. 

1. Il faut rapprocher des termes dont le panégyriste de Bérenger se 
sert contre Gui de Spolète ceux i[u'il emploie en parlant de Louis: 

Sollicitât Rliodani gentem. . . 

(Gesfa Ber., 1. IV, v. 4.) 

2. Expédition au cours de laquelle fut tué ce comte Gui. Cf. Duemm- 
LER, des la Bereng., p. 22. 

3. Cf. supra, p. 82, n. 1 et p. 166. 

4. DuEMMLER, ibid. Un diplôme de Charles le Gros (^Forsch. :■. 
Deutsch. Gcsch., t. IX, p. 422) pai'le des honneurs d'Anscher dans l'Os- 
cheret. — Sur le pngus Oscarensis, cf. Longnon, Allas hisl., p. 96. 

5. Il paraît avec ce titre dès l'avènement de Gui de Spolète (Duem.m- 
LER, Oslfr. Reich, t. III, p. 379; Desimom, Snlle marche d'Ilalia, p. 144), 
qui, le jour même de son couronnement comme empereur, le 4 février 
891, donne un diplôme à la requête de « Anscherius marchio et consi- 
«liarius noster » (Cad. dipl. Lang.,n° cccxLvi). Le titre officiel du per- 
sonnage que nous désignons sous le nom de marquis d'Ivrée seml)le 
avoir été celui de « marchio in Italia » (Cipolla, Di Audace, p. 2'i2). 
et il étendit au début du x'^ siècle son autorité jusque sur Asti et Turin, 
peut-être même jusque sur Milan (Deslmoni, op. cil., p. 145-6, et 
p. 150). 

6. Antapodosis, 1. Il, c. 33. 

7. Adalbert d'Ivrée fut le père de Bérenger II, persécuteur de 
l'évêque de Crémone. Aussi celui-ci est-il souvent exagéré dans ses 
récits relatifs au marquis d"lvrée, comme on le voit par ce qu'il en dit 
précisément dans le passage cité. 

8. Louis est à Verceil le 23 mars 901 (diplôme en faveur de l'église 
de Verceil ; Diiranoi, Bicerche sopra il dirillo piihlico de/ Vcrcellese e 
délia Lumbardia, pub. par Rondolino, Misccll. di Slorin ital.. 1. X.W, 
p. 23) et le 23 mai de la même année (B(»;ii.\iEiî-iMi:cni,M., n» 1464, Cor/. 
dipl. Lang.. n» ccc.xciv). 11 y est de nouveau le 21 avril 902, et y 
donne un diplôme en faveur d'Idelger, vassal du vicomte Buddon 
(VjiWiMTn., Beq. Com. Sabaudiae. n" l; Mon. llisl. Pair., (Iharlae, t. I. 
col. 103). 

9. Le second des diplômes cités à la note ])récé(ienle est accordé à 
la requête d' « Adalbertus marchio, filius quondam Anscherii ». 11 ne 
saurait donc y avoir de doule, c'est bien d'Adalbert d"Ivrée et non 
d'AdalbcM't do Toscane qu'il s'agit; cf. i)rEMMi,i;ii. Gcsln Bcreng.. ]>. '■>' . 



[000] KXPKornoN hk i.oris i:n itai.ik 169 

Quoi qu'il en soit, Louis se trouvait encore à Vienne dans 
le courant de l'année 000'. Lorsqu'il eut reçu l'invitation des 
seigneurs italiens, il traversa les Alpes, sans doute en fran- 
chissant les passes que son allié, le marquis d'Ivrée, était 
chargé de défendre. Le 11 octobre il était à Pavie et y faisait 
don à la veuve de Gui de Spolète. l'ex-impératrice Ageltrudo. 



Adalbert, fils d"Anschpr, date également d'après les années du règne 
de Louis un plaid qu'il tient à Verceil en 902 (TuiAiiosciii, Storia di 
Nonanlula, t. II, p. 85). 

1. Diplôme en faveur d'Aimoin, Charles de Chory, iv> 70 ; cf. aupra, 
p. 162, n. 2. Cet acte est ainsi daté : « Actum esthocpreceptnm apud Vien- 
« nam civitatem anno incarnationisdominice DCCCC, indict. ii, anno 1 
« régnante Ludovico gloriosissimo rege. » L'indiction est celle de H9*J ; 
l'an 1 du règne, en 900. ne pourrait être que celui du règne en Italie, 
compté à partir du moment auquel Louis reçut l'appel des grands de 
ce pays, car son itinéraire s'oppose à ce que l'on considère l'acte 
comme postérieur au couronnement de Pavie, ainsi que le fait à tort 
Bruel, Chronologie des rois de France et de Bourgogne, p. 6'*. 11 n'est 
pas impossible que Ton ait compté de cette manière les années de règne 
même dans un diplôme relatif à la Provence, car nous connaissons un 
acte bourguignon daté d'après le règne de Louis en Italie (Charles de 
Cluny, t. L p. 94). D'autre part, le notaire Arnuif, qui a signé le di- 
plôme qui nous occupe, souscrit aussi bien les actes émanés de la 
chancellerie italienne que ceux émanés de la chancellerie provençale. 
Il serait cependant possible aussi, l'acte n'étant connu que par des 
copies de cartulaires, qu'il faille supposer une erreur de copiste, 
anno I pour amio X, 900 étant la 10« année du régne de Louis en Pro- 
vence. Cependant le ms. le plus ancien qui nous ait conservé ce texte, 
le cartulaire C de Cluny (Bibl.Nat., ms. lat. nouvelles acq. 2262, fol. 59. 
no 129) donne «?i«o primo en toutes lettres. — Au mois d'août de cette 
année, c'était encore Bérenger qu'on reconnaissait dans le voisinage 
de Bergame (Cod. dipl. Lang., n° cccLXxxv). 

On ne peut guère établir la chronologie (et même une partie des 
faits) des expéditions de Louis en Italie, que grâce aux textes diplo- 
matiques. L'emploi exclusif des sources narratives avait induit en 
erreur quelques-uns des meilleurs érudits des siècles jjassés, notain- 
ment Dom Vaissète {Ilist. de Langned.. t. lY. p: 17 sqq ). La Chroni<pic 
de Réginon. en effet, place en 896 la première descente de Louis en 
Italie, et de là cette date passa dans un certain nombre de chronifiues 
universelles, comme celle de Marian Scott {Hist. de Fr., t. IX, p. 271) 
ou le Mnnipulus Florum (c. xix) de Gai.vaneus Flamma (Script. Rcr. 
liai., t. XI. col. 604). Cette date est en contradiction avec les diplômes de 
Louis, très nombreux cette année pour la Provence, et avec ce fait que 
l'expédition, au témoignage de Réginon lui-même, n'eut lieu iju'apres 
la mort de Lambert (898). Aussi Uom Vaissète veut-il rapporter cette 
expédition à 899, en rapprochant cette mention de l'indication de com- 
bats en Italie, donnée par le même Réginon sous l'année 898. Nous 
possédons trop peu de textes pour pouvoir affirmer avec certitude que 
Louis n'ait pas pénétré en Italie en 899; mais l'hypothèse est peu vrai- 
semblable. Ni Réginon, ni Liutprand en effet ne parlent de trois expé- 
ditions; et il faudrait les admettre, dans ce système, pour expliquer 
la présence de Louis à Vienne durant Tannée 900. 



170 r.M'KDITln.N DE l.olJIS EN ITALIE |900-'JOI| 

d'un (loinaino dit Curtis-ni((jor\ au comté d'Ancia. — C'est 
dans cette ville, peut-être seulement le lendemain, dimanche 
12 octobre, qu'eut lieu le couronnement de Louis comme roi 
d'Italie, au milieu d'un grand concours de nobles et d'évèques". 
De Pavie, il paraît s'être sur-le-champ dirigé vers Rome. Le 
14 octobre il était à 01onna^ au comté deLodi, où se trouvait 
l'une des résidences des souverains italiens \ Le 31 du même 
mois% on le trouve à Plaisance, où il confirme à Pierre, évêque 
de Reggio, les domaines de son église puis, le 19 janvier 901*^ à 



1. L. ScHiAi'ARELLi, Diplotiii îneiUti dei secoii IX e X, dans le BuU. 
dcW Ist. star, ital., n» xxi, p. 136. 

2. Le préambule d'un diplôme pour Pierre, évoque d'Arezzo, du 
l'2octobre(BŒiiMER-MuEiiLii.,nc I^i55: Muiîatoiîi. .1/;^ lUd., t. I, col. 87) 
mentionne cette élection : « Venientibus nobis Papiaui in sacro palatio, 
(c ibique a electione... in nobis ab omnibus episcopis, marchionibus, 
« comitibus, cunctisque item majoris inferiorisque personae ordinibus 
« facta, prout opportuni temporis ratio signiHcabatur. » Il faut, bien en- 
tendu, faire la part des formules. — Le diplôme ne parle que d'élec- 
tion, mais il est bien probable que le couronnement a eu lieu à Pavie. 
capitale ordinaire des rois italiens. Constantin Pokphyrogénî;te (^Dc 
Adm. Imp., éd. Bekker, p. 116), qui peut avoir eu sur ce point un 
renseignement exact, dit que lorsque Louis arriva dans cette ville, il 
était encore aaT£;:-co;. Comme le 12 octobre tombe précisément un 
dimanche, il est possible que ce soit le jour même de l'élection et du 
couronnement. Mais il est bien évident ipie l'on peut admettre fort 
bien que la date de temps du diplôme, sous actum, ne s'applique pas 
exactement aux faits énoncés dans l'exposé. M. Schiaparelli, en raison 
du diplôme pour Ageltrude, cité n. 1, croit l'élection antérieure au 
11 octobre. Mais le diplôme en (|uestion peut être antérieur à la céré- 
monie, comme le prouve l'acte cité p. 169, n. 1, où Louis compte 
les ans de son règne en Italie, avant même d'être entré dans ce pays. 
En somme, la mention de l'élection dans un diplôme dont la date de 
temps, sous actinn. coïncide avec un dimanche, constitue tout au moins 
une présomption en faveur de notre liypothèse (pie la cérémonie de 
l'élection et le couronnement ont pu avoir lieu à Pavie le 12 octobro. 

3. BcKiiMER-MuEiiLH., n" 1456; Muratori. Ant. ital., t. I, col. 581. 

4. Cf. Millh. des I, /'. Œ. G /•'., t. VII, p. 'i44, et le début de la notice 
d'un plaid tenu par Uérenger dans cette ville le 9 août 907 (Schiaparelm, 
DipL incd., \). 145). 

•5. B(J^:ll.\IER-^!^JEMLH., n" 1457 ; U(iiiEi.Li, liai. Sacra, t. II, p. 155. 

6. BoiMiMER-MuEin.R., 11'^ 1459: (lod. dipl. Lniuj., n'M)CCCLX.\\l. — Nous 
n'avons pas cité un diplôme daté également de Bologne et du 16 jan- 
vier 901 (B(F.iiMER-MuEnLR., u" 1458 : (lad. dipl. Lnng.. n° cccL.xxxvni) 
(|ui est évidemment un faux (cf. Duemmlep., Gi-sla licreit;/.. p. 168). 
(Cependant, les clauses finalas sont assez correctes, si ce n'est la substi- 
tution, dans la récognition de chancellerie, du nom d'Ileilbert à celui 
de Liutward. Les éléments chronologir|ues de la date concordent. Il 
est donc ])ossible (pie le protocole final et en particulier la date aient 
été cmi)rMntés à un diplôme au1henti(pic et que Louis se soit trouvé 
réellement à Bologne le Ui janvier. 



inOIJ COIRONNKMKM liK L(tl IS A IIOMK 171 

Bologne, d'où il (lat(3 un diplôme en faveur du monastère de 
son aïeule Engilborge, celui de Saint-Sixte de Plaisance. A 
la fin de ce même mois ou au début de février il était à Rome, 
au milieu d'une nombreuse assistance de comtes et d'évôques. 
C'est dans cette ville que, le 15 ou le 22 février 901, sans 
doute', il recevait des mains du pape Benoit IV la couronne 
impériale". 



1. Le couronnement est certainement postérieur au 19 janvier 901, 
date à laquelle Louis ne porte encore que le titre de roi (H(*:iimei!- 
MuEHLB., n" 1459; Muratori. Ant. Uni.. II, 205; Cod. clip. Lang.. 
n° cccLXXXi) et antérieur au 28 février 901, date la plus avancée à 
laquelle on puisse placer les actes (Bceumer-Mueulb., n" 1460; Mansi, 
XVIII, 239) d"une assemblée de grands et d evèques tenue à Rome par 
Louis Empereur. 11 serait même certainement antérieur au 24 de ee 
mois si l'on admettait la correction faite à la date du diplôme pour 
Pierre d'Arezzo, par Lupi (Cod. dip. lierg., t. II, p. 4) et par Dcemmleu 
{Gesta Berenij., p. 168). Bœiimer-Mi-eiilb.. n" 1461 ; Muratori, Ant. 
liai., t. II, p. 49). Tous deux veulent lire VI kl. mari, au lieu de 
VI non. mnrt., en considérant que si Louis était à Rome le 2 mars, il 
aurait pu difficilement être à Pavie le 11 du même mois, la distance 
entre ces deux villes étant, en effet, d'environ 500 kilomètres. Mais 
la question de la rapidité des déplacements au x« siècle n'a pas encore 
été suffisamment étudiée pour permettre de nier la possibilité du fait, 
et d'autre part, il faut toujours tenir compte d'une discordance pos- 
sible entre les dates de temps et de lieu (cf. A. Girv, Manuel de 
Diplomatique, p. 583). Donc, bien que le diplôme en question ne soit 
connu que par une copie de cartulaire, la correction ne s'impose pas 
absolument. — Mais il est bien probable que Louis faisait partir du 
jour de son couronnement le compte des années de son empire. Or, 
deux diplômes, qui ne sont, il est vrai, connus que par des copies de 
cartulaires, considèrent le 12 février 902 comme faisant encore partie 
delà première année du règne de Louis (BoKHMER-MrEFU.B, n°* 1467 et 
1468; TiRAHOSCHi, Storia di Nonantula. t. Il, p. 84, et Mur.atori, 
Ant. ital., t. II, p. 207). La date du premier de ces deux diplômes porte, 
il est vrai. ann. inc. uccci. mais c'est par erreur, car en février 901, 
Louis était à Rome, non à Pavie. et sa chancellerie comptait ind. IV 
et non ind. V. La date du couronnement se place donc entre le 13 et 
le 28 février 901. Mais comme il est probable que Louis, selon l'usage 
des Carolingiens, suivi en cela par Gui de Spolète et par Lambert 
s'est fait couronner un dimanche, le jour du couronnement doit être 
fixé au 15 ou au 22. — La date donnée par Bœhmer, au second des 
diplômes cités, est erronée, sans quoi le couronnement sera't certai- 
nement le 22. Les diplômes provençaux, toujours très mal datés, ne 
permettent pas de décider la question. — Nous n'avons pas fait inter- 
venir Un diplôme daté du 25 février 902, légèrement suspect d'al- 
tération, et (jui ne fournirait d'ailleurs rien de plus. {Mon. Ilist. Pat . 
Chartae, t. Il, col. 21-23; sur l'authenticité et la date de ce diplôme, 
cf. C. CiPOLLA, dans Miscell. di Storia ital.. \. XXXII, p. 155.) 

2 Ni LiuTPRAND, ni Constantin PoRPHYRociÉNÈTE ne parlent de cette 
consécration impériale, indiquée, au contraire, par RÉdiNON (Chro- 
nique, a. 898. \). l'i'i), et par la notice de rasseuililéc tenue à Rome en 



172 LOUIS I-:N ITALIE [901] 

Son autorité parait avoir été reconnue à cette date dans la 
majeure partie de ce qui constituait le royaume d'Italie, dans 
le marquisat d'ivrée', en Lombardie jusqu'à C(3me dont 
l'évêqueremplissait auprès du nouveau souverain les fonctions 
d'archichancelier'-, dans le marquisat de Toscane ^ à Rome 
enfin où le souverain pontife avait couronné Louis et faisait 
frapper des monnaies à son nom'\ En revanche, nous n'avons 



février 901 (Mansi, t. XVIII, p. 239) qui fournit en même temps les 
noms d'un certain nombre de personnages laïques et ecclésiastiques 
réunis sans doute à cette occasion. Elle est également mentionnée par 
un certain nombre de textes annalistiques : Ann. Alcmannici, a. 900 
{Mon. Gcrm., SS., t. I, p. 54) qui distinguent le fait de l'expédition 
de 900 de celui du couronnement ; Ann. Eùisidlenses, a. 901 (Mon. 
Germ., SS., t. III, p. 140); Ann. Cavenses (Ihid., p. 188); Chron. Cn- 
sauricnsc {SS. Rer. Ital., t. II, n, col. 822) ; Galvaneus ¥L.\yn\\{Mani- 
piilus Florum. c. XLX, Script. Rir. liai., t. XI, col. 604), qui est très 
postérieur, mais semble emprunter à une source ancienne perdue. 
Le nom de Louis figure naturellemenf dans un certain nombre de 
catalogues impériaux: Cat. Neapolitanus {Scripl. Rer. Lang.^ p. 493); 
Cal. Nonanl. Conlin. {Ibid .. p. 503) ; Cat. Pont. Romanorum et im- 
perat. saec. XI (Mon. Gcrm., SS., t. XXIV, p. 82); Gilbert, Chron. 
Pont, et Imper. Roman. {Ibid., p. 131) ; Chronique dite de Hugues de 
Salnt- Victor {Ibid., p. 95) et catalogues qui en dérivent {Ibid., p. 104 
et 113); Cat. Cavensis {Mon. Germ., SS., t. III, p. 215). — Louis 
porte dans la série des empereurs de même nom le numéro trois. 

1. CL supra., p. 168. 

2. DuEMMLER. Gesta Rereng., p. 169. — Les diplômes de Louis et 
quelques autres actesmontrent, dans ces régions. l'autorité de ce prince 
s'exercant sur les diocèses ou les comtés de Verceil {supra, p. 168 
note 8), Asti {M. H. P. Chartae, t. I. p. 100; t. Il, p. 21), Alba (F. Savio, 
Gli antichi vescovi, p. 53), Bergame {Cod. dipl. Lang., x\°^ cccxciii, 
cccxciv, cccxcvii: Mansi, t. XVIII, p. 329), Bologne {Cod. dipl. Imii;;.. 
n"^ 381), Brescia (Mansi, L cit.), Bredulo, aujourd'hui Breo. près de 
Mondovi {M. II. P. Chartae, t. 1, c. 100), Cùme (Ugiielli, liai, sacra, 
t. II, col. 255 etV, col. 27 : Muratohi, Ant. ital., t. II, col. 47; .Mitlh. 
d. Inst. f. [Œ. G F., t. ,VI1, p. 456; Cod. dipl. Lnnfj., n" 390), Cré- 
mone (Corf. dipJ. Lang., n" ccciAXXix), Lodi (Mansi, /. cit.; Cod. 
dipl. Lang., n" 387), Novare {Ibid. et Ughei.li. Itcd. sacra, t. VI, co'. 
271), sans ])arler de Pavie. 

3. Nous parlons un peu plus bas d'Adalbert, manjuis de Toscane, et 
de ses relations avec Louis. Les actes montrent Louis reconnu en 
Toscane à Lucques (Mansi, /. cit. ; Lgiiei-M, t. I, col. 799 ; Memorie 
lucchese, t. V, ii, p. 70), à Arezzo (Mansi. ibid.; Muhatori, Ant. ital.. 
t. I, col. 87 ; t. II, col. 49), k Cliiusi {Forsch. z. d. Gesch., t. IX, p. 428; 
à Fiesole (Mansi, Ibid.).k Florence {fhid.). à Phto'ui {Ihid.),k Volterra 
{Ibid.), en Emilie à Parme {Ibid.), k Plaisance {Ibid. et Cod. dipl. 
Lang.. n» ccCLXXXi ; Ugiirlm, t. II, col. 255; Miseell.di Sloria ital., 
t. .\XV, p. 23), à Luna (Mansi, ibid.), à Modène (Muratori, AiU. ital., 
t. III, p. 143), à Ueggio (MuuaTORI, Ant. ital., t. I, c^ol. 581 ; t. II, col. 
205; Ugiielli, t. 11, col. 255; Cod. dipl. Lang., n" ccclxxxi). 

4. Certaines monnaies de ce pape portent au revers le nom de Tempe- 



[9011 \AWIS KN ITAI.IK 173 

aucune preuve que cette autorité s'étendît également sur la 
partie méridionale de l'Italie, comme s'y était étendue plus ou 
moins effectivement celle de Gui et de Lambert'. Elle n'était 
certainement point reconnue dans les pays situés à l'est de 
l'Adige et correspondant à la marche de Frioul". Dans cette 
région Bérenger, durant l'automne de l'année 901, régnait 
encore à Vérone et à Vicence' et très probablement, par 
conséquent, dans les parties de son marquisat plus voisines 
des frontières slave et bavaroise*. 

Parmi les seigneurs les plus considérables entre ceux qui 
s'étaient rangés du coté de Louis il faut placer Adalbert, 
marquis de Toscane, et le comte Sigefroi. 

Adalbert II, dit le Riche'', avait, entre 884 et 889 '\ succédé 
avec les titres de comte ', de duc'' et de marquis^, à son père, 



reur Louis (Gariel, Monnaies royales de la 2« race, p. 340, et pi. 
LXIII, n"^ 5 et 6). 

1. Chartes de 894 et 897 dans Luenig, Cod. diplom. ilal., t. I\', p. 
398 et 399. Mais il ne faut pas oublier que Gui et Lambert étaient ducs 
de Spolète avant de régner en Italie. 

2. Le point le plus rapproché de l'Adige où l'on puisse constater que 
Louis était reconnu est seulement Brescia, dont l'évèque assiste à son 
couronnement. L'évèque de Concordia cependant intervient en 901 
dans un diplôme de Louis (Bœiimer-Muehlb., n" 1459 ; Cod. dipl. 
Lang., n° ccclxxxi). C'est à tort que Duemmler, Oslfr. Beich, t. III, 
p. 14, croit pouvoir déduire de la présence de comtes particuliers à 
Vérone que la marche de Frioul ne s'étendait pas jusqu'à cette ville. 
Les marquis de Toscane (cf. infra, p. 174, n. 10) avaient un comte 
particulier à Lucques, leur capitale. 

3. Deux diplômes du 23 août 901 sont datés de Vérone (Biancolini, 
Yescovi di Verona, p. 73, et Muratori, Ant. ilal., t. VI, col. 223). Le 
premier est accordé à la requête de Vital, évêque de Vicence, mais il 
faut remarquer que le second est en faveur de l'évèque Garibald de 
Novare, sujet de Louis, qui en obtint plusieurs diplômes. On peut citer 
aussi comme preuve de la continuation du règne de Bérenger à \'érone 
la date d"un acte privé rapportée par C. Cipolla, Verzeichn. der Kaise- 
rurk. inden Arch. Veroiias dana Mitlh. des Imt. fi'ir Œ. GF.A. 11, p. 94. 

4. Sur ces limites, cf. Dcemmler, Ostfr. Beicli, t. III, p. 14. 

5.' LmTPRAND, Anlapodosis, 1. I, c. 39 : « ut solus ipse cognomento 
diceretur Dives ». 

6. C'est Adalbert I qui fonde en 884 le monastère de Saint-Caprais 
('SIi:b.ktori. A7itich. Estensi, t. I, p. 218; Duemmler, Osi/"/'. Heirh. t. III, 
p. 369). mais c'est Adalbert 11 qui figure dans la guerre entre Bérenger 
et Gui en 889. 

7. Muratori, Ant. ilal., t. 111, col. 1037. 

8. Adalbert 1 porte ce titre en 847 (Fiorentim, Memorie di Malilde, 
t. III, p. 17). 

9. Adalbert I s'intitule « cames el marchio » dans la charte de Saint- 
Caprais, il est ûMmavchio en 847 (Muratori, Anl. ilal., t. III, col. JG7) 
Adalbert II ne reçoit de Liutprand (I. I, c. 39; I. 11, c. 35) que ce titre. 



•174 ADAl.BKiiT I)l'. TOSCANR 

Adalbert V, dans le gouvernement des vastes territoires sou- 
mis à l'autorité du « marquis de Toscane », autorité dont les 
limites ne paraissent pas avoir été plus nettes que celles des 
autres marches de l'empire franc. Dans les premières années 
du IX" siècle elle s'était étendue sur la Ligurie et sur la Corse'. 
Au début du x% le marquis semble avoir exercé, au delà des 
villes toscanes proprement dites, de Lucques, sa capitale ^ de 
Florence\ Pise\ Cliiusi^, jusqu'à Parme^etmème à Novare", 
sur un certain nombre de g■astalds^ de vicomtes^ et même de 
comtes'", sinon un pouvoir bien défini, du moins une cer- 
taine suprématie. 

Les premiers titulaires de la marche, au temps de Charle- 
magne et de Louis le Pieux, furent deux comtes du nom de 
Boniface. Le second paraît avoir été disgracié par Lothaire 
comme partisan de Judith, et dépouillé momentanément de son 
comté de Lucques". C'est néanmoins le fils de Boniface II, 



Cf. Ughelli, liai, sacra, t. II, col. 214 ; Mittheil. des I. /'. Œ. G F.. 
t. II, p. 51. 

1. DuEMMLER, Ostfr. Reich, t. III, p. 16. Les Annales rpijni Fraiiconim, 
a. 828 (éd. Kurze, p. 166), et la Vita Sergii II Papae (Liber Ponti- 
/icalis, éd. Duchesne, t. II, p. 99), disent expressément que le titulaire 
du duché de Toscane, le comte Boniface, était chargé de la défense de 
la Corse. 

2. C'est là qu'on trouve le plus souvent les deux Adalbert et le second 
y fut enseveli (cf. son épitaphe dans Liutprand, Opéra, éd. Duemmler. 
p. 166). — Lucques- est qualifiée de « curte ducali » (Muratori, Ant. 
ital., t. I, col. 503). 

3. DrEMMLER, iOid. 

4. Son missus y est mentionné en 878 et eu 909 (Muratori, Ant. 
ital., t. m. col. 1037 et 1041). 

5. Duemmler, loc. cit.. et diplôme de l'empereur Louis III du l'''juin 
901 (Forsch. :■. d. Gesch., t. IX, p. 429). 

6. Placite de mai 906 (Muratori, Ant. ital., i. II, col. 937). 

7. Diplômes de Bérenger de 908 et de 915 pour le monastère de 
Saint-Sébastien de Fundaneto (Mitlh. d. Inst. f. Œ . QF., t. II, 
p. 451). 

8. Videlgrimus, gastald d'.Vdalbert I, est mentionné en 853 (NfuRA- 
TORi, Ant. liai., t. III, col. 167). 

9. Gariard, « vicomte du marquis Adalbert », est mentionné dans 
les deux diplômes de Béreuger cité n. 7. — Liutprand (Anlnpodosis, 
l. II, c. 66) donne à ce personnage le titre de comte. 

10. Il y avait notamment, semble-t-il, à Lucques même, un comte 
distinct du marquis de Toscane. Eu décembre 857, sous Adalbert I, 
c'est un comte liildel)raud (pii préside le plaid dans cette ville, assisté 
de l'évoque (;t de deux missi impériaux (Muratori, .1///. ital., t. 1, 
col 557) et il parait avoir eu sou fils pour successeur dans ses fonctions 
(Duemmler, Ostfr. Jicich, t. III, p. 378). 

11. Nous avons des rensciirnements sur la famille d'Adalbert dans la 



Al>Al.l!i:i',T l»r. TdSCAM-; I7r) 

Adalbert I"", que l'on retrouve en 847 à la tête de la marche 
de Toscane' et qui est mentionné dans les actes jusqu'en 884\ 
Nous avons eu déjà l'occasion de parler de ses démêlés avec 
le pape Jean YIII, qu'avec l'aide de Lambert de vSpolète, dont 
il avait épousé la sœur, l'impudique Uotilde^ il contraignit 
à se réfugier en Gaule auprès de Boson et de Louis le Bègue. 
'Comme tous les Italiens de son temps, on le voit servir tour 
à tour les différents souverains qui établirent pendant une 
période plus ou moins longue leur domination sur la ])éninsule, 
Louis II, Charles le Chauve et le « parti français » qui parais- 
sent l'avoir réconcilié avec Jean VIII \ puis Charles de 
Souabe^ Son fils Adalbert II, qui figure en même temps que 
son père dans le dernier acte de celui-ci, montre la même 
facilité à suivre le parti du plus fort. Dans la lutte de 889 
entre Bérenger et Gui, il observe d'abord une sage neutralité, 
datant prudemment ses actes de « la mort de l'empereur 
Charles* »; ce n'est qu'après le triomphe définitif du duc de 
Spolète qu'il se décide à se souvenir que sa mère était la sœur 
du vainqueur, et à figurer dans les actes de celui-ci comme son 
(c très cher neveu et fidèle conseiller ' ». Sa politique à l'égard 
d'Arnulf, lors des deux expéditions de celui-ci en Italie, fut 
hésitante ** ; sa parenté avec Gui de Spolète ne l'empêcha pas 
de passer au parti de Bérenger contre l'empereur Lambert, 
qu'il avait commencé par reconnaître ^ mais dont il essaja 



charte de fondation du monastère de Saint-Caprais, citée plus haut. 
C'est à elle que prétendait se rattacher la maison d'Esté (Muratori, 
Ant. Eatensi, t. I, 440). 

1. DUEMMLER, Ostf7\ Bfich, t. III. p. 16. 

2. FiORENTiNi, Mcmorie di Matilde, t. III, p. 17. 

3. « Una cum moecha sorore Rotilda », dit Jean VIII, dans sa lettre à 
Louis le Bègue (Migne. t. CXXVl, c 768). 

4. Dtiemmi.er, Oslfr. Reich, t. III, 92 ; JaffÉ, n" 3331. 

5. Du moins nous croyons qu'il faut l'identifier avec lo comte Adal- 
bert qui, en mars 881, assiste à un plaid tenu à Sienne par Cliarles le 
Gros (Muratori, Ant. ilal., t. II, col. 391). 

6. Cf. DuEMMLER, Ostfr. Reicfi, t. III, p. 365 et les dates de divers 
actes rapportées par lui. 

7. Diplôme du 26 mars 890 (Ughelu,//^/. Sacra, II. 214) et un autre 
diplôme cité par Duemmler, Ostfr. Reich. t. III, p. 365. 

8. En 894, avec son frère Boniface, il est des premiers à lui prêter 
hommage (Duemmler, op. cit., t. III, p. 378). Mais, en 896, il a plutôt à 
son éfi;ard une attitude hostile (Ibiil., p. 416). 

9. Il siège avec son mis,<ius, le comte palatin Amédée, dans un plaid 
tenu à Florence, le 4 mars 897 (Muratori, Ant. ital., I, 497). La même 
année, à sa requête, l'empereur Lambert confirme les biens du mo- 



I7(i ADALlir.l'.T DE TOSCANE 

plus tard de s'emparer par trahison. Le coup manqua et 
Adalbert, dépouillé de ses « honneurs », dut chercher un 
refuge auprès de Bérenger. Il fut plus tard rétabli dans 
ses bénéfices \ Lors de l'entrée en Italie de Louis de Pro- 
vence, avec lequel il avait d'ailleurs certaines relations de 
parenté, ayant épousé la mère de Hugues d'Arles', il semble 
s'être de bonne heure joint aux partisans du nouveau sou- 
verain. Pour celui-ci, le fait de compter parmi ses adhé- 
rents le puissant marquis, qui disposait directement ou indi- 
rectement de près d'an tiers du royaume", dut être un 
important élément de succès''. Adalbert assistait à l'assemblée 
dePavie et à l'élection de Louis, duquel il obtint alors un pri- 
vilège en faveur de Pierre, évêque d'Arezzo''. Le 1" juin il 
intervient encore auprès de lui pour faire concéder à l'un de 
ses propres fidèles un domaine au comté de Chiusi^ C'est 
encore lui sans doute qui sollicite, en même temps que le comte 
palatin Sigefroi, de l'empereur Louis, des diplômes pour h^ 
monastère de Santa-Maria Theodata de Pavie ', et pour la 
célèbre abbaye de Nonantula^ 

Sigefroi, qui vient d'être mentionné à côté d'Adalbert, 
paraît également dans de nombreux diplômes de Louis de 
Provence, roi d'Italie, dans lesquels il porte aussi les titres 
divers de duc*, de marquis^", de comte du sacré palais". Il était 



nastère de Santa-Croce in Chianti {MiUli. Iiisl. /'. Œ. GF., t. VII, 
p. 451). 

1. LiUTPRAND, Anlapodosis, 1. II, c. o'.». 

2. Berthe, veuve du comte Thibaut, dont nous reparlerons plus luin. 
Le mariage paraît avoir eu lieu avant 898. 

3. Le marquisat d'ivrée, peu étendu, la Lombardie et le Frioul 
échappent seuls à son action. Nous ne parlons pas de l'Italie méridio- 
nale dont l'histoire reste en dehors de celle des duttes entre Louis et 
Bérenger. 

4. Lorsque Louis n'a plus Adalbert avec lui « facile est expulsus ». 
dit LuiTPKVNi), Antapodosis, 1. II, c. 35. 

5. B(4;nMtK-xVlUËiiLU., n" 1455; MuuvToiu, Aiit. ital.. t. 1, col. 87. 

6. Donation à Adalric, vassal d'Atton, fidèle du marquis Adalbert 
(Forsch. s. d. Gesch., t. IX, p. i28). 

7. Diplôme du 11 mars 901 (Boichmer-Muemlik, n" 14G2; Muuatori, 
Ant. ilal.,t. 1, éd. 365). 

8. Diplôme du 12 février 902 (Bfi^iiMER-ML'EiiLU., n" 1467 ; TiRVUdSCiil, 
Slorin di Nonanlold. t. 11, p. 84. 

9. Diplôme cité à la note précédente. 

10. Diplôme du 7 décembre 901 (HiiiiELLi, Ital. sacra, t. 'V, col. 271). 

11. Diplômes de mar.s-mai 901 {Cod. dipl. Lang., n" ccc.\cvn) et du 
23 mai 901 (B(*:h.mer-Ml"ehlh., n" 1464; Uuhelli, lUiL sacra, l. 1\', 
col. 422). 



LR COMTE SIGEFROI 177 

certainement comte de Milan' et con) te de Plaisance-, mais ses 
origines et son histoire sont moins connues que celles du 
marquis de Toscane. Nous savons seulement que, comme ce 
dernier et comme bien d'autres, Sigefroi fut, en un très court 
espace de temps, fidèle et amé conseiller d'un assoz grand 
nombre de souverains. Il paraît avoir figuré en 889^ parmi les 
partisans de Gui de Spolète. En 895 il sollicite pour ses vas- 
saux les faveurs de l'empereur Lambert'', mais en 896 reçoit 
de Bérenger des faveurs analogues'' et, en 900, à l'époque de 
l'assemblée de Pavie, il était du nombre des Italiens qui 
reconnaissaient comme souverain Louis de Provence ^ 



1. Jugement rendu en 901 par « Sigefredus comes palatii et cornes 
« comitatus Mediolanensis » {Cad. dipl. /La»^., n" cccxcvi). Sigefroi est 
simplement qualifié de comte dans les diplômes de Louis du 12 octobre 

900 (B(*':HMER-iMrEiiLn., n" 145.'); MrRVToui, Anl. ilal., t. I, col. 87) et 
du 11 mars 901 (BœilMEK-MrEin.u., n" 1102 ; Cod. dipl. Lan;/., 
n° ccc.xci). 

2. « Sigefredus comes palatii et comes ipsius comitatus Placentini « 
tient à diverses reprises des plaids à Plaisance (Gulini, Memon'e délia 
Sloria di Milaiio, t. II, p. 100; Campi, Storia di Piacenza, t. 1, 
p. 238). En 89.5, Lambert donne à son fidèle Amalgis un domaine au 
comté de Plaisance, « consensu ac consilio Sigefredi comitis nostri fide- 
« lissimi. qui tune ipsum comitatum regere videbatur » (Mitth. d. Iiist. 
/'. Œ. GF., t. Vil, p. 448) et à Othier, vassal dudit Sigefroi, un do- 
maine au même comté (Ibïd., p. 450). 

3. DrEMMLER, Usl/'r.Hcich, t. III, p. 324. Selon Desimoni (Sullf Marche 
d'Ilah'a, p. 204-205), ce seraient Gui et Lambert qui auraient créé 
entre les marches de Frioul et d'Ivrée une sorte de « marche septen- 
« trionale », correspondant à une partie de l'ancien duché d'Italie, au- 
trefois confié à Boson, et en auraient accordé le gouvernement au comte 
Sigefroi. 

4. Diplômes cités, supra, n. 2. 

5. Diplôme du 29 juillet 896 (TiiUBoscin, Storia di Nonanlula, t. II. 
p. 72). Un autre, du même souverain, de 898 (Mill/i. des Itist. /'. (E.GF., 
t VII. p. 453) donne à Sigefroi le titre de chancelier de l'érenger, 
ce qui ne peut provenir que d'une altération du texte. En 899, Sigefroi 
figure encore comme ambasciator dans un diplôme de Bérenger en 
même temps qu'.\molon, évêque de Turin (MnuToiu, AiU. ilal., t. I. 
col. 983). 

6. Diplôme précité du 12 octobre 900 (MrKAToui, ibid., col. 87). 
GuLLM (Memorie ddla storia di Milano, t. II, p. 94), en s'appuyant sur 
ce fait qu'en octobre 89G (ibid., p. 472), un comte palatin de Lambert, 
Amédée, tient un plaid à Milan, croit à tort que ce fut de I^ouis que 
Sigefroi reçut son marquisat. Cette idée a été reprise par Gingins 
(Bosonidfs.'j). 158), qui invente, en outre, que cette faveiu- excita la 
jalousie d'Adalbert et amena sa défection. Sur ses rapports avec Louis, 
cf. aussi diplômes du 14 octobre 900. des 23 mars, 25 mars et 23 mai 

901 (Bœumer-Mueiilb., n''« 1456, 1463, 1464; .MrUATdiu. .[>it. ilal., t. 1, 
col. 87 et 587; Miscell. di Star, ilal, t. XXV, p. 23; Cod. dipl. 
Laiig., n"^ cccxcn, cccxciv). 

l'di l'.iRDi.N. Royaume de Provence. 12 



178 l.nuis F.N ITAIJK '900-902] 

A côté de ces puissants personnages les diplômes de Louis 
indiquent encore autour de lui la présence d'un certain nom- 
bre de comtes: Adalelme ', sans doute le comte de Valence 
ayant accompagné son seigneur en Italie, Liutfrid", peut-être 
comte de Crémone^, Rodolphe, comte d'Auriate^ et d'antres 
dont l'identification est plus difficile, comme les comtes 
Roubaud'', Albéric^ Gotfrid', Arnulf' et Ratier^ 

Mais s'il est possible, au moyen des diplômes, de connaître 
au moins une partie des évoques et des comtes qui reconnais- 
saient l'autorité de Louis, il est beaucoup plus difficile de 
savoir dans quelles conditions s'opéra cette sorte de conquête 
de l'Italie parleroide Provence. D'après letextodeLiutprand'", 
il semblerait que tous les comtes italiens, ayant passé au parti 
de Louis, son adversaire se trouva ipso facto dépossédé et 
incapable de faire la moindre résistance, ce qui est assez 
vraisemblable et d'accord avec la manière dont les choses se 
passaient le plus souvent lors d'une invasion de quelqu'un 
des souverains francs dans le royaume de son voisin, chacun 

1. Sur ce personnage, cf. inp'a, p. 203. 

2. Diplôme du 12 février et du 21 avril 902 (B(*:HMER-MrEHLB., 
n" 1468; Miiratori, Ant. ital., t. Il, col. 205; Mon. Ilist. Pair. 
Charlae, t. 1, p. lOo). 

3. Un Litfredus, comte de Crémone, fait en 885 une donation au mo- 
nastère de Nonantula (TiR\n(»scni, Sloria iH Noimnlida, t. Il, p. 61). 
La souscription d'un comte de ce nom figure également en 905 au bas 
d'un acte cl'Aadax, évèque d'Asti {Mon. Ilist. Pair. Charlae, t. I, n" 
LXVi). Un autre était bénéficié à Monza {Cad. dipl. Laiig., n" ccc.x.wix). 

4. Diplôme du 21 avril 902 (Mon. llisl.Palr. Charlae, \. I,col. 103). Le 
comte d'Auriate devait dépendre du marquis (Livrée et suivre le même 
parti que lui. Un Rodolphe, fils d"Unroch, assiste aussi à un plaid tenu 
en 931, près de Modéne, par le comte Suppon (L.Sciiiaparelli, Diplomi 
ined. dei sfcoli IX e X, p. 147). 

5. Il assiste jà l'assemblée de Rome (Mansi, t. X\'I11, p. 239). 

6. Mitlh. d. Iiist. f. Œ. CF., t. VII, p. 456. Il s'agit sans doute du 
comte de Ferme (cf. ihid., p. 451), plutôt que du marquis de Spolète 
et de Camerino de ce nom. 

7. Il assiste en 901 à l'assemblée de Rome(MANSi, t. XVIIl, p. 239). Un 
personnage de ce nom. mais sans désignation de comté, figure on mars 
881 à un plaid de Charles le Gros(MrRAT(tRi, .b/^ ilal., t. I, col. 951) et 
en 902 à un plaid de Bérenger {Mon. Ifisl. Pair. Charlae. \. 1, n" i.\ui). 

8. 11 assiste à l'assemblée de Home (Mansi, /. cil.) 

9. i5()i:iiMEH-MiiEiiLR., n" 1456; Miratoui, Anl. ilal.. t. 1, col. 581. 
GiNcUNs (//oAvj///(/r?.s-, p. 164) a cru devoir faire de Ratier, d'Adalelme et 
de Liutfrid les chefs des troupes ])rovençales qui accompagnèrent 
Louis, unirjiiement parce que les dcMix derniers de ces noms se rencon- 
trent dans les diplômes de Louis relatifs à son royaume cisalpin. 

10. LuTi'Rx.Ni), A/iiapodosis, I. II, c. 32: « Italienscs pêne omnes... 
« Illudoicum invitant ». 



902] RETOUR DR I.OllS KN PROVKNCR 179 

(les deux ennemis en présence cherchant bien plus à débaucher 
les « fidèles » de son adversaire qu'à en venir aux mains avec 
lui'. Réginon est seul à parler de combats livrés^ Il est pos- 
sible que quelques engagements entre troupes des deux partis 
aient eu lieu, mais nous ne pouvons rien savoir de leur réalité 
et de leur importance. 

Si nous connaissons mal les conditions dans lesquelles 
s'exerçait en Italie l'autorité de Louis de Provence, nous ne 
sommes pas mieux renseignés sur les circonstances dans les- 
quelles}' prit fin son éphémère domination. Selon Liutprand^ 
Bérenger aurait, en employant la tactique dont nous venons de 
parler, réussi à regagner, à force de promesses, le plus puissant 
des partisans de Louis, Adalbert de Toscane, et marché ensuite 
contre son adversaire. D'après cette version, il n'y eut point 
de bataille livrée, mais Louis, constatant l'infériorité de ses 
forces, consentit à prêter serment de ne plus remettre les 
pieds en Italie, quelque promesse qu'on lui fît pour l'y engager, 
et obtint à ce prix de rentrer sain et sauf en Provence. Nous 
manquons d'éléments pour discuter la valeur de ce récit, 
Réginon ne parlant que d'une seule expédition d'Italie. Les 
annalistes qui en mentionnent deux ne donnent pas de détails 
sur l'insuccès de la première'*. Aucun texte ne vient nous ren- 



1. Ce que nous disons des seigneurs laïques surtout doit, bien en- 
tendu, s'appliquer aussi aux seigneurs ecclésiastiques. 11 est possible, 
au reste, que certains actes violents aient eu lieu. C'est ainsi que Louis 
parait avoir établi et maintenu sur le siège d'Asti un certain Eilulf qui 
tomba avec son protecteur (Cipolla, di Audace, p. 161 ; F. S.wio, Gli 
antichi Vesrovi, p. 127) et amené à Verceil un évêque intrus nommé 
Anselbert (F. Savio, op. cit., p. 449). 

2. KÉoiNoN, Chron.. a. 898, p. Ii6 : « Dum haec in Francia geruntur, 
« inter Ludowicum et Berengarium in Italia plurimae congressiones 
« fiunt, multa certaminum discrimina vicissim sibi succedunt. » 

3. Anlapodosis, 1. II, c. 35. 

4. Le plus explicite de ces documents, le Calalogus Nunanlulanus 
{Script. Hcr. Lamj., p. 503) semble parler d'une défaite de Louis, cer- 
tainement de sa fuite en Provence, sans faire la moindre allusion à un 
serment prêté. Il y a peut-être confusion de la part de l'auteur des 
Gi'&la Bcreng., entre ce qui se passa dans les deux expéditions, lorsqu'il 
représente Bérenger ayant pitié du jeune âge de Louis et songeant à 
le renvoyer en Provence, en se contentant d'une simple promesse : 

Et forsan facinus maturis deseret annis, 

Testetur pia jura poli et dimissus abito. 

Gesla Bereny., 1. IV, v. 54-55. 
Mais si l'auteur a connu le fait du serment, il est curieux alors qu'il ne 
cherche ])as à en tirer parti jjour justifier l'acte de cruauté commis par 



ISO RETOUR DE LOUIS EN PROVENCE [902J 

seigner sur le rôle du marquis de Toscane, et si les diplômes 
montrent certains comtes, entre autres Sigefroi, qui figure en 
901 dans deux diplômes de Bérenger pour Reggio* et pour 
Berganie", ralliés après le départ de Louis à son adversaire 
victorieux, cela ne suffit pas à permettre des conjectures sur 
le rôle do ces personnages lors de la défaite du roi de Pro- 
vence. 

Le dernier diplôme qui se soit conservé de Louis durant le 
premier séjour de celui-ci en Italie est daté du 12 mai 902' 
et de Pavie, ville où le nouvel empereur paraît avoir le plus 
souvent résidé*, comme les autres souverains du même pays. 
A la même époque, son autorité était encore reconnue dans 
d'autres villes, à Plaisance'', à Lucques^ Mais le 17 juillet 
de cette même année, Bérenger était à son tour de nouveau 
maître do Pavie. Il date de cette ville, « la capitale de notre 
royaume^ », un diplôme en faveur de Pierre, évêque d'Arezzo, 
qui, moins de doux ans auparavant, avait obtenu de Louis de 
Provence l'un des premiers diplômes italiens de ce prince ^ 
C'est sans doute peu avant ce mois de juillet'' que le fils d'Er- 
mengarde avait été expulsé de Pavie, mais ce n'est que le 11 
novembre 902" que l'on peut constater son retour à Arienne. 

son héros à l'égard de Louis à Vérone en 905. — Liutprand commet 
une erreur en disant que Liérenger marcha contre Louis très peu de 
temps après le couronnement de celui-ci, puisqu'il le laissa régner 
un an et demi. Mais cette erreur est peu de choses, surtout de la part 
de Liutprand. 

1. Ugiielli, Ilalia sacra, t. II, col. 259. 

2. Ughelli, Ilalia sacra, t. IV, col. 424-425. 

3. Bœ.HMER-MuEHLB., n° 1468; Cod. dipl. Lanrj., n" cccxcix. 

4. Nous connaissons 21 diplômes authentiques donnés par Louis 
durant son premier séjour en Italie ; 12 d'entre eux sont datés de Pavie 
(BoKiiMER-.MuEliLB., n"« 1455, 1462, 1463, 1465, 1466, 1467, 1468, 1469, et 
Fitrsch. z. d. Gcsch., t. IX, p. 428; L'ohelu, liai, sacra, t. V, col. 271 ; 
Mon. Ilisl. Pair. Charlae, t. II. col. 21; Millh. d. lusl. f. Œ. GF., 
t. VII, p. 456). 

5. Gamm, Sloria di Piaccnza. t. i, p. 240. 

6. Charte du 19 mai 902; MuiUToiu, Ant. ital., t. V. col. 309. 

7. Ibid., t. 1, col. 779. 

8. Celui du 31 octobre 900 (ncKiiMEH-WrEiiLi?., n" 1457; Ugiielli, 
liai, sacra ,t. II, col. 255). 

9. Selon le Calai. Nonanlulanus (Scripl. Hcr. Laiif/., ]).50'A), Louis 
« subripuit regnum ann. I et menses X », ce qui en prenant le mois 
d'octobre 900 pour point de départ, et en comptant les mois commen- 
cés pour des mois entiers, nous met en juillet 902. 

10. Diplôme concédant à Hernard et à 'l'eutbert l'abbaye d'Ambierle 
CBoi-MiMEU-MniiiL»., n" l'i70, C/iarli-s de Ciuinj, ii" 78). Nous avons, il est 
vrai (Carlul. de Sainl-Aiidrc-lc-Bas. éd. Ciievalucr. n" 9), un dijjlôme de 



[900] DKUXIKME EXPÉDITION IiK LOlJ.S KN ITAMI' 181 

Il n'en continuait pas moins à porter le litre d'empereur, que 
Bérenger d'ailleurs ne lui disputait pas encore' et n'avait pas 
renoncé à ses ambitieux projets sur l'Italie, dont les habitants 
l'appelaient de nouveau trois ans plus tard, en 905. 

C'est au marquis de Toscane, Adalbert, et à sa femme, la 
bourguignonne Bertho, femme ambitieuse et dont l'inlluence 
sur son mari paraît certaine", que semble devoir être attribuée 
la responsabilité de ce nouvel appel à l'étranger ^ Adalbert, 
brouillé avec Bérenger, excité par sa femme, détermina les 
autres princes italiens à inviter une seconde fois Louis à venir 
se mettre à leur tête. Le jeune roi, oublieux de ses serments, 
accepta leurs propositions et redescendit en Italie, au commen- 
cement de l'été* de l'année 905 ', à ce qu'il semble. Les choses, 



Louis donné à Alenne et daté : « XV kal. maii, anno dominice incar- 
« nationis DCCCCII, anno etiam [....] imperii domni nostri. » L'année 
de l'empire, c'est-à-dire l'élément chronoloiiique le plus sur, fait donc 
défaut ici. On peut songer à suppléer anno [11"J ; mais au 2 avril 902, 
Louis était encore en Italie. Nous préférons donc, comme Duemmler, 
qui a publié ce document (Forsch. ::. d. Gesch., t. X, p. 315), lire « anno 
[lll"j )) et dater la pièce de 1)03, en admettant une erreur dans le chiffre 
des années de l'incarnation. L'acte ne nous est d'ailleurs parvenu que 
par des copies dérivant du cartulaire perdu de l'église de V^ienne. 

1. Il ne le prit qu'en 915. En 904, le pape Serge III date à Rome 
ses actes d'après les années de l'empire de Louis (.1 affé, n" 3533 ; 
MiGNE, t. CXXX, col. 972). D'ailleurs, à une date postérieure à la pre- 
mière expulsion de Louis, au mois de mai 903, une charte de Ravenne 
est encore datée de la même manière (Miiutori,.!//^ ilal., t. VI, p. 407). 

2. EpiLaphium Bertaf, dans Liutprand, Opéra, éd. DuE.M.vir.El!, 
p. 167: « Consilio docto moderabat regimina multa »; Ln:TinuNi), 
Antapodosia, 1. 1, c 39 «cujus instinctutam nefaria cepit ipse [.\dalber- 
tus] » facinora», I. IL c. 39' « Berta, ut erat mulier non incallida » ; ib., 
1. U.c. 57: « cum calliditate ... nonnullos sibi tideles effecerat ». Ce 
qu'il dit de ses mœurs n'a rien que de vraisemblable, mais Liutprand 
aime les anecdotes scabreuses, même lorsqu'elles ont un caractère 
léii;endaire. Constantin PoRPiivRoGÉNiiTE {De Admin. Imperii, c. .xxvi, 
éd. Bekker, p. ll<i), appelle la femme d'Adalbert -v> \xi^x\r^^/ Bept«v. 

3. LirxpRVND. Aiilapodosix. 1. II, c. 36. Son témoignage est conlirmé 
par celui des Gesla Bereiir/arii, 1. IV, v. 2 à 4 : 

... Iterum solito sublata veneno 
Belua Tirrenis fundcns fera sibila ab oris 
Sollicitât Rodani gentem. 

Et le glossateur commente ainsi : « Beluam vocat dominatricem Tuscie 

« que semper hostibus favet ». Cf. iliid., v. 77. 

4. En mars 905. Bérenger est encore reconnu à Asti (Mon. Ifisl. 
Pair. Charlae. t. I, n" LXvV), mais le 4 juin de la même année Louis 
est en Italie {Cod. dipl. Lang., col. 696). 

5. La date de 905 est donnée par Réginon, Chrou., p. 150 et confir- 
mée par ce fait qu'il mentionne en même temps que les événements 
de Vérone l'apparition d'une comète, également indi([uéc à l'année 905 



182 LOUIS A VKRONE [905] 

d'après le récit de l'évèque de Crémone, ont dû se passer 
comme à l'ordinaire. Bérenger, malade d'ailleurs ou feignant 
de l'être \ resta momentanément à Olonna pendant que son 
adversaire était à Pavie". Puis, n'ayant plus personne autour 
de lui, il se retira à Vérone, comme il l'avait déjà fait lors de 
la première expédition. Mais cette fois son compétiteur, avec 
ceux des Italiens qui soutenaient sa cause, marcha contre lui^ 
et Bérenger dut abandonner même Vérone, dont l'évèque 
Adalard, jadis l'un des fidèles du roi d'Italie, appelait mainte- 
nant Louis \ Celui-ci exerça dès lors son autorité dans la ville 
comme dans le reste du royaume qu'il venait de reconquérir ^ 
Immédiatement après le passage relatif à l'occupation de 
Vérone, Liutprand intercale un récit qui doit être emprunté 
à l'une de ces traditions populaires , si souvent mélangées, 
surtout dans cette partie de son œuvre, avec des renseigne- 



par les Ami. Floriacenses {Mon. Genn., SS.. t. II, p. 254) et les Annales 
tle Corvey (Jaffé, Monum. Corbeieiisia. p. 34) ; cf. Duemmler, Osl/'r. 
lieich, t. III, p. 357. — Certains Catalogues impériaux, comme le 
Chron. moiiasl. Cnsmiriensis (Mon. Germ.. SS.. t. III, p. 623). la 
Chronica Metlensis (Mon. Germ., SS.. t. XXIV, p. 509), ]esAnn. Grivoi- 
ses (Mon. Germ., SS., t. III, p. 188), la Chronique dite de HrorES de 
Saint-Victor (Mon. Germ., SS., t. XXIV, p. 93) donnent pour l'Empire 
de Louis une durée de quatre ans [révolus], ce qui nous met bien en 
905. Le Calai, regum Nonanlulanus (lac. cil.) donne, il est vrai, la date 
de 904, mais en y ajoutant celle de l'indiction VIII,- qui correspond à 
905. On peut faire la même observation au sujet du procès-verbal d'une 
assemblée tenue à Plaisance, daté de 904, indiction VIII, v année de 
l'Empire de Louis (Campi, Sloria dt Piacenza. i. I, p. 480). Le dernier 
diplôme de Louis, daté de Vienne, antérieurement à la seconde ex})é- 
dition, est du 31 octobre 904 (B(«-:nMEuMrEiii.[3., n" 1475, llisl. de Fr.. 
t. VIII, p. 415, avec attribution erronée à l'empereur Louis II). i\ous 
n'avons de cette seconde expédition que deux diplômes, tous deux 
donnés à Pavie, au mois de juin (Cad. dipl. Lang.. col. 69f), et Millh. 
d. Insl. f. Œ. GF., t. 11, p. 450), dont les éléments cbronologiques 
concordent pour 905, alors qu'au mois de juin 904, c'était Bérenger 
qui se trouvait à Pavie (Wartmann, Urkundeni). dir .\blei St-Gall. 
t. 11, p. 337 et UfJiiELLi, liai, sacra, t. II, p. 258). 

1. « Uuartanam paciens» disent les Gesia Bereng. (1. I\', v, 23), (pii 
ne parlent plus d'aucun combat. 

2. Diplôme du 17 juin 905, daté d'Olonna (B()i-:ii.MEU-VrEiii.ii., n" 3333; 
MrUAToRi, Ant. ital., t. III, col. 7). 

3. Anlapodoxis, 1. II, c. 37. « Hulodoicus vero eum cuni Itnliensibus 
persequi non« desistens ». 

4. Kegino.n, Chron., lac. cil. 

5. Antapodosis, 1. II, c. 37 ad. fin ; Grsla Dcrenr/.. 1. IV, v. 35; Chron. 
Farfense, Script, lier. liai., i. Il, p. ii, p. 4I(). Les Ann. Alemannici, 
sans parler de la prise do Vérone, placent dans cette ville la catas- 
trophe finale, ce qui implique que Louis s'en était emparé. 



['JO.'.] l'HKTK.NDI VOVACK |)K I.ol'IS A F.IICQUKS 183 

inents réels et historiques'. L'empereur, ayant affermi sa 
domination sur le nord de la péninsule, voulut visiter 
r « Italie )) et la Toscane. « Dans cette intention il quitta 
Pavie et se rendit à Lucques où il fut niagnifi([uement reçu 
par le marquis Adalbert et sa femme Berthe, trop magnifique- 
ment même, car la vue des hommes de guerre réunis autour 
d'Adalbert, du luxe qu'il déployait, excitèrent la jalousie du 
souverain. 11 se plaignit à ses familiers de ce que cet homme 
fût plus puissant que lui et méritât plus le titre de roi que 
celui de marquis. Berthe recueillit ces paroles et dès lors tra- 
vailla à détacher du parti de Louis son mari d'abord, puis les 
autres grands italiens". » Le fait même d'une brouille entre 
Louis et le trop puissant marquis n'a rien que de très possible, 
mais il y a dans le récit de Liutprand bien des détails suspects. 
Le récit est trop circonstancié avec une phrase en quelque 
sorte classique en un pareil sujet'; on sent trop que l'auteur 
rapporte là sur Adalbert une tradition populaire reçue toute 
faite et qui contraste avec le caractère général de cette partie 
de YA?itajJodosis, en somme plutôt brève et écourtée'. Le 
voyage même de Louis à Lucques semble un fait peu certain. 
Le récit ne se suit pas bien : au moment où il vient d'être 
question de l'entrée de Louis à Vérone, il quitte Pavie pour 
visiter son nouveau royaume. Les Gesta Berengarii, d'autre 
part, assez détaillés en ce qui concerne ces événements, ne 
parlent de rien d'analogue et semblent indiquer un séjour 
d'une certaine durée de Louis à Vérone avant la prise de la 
ville'', qui eut lieu le 21 juillet*. Or, le 24 juin 905, Louis 
était encore à Pavie' ; il semble donc assez difficile de placer 



1. D.ENDLiKER et MiJELLER, Liufpraiid voii Cremona, p. 57 sq. 

2. Aiitapndosis, 1. II, c. 38-39.' 

3. « Hic rex potius quam inarchio... >■>. 

'i. Ces événements sont de plus de 50 ans antérieurs à l'époque à 
laquelle écrivait Liutprand. 11 est vrai que, comme le remarquent 
D.KNDi.iKER et MiELLER (o/j. cit.. p. 144 et 163), Liutprand est en géné- 
ral assez bien informé sur Berthe. parce qu'il tenait sans doute des 
renseignements de son tils le roi Hugues. Mais Bertlie, et Hugues par 
conséfiuent, avaient intérêt à faire ou à laisser courir le bruit de la 
jalousie menaçante de Louis, qui fournissait le fond sur lequel a tra- 
vaillé la légende. 

5. L. IV,' V. 35. 

6. Cf. infra. p. 187. 

7. Diplôme précité, MilUi.. il. Im^l. f. Œ. GF.,t. II. p. 450. Peut- 
être y a-t-il confusion en ce qui concerne les relations de Louis et 



184 LOUIS A VÉRONE 903] 

entre ces deux dates rexpédition contre Vérone, l'occupation 
de cette ville, le retour à Pavie, le voyage à Lacques, le retour 
à Vérone, suivi d'un séjour dans cette ville. 11 semble plutôt 
qu'on doive admettre que Louis marcha de Pavie sur Vérone, 
([u'il occupa cette dernière ville, sans doute dans les premiers 
jours de juillet, et y séjourna. La scène de Lucques serait donc 
une invention populaire destinée à mettre en rapport le roi 
et le puissant personnage autour duquel s'était formée la 
légende, au lieu même où cette puissance se manifestait avec 
le plus d'éclat. 

Bérenger, cependant, forcé d'abandonner Vérone, parait 
s'être réfugié temporairement en Bavière, dans le voisinage 
de la frontière \ en faisant courir le bruit de sa mort", et là 
s'être hâté de recruter des auxiliaires ■\ 

Louis, de son côté, après son entrée à Vérone, s'endormait 
dans une trompeuse sécurité, conservant très peu de monde 
avec lui^ et s'occupant « à distribuer entre ses compagnons 



d'Adalbert, entre les deux expé(lition.s, car la victoire de Bérenger 
semble plutôt due à un heureux coup de main de sa part qu'à un aban- 
don de Louis par ses partisans. 

1. Ll'PI, Cod. Dijil. Bt'rgoin., 1. Il, c. 52; Kœpke, De vila et scriptis 
Liudprandi, p. 86 ; Dj;ndliker et Mueller, Liulprand v. Cremona, 
p. 57, révoquent en doute ce séjour de Bérenger en Bavière indiqué 
par RÉGiNON, p. 150, et que nous considérons avec Duemmi-er (desta 
Bereng.. p. 08, n. 1) comme étant au contraire très vraisemblable(mais 
de très courte durée), en raison de la proximité de Vérone et de la 
frontière. Gincins (Hosuiiiiles. p. 158) confond les deux expéditions de 
Louis et croit que ce fut durant la première que Bérenger se réfugia 
en Bavière. 

2. Fama Berengarium loeti dispendia passum. 

Ge,ta Bereng., IV, 1. v. 39. 

3. Ceux-ci sont mentionnés par les Ann. Aleniannici et les Ann. 
Einnidleiises, Mon. Germ., SS., t. III, p. l'iO). « Nihil moratus, con- 
tractis uiidique copiis » (dit Hf.ginon, Chron., a. '.»05, p. 150). 

4. Cette tranquillité de Louis est attestée par toutes les sources. « Ivi 
quae pacis sunt coepit cogitare ; cum paucis... ingressus », dit 
RÉGINON ; « nichihiue mali suspicans « dit Luti-rand. 

« Hoste velut necto sj)oliis potiatur opimis... 

Nil veritus... 

Ge)ita Bereng.. e IV, v 3'i et 38. 

Si l'on peut accorder confiance à l'itinéraire déterminé d'après les 
diplômes, tous ces événements ont dû se passer en très peu de temps 
(dans les trois premières semaines de juillet). Le bruit de la mort de 
liérengor nous semble seul pouvoir expliquer les choses. A cette 
nouvelle, les partisans de Louis le quittent ; lui-même est surpris 
l)ar Bérenger. Le mol e.vuJ a liai ^\e\\ci^\i\on semblerait indi(iuer un long 
séjour de Bérenger en Bavière, mais c'est inadmissible. 



[i»o:)| RENTRi':!-; im iîkuenger dans vkmonk iso 

les champs'... », c'est-à-dire sans doute à mettre ses alliés 
italiens en possession des « honneurs » et des bénéfices ({u'il 
avait dû leur promettre pour s'assurer leur concours. Cependant, 
au lieu de s'installer dans le palais à côté du pont, sur l'Adige-, 
il s'établit sur la colline, dans l'église Saint-Pierre '^ comme y 
étant plus à l'abri d'un coup de main \ 

Bérenger cependant, avec ses Bavarois et sans doute aussi 
quelques seigneurs Italiens demeurés fidèles à sa cause*, arri- 
vait devant Vérone sans que l'empereur eût soupçonné son 
approche ^ Ses anciens sujets ^ lui ouvrirent une nuit les portes 
de la ville, celles probablement de la rive droite, moins sur- 
veillées^ et, traversant le fleuve. Bavarois et Italiens, avant que 
Louis eût eu le temps de se mettre en défense, pénétrèrent à 
l'improviste dans l'église Saint-Pierre et les bâtiments voisins. 
Le prince, fait prisonnier el chargé de liens, eut, selon un 



1. « Antiques sociis disterminat agros. >•> 

Gest. Bereng., 1. IV, v. ;}7. 

2. Le Caslello Veceluo, le palais que représente- à côté du pans 
mormoreus l'ancien plan de Vérone publié par Biancouni, Vescovi di. 
Vt-rniia. pi. I. Pour la disposition générale, cf. i/nd., p. 5G. Tout cor- 
respond bien avec le texte de Liutprand. 

3. Le Casti'l di San Pictro (Biancoli.ni, ihid.) détruit en partie par 
Napoléon, en partie par les Autrichiens en 1848 (Dcemmler. Gesta 
Beroig.. p. 38, n. 1). Un château ((jui n'est pas tiguré sur le plan pub. 
par Biancolini, mais dont la situation, ainsi que par conséquent celle 
de l'église Saint-Pierre est indiquée par les mots « de summo montis 
« castrum prospectât in urbeni «) s'éleva aussi sur cette colline, mais 
nous ne savons .s'il en existait déjà quelque chose au temps de Louis. 
Liutprand et les Gesta Berenrjnrii sont d'accord pour placer dans l'é- 
glise le séjour decelui-ci. 

4. Liutprand, Atdapodosis, I. 11, c. iO : « Propter ecclesiae amoeni- 
tatem « et loci munitionem. ». 

5. Les Ann. Alcmannici ne parlent que des Bavarois, mais les Gc'ila 
Bereiif/.. IV, 44, mentionnent des jorc»t*e?TS qui semblent bien être des 
Italiens. 

6. Les Gesta Bereng. (l.IV,v. 47) in.sèrent un développement oratoire 
sur les discussions entre Bérenger et ses partisans au sujet du traite- 
ment à faire subir à l'ennemi. Tous les textes, comtne nous l'avons dit, 
sont d'accord pour parler de la quiétude de Louis. 

7. Sans avoir eu peut-être la complicité de l'évêque .■Kdalard, que 
suppose DuEM.MLER. Gestu Berenfjarii. p. 64, n. 1. Selon Liutprand, 
ils avaient été « gagnés » par Bérenger; selon Héginon, ils l'auraient 
au contraire appelé. Ce qui est certain, c'est qu'il y eut entente à la 
suite de laquelle les hommes de Bérenger furent « admissi » (De 
adtnin. imperii, c. 26), comme dit simjjlement l'auteur des Grsln. 
Co.NSTA.VTiN PoRPiivROOENÈTE met également le fait de la capture de 
Louis au compte des habitants, o'. toO' aùroù -/.âaTpou... 

8. C'est ce qui résulte du récit de Liutprand. 



186 SIJIT'LICE DE LOUIS |.liiilleL 90;i| 

usage assez répandu', les yeux arrachés par ordre du vain- 
queur^. 

Quant à ceux qui entouraient Louis et que les partisans de 
Bérengor, s'il faut en croire le panégyriste de ce dernier', 
proposaient de mutiler suivant un usage dont on rencontre 
des exemples dans l'histoire des guerres italiennes du x'^ siècle \ 
leur sort est inconnu. Nous savons seulement qu'un certain 
prêtre Jean, dit « Braccacurta^ » qui parait avoir été, en 900, 
l'un des premiers à reconnaître Louis**, pris au haut de la tour 
où il s'était réfugié, fut mis à mort par ordre du roi", et que 
celui-ci confisqua les biens du rebelle^ 

La date de cet événement est, semble-t-il, celle du 21 juillet 
905, C'est du moins celle que donne un ancien catalogue des 



1. Surtout en Italie. En 860, Adémar, prince de Salerne, a les yeux 
crevés par ses sujets {Cliron. Casiuense. Mon. Germ., SS.. III, p. 228; 
Ann. Saleruitan.. ib., p. 550). En 896. Lambert fait crever.Ies yeux au 
fils et au gendre du comte Mainfroi (DuemmlePi, Gesta Bcrcnr/., p. 25), 
sans parler d'exemples plus anciens, comme Bernard ou le pape 
Hadrien. On trouve en Gaule quelques exemples analogues: en 874, le 
roi breton Salomon a les yeux crevés par des comtes rebelles et meurt 
le lendemain (Ami. Berlin., a. 874, p. 126). En 893, il en est de même 
dans le royaume de l'Est, du comte Engeschalk (.4/;^;. Fuld. conlin. 
Bctispon..' 3. 89o, p. 122 ; Dt'EMMLER, Ostfr. Reich. t. III, p. 360). 

2. Tel est du moins le témoignage de Liutprand, de Réginon et du 
Calai. No7innlidanu.'i. Seul le panégyriste, auteur des Gesln, prétend 
que cet acte de cruauté fut accompli par les hommes de Bérenger à 
rinsu de celui-ci. Le fait même de la prise de Louis, suivie du sup- 
plice qui lui fut infligé, est rapporté par un certain nombre de textes 
annalistiques : Ahn. Einsidlcjises (Mon. Germ., SS.. t. III, p. 140). An)i. 
Alemannici (Ibid., t. I, p. 54), Clir. Farfensc (Script. Fier. liai. t. H, 
H, p. 416). — Liutprand raconte longuement la découverte de Louis 
dans sa cachette par un des soldats de son rival, la ruse de Bérenger, 
sa promesse ambiguë de respecter la vie de son rival. Tout ce récit, 
qui ne peut se concilier avec celui des Gesla. semble bien être une 
tradition populaire mise en œuvre par Liutprand et combinée i)ar lui 
avec des réminiscences classiques. 

3. Gesla Berengarii, 1. IV, c. 49: «. mcmbra viros sine curtari... » 

4. Liurr^RAND, Anlapodvsis, 1. IV, c. 9. 

5. La forme vulgaire de son nom est donnée par un diplôme de 
Bérenger, du 3 août 905, pour Saint-Zénon de \'érone (Mtu\T(ini, .1?)^ 
ilal., t. III, col. 763). L'auteur des Ge.sla Beren^jarii (1. \\\ v. 66), y fait 
allusion : 

Tu ponens etiam curluin feniorale. .k)hannes, 
Alta tenes. 

6. Diplôme de Louis du 14 octobi'e 900 (MiinToiu, Anl. ilal.. t. I, 
p. 581). — L'identitication, adoptée par Diimmler, n'est d'ailleurs (jue 
vraisemblable. 

7. <]esla Berenriarii. 1. I\', v. 67. 

8. Diplôme cité ii. 6 (Miuatoki, .1^/. ilal., t. 111, col. 763). 



|.lnillel0051 SlJPI'UCh: DE Ï.OIJIS 187 

rois lombards et des empereurs'. Mais cette date s'applique-t- 
elle à l'entrée de Louis dans Vérone ou à celle de la prise de 
cette ville par Bérenger? La première hypothèse adoptée par 
Diimmler- s'accorde mieux avec le te^ite de Réginon, d'après 
lequel ce serait au mois d'août que la couronne aurait repassé 
des mains de Louis à celles de Bérenger\ Mais il ne faut pas 
demander trop de précision chronologique à Réginon. D'ailleurs 
du 21 juillet au P'août la différence n'est pas grande ''. Il nous 
parait plus conforme à la vraisemblance de fixer au 21 juillet 
la rentrée de Bérenger dans Vérone, en invoquant certaines 
considérations tirées des diplômes de ce dernier. Dans un 
précepte du 3 août 905% il parle déjà de la mort de Jean 
« Braceacurta, » laquelle est, d'après le texte des Gesla, con- 
temporaine de la suprise de Vérone. 11 faudrait donc placer 
celle-ci le P'' ou le 2 août. Mais, d'autre part, leSl juillet 905, 



1. Catalor/us regiim Nonanlulanus contin. (Script. Rer. Lang..\). 503) : 
« Iterum venit in Italiam et fuit in Homania. Deindevenit in civitatcm 
« Veronam Xllkal. Augusti, comprehensusest ibi a Berengarioregeoui 
« jussit erui oculos ejus indict. Vil], anno incarn. dom. I)('CC(,'IV. » On 
trouve à peu près le même renseignement dans le Mmiipulus F/oriim 
de Galvaneus Flamma (Script. Rer. Itul., t. XI, p. 604) : « Ludovicus... 
« Veronam pervenit, ubi ninàasecuritate potitus,suurn exercitumlicen- 
« tiavit ac deliciis vacare coepit. Quod ut Herengarius dux Aquilogensis 
« supradictus audivit, de Bavaria, ul)i exul erat, exivit, et de nocte per 
« muros urbis Veronae producitur Xll kalendas Augusti et Ludovicum 
« praedictum imperatorem coepit atque oculis privatum in Provinciam 
« remisit. » Galvaneus Flamma est du xiv* siècle, mais il emprunte 
évidemment à une source plus ancienne, sans doute à un certain 
Pau/us qu'il cite quelques lignes plus haut à propos dos mêmes faits. 
11 désigne sans doute ainsi des notes annalistiques de provenance 
véronaise, peut-être apparentée au (Uitatogus À'onanluhnius et so 
présentant comme une suite de Vllistoire des Loin/jnrds de Paul 
Diacre. Mais parmi les continuateurs de ce dernier, les Annales vé- 
ronaises, signalées par Betiimann (Archiv, t. X. p. 401) et par Waitz 
(Script. Rer. Lang., p. 37), dans le ms. de RomeN'at. Palat. w 927, pu- 
bliées par BiANCdLiM, Vescovi di Vcrona (1760), p. 3, ne renferment 
rien de ce genre. Duemmler, Gesta Berengarii. p. 38, avait admis la 
valeur de ce renseignement conservé par le Manipidiix Flormn, et la 
publication du Catal. Noimntulamcs est venue lui donner raison. 

2. (Jstfr. Rcicli, t. JIl, p. 357. Il avait, au contraire, dans ses Gesta 
Berengarii (cf. la note précédente) admis que la date du 21 juillet cor- 
respond à celle de la surprise de Louis dans Vérone. 

3. RÉGINON, C/iro»., a. 905, p. 150: « et in mense auguste hec mu- 
« tatio regni facta est w. 

4. Ajoutons que le 21 juillet est compris dans la période des calendes 
du mois d'août. 

5. Cf. la n. 5 de la page précédente. 



188 LOUIS ABANDONNE L'ITALIE [Élu 905J 

Bérenger est à Torri, dans le voisinage du lac de Garde ^ et y 
donne un diplôme en faveur de son fidèle Ameg•ius^ Il se 
trouvait encore dans ce lieu le lendemain 1°'' août et y expé- 
diait deux autres diplômes, pour le diacre Audo^ et pour 
l'église de Santa-Maria ad orcjanwn'*. Il est bien difficile de 
croire qu'il s'agisse là de fidèles de Bérenger, sortis de Vérone 
occupée alors par Louis et venant trouver son compétiteur à 
la veille d'un coup de main, pour obtenir de lui des faveurs. 
Ces actes se rapportent plus probablement à la période qui 
suivit immédiatement la rentrée de Bérenger dans Vérone. 
Ajoutons que les deux textes de Liutprand et des Gesta Beren- 
garii sont d'accord pour attester que Louis ne se doutait de 
rien, lorsque son rival pénétra à l'improviste dans la ville. En 
aurait-il été ainsi si ce dernier s'était, deux jours auparavant, 
trouvé a Torri et y avait donné des diplômes, non seulement 
à des particuliers, mais encore à l'une des églises de la cité? 
Ce système, enfin, laisserait bien peu de temps au séjour de 
Louis à Vérone, qui semble cependant, d'après les Gesta, 
avoir en une durée appréciable ^ Nous préférons donc croire 
que ce fut le 21 juillet 905 que l'empereur Louis tomba entre 
les mains de son rival et subit ce misérable traitement. 
On le laissa libre de regagner la Provence ^ où il était de 



1. Torri-del-Benaco, auj. dans le district de Bardolino-Verona. — 
L'identification de ce lieu, appelé « Tulles » dans les diplômes de 
Bérenger, est donnée par Cii'olla, dans les Miltheil. d. Inst. f. Œ. 
Gl\, t. 11, p. 102. 

2. MniAToRi, Ant. ilal., t. I, col. 787. 

3. Miltlteil. d. Itist. f. Œ. GF., t. II, p. 102. 

4. MriuToRi, Ant. ilal., t. VI, col. 6;j. 

5. On pourrait, il est vrai, supposer, contrairement à l'opinion de 
Diimmler lui-même, que le diplôme pour Saint-Zénon, daté delà .wni" 
année de Bérenger, est de 906, d'un an par conséquent postérieur à la 
mort du prêtre Jean. Cela permettrait de reculer jusqu'à une date in- 
déterminée du mois d'août la réoccupation de Vérone par Bérenger. 
Mais dans ce cas, la tran(]uillilé de Louis, Bérenger étant dans le voisi- 
nage de la ville depuis le Ul juillet au moins et entretenant des rela- 
tions avec les habitants, devient de plus en plus inexplicable. Nous 
croyons, au contraire, que le séjour de Louis à Vérone doit se placer 
entre la fin de juin ou les premiers jours de juillet 905 et le 21 de ce 
mois. Tout dépend en somme de savoir si dans le te.xte du Catal. 
Noiiniilulniius. on placera la virgule après les mots « .\11 kl. aug. », 
comme le veut G. Waitz, ou avant, comme l'indiquerait la version 
transmise par Galvaneus Flamma. C'est à cette dernière hypothèse 
que nous nous soiuuies rangé. 

6. La cause du vaincu fut naturellement alors abandonnée i)ar tous 



[I';té9051 LOUIS ABANDONNE L'ITALIE 189 

retour le 26 octobre delà même année', ne rapportant de son 
expédition au delà des monts que le vain titre d'empereur et 
le surnom de Louis Y Aveugle, sous lequel depuis la deuxième 
partie du x" siècle, au moins, il est généralement connu dans 
l'histoire -. 



les grands Italiens qui l'avaient d'abord soutenue, comme l'indique en 
vers fort obscurs l'auteur des Gesta Derengarii, 1. IV, v, 70 et suiv. 

1. B(EHMER-MrEHLB., u" 1474; Hist. de Fr.. t. Vlll, p. 'il6. Bœhmer 
date à tort de 90 4. 

2. 11 lui est donné par Flodoard. qui le nomme « Ludovicus Orbus». 



CHAPITRE YI 

LES DERNIÈRES ANNÉES DE LOUIS L'AVEUGLE. 
HUGUES D'ARLES ET CHARLES-CONSTANTLN 

(905-933) 



Depuis le moment où l'empereur Louis rentra dans son 
royaume de Provence vaincu et privé de la vue, jusqu'à celui 
où les rois d'Italie et de Haute-Bourgogne se disputèrent ses 
Etats, les sources narratives sont à peu près muettes sur le 
compte de ce malheureux prince. Une série de diplômes qui 
s'échelonnent entre le 26 octobre 905' et le 25 décembre 027" 
permettent de constater qu'il est encore vivant et que, de Vienne, 
il règne toujours sur le pays entre le Rhône et les Alpes, mais 
ils ne suffisent pas à permettre d'écrire une histoire de son 
règne année par année. Ce qu'ils nous donnent, ce sont des 
renseignements sur 1 étendue des pays soumis à son autorité, 
sur les comtes qui administrent ces territoires et sollicitent 
les faveurs du roi pour leurs monastères ou leurs évéchés. Au 
milieu d'eux s'élève la famille des marquis de Provence, comtes 
de Vienne et d'Arles, dont le chef ne tardera pas à succéder à 
Louis l'Aveugle sur le trône d'Italie, en attendant qu'il cherche 
à lui succéder également sur le trône de Provence. 

Les pays compris dans le royaume de Provence durant les 
premières années du x*" siècle sont les mêmes, semble-t-il, 
que ceux que Louis avait possédés avant sa funeste expédition. 
Il n'y a donc pas lieu à ce point de vue de distinguer ces deux 
périodes. 

Ses propres diplômes ne le montrent exerçant son pouvoir 



1. IÎ()i':iiMER-Mrtiii.it., n" l'iT'i: llisl. de l'r.. t. \lll. p. 416. 

2. (Util. Christ.. 1. X\I, col. là. 



KTENDt'K nu ROYATME DK PPiOVENCE 191 

que sur les diocèses de ^'ie^lle', de Valence'', d'Avignon', 
d'Arles*, de Marseille', d"Uzès^ de Viviers ^ de Die^ de 
Grenoble^ et sur le Lyonnais'", mais il est à peu près certain 
qu'il était reconnu dans toute l'étendue des provinces ecclé- 
siastiques de Vienne, d'Arles et d'Aix. Il devait en être de 
même dans la province d'iMnbrun, dont le métropolitain avait 
assisté au couronnement de Louis " et prenait part'' aux assem- 



1. Tous les diplômes datés de Louis, postérieurs à 905, sont, comme 
nous le dirons plus loin, donnés à Vienne. En outre, il accorde divers 
préceptes à l'église cathédrale de cette ville (///v/. de Fr., t. VIII, p. 
415, 416; Carttd. de Saiiit-André-h'-Bns,w' 21*; Gall. Christ., t. XVI. 
col. 15) et dispose à maintes rej)rises de biens sis en N'iennois (Ilist. de 
Fr., t. IX, p. 679 : Charles de Ciuuy.. n"^ 223 et 237 ; Carlul. de Sainl- 
André-le-Iias. n"* 11*, 13* et 16*), sans parler des très nombreux actes 
privés relatifs au Viennois et datés des années de son règne. 

2. Carlul. de Grenoble, éd. Marion, p. 92 ; llisl. de Fr., t. IX, 
p. 685. 

3. llisl. de Fr.. t. IX, p. 680, 681, 682, 683, 684, 685; Mantever, La 
Marche de Provence, thèse mscr., p. just. n" \v. 

4. Le métropolitain d'Arles, Uostaing, intervient comme « ambascia- 
tor » dans des diplômes de Louis du 21 avril 904 {Carlul. Saiid- Viclor de 
Marseille, iv x) et du 4 avril 912 (flisl. de Fr., t. IX, p. 685). Il en est 
de même de son successeur .Manassés, le l'^'" février 921 (Bikhmer- 
xMUEiiLB., n" 1481 ; llisl. de Fr.. t. IX, p. 685). 

5. Louis donne au monastère de Saint-Victor de Marseille et à l'abbé 
Magnus le domaine de Pinus, au comté de Marseille, avec ses dépen- 
dances entre la montagne de la Garde et la mer, au lieu dit Paradis 
(diplôme du 21 avril 904. cité à la note précédente). Ce fisc de Pimi^^- 
ne nous paraît pas devoir être identifié, comme l'ont cru Giérard 
(Carlul. deSainl- Victor, index, t. II, p. 891) et M. Longnon (Allas hisl., 
p. 9i) avec Le Pin. commune Albertas, Bouches-du-Rhône, arrondisse- 
ment Aix. canton Gardanne. Ce lieu, en effet, très voisin d'.\ix, dépen- 
dait certainement du comilatus Aquensis. Il doit falloir songer à un 
autre Pinus, plus rapproché des localités marseillaises énuméréesdans 
l'acte. 

6. B(FJIMI.r-Mueiilb., n" 1452 ; llisl. de Fr.. t. IX, p. 678. 

7. Louis en 897 (?) dispose en faveur de l'abbaye de Tournas de l'ab- 
baye de Donzère, sise au diocèse de Viviers (llisl. de Fr.. t. IX. p. 677, 
cf. supra, p. 161). 

8. Louis, empereur, dispose au profit de l'église de Valence de divers 
biens sis au comté de Die, entre autres des villac de Soyans (I)rôme, 
arrondissement Die, canton Crest-Sud) et de Saon (même situation) et 
des trois églises, Saint-.Jean, Notre-Dame et Saint-Tliiers (///.sV. de Fr.. 
t. I.\, p. 685). 

9. Carlul. de Grenoble, A. XXVII, éd. Marion, p. 65. 

10. 1/isl. de Fr.. t. IX, p. 674; Chartes de Clunij, n"'^ 70, 78, 237. 
2i5, 246. 

11. Cf. supra, p. 156. 

12. Il assiste en 899 à l'élection de Rainfroi comme archevêque (Cari, 
de Grenoble, éd. Mario.n, p. 260-261) et en 912 au jugement rendu en 
faveur de Uémégaire de Valence (ibid., p. 58). 



192 ÉTENDUE DU ROYAUME DE PROVENCE 

blées tenues à Vienne. Il convient également décompter parmi 
les sujets do l'empereur Louis les évêques de Maurienne' et 
deBellej' qui assistent â ses assemblées et sans doute aussi 
celui de Tarentaise''. 

Dès le début de son règne il avait, comme nous l'avons dit, 
recouvré la possession du Lyonnais, longtemps resté entre les 
mains des rois francs à l'époque de Boson. Sa souveraineté 
s'y étendait non seulement sur la partie du pagus située à la 
gauche de la Saône, mais encore sur celle qui comprenait, 
sur la rive droite du fleuve, les deux pagi secondaires de 
Roanne et de Forez, avec les petits agri de Solore, du Jarez, 
de Goifieu, de la Bebrenne, de Yaugneray, du Mont-d'Or, 
d'Anse et de Tarnant*, ainsi que certains territoires transrho- 
daniens plus tard rattachés au Valentinois". La souveraineté 
de Louis sur tout le Lyonnais est attestée, tant par ses propres 
diplômes que par de très nombreux actes privés, relatifs sur- 
tout à l'abbaye de Savigny^ ou concernant des biens sis en 
Lyonnais'. Quant aux diocèses de la province de Lyon dont 



1. Il assiste également à l'élection de Rainfroi. 

2. Ibid. — ^ Cf. Cnrtul. de Saint-Ikwnard de Uomans, n" 10 Mr. 

3. Pour lui cependant nous n'avons pointde texte, mais nous croyons, 
comme M. Longnon (Atlas hisl., pi. VI) que laTarentaise se rattachait 
plutôt au royaume de Provence qu'à celui de Bourgogne. — Au con- 
traire, révê(}ue de Genève. Francon. qui assiste en 906 à une assem- 
blée tenue à Lyon et datée des ans de l'empire de Louis {Cartitl. de Sa- 
vigny. n" 30) dépendait certainement néanmoins des rois Rodolphicns. 

4. Cf. LoNGNON, Allas hisL. pi. VI ; A. Beunaiu). Iiitrod. au (larlnl. 
de Savigny, p. un. et llist. lerviloriale du Lyonnais, dans le Bullel. de 
la Diana, t. I, p. 171. — C'est à tort que Gingins {SouveraincU' lerrit. 
du Lyonnais, p. 30, et Admin. polit, du Lyonnais, p. i, 8 et 20) a rat- 
taché au Lyonnais et au royaume de Provence une partie du Beau- 
jolais, en s'appuyant sur quelques mots mal compris du diplôme de 
Louis l'Aveugle pour le comte Hugues {Chartes de Cluny. n" 70) et sur 
une mauvaise identification du palais de Sti'aniiaciis (Tramoyes en 
Bresse) avec Tramayos enSaône-(;t-Loire qui est, en réalité, Tramaiae 
(cf. LoNGNox, Atlas llist., texte, p. 205). 

5. Cf. stipva, p. G. 

6. Plusieurs chartes de l'abbaye de Savigny sont datées du règne 
de Louis (Cartul. de Savif/ny, éd. A. Bernard, n"« 0, 20 (ou de son 
empire), n"* 5, 6, 7, 8, 10, "il, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 28, 29). - Il faut 
corriger les dates données par A. Bernard, qui fait à tort partir de 902 
le compte des années de l'empire de Louis. 

7. C/tartes de Cluny, n"« 91, 99,83, 191, 218, 212, '211, etc. C'est 
tout à fait par erreur que Dom Vaisskte (I/ist. de Languedoc, t. IV, p. 7) 
avance (ju'eu 893 Lyon était au pouvoir du roi Kudes. Pour ce qui est 
des actes relatifs à des biens en Lyonnais, nous renvoyons à ce qui est 
dit plus bas du Maçonnais. 



LE LYONNAIS KT LE MAÇONNAIS 193 

les évoques avaient un instant, en 879, reconnu l'autorité de 
Boson, leur réoccupalion par les princes francs fut définitive. 
Nous avons des preuves de la souveraineté d'Eudes sur le 
pays de Chalon-sur-Saône *, et les actes du Maçonnais sont 
datés des ans de règne des rois de France, d'Eudes-, de 
Charles le Simple ^ de Raoul*. On a, il est vrai, affirmé que 
l'autorité de Louis s'étendait sur le Maçonnais. Mais les actes 
que Gingins'' a cités pour appuyer son opinion ne paraissent 
point comporter une pareille conclusion. Un acte du Cartulaire 
de Màcon" est daté des ans de règne de Louis et la mention 
qui y est faite de l'évêque Giraud (888-028j empêche de voir 
dans ce Louis un autre souverain que le fils de Boson. Mais 
c'est une donation à l'église de Màcon de biens sis dans le 
Lyonnais, dépendant par conséquent du royaume de Provence '. 
Il en est à peu près de même d'une charte citée comme étant 
du comte Léotaud de Màcon lui-même ; c'est encore une dona- 
tion, cette fois à l'abbaye de Ciuny, de biens sis en Lyonnais ^ 
La mise en possession a été, il est vrai, faite à Màcon, peut- 
être très postérieurement', par le comte Léotaud et la copie 



1. 11 date de cette ville un diplôme pour labbaye de Cormery {Ilisl. 
de Fr., t. IX, p. 461). Tournus. au diocèse de Chalon, faisait partie de 
ses Etats (Jbid.. p. 448) et si Louis l'Aveugle accorda un diplôme à cette 
abbaye, c'était pour lui concéder Donzère en Provence. Pour le règne 
de Charles le Simple à Màcon, cf. Chartes de Cluny, n" 65. 

2. Charles de Clumj, n"« 34, 35, 38, 39. 43, 50. 52, 53 (datéde Cluny). 
Carlul.de Màcon, n"^' 284, 295, 423. - M. Favre, /fwf/e.';. p. 129, attribue 
comme nous le Maçonnais au royaume d'Eudes. Au contraire, M. L. Le.x 
(compte rendu de l'ouvrage précédent, dans la Bihl. de VEc. des 
Charles. 1894, p. 257-258). admet comme Gingins la Sarra que le Ma- 
çonnais faisait partie des Etats de Louis de Provence. 

3. Charles de Cluny, n"^100. 195, 200,202, 95 (charte de l'évêque 
Giraud de Màcon). etc. Carlid. de Màcon, w^ 298, 305. 337, où la men- 
tion de l'évêque Giraud prouve qu'il s'agit de Charles le Simple. 

4. Charles de Cluny. n»« 253, 259, 262, 264, etc. ; Carlul. de Màcon, 
n"^ 291. 294, 310. 

5. Gingins lv Sarra. Essai sur la souveraineté du Lyonnais au x*" 
siècle, p. 21 ; L. Lex, loc. cit. 

6. Carlul. de Màcon. éd. Ragut. p. 186, n'> 820. 

7. C'est ce qu'avait déjà reconnu A. Bernard, Carlul. de Saviyny. 
intr., p. Liv. Inversement, nous trouvons, daté des ans de l'empire do 
Louis, unéchan2:e de biens sis en yiÀcoimahiCharles de Cluny. n" 2'i9), 
mais l'une des'parties contractantes est Alexandre, archevêque de 
Vienne, et le rédacteur de l'acte est le notaire Ubold, l'un de ceux qui 
souscrivent les diplômes impériaux de Louis l'.Vveugle. 

8. Chartes de Cluny, n" 90. 

9. L'acte est daté « die sabbato IV non. novombr. annc VII rognante 
'< Ludovico imperatore filio Bosonis ». Les éléments no concordent pas. 

I'oLi*AKi)iN. lloyaume de l'rovence. 13 



^94 LE LYO^'NAIS ET LE MAÇONNAIS 

de cartulaire qui nous a conservé l'acte a confondu le tout 
sous une date unique. 

Louis lui-même, il est vrai, dispose en 900 de biens sis au 
comté de Màcon, mais ce sont des biens « du comté de Lyon ' ». 
Comme il est expressément dit dans l'acte que ces biens 
sont sis au comté de Màcon, on ne peut guère supposer 
qu'une partie du pagus MatiscensU~ ait été alors rattachée au 
comté de L}■on^ Il faut très vraisemblablement rapprocher 
cette expression d'autres analogues, s'appliquant à des biens 
qui dépendent du comitatiis, du vicc-comitatus, comme dans 
d'autres actes il est question de biens qui appartiennent ad 
Jus fisci et prendre le mot comilatus, non au sens du français 
comte désignant une circonscription territoriale déterminée, 
mais au sens d'ensemble des droits et des biens dont le comte 
a la jouissance en cette qualité '*. On peut en ce cas se demander 
cependant comment il se fait que Louis ait conservé pour lui 
ou pour son représentant à Lyon la jouissance de biens au 
pagus de Màcon dont il n'était pas souverain. ]\Iais il ne faut 
pas oublier que le Maçonnais et le Lyonnais ont été rattachés 
au marquisat de Bernard Plantevelue. Les « honneurs » de ce 
dernier ont après sa mort passé à son fils, Guillaume le 

En 907, le 2 novembre, tombait un lundi : c'est l'année 905, ayant 
pour lettre dominicale F. qui répondrait à cette condition. L'acte n'éma- 
nant pas de la chanceilei-ie de Louis, il est difficile de discuter la date, 
car on peut avoir compté d'après un autre point de départ que le jour 
exact du couronnement. — Léotaud (I). comte de Màcon, n'est connu 
que par cette charte, du moins c'est la seule que citent les auteurs de VArt 
de vn^ifiey les dates, pour justifier au début du X"-' siècle Texistence à 
Màcon d'un comte Léotaud, que ne mentionnent ni les chartes de Cluny 
ni celle du cartulaire de Màcon. 11 serait possible que la notice du Cartu- 
laire confondit : 1" une donation de biens en Lyonnais en 905 ou 7 ; 2" l'in- 
vestiture de ces mômes biens faite par Léotaud au milieu du .v^ siècle. 

1. Charles de Clun]/, n» 70. 

2. En tant que circonscription géo_i;Taphique. 

3. Eu tant que circonscription politique. On (;ite en 898 un comte 
particulier de Màroii (Kaoi"T, Carlul. de Saiid-Vincent de Màcon. in- 
trod., p. XLix), mais le « h'aculfus comes » qui paraît à cette date en 
Chalonnais (Carlul. de Cluny, n" 65) n'est peut-être pas, à propre- 
ment parler, comte de Màcon, où l'on rencontre un vicomie porlant 
ce nom de L'aculfe en 893 {Chartes de Cliinij. ii" 53). 11 y a cependant 
un « Haculfus vocatus comes « qui tient un plaida .Màcon au temjis du 
roi Euiloa (Carlid. de Màcon: éd. R.\(;nT, p. I()9, n" cCLXXXiv). ('e (jui 
parait ])robable. c'est que ce Raculfe était un fonctionnaire dépendant 
du marquis Guillaume, ce qui expli(iuerait les incertitudes au sujet de 
son titre. 

4. Nous avons consacré une note à l'explication de ces termes, 
dans noire Appendice MU. 



LE MAÇONNAIS. — LA BOURGOGNE i9u 

Pieux. Celui-ci, depuis 898 au moins, était le beau- frère 
de Louis de Provence'; il devait relever de lui pour le Lyon- 
nais", tandis que pour l'Auvergne et le Maçonnais son senior 
était Eudes de France ^ Si donc le Maçonnais ne relevait pas 
du royaume de Provence, il était du moins dans certains rap- 
ports avec lui, entre les mains d'un allié de l'empereur Louis, 
et il y eut, momentanément du moins'', « union personnelle », 
pourrait-on dire, avec le comté provençal de Lyon. 

Autun et la Bourgogne se trouvaient alors également placés 
sous l'autorité du propre oncle de Louis, le célèbre Ricbard le 
Justicier. Celui-ci sendjle avoir continué à être en bons termes 
avec son neveu, dont il avait protégé les débuts, et son fils 
épousa plus tard une princesse provençale'. Mais il paraît 
difficile d'admettre qu'il ait reconnu l'autorité de Louis 
sur « certaines parties de son comté qui, en principe, appar- 
tenait au royaume franc de l'ouest" ». L'activité de Louis 
et de son cousin Hugues se portait du côté de l'Italie et non 



1. Cf. p. 278. C'est à la requête de « Vuilelmus inclytus dux et mar- 
chio » que le 11 novembre 902 l'empereur Louis concède à ses fidèles 
Bernard et Teutbert l'abbaye de Saint-Martin d'Ambierle (Loire, arron- 
dissement Roanne, canton Saint-Haon-le-Chatel) dépendant du comté 
de Lyon et sise au pagus de Roanne (Chartes de Chinij, n" 78). 

2. 11 possédait des biens en Lyonnais, notamment à Saint-André d'Hu- 
riat (Bernard, Jnlrod. au Cartul. de Savigny. p. liv) sur la rive gau- 
che du Rhône. C'est peut-être lui qui figure dans une charte d'Austerius, 
archevêque de Lyon (906-91o), peut-être de 913, dont Par \din (///s/. 
de Lgon, p. 111 et 114) n'a donné malheureusement qu'un extrait 
incomplet, ('epcndant le titre de comte porté par le Guillaume (|ui 
parait dans cet acte pourrait faire supposer ([u'il existait dès lors un 
comte particulier de Lyon, distinct de Guillaume le Pieux et qui parait 
après la mort de celui-ci dans deux chartes du Cartul. de Savigiig 
(n"* 7 et 12). Un « Villelmus marchio » figure au 28 juin dans VObituaire 
de Lgon (éd. GuiGUE, p. 56) et il parait bien vraisemblable de l'iden- 
tifier avec Guillaume le Pieux, bien que la date soit légèrement diffé- 
rente de celle (6 juillet) donnée pour la mort de ce dernier par l'ôbi- 
tuaire de Brioude (Baluze, Hist. de la maison d'Auvergne, t. II. App., 
p. 21) et par « les nécrologes » consultés par M\iin.LON (.1/*/;. Bened.. 
t. III, p. 361). 

3. C'est à Eudes seulement que Guillaume, dans ses pieuses fonda- 
tions, donne le titre de senior. Louis n'est mentionné que comme I/lu- 
dnvicus imperalor (flist. de Fr.. t. I.\, p. 710, 712; Maiui.lon, Acta. 
Sancl. ord. S. Ben., saec IV, p. 254). 

4. Encore en 926 Guillaume II d'.\uvergne s'intitule coincs M/ilix- 
conen.^is (Chartes de Clnny, n" 276). 

5. Berthe, nièce de Hugues d'Arles. Cf. Mwtever, La nuirrhe de 
Provence, positions, p. 54-55. 

6. Favre, Eudes, p. 161. Mais M. Favre n'appuie cette afiirmation 
sur aucun texte. 



196 I.A FROXTIKRK DU RIIONR 

comme celle de Boson, du cùté des pays dépendant de la pro- 
vince de Lyon'. D'autre part, Richard paraît ne s'être jamais 
occupé avec beaucoup d'ardeur des affaires de son neveu. 
Cherchant surtout à étendre son autorité du côté du Nord, 
dans l'Auxerrois et dans le Sénonais, il se trouvait naturelle- 
ment en relations beaucoup plus constantes avec le royaume 
d'Eudes et de Charles le Simple qu'avec la Provence". 

A l'ouest, le Rhône ne formait pas la limite des états de 
Louis, auxquels étaient rattachés non seulement la portion 
transrhodanienne du pagus Liu/dunensis et la partie du dio- 
cèse d'Avignon qui fit plus tard partie du Languedoc ^ mais 
encore le Vivarais, dépendant de la métropole de Vienne et 
rUzège'% qui depuis la période mérovingienne suivait les des- 
tinées du Vivarais". En somme, l'on peut dire que les limites 
du royaume de Louis coïncident avec celles des États de son 
prédécesseur Charles le Jeune. 

Quant à la situation intérieure du royaume de Provence, les 
rares textes que nous possédons permettent seulement d'apor- 

1. Aussi Richard n'a-t-il dû jamais beaucoup avoir à se préoccuper 
de se créer une position indépendante du royaume de Provence, 
comme le dit Favre. op. cit.. p. 159. — Kai.ckstein, Gesch. d. franz. 
Kuitu/thioiis uiUer den ersten Kapelingev)!, p. 83, voit'également à tort, 
dans le fait que Louis l'Aveugle confirme à l'église de Lyon des biens 
sis en Bourgogne une nreuve que l'autorité du fils de Boson s'étendait 
sur cette région. 

2. Cf. inp-a, Appemlice VII, p. 333-345. 

3. Dom VAissiiTi;, IIi.'<t. de Languedoc, t. 111, p. 82. 

4. Parmi les Inens qu'en 921 Louis l'.Aveugle confirme à l'église 
d"Arles (B()h:ii.\iEU-.MuEHLi5., n" I'kSI, I/ist. de Fr., t. IX, p. 685), se 
trouve l'abbaye d'Aniane; mais il ne faut pas en conclure que ce prince 
ait régné sur le diocèse de Maguelonne, et les successeurs de Manassès 
n'arrivèrent point à faire reconnaître leur autorité sur l'abbaye qui 
leur avait été ainsi concédée (Dom Vaissète, I/i.-<L de Lam/ucdoc. 
t. IV, p. 29). 

5. LoNGNON, Allas hist., texte, p., 81 ; Lu'i>eut, Konig Rudolf, p. 31. 
Nous possédons, il est vrai, une charte de 893, relative au Vivarais, et 
datée d'après les années du règne d'Eudes (Uom Vaissète, Ilial. de 
Ldugiicdor, t. V, n" 187). Dom Vaissi^te, op. cit., t. III, p. 45-4r), supjjose 
d'après ce texte et d'après un passage de (leoffroi de Viterbe, qu'Eudes 
était reconnu en Vivarais durant les ])remières années du règne de 
Louis. F\vi!E {Eudes, p. 9i, n. 4), cite la charte sans l'expliquer et en 
remarquant ieulement qu'elle est en contradiction avec ce que nous 
savons par ailleurs. Mais il est ])ossibIe simplcmenl qu'Eudes ait été re- 
connu dans 1(( \ivarais dui'ant l'interrègne <iui suivit, en Provence, la 
moi't de (jliarles le (iros, et cela suHit peut-èti'c à expliciucr qu'on ait 
continiu'; ])ar habitude et cxceptioiniellement à datei- les actes d'après 
les ans de son règne. nu"'me;'i une époque à lacjuelle Louis était maître des 
P'igi 1ransrho;lani(Mis ([ui avaient fait jadis partie du royaume de Boson. 



SITUATION DK I.V IWVAUTK EN PIloVK.NCE 10 

cevoir que, l;'i coninio ailleurs dans l'empire franc, il _v a une 
royauté faible, et une féodalité laïque et ecclésiastique de plus 
en plus puissante. Louis continue jusqu'à sa mort à porterie 
vain titre d'empereur', mais il reste continé, autant que nous 
pouvons en juger, dans sa ville et son palais de Vienne ^ où 
il est investi des fonctions de recteur du monastère de Saint- 
André-le-Bas'* et le soin des affaires est par lui confié cà son 
cousin Hugues*. Lui-même cependant fait toujours expédier 
des diplômes ; encore a-til à peine, semble-t-il, les moyens 
d'entretenir une chancellerie particulière. L'archevêque de 
Vienne est revêtu du titre pompeux de « chef des notaires du 
sacré Palais'' » et remplit les fonctions d'archichancelior^ Mais 
Louis, on donnant aux prélats ce titre honorifique, se sert des 
notaires qu'il trouve tout prêts dans les bureaux de Farche- 
vèque ; ce sont les clercs et les diacres, scribes de la cathé- 

1. La suscription des diplômes de Louis pour la Provence, à partir 
du diplôme du 11 novembre 902 (Bœiimeu-Ml'Eiilb., n" 1470. CJiarlcs 
de Cluni/. n" 78) est sous la forme constante: « Iliudovicus gratia Dei 
« imperator Augustus «. La souscription impériale est: « Signuni 
« tiludovici serenissimi (ou piissimi) imperatoris (ou augusti).» Xous 
renvoyons du reste, pour plus de détails à ce sujet, à notre étude 
diplomatique qui paraîtra ultérieurement. 

2. On rencontre pour la dernière fois Louis hors de Vienne dans son 
royaume de Provence, à Arles, le 21 avril 904 (Bcfjimer-Mukhlis., n"^ 4, 
73 ; Cart. dn Saint-Victor de Marseille, n" 10), c'est-à-dire à une date 
antérieure à la seconde expédition d'Italie. A partir du 2t] octobre 905 
(B(EH.\iER-Mri:HL[5., n" 1474, Ilist. de Fr., t. VllI, p. 416), tous les diplô- 
mes portant une date de lieu sont donnés à Vienne. — Nous ignorons, du 
reste, quoi qu'en dise Gingins (Bosonides, p. 110) si la ville possédait 
déjà le palais royal dit Ad Canalcx, qui fut donné à l'église cathédrale 
par Rodolphe 111 (Charvet, Mém. pour l'histoire de Saint-André-lc 
Haut. p. XLvni) et devint plus tard une maison de ville, puis entin un 
théâtre (CuORrETi, Antiquités de Vinuie, éd. de 1S28. p. ;578). 

3. Ce titre lui e.st donné dans une charte du comte Hugues pour ladite 
abbaye (Cartitl. de Saint-André-le-Bas, n" 124). Mais le seul acte où il 
paraisse en cette qualité (ib., n" 133) n'est pas rédigé en son nom. 
C'est un échange entre les chanoines du monastère et un nommé 
Girbert. disposé comme les-chart(;s privées ordinaires, mais il est fait 
mention de l'ordre donné par l'empereur pour le contrat, et l'aCe ren- 
ferme l'indication que «domnus imperator et clerici.绫 de eoauctorita- 
« femrecipiunt ». Les rois de Bourgogne héritèrent de cette qualité, et 
Conrad le Pacifi(ine])araît comme recteur de la même abbaye («6.. n" 95). 

4. Nous parlons plus bas avec })lus do détail de ce personnage. 

5. « Sacri palalii nostri notariorum sunnnus » est le litre donné à 
Rainfroi dans le préambule de trois diplômes où il intervient cnmine 
ainhasciator {Forschun'jeii :. d. (îcsch.. t. .\, ]). 31.'); Ilist. de l'r.. 
t. \\\\, p. 415 et 416). 

6. Bernoin, Hainfroi et Alexandre se succèdent dans ces fonctions 
comme sur le siège archiépiscopal de Vienne. Le dernier seul reçoit. 



198 SITUATION DES EGLISES 

drale, qui rédigent les préceptes royaux à côté des chartes 
de l'église*. 

Louis d'ailleurs, comme tous les rois carolingiens, est obligé 
de s'appauvrir de plus en plus, non seulement en donations à 
ses fidèles ^ mais encore en concessions aux églises de terres 
ou de droits. Il ne fait du reste que suivre sur ce point les 
exemples de Charles de Provence et de Boson. Aussi les arche- 
vêques et les évoques provençaux, ou plus exactement les 
sièges cathédraux, sont-ils de grands propriétaires. L'église 
de Lyon a des biens en Lyonnais, en Viennois, en Sermorens, 
en Graisivaudan, sans parler de ceux qu'elle possède en dehors 
du royaume de Louis en Autunois, en Beaunois, en Portois, en 
Chalonnais, en Bassigny, en Brionnais et dans ^Escuens^ 
L'église de Vienne est possessionnée en Provence* et en Aqui- 



du reste, dans la souscription des diplômes le titre d'archichancelier. 
Pour les autres, la formule de récognition porte simplement « ?s'. iXo- 
« tarius ad vicem Barnoini (ou Ragamfredi) recognovi et ss. ». 

1. Nous savons, par un diplôme de Louis lui-même, que Thion, un 
des notaires de Rainfroi et d'Alexandre, était clerc de Téglise de ^'ielme 
(Bœiimer-Mueiilu., n'^1474; liisl. de Fr., t. VllI, p. 416) et qu'un autre 
de ces notaires, Ubold,qui fut plus tard chanoine de Saint-Maurice (^rt/-- 
tul. de Saint- Andvé-le- Bas. éd. Chkvalliir. n" 33*) était son neveu. 
Tous deux rédigent des chartes de la cathédrale {ib., n"^ 17*, 20*, 21 J ; 
il en est de même du notaire Elie, qui, d'ailleurs en général dans la 
souscription des diplômes, ne porte q ue son titre ecclésiastique de diacre. 

2. Un assez grand nombre de diplômes de Louis l'Aveugle sont des 
donations à des particuliers: au comte Adalelme (Carttd. de Sdiul- 
Andrè-le-Bas. éd. Ciievalh-r, n" 12*), au vicomte de Vienne, Bérillon 
(ihid., n" 11*), à un parent de ce dernier, ¥A\ge\hevi{(]liai lesde ('Aunij, 
n"^ 223 et 237) ; aux prêtres Drogoii (j). just., n" II), Raymond {Ilisl. 
de Fr., t. IX, p. 680-6.S1), André (Caiiiil. de Saint-. \n'dré-le-Bas. n" 
12*); à des « fidèles du roi » ; Aimoin {Chartes de (lluny, r\" 70). Ber- 
nard et Teutbert (I/ist. de Fr., t. IX. j). 681). Girard (Cartul. de Saiid- 
Andr(''-le-lias. n" 16*), Sterchier(.-l/r//. Vauciuse. G.6.f. 9), Bon (C/;^/7-^'.s- 
de Cliiiij/, n"* 242, 245, 246, 247). 'i'outes ces concessions portent natu- 
rellement sur des terres du fisc, qui cesseront désormais de faire jjartie 
du domaine du i-oi et d'être pour ce dernier une source de revenus. 

3. Les pafji où se trouvent à cette épo(jue les domaines de l'église de 
Lyon sonténumérés dans les confirmations générales des biens de cette 
église accordées en 878 par Louis le Bègue (p. just. n" I) par Louis de 
Provence en 81)2 (Boimimeh-Mi'hiii,!!., n"ri'i8); (lurtul. de Grenoble, éd. 
Marion, p. 72, 15. \.\i), en DIO par le pape Serge in (Chevalier, Docu- 
ments inédits relatifs au Lyonnais, p. 'i, .Il'I'fe, n"35'i5.) 

4. Charles de Provence (B()i;iiMi;iî-.Mi'i:iiEB., n" 12;»3 : Ilisl. dr l'r.. 
t. \'I1I, p. 31)7) et Boson (B()i:ii.\iElî-I\!i;i;!il,iî., n"1446; llist. de l'r.. \. IX, 
]). ()71) avaient (léj;'i restitué des biens à celte église, à ia(|uelle Louis 
l'Aveugle accorda cin(| diplômes ([!()i;ii.\iEii-Mi;i;iiMi,, n"« 1474 et l'i75 ; 
J/isl. de Fr., t. VIII, p. 415 et 416, et Cartul. do Saiid-.\iidrè-le-lias. 
n" 21*, Gallia Christ., t. XVI, instr. col. 15; donation mentionnée dans 



SITUATION DES ÉGLISKS 199 

taiiio'. Le métropolitain d'Arlos obtient de Louis la cunfirina- 
tion (le diverses abbayes", en môme temps que d'autre part se 
constitue le domaine territorial de l'évêché d'Avignon ^ Ce ne 
sont pas d'ailleurs seulement des terres qu'obtiennent les 
églises, mais aussi des concessions de droits fiscaux. L'arche- 
vêque d'Arles a reçu le droit de percevoir les péages du port 
de sa cité et letonlieu, ainsi que le jus mom'tae\ C'est à lui 
cfu'appartiennent également les droits que l'on peut lever sur 
les Juifs''. Les évoques d'Avignon possèdent par largesse royale 

une charte du comte Hugues, (inll. Chr., ib., 14, et contirination g-éné- 
rale des biens en faveur de l'arclievôque Alexandre, indiquée dans un 
diplôme de Conrad le Pacifique. Cartul. de Saint-André, p. 2V2). 

1. Diplôme de Charles le Chauve pour l'archevêque Agllinar (///.s/. 
de Fr.. t. YIII, p. 675). — Sur l'attribution de ce diplôme, cf. «///"/-rt. p. o47. 

2. B(EHMER-Mui;iiLB.. n" l'i81, Ilisl. de Fr., t. IX, p. (385. Ce .sont les 
abbayes de Notre-Dame de Gourdaigne au diocèse d'Uzcs, d'Aniane et 
de Cruas. Quant à la réalité des droits sur .Xniane, cf. suprn. p. Hi7. 
n" 4. Cruas avait déjà été concédé à Roland [?] d'Arles par Lothaire H 
(cf. A. DopscH, dans Millh. des Insl. f. Œ. GF., t. X\'l,p. 219, n'^ i;J) 
et confirmé par Boson) llist. de Fr., t. IX, p. 672). 

3. B(*:HMER-Mui:HLi?.,n"^^ 1477,1479,1480, flist. deFr.. t. IX, p. 683, 684, 
686. Le premier de ces actes est une contirmation générale des pré- 
ceptes de l'évêché; le second contient la donation du village de I5édar- 
rides (Vaucluse, arrondissement Avignon, chef-lieu de canton). Louis 
concéda, en outre, à titre personnel, à Tévêque d'Avignon, Fouquier 
(1}(JEIIMER, n" 1478, Hist. de Fr., t. L\, p. 685) divers Ijiens qui par le 
testament de cet évéque allèrent grossir le domaine épiscopal ; cf. 
Manteyer, La marche de Provence et Vèvèchè d'Avignon, positions, 
p. 62. — .Nous n'indiquons ici sur ce sujet que les diplômes royaux, nous 
contentant de renvoyer au travail de .M. de Manteyer pour ce qui con- 
cerne les générosités des particuliers, dont pour cette époque nous ne 
connaissons d'ailleurs qu'une seule, la charte de donation de Landoin, 
relative à Saint-Laurent-des-Arbres. Cf. Durano, Me'm. sur Saint- 
Laurenl-des-Arbres, dans les Mcm. deVAcad. de Vaucluse, t. XI (1892), 
p. 133 et suiv. 

4. Diplôme cité n. 2. .\rles était un port important. C'était là, on se 
le rappelle, qu'était venu débarquer Jean VIII ; le diplôme de Louis 
l'Aveugle mentionne des commen-ants grecs qui viennent y trafiquer. 
Des vers de Tuéuuulf (Adversus judices, Poetae lat. medii aevi, t. I, 
p. 497) font également allusion à sa prospérité: 

nos tandem opulenta recepit 

Urbs Arelas... 
Urbs .-\relas, aliis quae pluribus urbibus extat 
Prima... 
Cf. FLonrs, De P,eliquiis Cijpriani (ihid.. t. Il, p. 545): 
Arelas opima portu... 

5. Diplôme cité, n" 2. — Il est à plusieurs reprises question do ,luifs 
dans les diplômes de Louis de Provence (Ilist. de Fr., 1. 1.\, p. 675, Cart. 
de Saint-André-le-Das, n" 16*, Chartes de CJuwi, ii" 247). Il est vrai- 
semblable qu'ils étaient nombreux dans le royaume de Provence, 
comme en général dans le Midi, car eux ou leurs terres sont men- 



200 SITUATION I)i:S ÉGLISES 

le tiers des droits du port de la cité' et la moitié de ceux 
perçus à la descente du Rhône ^ Les évêchés d'Apt '', de 
Grenoble*, d'OrangeS d'Uzès^ de Valence'', de Viviers ^ sans 
parler des libéralités faites à titre personnel à certains évè- 
ques^ ont également reçu, de Louis lui-même, ou de ses pré- 
décesseurs, des donations plus ou moins importantes. 

Mais l'Église a à défendre ces possessions contre les em- 
piétements de la féodalité laïque qui commence à se développer. 
Dès l'année 855, un concile tenu à Màcon'", mais auquel assis- 
taient les métropolitains de Lyon et de Vienne, prononce des 
peines contre les séculiers envahisseurs de domaines ecclésias- 
tiques. Cela n'empêcha pas le duc Girard de posséder des béné- 
fices de ce genre" et de songer à mettre la main sur les biens 

tionnés aussi dans un certain nombre d'actes privés (cf. p. ex. Cariul. 
de SaiiH-André-le-Bas, éd. Chevalier, n"'' 5, 49, 91, 99, 100, 110, 105, 
129, 23 4, 2*, 4*, 42*) et les noms hébraïques sont assez répandus dans 
un pays où l'on rencontre dans les premières années du x*^ siècle, un 
Manassé, archevêque d'Arles, un Isaac, évèque de Grenoble. On attri- 
buait même à saint Ultraia, archevêque de Vienne au vin^ siècle 
une origine hébraïque (Séries Episc. Viemi., Mon. Gcrm., SS., 
t. XXIV, p. 814) ; mais il est impossible d'avoir grande contiance dans 
le texte qui nous a transmis ce renseignement. 

1. Bœiimer-Muehlp., n" 1477, ///s/. deFr.,%. IX, p. 683; Manteyeu, ibid. 

2. B(F,HMEU-Mui:nLB., n" 1478, lIUl. de Fr., ibid.; Mantever, ibid. 

3. Diplôme de Louis de Provence de 896 (B(>:HMER-Mui:in.B., n" 1450, 
Ilist. de Fr., t. IX. p. 676). 

4. Diplôme de 894, confirmant une donation antérieurement faite par 
Boson (B(ï-:nMER-MuEiir,n., n" 14'i9; Cartiil. de (h'ennble. A. xxvii, p. 65). 

5. Diplôme de Charles de Provence, llist. de Langued., t. II, col. 336. 

6. Diplôme de Louis de Provence de 896(B(EH.VER-ML;EiH.ii., n" 1452: 
Ilist. de Fr.. t. L\, p. 678). C'est une restitution de biens, mais à 
ceux-ci sont ajoutés par l'acte deux domaines dépendant du fisc royal. 

7. Diplôme sans date de Louis l'Aveugle (Ifist. de Fr.. t. IX, p. 685). 

8. Diplôme de Charles de Provence du 25 août 862 (Bckiimer- 
MrEiii.RACMER, n" 1298). — 11 faut joindre à cette liste d'évèchés béné- 
liciaires de préceptes de Louis les abbayes de Saint- Victor de Marseille 
(cf. p. 191, n. 5), de Saint-Chef en Viennois et de Tournus (cf. .nv/j/v/. 
p. 161). 

9. Fouquier, évèque d'.\vignon (cf. p. 199, n. 3), Amelius d'L'zès(cf. 
p. 204, n. 1), Isaac de (Irenoble, qui dans le diplôme pour son église 
cité n. 4 obtient en même temi)s confirmation de ses biens jjersonnels. 

10. Concile tenu en 855 à Màcon, publié et étudié i)ar Maassen, Fixf 
biirg. Synode vom Jahre 855, dans les Sil:utt;/brrir/ile dcr Wiener 
Akddewie, t. XCIl, p. 599 et. suiv. Ce concile re])rit une partie des dis- 
positions de celui qui avait été tenu à Valence la même année. — cf. le 
C. 1. « Hisqui resecclesiac débitas vol proprias occupaverit, rotin uerit et 
« agnilojurc ecclesiae non statim cas restituerit aut pro hoc in judicio 
« electoi'um distulerit, quouscpie restituerit ipsas res, communione i)ri- 
« vetur. » 

11. Cf. supra, p. 13. 



SIT['ATION DKS KGIJSKS -JOl 

provençaux du patrimoine de saint Rémi'. Boson, alors qu'il 
était comte de Provence, suivit les mêmes errements et dis- 
tribua à ses vassaux des terres d'Église^ C'est, comme nous 
l'avons dit, à des usurpateurs de ce genre que paraissent 
faire allusion les actes des assemblées de Mantaille et de 
Valence ^ En 892, un concile tenu à Vienne essaye encore 
d'empêcher les laïques de disposer des églises sans l'assen- 
timent des évoques". Mais ces réclamations n'avaient que 
bien peu d'effet, à en juger par le nombre assez élevé des 
diplômes destinés à faire rentrer les évèques en possession 
des domaines qui leur ont été enlevés pour être réunis au 
comitatus. C'est ainsi que le comte Hugues avait usurpé 
au détriment de l'église de Valence le domaine de Villeneuve ^ 
que l'église de Lyon avait perdu toute une série de rillae^, et 
que le siège métropolitain de Vienne lui-même n'avait pas été 
à l'abri de tentatives de ce genre''. 

En ce qui concerne les seigneurs laïques on est mal ren- 
seigné sur la géographie politique et, pour ainsi dire, admi- 
nistrative des territoires soumis à Louis l'Aveugle. 11 arriva 



1. Cf. supra, p. 28. 

2. Lettre d'Hincmar au comte Boson (Flodoaiu), Ilisl. Bon. EccL, 
1. III, c. 26, p. 5'i5) « quod de ipso periculosum audierat, videlicet 
« quod res diversarum ecclesiarum suis hominibus dedisset ». Hiucmar 
écrivit de même à Ermengardc pour la prier d'agir en ce sens sur son 
époux {Ibitl.. c. 27, p. 550). 

3. Cf, supra, p. 102 et p. 106. 

4. Co)icilium Viennensc. c. iv: M\Nsi. t. X\'I1, p. 121. 

5. Jugement de Louis IWveuglc de 912, ordonnant la restitution à l'é- 
glise de Valence de ladite villa (CarluL deGrenohIe, éd. Maiuon, p. ït^). 

6. Cela dès le temps de Charles de Provence, dont on a une série de 
diplômes restituant à ladite église Tournon (B(»-:ii.\ii:H-MrKMLUACiiEU. 
n" 1298, Hisl. de Fr.. t. VIII, p. 399): Livia. Collonges (Uhùne, canton 
Limonest. arrondissement Lyon) et Fitilieu (Isère, arrundissement La 
Tourdu-Pin. canton Pontde-Beauvoisin, B()I':ii.mek-Mui:mliî.. n- 1299, 
llisl.deFr. p. 399). Courlenay (.)/(7</«. des Inst. f. Œ. CF., t. .\VI, 
p. 214). Lothaire II dut lui restituer aussi la villa de Chéiieu en 
Sermorens (Isère, arr. La Tour-du-Pin, cant. Virieu), que son frère 
Charles avait déjà une première fois restituée (B(*:ii.MEU-Mn:iii.u., 
n" 1286; Ilist. de Fr., t. Vlll, p. 409 — le diplôme de Charles de 
Provence est perdu). 

7. Cf. n. 1, pour le comte Girard. Rn 90.5 (BiKiiMEH-Mui-nuj., n" 1474 ; 
Jfisl. de Fr., t. Vlll, ]). 415) Louis restitue à l'église le domaine de 
Four (Isère, arrondissement Vienne, canton La Verpillère). Kn 926, 
c'est lav/7/«de Cisiriacus, quï avait été « in usus com.itales reilacfa » 
(dall. Chri.st.. t. XVI, instr. col. 15). Cf. pour Viviers le diplôme de 
Charles de Provence cité p. 6 n. 8. pour .\pt et Uzès les deux di- 
plômes de Louis (//!*■/. de i'r.. 1. L\, p. 67(5 et 678). 



202 LES SEIGNEURS LAÏQUES 

parfois sans doute que « plusieurs cités furent réunies sous 
l'autorité d'un seul comte ^ ». Mais il ne faut pas généraliser 
sans preuve ce fait constaté par exemple pour le comté d'Avi- 
gnon et les pagi voisins, et trop se hâter de croire à la dispa- 
rition des comtes particuliers de telle ou telle ville, alors que 
la rareté des documents est peut-être la seule cause de l'absence 
de toute mention de personnages de ce genre"'. De certains 
comtes, en effet, l'on n'a dans les actes de Louis, et même 
dans l'ensemble des chartes provençales du début du x° siècle 
qu'une mention isolée. Il en est ainsi, au moins dans les 
diplômes impériaux, du successeur de Girard de Roussillon 

1. Manteyer, La marche de Provence, positions, p. 55. La cité 
d'Avignon est placée en même temps (|ue d'autres villes sous l'autorité 
d'un comte qui réside peut-être à Vaison et fait exercer à .\vis"non ses 
fonctions par son lieutenant, un vicomte, dont la souscription tlgure au 
bas de certains actes, mais dont l'existence n'empêche pas le comte 
de continuer à exercer certains droits. 

2. Il y a dans les actes des personnages auxquels le titre de 
comte est donné sans indication de résidence. Il existait donc encore 
des comtés dont ces personnages étaient titulaires, bien que nous man- 
quions d'indications permettant de répartir entre eux les sièges com- 
taux dont les titulaires nous sont inconnus. Nous citerons, par exemple, 
un comte Siebod, mentionné en 925 dans un acte viennois (Carliil. de 
Sainl- André-le- Bas , éd. Ciievalikr, n" 19*), un comte Guigue. ancêtre 
très hypothétique des Guigues d'Albon (cf. TehrebassE; Les dauphins 
de Viennois, p. 9 et sniv.: Bellet, lirponse aux objections contre la 
charte XVI du second Cartulaire de Sainl-IIugues, p. 4-6, et les justes 
observations de M. A. de Barthélémy, Le Carlid. de Saint-/Iu;/ucs, 
dans la Rev. des Quest. hist.. t. 111, p. 565). 11 ne faut d'ailleurs pas 
nécessairement considérer comme réunis les comtés pour lesquels 
nous possédons comme pour ceux de F'réjus et Marseille, des men- 
tions du type « des biens dépendant du comté de l\., sis au comté 
de M. ». Nous croyons que l'on peut, au contraire, admettre le 
plus souvent, sinon toujours, que ces mentions s'appli(|uent à des 
biens affectés à l'usage du comte, mais non nécessairement compris dans 
la ou les circonscriptions sur lesquelles il exerce son autorité comtale. 

Au contraire, M. J. Chevalier (Méin. pour r histoire des comtes de 
Valentinois et de Dirns,t. I, p. 12- 13) suppose (iue« après la création du 
« royaume de Bourgogne et d'Arles, les nouveaux souverains s'étaient 
« appliqués àdiminuer leurpuissance [des comtes] en diminuant l'éten- 
« (lue territoriale de leur jui'idiction. Les grands diocèsesou pa(/i majores 
« avaient été divisés et le nombre des fonctionnaires s'était accru ». 
11 est bien difficile de préciser. Le même auteur pose aussi pour le 
royaume de Provence le problème de l'hérédité des fonctions com- 
tales. il semble bien difficile de formuler une opinion à ce sujet pour 
l'époque de Louis l'Aveugle.' Les comtes que nous connaissons IcMnieux 
sont ci;ux de la famille de llugiu;s dWrIes. mais ])ar suite de diverses 
circonstances et notamment par suite de leur émigration en 11ali(\ la 
transm'ssion des comtes ne s'est pas elTectuée pour eux d'une manière 
normale. 



LES SEIGNEURS UIQUES 203 

dans le comté de Lyon, du marquis Guillaume', d'un comte 
Liutfrid', peut-être Italien, ou ayant accompagné Louis en 
Italie''. Adalelme, comte de Valence*, est un peu plus connu. 
Successivement fidèle de Charles le Chauve, de Boson et de 
Louis r Aveugle", il paraît avoir suivi ce dernier dans son 
expédition au delà des Alpes et rerut do lui en Provence des 
domaines qui lui furent confirmés par l'empereur en \)Q:]\ En 
91"i il est assisté de son fils Boson'', titulaire peut-être déjà 
à une époque un peu anlérieurc d'un comté non identifié l 
Le comte Teutbert parait, d'après le nombre des diplômes 
dans lesquels il figure, avoir été un personnage plus important 
encore. Il était bénéficié dans les environs de Vienne ^ mais 
ce fait à lui seul ne permet pas de le considérer comme comte 
de cette ville'". Son intervention dans les affaires des églises 
d'Apt", de Marseille'", du comte Adalelme de Valence'^ et 

1. Cf. supra, p. 195. 

2. Liutfrid intervient en même temps que d'autres comtes dans le 
diplôme du 6 juin 903, en faveur d'Adalclme {Cartid. de Sainl-André- 
le-Bas, éd. Chevalier, n" 12*). 

o. Cf. supra, p. 178, n. 3. 

4. Sur ce personnage, cf. J. Chevalier, op. cit., p. 135, et Mantevkr, 
La marche de Provence, tlièse mscr., p. 11. 

5. Le diplôme de Louis l'Aveugle, cité n. 2, confirme au comte 
Adalelme et à sa femme Rotlinde «omnia praecepta que dive memorie 
« Karolus seu et piissimus rex genitor noster Boso, sed et nos conces- 
« simus ». — Nous supposons qu'il s'agit de Charles le Chauve, mais 
nous ne savons s'il faut identifier notre personnage avec l'Adalelmo 
qui figure en 870 parmi les témoins des conventions d'Aix-la-Chapelle 
(Mon. Germ., LL., t. I, p. 516) ou avec celai dont parle le Capitulaii-c 
de Quierzy (c. 12) comme devant assister le jeune Louis, et (c. 33) 
s'occuper spécialement des chasses royales. 

6. Diplôme cité, Carlid . de Saint-André le-Bas , éd. Chevalier, 
n" 12*. 

7. Gallia Christ., t. XVI, instr., col. 101. 

8. Cartul. de Saint Barnard de Romans, n" 10 bis, où figure un 
comte Boson, distinct de Boson, comte d'Arles et qu'il faut peut-être 
identifier avec le fils d'Adalelme. Or, cette chai'te parait devoir être 
rapportée à l'année 907 ou 908, c'est-àdireà une date antérieure à celle 
de l'acte cité à la note précédente. — Boson, fils d'Adalelme, parait, du 
reste, avoir succédé à son père (Carlul. de Saint-liarnard, n" 133). 

9. Où il avait reçu la villa de « Mantula, » probablement Mantaille 
(D'Acherv, Spicileijium, éd. in-fol.. t. III, p. 362). Cf. supra, p. 160. 

10. C'est ce qu'a cependant fait Diemmler, Oslfr. Ueii-h. 1. 111, p.2'i2, 
d'après GiNGiNS, Bosonides, ]>. 105. 

11. Diplôme de 896, (;ité plus haut, p. 160, n. 6. 

12. Diplôme du 21 avril 90 1 on favein- du monastère de Saint-Victor de 
Mar.-eille (15()i:hmer-Mui;hlr., w Wl'ô; Carlid. de Saint-Victor, iv 10). 

13. Diplôme du 6 juin 903. — Kn revanclic, il nous parait douteu.x, 
qu'en rabsence du titre de comte il faille identifier avec lui le 



204 LES SEIGNEURS LAÏQUES 

surtout de Tévôché d'Avignon*, où devait se trouver le siège 
principal de son autorité ^ semblent plutôt devoir lui faire 
attribuer le rôle d'une sorte de marquis de Provence, sans 
qu'aucun texte cependant lui donne expressément ce titre. 

Plus important que tous ces personnages un peu effacés est 
le célèbre comte Hugues que Flodoard^ appelle Hugues de 
Vienne, mais plus connu dans l'histoire sous le nom de 
Hugues d'Arles. Son père, Thibaut, fils du comte-abbé Hubert'', 
avait épousé Berthe, fille naturelle de Lothaire H et de Wal- 
drade'. En 880 il avait été battu à la tête des troupes de son 
beau-frère, Hugues de Lorraine , et le bruit de sa mort avait 
même couru'. H se trouvait cependant encore en 883 parmi 

Teutbert auquel Louis donna en 900 l'abbaye d'^ mbierle en même temps 
qu'à un certain Bernard (Bcfjimeu-Mufiilb., n" 1470, Chartes deCluny^ 
n" 78). 

1. Diplômes du 19 octobre 907 et du 16 mai 909 (?) (B(EIIMEr- 
Mueulb., n'^« 1477 et 1479; llist. de Fr., t. IX, p. 683 et 684). C'est 
également à la requête de Teutbert, en même temps que d'un certain 
\Valon,quele 17 septembre 903 Louis donne à un certain évèciue Amé- 
lius, de siège non déterminé, le domaine de « Fretus», près de Saint- 
Rémi (Bouches-du-Rhône, arrondissement Arles, chef-lieu de canton). 
M. Deloche (Snint-fiémi de Provence au moyen âge, p. 100) et ^L de 
Manteyer font de cet .^mélius, présenté par Teutbert, un évêque d'Avi- 
gnon, dont ce serait là la seule mention connue. Mais l'acte ne paraît 
pas exister dans les Archives "de l'évêché d'Avignon. Au contraire, au 
rapport de 1). VaissÈte (I/ist. de Lany., t. V, col. III), il se trouvait 
encore au xvn^" siècle en original ou en copie, dans celles de l'église 
d'Uzès. Il semble donc plus naturel d'identifier cet Amôlius avec un 
évêque d'Uzès de même nom, mentionné dans une lettre (Jaffé, w 
3459) du pape Etienne V(887-891)et dans diverses chartes, notamment 
dans un diplôme de Louis de Provence de 896 (BŒiiMcu-MuEiii.ii., n" 
1452, Ilist. de Fr.. t. IX, p. 678) et qui vivait encore en 912 (L. 
DuciiESNE, Fasles êpiscopaux. p. 312). L'intervention du comte d'Avi- 
gnon s'explique par la situation du domaine concédé. L'église d'Uzès 
ne devait pas, du reste, conserver longtemps la jouissance de celui-ci, 
car avant 954 il avait été usurpé par le comte d'Arles et d'Avignon, 
Boson, et restitué par lui, non à l'église d'Uzès, mais au roi Conrad 
le Pacifique (Delociie, op. cit., p. 57). 

2. Manteyer, La marche de Provence, positions, p. 51. 

3. Annales, f\. 92'i; Mon. Germ., .S'.S'., t. lll, p. 373: a Hugo de Vicnna». 

4. Annales Vrdaslini, a. 880 ; Mon. Germ.., SS., t. il, p. 198. 

5. Ann. Berlin., a. 880, p. 151 « sororium illius [llugonis Lotliarii 
filiij Tlieutbaldum ». Hugues nomme dans ses diplômes son i)èi'e Thibaut 
et sa mère Berthe (ScnEn)M's. Oriy. Gueljicae, t. 1, j). 70; Charles de 
Cluny, t. I, p. 497). — Sur. la discussion au sujet do la date de la nais- 
sance de Berthe, cL Pauisot, Le ro'/anmr de Lorraine, p. 4'i'i, n. 7. 

6. Cf. suprn. p. 120 121. 

7. C'est ainsi que nous expli(|Uons la mention des Ann. Laninenses 
(Mon. Germ., SS., t. IV, }). 15) d'après lesciuelles Hubert périt dans 
cette bataille. 



LES SEIGNEURS LAÏOUES. — IIIT.UES I)'A1U,ES 205 

les comtes (iui soutouaieui la nouvelle rébellion de Hugues'. 
Mais, en 885, lors Je la défaite détinitive du bâtard de Lotliaire, 
suivie de son emprisonnement et d'actes de représailles exercés 
contre ses partisans", Thibaut dut s'enfuir, très vraisembla- 
blement dans les Etats de son jjarent Roson. C'est là en effet 
qu'on le retrouve, après la mort de Boson, tenant un plaid 
dans une localité du nom d\\iiuie-vil/a\ Cette mention est la 
dernière que l'on possède de lui et il mourut avant 898*. 

Son fils Hugues assista peut-être au plaid de Varennes en 
890^ plus certainement en 899 à l'élection et à la consécration 
de l'arclievêque de Vienne, Rainfroi". Dès le 7 avril 903', il 
paraît comme exerçant son autorité à Vienne et int(;rvient pour 
faire concéder au vicomte de cette ville, un nommé Bérillon, 
sans doute son parent^ lesî;ï//^/edePonsin^etde Chavannay'". 
Il est très douteux qu'il ait accompagné le roi de Provence 
dans ses expéditions d'Italie", mais, après la catastrophe de 
Vérone, il devient tout-puissant dans les états de l'empereur 
aveugle. Il est toujours maitre de Vienne, où il est bénéficié 
en même temps que son frère Boson " et dont les archevêques 



1. RÉGiNON, Chronique, a. 883, p. 121. 

2. Ann. Fuld., a. 885, p. 103, mais nous ne savons si Thibaut se 
trouvait parmi les « caeteri qui cum eb erant equis et armis ac vesti- 
« bus spoliati vix nudi evaserunt». 

3. Charles de CJuny, n" 30. La manière dont l'acte est daté prouve 
qu'à cette date Thibaut reconnaissait l'autorité de Charles le Gros. 

4. Date à laquelle sa veuve Berthe parait avoir déjà été remariée à 
Adalbert de Toscane (Liutprand, Aittapodosis. 1. 1, c. 39). 

5. il y a parmi les souscriptions de l'assemblée, colle d'un comte 
Hugues, qui signe le troisième sur huit (Ilisl. de Fr.. t. IX, p. 663). 

6. Cartul. de Grenoble, éd. Mauion, p. 260. 

7. Cartul. de Saint- André-le-Bax, éd. Ciievaliek. n" 11*. 

8. Cf. infra, p. 352. 

y. Commune Vérin, Loire, arr. Saint-Etienne, cant. Pelussin. 

10. Mêmes département, arrondissement et canton. 

11. Ni LiuTPRVND ni Constantin PoKi'iiviu)GÉNi:TE, qui tous deux le 
connaissent, ne le mentionnent dans le récit des expéditions de Louis. 
11 ne parait pas davantage dans les diplômes italiens de ce dernier. 

12. .\cte de vente publié i)ar BuÉguioNV, Dociim. histor. inéd.. t. 111, 
p. 247 (et attribué à tort par lui au règne de Louis le l'ieux), et par 
Brl'kl, Charte.^ de Cluni/. w 241, qui le date correctement, mais ne 
parait pas savoir de quel Boson il s'agit. L'acte indique les possessions 
de Hugues et de Boson à Vienne — Hugues intervient comme am- 
hnscintor dans la plupart des diplômes de Louis relatifs à l'église de 
Vienne et au Viennois (///s^ de Fr., t. NTII. p. 416): Cartul. de Saint- 
André-lc-Bas, éd. Ciikvai.ieh, n" 13*; Charles de Ciunij. n- 223*). Cepen- 
dant, la confirmation générale des biens de l'église de Vienne du 31 
octobre 904 (Boi:iimeu, n" 1475; llist. de Fr.. t. VlU. p. 415, avec attri- 



206 HUGUES D'ARLES 

agissent d'accord avec lui'. Il porte dans les actes les titres 
de duc' et de marquis^ et Liutprand, bien informé sur son 
compte, le désigne comme « comte des Provençaux^ ». Il a 
donc, et cela peut-être même du vivant de Teutbert^ reçu 
l'ancien duché de Fulcrad, la marche de Provence ^ Mais il n'y 
a plus, comme au temps de Fulcrad, un duc de Lyon qui puisse 
en quelque sorte faire contrepoids dans le royaume au marquis 
arlésien. Le marquisat jadis confié à Girard a été démembré, 
sans doute à la suite de la conquête du Lyonnais par les princes 
francs". Le comté de Vienne et le comté de Lyon sont désor- 
mais indépendants l'un de l'autre, et le premier de ces deux 
gouvernements se trouve réuni entre les mains de Hugues, 
avec l'autorité supérieure exercée par le comte d'Arles sur la 
Provence. A son pouvoir (( officiel » il ajoute son autorité pour 
ainsi dire personnelle, celle qu'il exerce comme régent 
de Provence à la place de Louis que son état de cécité em- 
pêche de régner par lui-même. C'est à ce titre sans doute qu'il 
intervient dans les affaires du Lyonnais ^ malgré l'existence 



bution inexacte à l'empereur Louis II) est obtenue directement par 
l'archevêque Rainfroi. 

1. A sa requête, l'archevêque Alexandre donne à l'un des prêtres de 
son diocèse l'église de Saint- Quentin (Carlul. de Saint- André-lc- Bas, 
n" 18*) et divers biens aux chanoines de sa cathédrale (B. nat. coll. 
Baluze, t. LXXV, fol. ;r.O). 

2. IIUl. de F)\, t. IX. p. 685 ; Cariai, df Sainl-Darnnrd de Romans. 
n" 35 ; Carlul. de Saint-. Aadn'-le-Bas. éd. Chevalier, n" 18* [dans la 
souscription de l'acte]. 

3. Charles de Clam/, n» 223 ; Gallia Christ., t. XVI, instr. col. 14 ; 
Hisl. de Fr.. t. IX, p'. 690; Carlul. de Saint-André, n'>« 13*, 14*, 18* 
[dans le texte de l'acte].' Les deux titres sont parfois réunis: Carlul. de 
Greuiddc, éd. Mariox, p. 58; liisl. de Fr.. t. IX, p. 685, n» xvn. Cf. 
Hisl. de Lan(j., t. III, p. 396. 

4. Anlapodosis, 1. Il, c. 16. Il y a une grande analogie, qui n"a pas 
encore été relevée, croyons-nous, entre les expressions de ce texte, 
et celles que les Ann. Bertiniani et les Ann. Fuldenses appliquent à 
Fulcrad. 

5. 11 parait à côté de lui dans le diplôme du 6 juin 903 (Carlul. de 
Saint- André-le-Bas,èû.. Chevalucu, w 12*), mais ce peut être seulement 
en qualité de comte de Vienne. 

6. Cf. n. 4. 

7. Peut-être même avant, si, contrairement à nos conjectures. Boson 
ne reçut pas de Charles le Chauve le gouvernement du Lyonnais, en 
même temps que celui du Viennois. 

8. FLonoARo, Annales, a. 924, loc. cil. — GiNdiNs (//ur/onides, p. 51) 
croit que les mots /Aiydanensis Prnvincia s"appli(piont aux domaines 
d(! Saint-i{émi, sis en Provence. C'est étendre arbitrairement le sens 
du lermo. 



HUGUES D'ARLKS 207 

en ce pays d'un comte parliculicr, et dans celle de l'église do Va- 
lence', dont l'évèque est dit son « fidôlo »-. Il faut tenir compte 
aussi de l'influence dont Hugues a pu Jouir grâce à ses nombreux 
parents, qu'il eut soin de bien pourvoir en Provence comme 
plus tard en Italie. Les vicomtes de Vienne, les Ratburne et 
les Bérillon, sont ses alliés^; l'arc bevr-ipu' d'Arles, Manassès, 
est son neveu \ Son frère Boson reçut', sans doute à la mort de 
Teutbert, les comtés d'Avignon et de Vaison'' et un texte 
curieux, récemment mis au jour, résume bien la situation en 
parlant de « l'illustre marquis Hugues, qui administrait l'état 
sous l'empereur Louis, entouré d'évêques et de comtes' ». 
La famille de Louis lui-même tient dans l'histoire de la 
Provence une place beaucoup moins considérable que celle de 
son cousin Hugues. La femme de Louis l'Aveugle se nommait 
Adélaïde et parait pour la première et la dernière fois dans 

1. Il avait usurpé une terre de l'église de Valence (Cartul. (Je Gre- 
noble, éd. Marion, p. 58). In diplôme sans date de Louis l'Aveugle 
concède à la requête du duc et marquis Hugues, à l'église de \'alence 
divers biens sis au comté de Die (Hist. de Fr., t. IX, p. G85). 

2. Miracula Saneti ApoUinaris, éd. Chevalier, p. 39. 
o. Cf. iiifra, Appendice IX, p. o52 et suiv. 

4. Manassès donne à l'abbaye de Cluny (Chartes de Cluny, n" 726) 
des biens « que adjacent in comitatu Cabilonensi, que de paterna he- 
«reditate mihi obveniunt, quaspater meus Warneritis juredominantis » 
et dans l'acte il mentionne également sa mère Teutberge et ses frères 
Hugues, et Richard. Sur ces personnages, voy. Mantevkr, Lesoriffines de 
la maison de Savoie, dans les Mé/. de l.' Ecole de Home. 1899, p. 'i53 
et ss. Teutberge était sœur de Hugues d'.\rles, comme nous le savons 
par la charte de la donation faite de labbaye de Saint-André en Camap- 
gue à Drogon, évêque de Marseille, par Manassès, à la, requête de 
«incliti ac piissimi principis et avunculi nostri » (Cartul. de Saint- 
Victor de Marseille, n" 1). Des quatre fils de (iarnier et de Teutberge, 
Manassès devint archevêque d'Arles vers 914 et plus tard passaen Italie 
où nous le retrouverons. De Richard et de Boson, nous ne connaissons 
pas l'iiistoire. Quant à Hugues, il faut très certainement l'identiller avec 
le comte de ce nom qui reçut en 936 des rois Hugues et Lothaire le do- 
maine d'Eltaveon en Viennois (Saint-Jean d'Octavion ou Chàtillon-Saint- 
Jean, Drome. arr. Valence, canton Romans) et qui est dit dans l'acte 
neveu du roi Hugues (Forsch. z. d. Gesch., t. X, p. oOl). 

5. LiUTi'RAND, Antapodosis. 1. III. c. 47, dit que Boson était frère de 
Hugues, « e.x eodem pâtre ». Gingins en a conclu ([uïl était bâtard, 
Berthe, mère de Hugues, ayant survécu à Thibaut, et celui-ci ne pou- 
vant guère, en raison des dates, avoir eu Boson d'une première femme. 
Il vaut mieux admettre que. dans ce passage. Liutprand oppose simple- 
ment Boson aux fils de Berthe et d'Adalbert de Toscane : ceux-ci 
étaient frères aussi de Hugues, mais n'étaient pas nés du même 
père. 

6. Ma.ntevek, La marche de Provence, positions, p. 54. 

7. Miracula Saneti ApoUinaris, loc. cit. 



208 LA FAMILLE DE LOUIS L'AVEUGLE 

un diplôme du 18 janvier 915'. Il en eut un fils du nom de 
Rodolphe, à peu près ignoré dans l'histoire. L'existence de 
ce prince n'est en effet connue que par l'apposition de son 
signum au bas de la charte par laquelle Adélaïde, sœur de 
Rodolphe ^'^ veuve de Richard le Justicier, soumet à l'abbé 
saint Eudes de Cluny le monastère de Romanmoutier ". 
Le nom d'Adélaïde ou Adèle est assez répandu au x° siècle 
et se rencontre à cette époque dans un certain nombre de 
familles seigneuriales \ Mais dans le cas ({ui nous occupe il 
faut rapprocher ce nom d'Adélaïde de celui de Rodolphe 
porté par un fils de Louis, et du fait que ce prince, après 
la mort de son père, paraît s'être retiré dans le royaume 
de Bourgogne. Cet ensemble d'indices concordants doit 
seml)ler bien de nature à faire rattacher à la famille 
rodolphienne l'origine de la femme de Louis l'Aveugle. Dans 
la maison welfe, en effet, cà laquelle sont apparentés les sou- 
verains du royaume de Transjurane, le nom d'Adélaïde, porté 
par la femme de Conrad, comte d'Auxerre, l'est également par 
unesœurdeRodolpheP''et par unefîUede Rodolphe IL L'hypo- 
thèse qui parait donc la plus vraisemblable est de considérer 
comme une sœur de ce dernier la reine Adélaïde, femme de 
l'empereur Louis, et mère du Rodolphe mentionné en 929*. 



1. A la requête de « dilecta ac bene mérita conjux nostra Adaleida », 
Louis concède à son lîdèle Girard une vipine en Viennois (Carlul. de 
Saint-Andrê-le-Bns, éd. Chevalier, n" 16*). 11 semble bien que cet 
acte ait été remarqué dans le cartulaire de rép;iise de \'ienne par 
Chorier qui (Ilist. du Daiiphinè, I, ]). 522) donna à la femme de Louis 
l'Aveugle le nom d'Egine-Adelaïs, tout en croyant ce prince marié 
seulement en 923 ou en 924. 

2. Charte du 19 mars 929 (Chartes de Cluny, n" 379). « Signum 

« Aeleydis comitisse régie matris et abbatisse S. Juditte filii Rodulfi 

« régis S. Rodulfi tilii Ludovic! imperatoris. » — Gingins (Boan- 

nides, p. 186) va trop loin (juand il jirétend voir la souscription de la 
veuve de Louis dans le 5. Juiiitte, sous prétexte que le nom de Judith 
ressemble à celui d'Adeleth. La charte d'ailleurs est un témoignage 
de bonnes relations entre les deux familles, car Adélaïde demande des 
prières pour l'âme de son neveu Louis [l'Aveugle]. Mais on ne peut, de 
la parenté ainsi indiquée, tirer argument en faveur du système que 
nous exposons plus bas, car Adélaïde, veuve de Richard le Justicier, 
était certainement tante par alliance de Louis, fils de iJuson, (|uelleque 
fût la fennne de l'empereur. 

3. Dans celles des comtes de Poitou, des comtes d'Anjou, des ducs 
de Normandie. 

4. Cette hypothèse a déjà été émise par Gingins, Dosonides, p". 185. 
— On rattaciio souvent, au contraire, la femme de Louis l'Aveugle à 
la famille d'I'^dward l'Ancien, roi de Wessex, fils d'Alfred le Grand 



LA FAMILLE DE LOUIS L'AVEUGLE 209 

Plus connu est un autre fils do Louis l'Aveugle, le conile 
Charles-Constantin, doiiljU^ nom que ce personnag'o portait 
déjà au x" siècle'. Il parait pnur la [)remièrc fois comme 
(i/jihftsciator dans un diplôme du ;> juin 923". Cela sembl(M'ait 
indiquer qu'à cette date il était déjà sorti de Tenfance ; l'on 
pourrait donc placer sa naissance dans les premières années 
du x" siècle *. Mais Richer ajoute que Charles était bâtard*. 
Tous les historiens sont d'accord pour rejeter le fait sans 
contrôle. Ce renseignement ne se trouve pas, il est vrai, dans 
Flodoard; mais Richer ajoute parfois au texte de son prédé- 
cesseur des détails qu'il tient de son propre père, Raoul, 
chef de bande au service de Louis d'Outremer, et qui ac- 
compagnait peut-être celui-ci dans l'expédition d'Aquitaine 
au cours de laquelle le roi reçut à Màcon la visite et le 
serment d'hommage du comte de Vienne'. 

Reste donc à savoir si l'hypothèse de l'illégitimité de 
Charles-Constantin s'accorde mieux ou moins bien avec les 
faits que celle de sa légitimité. 

a. Nous n'avons sur les mœurs de l'empereur qu'un seul 
témoignage, suspect à la vérité comme émanant d'un ennemi. 



(f927). Nous considérons cette hypothèse comme tout à fait inad- 
mi.'^sible (cf. iiifra. Appendice iv, p. 314-319). Nous ne savons s'il faut 
étabhr un lien entre l'origine bourguignonne d'Adélaïde et le fait de 
l'intervention de Rodolphe II dans les affaires de Provence après la 
mort de Louis l'Aveugle, ou l'hostilité de Hugues d'Arles, qui avait en 
Italie à lutter contre liodolphe 11, vis-à-vis des fils du souverain défunt. 
Ces événements sont si mal connus qu'il serait certainement imprudent 
de chercher à en tirer argument. 

1. Flodoaru, Annales, a. 931 ; Mon. Genn., SS., t. 1(1, p. 379: « Karlo 
Constantino Ludovic! orbi filio » ; — a. 9'il, p. 388: « Ludovicus rex a 
Karlo Constantino in Viennarecipitur )> ;— a. 951,p. 'lOO: « KarolusCons- 
tantinus, Viennae princeps. . . » Richer, Ilistor., 1. H, c. 98: « Karo- 
lus Constantinus Viennae civitatis princeps. » — Richer sur ce point ne 
se borne pas à reproduire le texte de Flodoard, auquel il ajoute deux 
indications relatives, l'une à l'âge de Charles-Constantin, l'autre à 
l'illégitimité de sa naissance. 

2. A la requête de « dilectissimus (ilius nostri (sir sur l'original) 
Karolus », Louis donne à son fidèle Bon trois serfs en pleine propriété 
(Charles de Cliinij, n" 242). 

3. Ce qui concorderait justju'à un certain point avec l'indication de 
Richer qu'il était « grandaevus » en 951, bien qu'il y ait quelque exa- 
gération à appliquer cette épithète à un homme (jui ne devait pas avoir 
atteint cinquante ans. 

4. RiciiEit, Jlist., 1. II, c. 98. « Concubinali stemniute us(iue ad tri- 
tavum sordebat. » 

ô. 11 se trouvait dans l'armée de Louis W en U'iS et 9.".i;. 

PouPAHDiN. Royaume de Provence. 1 1 



2 lu CIlAULKS- CONSTANTIN 

c'est celui de l'auteur des Gcsta Berenyarii^ qui ne trouve 
que ce seul reproche à adresser à Louis : 

cui moribus auctor 
Tempnendus Ludovicus erat, sed stirpe legendus. 

b. Charles-Constantin étant bâtard, on s'explique que son 
exclusion du trône ait fait assez peu de difficultés. Floduard, 
en effet, non seulement ne mentionne de sa part aucune ten- 
tative pour ressaisir la couronne, mais ne parait pas même 
considérer comme anormal qn'il ne l'ait point portée à la mort 
de son père. 

c. Dans des cas très nombreux de double nom qui, à la vérité, 
appartiennent pour la plupart au xi" siècle, il y a un « nom de 
naissance » et un « nom de baptême » : « Quand l'enfant reçoit 
« un surnom de baptême, ce nom qui au point de vue religieux, 
« consacre une renaissance, remplace rapidement le nom de 
« naissance. Tandis que le premier, du moins pour l'aîné, vient 
« de la ligne paternelle, le second vient de la ligne maternelle' » . 

11 s'ensuit de là que des deux noms de Constantin-Charles, 
dont le second peut seul appartenir à sa famille paternelle, le 
premier doit être un nom de baptême et venir de la ligne 
maternelle''. Or, le nom de Constantin ne se trouve pas. dans 
la famille rodolphienne. Il se rencontre au contraire assez 
fréquemment en Viennois ''. En résumé, l'on peut dire que si la 
femme de Louis l'Aveugle n'était pas une rodolphienne on ne 
s'explique ni son nom, ni celui de son fils. Si Charles-Cons- 
tantin n'était pas bâtard, on ne s'explique point son nom de 
naissance. 

Il y a d'ailleurs à ce système une difficulté que nous recon- 
naissons. Conrad le Pacifique appelle le fils de Louis l'Aveugle 
son « cousin' n. Cela s'expliquerait fort bien si Charles avait 
été fils d'Adélaïde, tante de Conrad''. Au contraire, dans notre 



1. (resta Bcrciif/tirii, 1. 1\', v. 45. 

2. Manteveu. loe. cit., p. 57. Ici, peut-être parce que c'est l'un 
des premiers exemples le nom de baptême ne s'est pas substitué au 
nom de naissance. 

'S. (''est d'ailleurs ce (iu'adni(!t1ait M. de Manleyor. mais avec Tliypo- 
tbèse de l'origine anglaise, que nous rejetons au contraire. 

'i. Cartii/. (le Saiiil-Aii(lré-le-/ias, M. CuEWU.lKW, n"" 123, 255,9*; 
Gall. Christ., t. XVI, instr. n" v. 

5. Chartes de C/iniy, n" (527. 

G. Cf. le tableau généalogi(jue ci-contre. 



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:>12 RNTREVUR DE HUGUES D'AULES ET DE RAOUL [Mars 92i] 

hypothèse, aucun lien de parenté ne paraît rattacher Charles 
à la famille des souverains de la Bourgogne. 11 parait vrai- 
semblable, par suite, d'admettre une sorte d'assimilation, à 
cette époque oii la bâtardise n'était point vue de mauvais 
œil\ entre Charles-Constantin et le fils d'Adélaïde. Conrad 
le Pacifique reconnaissait pour ainsi dire au fils naturel de 
Louis l'Aveugle la qualité de membre do la famille royale, 
comme il lui avait reconnu celle de comte de Vienne ^ 

Sur l'histoire en quelque sorte extérieure de la Provence 
durant la régence du comte Hugues, l'on ne sait à peu près 
rien. Louis paraît avoir vécu en bonne intelligence avec ses 
voisins, tant avec Richard le Justicier et ses enfants qu'avec 
Guillaume le Pieux, fils et successeur de l'ancien adversaire 
de Boson, Bernard Plantevelue. Guillaume avait d'ailleurs, à 
une date indéterminée, mais sans doute assez peu antérieure 
à 898, épousé la sœur de Louis, Engilberge'', qui vivait encore 



1. P. Vioi.LET, ///.s7. (les inslilulioiis jwliliqiies, t. I, p. 241 ; Droit 
privé, p. 466. 

2. GiNGiNS (Boaonides, p. 189-190) a cru devoir donner un troisième 
fils à Louis l'Aveugle: Geilin, comte de Valence et de Die au x« siècle. 
Le peu que nous savons de ce personnage se réduit à quelques jnen- 
tions fournies par un diplôme de Conrad le Pacifique de 956 (Jlisl. de 
Fr., t. IX, p. 697); et par des chartes d'une époque voisine de celle-ci 
{Cartul. de Saint-Cha/pre, éd. Chevalier, p. 112-115). Ces actes nous 
apprennent qu'il avait eu une femme du nom de Gothelina, et une autre 
de lîaimodis (cf. J. Cmevalieu, Mémaires pour servir à riiisloire des 
comtés de Valentinois et de Dioù. p. 137-140). Un autre Geilin est éga- 
lement mentionné à une époque postérieure (Ca/7^//. de Saint-(]li<(IJ're, 
p. 116). Geilin I, possesseur du comté de Valence en 956 et 962, date 
à la(iuelle il est remplacé par un certain Lambert, est bien un con- 
temporain de Charles-Constantin; mais rien dans les chartes que nous 
avons citées, non plus que dans le nom porté par le personnage, ne 
vient à l'appui de l'opinion de Gingins. Le seul argument que ce der- 
nier ait pu produire en faveur de sa thèse est qu'au bas d'un jugement 
rendu par Conrad le Pacifique (Charles de (J/uin/, n" 622) figurerait 
l'indication suivante : « Geilinus tilius Ludovici presens fuit ». Il cite à 
l'appui de ce dire- de prétendues variantes du nom, notamment celle 
de « Genrieus » qui serait fournie par les llist. de Fr.. t. I.\, p. 696. 
Ces variantes sont une invention de l'érudit suisse. La véritable lec^ture, 
celle de P. de Rivaz sur l'original, la seule que signalent MM. Bernard 
et Hruel dans leur édition des Charles de Chnii/, es\ Anriciis. Le comte 
Geilin de Valence n'a donc rien à voir avec la famille de Boson. Quant 
à cet Anricus, qui ne nous* est point connu d'ailleurs, il semble bien 
douteux, en l'absence de toute qualification jointe, au mot Ludovici, 
qu'il faille en faire un fils de l'empereur Louis l'Aveugle. 

3. Klle parait pour la première fois dans une charte de Guillaume 
le Pieux, en faveur de Saint-Julien de Brioude, donnée « aniio qun 
mortuns est odo rex f'rancoi'uin vol A(|iiitannriim », c'est-à-dire en 898 



[Mars 92i] ENTREVUE DE HUGUES D'ARLES ET DE HAOUL 213 

en 018'. Les sources narratives no mentionnent d'autre part 
aucune tentative des souverains de la Gaule ou de la Bouro-ofrne 
Jurane pour s'emparer d'une portion quelconque du royaume 
de Louis, au moins du vivant de ce dernier. Leur activité 
s'était tournée d'un autre côté, vers la Lorraine, vers les éta- 
blissements des Normands, ou vers l'Italie. Leurs Annales 
n'indiquent aucun événement qui les mit en relations avec 
l'empereur Louis antérieurement à 924. Au commencement 
de cette année, après le mois de février-, le roi Haoul avait 
en Autunois, sur les bords de la Loire, avec le duc d'Aquitaine, 
Guillaume II, comte d'Auvergne ■\ une entrevue ;i laquelle 
assistaient un certain nombre de prélats et de grands laïques 
appartenant surtout à la Bourgogne''; le comte Hugues de 
Vienne prit également part à l'assemblée". Mais la présence 
de ce dernier n'implique certainement pas'' de sa part la 
reconnaissance d'une suprématie quelconque du roi Raoul; le 
désir d'assurer la continuation de la paix qui avait régné 
sans interruption, depuis la mort de Charles le Gros, entre 
le royaume de Provence et les souverains des royaumes 
francs, suffit à expliquer la présence à l'assemblée du puissant 
comte de Vienne et d'Arles. Le seul résultat que nous puissions 



(Cartul. de Brioude. n" 309). Sa mère n'ayant épousé Boson (ju'en 876, 
si Fngilberge ne s'est pas mariée très jeune, elle ne peut avoir épousé 
Guillaume beaucoup d'années avant 896 ou 897. 

1. Cartul. de Sauxillniif/es, iv l'iô. Elle avait eu de Guillaume un 
fils nommé Boson qui mourut jeune. 

2. Raoul est à Autun le 29 février 924 et y donne un diplôme pour le 
monastère de Saint-Symphorien (I/t'st. de l'r.. t. IX. p. .562 ; Lum'eut. 
Kfinitj Ui'idolf von Fra)ikreicli. catal. n" l). L'assemblée eut lieu dans 
le pays d'Autun, et au commencement d'avril le roi était de retour à 
(Jhalou {lli^t. de Fr., t. IX, p. 563 : Lippeut, op. cil., catal. n" 2). C'est 
donc vraisemblablement au mois de mars qu'il faut placer l'entrevue. 

3. Qui avait, en 918, succédé à son oncle Guillaume le Pieux 
(D. VaissÎdte, Ili.'it. de Languedoc, t. Il, p. 311). 

4. Les deux comtes Hugues et les tils de .Manassès de Vergy. Parmi 
les évèques se trouvaient .\nsegise de Troyes. Abon de Soissons, Ada- 
lard du Puy. Cf. Lipf^ert. Konif/ Rudolf, p. 40-41. 

5. P^LoDOARi), Annales, a. 924: Mon. (îerm., SS., t. 111, j). 373 : 
« ... ab Hugone de Vienna, qui eidem colluquio intererat. » 

6. C'est ce qu'admettent aussi Kalckstein, Gesr/i. dex franz. /v/i/uV/.s'- 
tums unler tien emlen (Aipelinf/ern. p. 166 et Lum'EUT, op. cil., p. 'lO. 
Au contraire, D. Vaissî^te (///.s7. de fjinr/uedoc. t. IV, p. .")3-.t'i) croyait 
à une reconnaissance de Haoul par Hugues, mais en supposant, il est 
vrai, Louis l'.Vveugle mort à cette date, et rattachait à ces événements 
la soumission de Charles-Constantin à Uaoul, puis à Louis IV d'Outre- 
Mer. 



214 INVASION HONGROISE [92i] 

constater, ce sont qnelqnes marques d'amicales relations entre 
les deux princes. Séulf, archevêque de Reims, obtint pour 
son église la restitution des biens de saint Rémi sis dans le 
Lyonnais, biens dont elle avait perdu la possession depuis 
le temps de l'archevêque Foulques'. Raoul, d'autre part, 
quelque temps après, confirmait à l'abbaye de Saint-Martin 
d'Autun des biens sis en Provence, dans les comtés de Vienne, 
de Vaison, de Fréjus, c'est-à-dire dans des pays qui ne ces- 
saient point de reconnaître l'autorité de l'empereur Louis 
l'Aveugle '. 

Hugues ne dut point rester très longtemps en Autunois, car 
l'invasion qui menaçait le royaume à lui confié nécessitait, 
sans doute dès le commencement d'avriP, sa présence dans 
les états de Louis. Les Hongrois, en effet, venaient de franchir 
les Alpes. Leurs bandes, sous la conduite du chef Salard, que, 
depuis 922'', Bérenger employait dans sa lutte contre Rodolphe 
de Bourgogne et ses partisans italiens, s'étaient emparées de 
Pavie et avaient saccagé la ville le 12mars924'. L'évôqueJean 
avait péri, ainsi que Rainfroi évèque de Verceil, et les rares 
habitants échappés au massacre avaient cà grand' peine racheté 
les débris sauvés de la fureur dévastatrice des Hongrois. Il 
est bien probable que ces ravages n'avaient pas satisfait 
Bérenger; d'autre part le désir d'éloigner d'aussi dangereux 
alliés, autant que celui d'inquiéter son compétiteur Rodolphe II 
dans ses états de Bourgogne jurane où il s'était momentané- 
ment retiré ^ dut le déterminer à favoriser le passage des Hon- 
grois en Gaule'. Les Magyars franchirent les Alpes, sans 

1. Flodo.mu), loc. cil. Il dit, en parlant decette terre, «de qualleri- 
(( veus nihil habuerat ». Le prédécesseur d'Hervé, Foulques, fut assassiné 
en 900. 11 ne semble pas qu'il y ait de raison pour qu'à cette date 
ri'Iglise ait pu être dépouillée de ses biens. La mainmise effectnée sur 
eux par les rois de Provence date peut-être de répo(iue troublée qui 
suivit la mort de ('liarles le Gros. 

2. Jlist. de F)'., t. IX, p. 563; Ln>PERT, op. cit., catal. n" 2. 

:{. FLonoAUD dit que la mort de Bérenger (7 avril) eut lieu durant 
l'invasion. 

'i. DuEMMLEii. (lesta Ilcn-iif/.. ]). 51, n. 1 ; DussiEt'x, Invasious des 
J/oiir/7'ois, p. 36. 

'>. ÏAurvnKSl), Antapodosis. 1. 111, c. 2, donn(> la date de jour. Ses 
indications chronologu^ues paraissent acceptables et concordent avec 
celles du CJiron. NinKuilutanxm. 

6. Cf. infm, p. 219, n. I. 

7. Sur tous ces événements, cf. Fi.odoaiîI), Aiitiales. a. 92'i, Mon. 
Germ., SS., III, p. 373-374 ; Lhti'KAM), AiUajxidasis. 1. 111. c. 2 : Chron. 



[924] INVASION FIONGIlDlSr; 21 j 

(loulo vers le nord de la portion franco-italienne; de la chaîne, 
pour déboucher dans les États de Rodolphe II'. Celui-ci unit 
ses forces à celles du Royaume de Provence-, dirigées par le 
comte Hugues deA'ienne, que cette invasion ne menaçait pas 
moins que le roi de lîourgogne, se porta au-devant des Hon- 
grois. Les deux princes réunis parvinrent à enfermer les 
barbares dans un défilé, dans l'im des contreforts de la 
chaîne ^ Mais les païens réussirent à s'échapper e(, traver- 
sant le royaume de Louis TAveugle. se dirigèrent vers le 
Rhône, poursuivis et harcelés par Hugues et R<)dol[)he, (jui 
massacraient ceux d'entre eux sur lesquels ils pouvaient 
mettre la main', mais sans en venir à un engagement, 
soit parce (jue les chrétiens ne le cherchaient point, soit 
parce que les envahisseurs, selon leur tactique habituelle \ 
se dérobaient devant eux". Arrivés au Rhône, les Hongrois 
le franchirent et pénétrèrent dans la Gothie, qu'ils dévas- 



Xonantidunum SS. Rer. Lang., p. 572). Liutprand place dans son 
récit le sac de Pavie après la mort de Bérenger, mais cet événement, 
selon Liutprand lui-même et la Chron. Nonatitulniiuni, est du mois 
de mars, alors que Bérenger fut assassiné par Flambert le 7 avril 924. 
Le récit de Liutprand relatif à la destruction de Pavie, en dehors de 
la date, a une couleur extrêmement légendaire. Xous ne savons quel 
avait été le rôle des habitants de Pavie dans la lutte entre IJodolplie et 
Bérenger, et si celui-ci pouvait avoir quelque raison de lancer contre 
eux ses Hongrois. 

1. Les Sarrasins d'ailleurs occupaient dès cette époque une partie des 
défilés des Alpes. Fi.odoard {Aimalex, a. 92;?, lac. cil., p. ;]73) les 
mentionne à une époque très voisine de celle qui nous occupe. 

2. « CoUium .\lpinorum », dit Flodoard. Il ne semble dont pas que 
ce soit dans l'un des passages de la chaîne elle-même que les alliés 
aient arrêté les Hongrois. 

3. C'est ainsi que nous interprétons le « insequentes praeilicti duces 
« sternunt ex eis quos reperire potuerunt ». Dom \'aissête croit que les 
Hongrois s'enfuirent devant Hugues et Rodolphe et cpie ceux-ci, ne 
les rejoignant que sur les bords du fleuve, exterminèrent ceux qui ne 
purent passer à temps sur la rive droite. 

4. Cf. RÉGINO.N, Chron.. p. 13o. 

5. Flodoaud, a. 924, loc. cit. 11 est à peu près notre unique source 
pour ces événements. Les autres chroni(iueurs cités par DrssiEi'x 
(Invasions ile.s /lonr/rois. p. 37), comme HroiKS UE Flwigny, se bornent 
à reproduire ou a parapliraser le textedes .'U;»'//esde Flodoard. — Ho- 
dolplie 11 esta Pavie le 18 amit 92 1. (Diplôme pour Saint-.lean-dosDoms, 
dans RoBOUNi, Notizie délia sua palria. t. 11. j). 95, où l'an du règne en 
Italie, l'an de l'incarnation et l'indiction concordent jjour 92'i). Mais 
cette date ne peut être prise ])ouy (rmiintis ail 'jncni du séjour des 
Hongrois en Provence, car il est possible que le roi de Bourgogne, à 
la nouvelle de la mort de Bérenger. ait abandonné l'expédition avant le 
moment où les païens furent rejetés en Gothie, 



216 INVASION HONGROISE [92i] 

tèrent, saccageant entre autres la ville de Nimes\ et ré- 
duisant le pays à l'état de solitude « au point qu'il ne restait 
plus en Septimanie un seul prêtre pour faire le service divin '^ ». 
Une maladie épidémi(iue qui se mit dans leur armée, les échecs 
que leur infligea Raimond-Pons, amenèrent l'anéantissement 
à peu près complet des bandes dont Hugues d'Arles et Rodolphe 
avaient ainsi laissé à leur voisin, le marquis de Gothie, le soin 
de se défaire, pour tourner eux-mêmes leurs efforts du côté 
de l'Italie ^ Il n'entrait pas en effet dans la destinée de ce 
dernier pays de vivre longtemps tranquille sous le règne d'un 
même souverain et il est nécessaire de reprendre son histoire 
à quelques années en arrière pour exposer brièvement par 
quelle suite de circonstances le comte de Vienne, marquis de 
Provence, se trouva amené à séparer son histoire de celle du 
royaume de Louis l'Aveugle. 

Bérenger avait régné assez paisiblement en Italie durant les 
années qui suivirent la défaite de son rival et s'était fait cou- 
ronner empereur à Rome au commencement de décembre 915 '. 
11 avait, il est vrai, à lutter contre les Hongrois dont les hordes 
toujours plus nombreuses ravageaient le nord de l'Italie, mais 
avait trouvé moyen de gagner à sa cause quelques-unes de 
leurs bandes pour s'en faire au besoin un appui contre les 
Italiens toujours versatiles ^ C'est peut-être pour payer leur 



1. C/u-oii. Nenmu^cnsc (Mon. Genn., SS., III, p. 219) à Tannée 925, 
mais les deux ou trois mentions fournies pour cette période par le 
chroniqueur ne sont pas rapportées par lui à leur date exacte. 

2: D. Vaisitte, Ilist. de Languedoc, t. III, p. 99-100. 

3. « Pêne cuncti interierunt », dit Flodoard,qui range tous ces faits 
sous l'année 92'i, ce qui indique qu'il n'y eut pas très longtemps des 
Hongrois en Gothie, alors que d'autre part il n'est pas question d'un 
retour en Italie qu'ils auraient eflectué en traversant en sens inverse 
les états de Louis l'Aveugle. C'est à tort qu'un fragment publié dans les 
Jlist. de /•>., t. VllI, p. 319, rattache à l'invasion dont nous venons de 
parler la translation à Reims du corps de saint Rémi. Celle-ci eut lieu 
deux ans plus tard, à la suite, il est vrai, de l'arrivée de Hongrois, mais 
venant de la C.ermanie et non de l'Italie. — Laoov, Pù'ce de plaisir 
en bronze au mnn de Uodolphe et de lIiKjues. Bruxelles, 1858. in-8", 
attribue à répo(|ue de l'union des deux princes contre les Hongrois une 
sorte de jeton en bronze, portant sur une face -[- rionvi.KVS comes et sur 
l'autre f i;iîo co.mes, etcpii semble du X'' siècle. ^lais le fait (pie Rodolplie 
ne ])i'end ])as le titre de roi (« poui- ne pas chocpier l'égalité enti'c 
Hugues et lui », affirme l'auteur), rend raltribution contestable. 11 s'agit 
plutôt, quoi (]u'en pense M. Lagoy, des deux lils de Richard le Justicier. 

4. DuE.MMLEK, Gesla lier-'nf/arii , }). 166. 

5. LnjTi'iiwn, Antapudosis, 1. Il, c. 42. 



[022] lUtDttM'IlK If EN ITALIE 217 

concours (ju'il dut demander à ses sujets des contributions 
inusitées, et c'est à l'occasion (Tune somme indûment extorquée 
à l'archevêque de Milan, Lambert, au moment do son introni- 
sation, qu'éclata le mécontentement des seig-nours italiens'. 
Ceux-ci avaient à leur tête Lambert lui-même, le comte pala- 
tin Odelric", Gislebert, comte de lJergame\ et le mar(iui.s 
Adalbert d'Ivrée*, qui avait eu pour première femme la tille 
de Bérenger, Gisla, mais depuis la mort de celle-ci était re- 
marié avec la fille du défont marquis de Toscane, nommée 
Ermengardo". Les deux fils d'Adalbert, Gui et Lambert, pa- 
raissent être restés neutres". Les rebelles firent, selon l'habi- 
tude des Italiens, appel à un souverain d'au delà des monts, 
mais cette fois ce fut à Rodolphe II ', qu'aucun lien ne semblait 
rattacher à l'Italie ^ et qui se trouvait de plus étranger à 
la famille carolingienne. Il entra, dès le début de l'année 922'', 
en Italie, où l'appelaient Gislebert et Adalbert, échappés à 
la défaite iniligée aux rebelles par Bérenger et ses Hongrois'"; 
mais c'est seulement le 17 juillet 92o qu'une bataille fut 
livrée entre les deux compétiteurs à Fiorenzuola", non loin de 
Plaisance. Rodolphe fut vainqueur'-; il semble cependant que 
son succès n'ait pas été complet. Peut-être fut-il vaincu dans 
une seconde bataille '\ mais en tout cas un accord exprès ou 



1. LiUTPn.\Ni), AntapOilosis. 1. II, c. 57. 

2. Mentionné pour la jjremière fois le 28 octobre 911 (Tiraooscui, 
Slitria (li Xunantula. t. II, p. 96), puis fréquemment dans les diplômes 
de Bérenger (Due.mmleu, (ie^ta Bei'eii;/.. p. 27). 

3. Il paraît en cette qualité dans un jugement de janvier 92o (Cod. 
Dipl. Lang.. w 500). 

4. LuTPRAND, Antapodosis. 1. II. c. 5(3. 

5. Ibid., I. Il, c. 56. 

6. Liutprand ne leur attribue aucun rôle. Ils ne sont pas mentionnés 
dans les diplômes. 

7. LiUTPHvND. Antapodosis, I. II. c. 60. 

8. Sinon que sa sœur Waldrade avait épousé Boniface de Spoléte. 

9. Il date de Pavie un diplôme du 4 février de celte année en faveur 
de l'évèque .\icard de Parme (Bœh.mep.-Mukiili!., u" 1490; MnuToiu. 
Anl. îlal., t. VI, col. 325). 

10. LiUTPUANn, Antapodosis. \. II, c. 61. 

11. Fiorenzuola d'Arda, au district de Plaisance. 

12. FLODoAitn, Annales, a. 923, Mon. Germ.. SS., t. III, p. 373: « .\lter 
« Rodulfus Cisalpiiiae Galliae rcx quam Italici, abjecto rege suo Bcren- 
« gario, in regnum acceperant, cum ipso Bcrengario contlixit, eumque 
« devicit, ubi mille (juingenti homines cecidisse dicuntur. » Cf. Ijit- 
PKA.ND, Antapodosis, I. Il, c. 66, qui donne la date de jour, et Const.\n- 
Tl.N PoRPiiYKooÉ.NiiTE, De udmin. iinperii, c. 26, p. 116. 

13. C'est ce qu'aflirme ('o.vstanti.n PuiU'iivuoc.É.NiiTE. /oc. cit. 



218 FlODOLl'IIE II EN ITALIE [923] 

tacite semble être intervenu entre lui et Tlérenger, réservant 
à chacun une partie de l'Italie'. Il est certain en effet que 
durant les premiers temps du règne de Rodolphe en Italie, 
Bérenger continuait à être reconnu à Vérone et dans l'ancienne 
marche frioulaine'. Le roi de Bourgogne, au contraire, domi- 
nait dans la plus grande partie de l'Italie septentrionale. Il 
y comptait parmi ses partisans le marquis Adalbert d'Ivrée% 
et, après la mort de celui-ci, ses deux fils, Bérenger^ et 
Anscher^ ainsi que sa veuve, la comtesse Ermengarde, que 
l'on voit intervenir dans les diplômes". Il en est de même du 
comte Gislebert^ de Boniface, marquis de Spolète et de Ca- 
merino-, bref de tous les instigateurs de la révolte de 922. 
En 924, l'assassinat de Bérenger, par son tilleul Elambert, 
paraissait assurer définitivement le triomphe de Rodolphe II, 
à ce moment occupé à lutter en Provence contre les Hongrois". 
Mais l'humeur mobile des Italiens ne leur permettait pas 
de rester longtemps fidèles à un même prince, surtout lorsque 
celui-ci appartenait à la nation méprisée des P)Ourguignons '". 
Un parti hostile à Rodolphe II ne tarda pas à se fermer parmi 
les anciens partisans de celui-ci, autour de Lambert de Milan 

1. Ibid. Il ajoute « r,v 3; ô I'oSojXso; {>tJ> Tr;v [JouÀr^v xaî Izvj'j-'.y.'t toj 
« Bsp'.yyip'. », ce que ne contirme aucune autre source. Le texte de Lnr- 
l'RAND, Anlapodo^is^ 1. II, c. 65. fait allusion à un partage d'opinions 
plutôt qu'à un partage de territoire, mais l'on peut supposer qu'il s"a[)- 
l)li(iue à une époque antérieure à la bataille de Fiorenzuola, celui de 
Constantin, au contraire, à une époque postérieure. 

2. Il donne en 923 à N'érone un diplôme en faveur de l'évèque de 
Bellune (BdEHMEU-Mur.in.B, ii" i;>7l; VùwzLU, liai, xticrit. l. V, col. l'ifi). 

3. Il intervient dans des dijjlômes du 'i févri(>r et du S décembre 922 
])our l'église de l'arme (B(»';iimeu-Mckiuj5, n"'^ 1490 et ri92; Affu, .s7o/vV« 
di Parma. t. 1, p. o27 et 328). 

4. Diplôme du 18 août 92'i (RunOMM. Nolizie délia sun palria. t. Il, 
p. 195). 

5. Diplôme cité à la note précédente. 

6. 8 octobre 92'» (B()f':iiMER-MuFiuJ5, n" 1495; IJghelli, Ital. sacra, t. II, 
col. 153). Mlle parait avec ses deux fils dans un diplôme du 5 décembre 
924 (Mon. Jlisl. Pair., Charlni\ t. I, p. 123). 

7. Diplômes du 3 décembre 922 pour l'éirlise do Bergame (i}()i;M\n-n- 
Mim;iu,i?. n" 1491, (j)d. dipl. L'iiig., n" coxcix) et de 924 (sans date de 
jour) pour IMais:inco (Camim, Storia di Piaccaza, t. I, p. 48'!). 

8. DiphMues du 8 octobre {(l)d dipl. La)i(/.. n" dix) et du 12 no- 
vembre 924 pour l'abbesse Berthe de Saint-Sixro de Plaisance (Boi::!!- 
MEU-Min;ni5i.. n" 1497; MriJATOin, .[ni. ital., t. 11, p. 41). 

9. Lnri'iiVNU, .\iila/)odosi.'i. 1. 11, c. <)8. 

10. Lu'i'i'lUNU, A)Uapi)do.si.s. 1. Il, c. M: 1. 111, c. 44: 1. \\ c. (>. Les 
Italiens les accusent d'être grossiers et bavards. C[. la ulose des Crsla 
Bcren;/., I. il. v. 259. 



[9261 LES ITALIENS APITM-FNT HUGUES D'ARLES 219 

ot d'Ermengardc; on choisit, pour l'opposer au roi do Bour- 
gogne, Hugues d'Arles, que certaines relations de parenté 
avec la famille ducale de Toscane pouvaient désigner à ce 
choix. Hugues n'en était pas, du reste, à sa première tenta- 
tive sur l'Italie. A une date inconnue et qu'il est bien difficile 
do déterminer, peut-être en 92.">'. accompagné d'un certain 
nombre de seigneurs provençaux parmi lesquels son frère 
Boson et un certain Hugues « Taliafernus », peu facile à iden- 
tifier', il avait tenté de s'emparer do la couronne au détrimont 
de Bérenger. Il ne semble pas qu'il y ait eu bataille'; mais 
ce fut plutôt une répétition de ce qui s'était passé en 002 
avec Louis l'Aveugle. Hugues, incapable de lutter, fut contraint 
de jurer qu'il ne remettrait jamais les pieds en Italie'*, du 
vivant de Bérenger, etrevinten Provence auprès do Louis TA- 
veugle, mais sans renoncer pour cela à ses ambitieux projets. 
Ses parents, après la mort de Bérenger, se trouvaient à peu 
près maîtres de l'Italie du Nord. Sa mère, la comtesse Berthe, 
mourut, il est vrai, en 925", mais depuis la mort d'Adalbert 
de Toscane®, le pouvoir de celui-ci avait passé à son fils aîné 
Gui", c'est-à-dire au frère utérin de Hugues d'Arles. Gui fut, avec 



1. Le texte de LirTPRAM), Antapixlnsis. 1. III. c. 12, ne permet pas de 
préciser la date: « Hic enim et [>eren,i;arii jam nominati rciîis tempore 
cum « multis in Italiani venerat. >■> C'est doncà une date antérieure au 
7 avril 924. Ce n'est pas. d'autre part, tout au commencement de cette 
année, puisque alors Hugues était auprès de Raoul en Autunois. Cons- 
tantin PoRPiiYROGÉNiiTE, qui est d'accord avec Liutprand sur le détail 
du p-rand nombre des compagnons de Hugues (;jLE-:à AaoO ■•/.avoj...) place 
ces faits après la première campagne de Hodolplie II en Italie (922-92ii). 
Comme d'après son récit les « trois marquis » marchent à la fois contre 
Pavie et contre Bérenger, c'est probablement durant l'absence de 
Rodolphe (mentionnée par Ijctprand, op. ni.. I. Il, c. 67, et qu'il 
faut d'après la suite des diplômes placer en 923-924), que ces événe- 
ments ont eu lieu. En 923, en outre, Hugues n'est pas mentionné 
dans les diplômes de Louis l'Aveugle. Les Mir. Sancii Ajiollindrix. 
p. 39, parlent aussi d'un passage de Hugues en Italie, mais semblent 
le rattacher à des événements de l'année 912 ou 913, et ce peut être 
un voyage tout pacifique ; il ne paraît donc pas devoir être identifie 
avec f'expédition mentionnée par Liutprdud et Constantin. 

2. Co.NSTANTiN PoRiMiYROG., op. ciL, C. 26, p. n6-117, parle de trois 
marquis(aapxr;'j'.oi) venus de Bourgogne: «rjaav TA où-o'.0'j^'-)y oT 3.\:ci.-çiyjo-j 
« zai Bdrojv y.a; Où'yojv ô àosÀ^o: toj Botoy ô -popr/J:!; cÙYSVc'aTaTo; ir',';. » 

3. « territus est atque 'fugatus », dit LnTJ'KAND. Consta.nti.n Poh- 
l'UvaoGÉNÈTK est plus circonstancié. 

4. Constanti.n P(»ri'iiyi{Ogénète, Ioc. cit. 

5. Epilaphhim Bcriai'. dans LuTCiiAM). ^>/>'va. éd. Dlemnu.kiî. ]). 167. 

6. Un 17 août, probablement en 91.=i(l)rEMMi.EK.C;f's^/ /yc/r//.7, p. 39). 

7. LlLTPRANl). .[nlapudosis. 1. III, c. 18 et 43. 



220 HUGUES D'ARLES EN ITALIE [926] 

son frère cadet Lambert', rua des chefs de la révolte contre 
Rodolphe ^ Sa sœur Ermengarde, veuve du marquis d'Ivrée, 
jouissait également en Italie, depuis la mort de son mari, d'un 
pouvoir qui parait avoir été réeP, quelles que réserves que l'on 
doive faire quant aux anecdotes de Liutprand relatives aux 
moyens employés par elle pour affermir son autorité''. Hugues 
devenu roi mentionne d'ailleurs dans plusieurs de ses diplômes 
l'intervention de « la très illustre comtesse Ermengarde, sa 
sœur et sa conseillère^ ». 

C'est au commencement de l'année 926, que Hugues dut re- 
cevoir l'invitation des seigneurs italiens rebelles ^ dirigés par 
l'archevêque Lambert et vraisemblablement soutenus par le 

1. Oui, en 931 ou 932, succéda à Gui dans le duché paternel (Aiita- 
podosis 1. III, c. 43-47). 

2. Selon Fijidoard, An)i., a. 926, ils étaient à la tête des révoltés qui 
tuèrent Burchard de Souabe, mais Liutprand ne leur attribue aucun 
rôle et ils ne figurent pas dans les diplômes. 

3. « Totius Italiae principatuui obtinebat » {Antapodusis, I. III, c. 7). 
CoNST.ANTiN PoRPiiVROGÉNiiTi:, op. cit., C 26, p. 118, dit aussi : <J.l-.'% 
^i^iOL-O') TO'j 'AoaXoiptoy àvopo; ajTf,; ÈoajiXsJTcv. En 927, la notice d'un 

plaid tenu à Pavie paraît faire mettre au nombre de ses vassaux deux 
comtes (Cor/, ilipl. Lang., n" nx.Mv). 

4. A)itapi)(losisA. III. c. 7 et 8. L'évèquc de Crémone est naturellement 
hostile à la mère de son ennemi Bérenger II. Il faut faire aussi une 
part aux bruits que les ennemis de Rodolphe II avaient intérêt à faire 
courir, et qui parvinrent justju'à Flodoard. — Cf. Trog, Rudolf I and 
II, p. 61, et D.KNDLiKER et MuKLLER, [Jadprand von Crémone, p. 58. 

5. Diplômes du 3 septembre 926 (B(»-;iimer-Muehlb, n^ 1373; MrR.\- 
ToRi, Anl. liai, t. I, p. 411), du 2» juillet 929 {Mon. Ilist. Pair. Char- 
lae, t. I, p. 135), du 26 septembi-e 930 (B(*:iiMER-]\k:EiiLn, n" 1386; 
MuR\TORr. ihid.. t. H, col. 935), du 29 février 932 (B(»-:iimer-Mueiilh, 
n" 1387; Aefo, Sloria di Parma. t. Il, p. 338). Cela n'empêcha pas 
Hugues, un peu plus tard, de se débarrasser des deux tils d'Mrnien- 
garde, Anscher et Gui, devenus gênants. Cf. Ann. Farfenses (i\Ion. 
Gerin., SS.,t. XII, p. 588) et K(ï':pke et Due.mmler, Otio d. Grosse, p. 112. 

Parmi les anciens partisans de Kodolplie 11, Gislebertfut, semble-t-il, 
l'un de ceux qui suivirent Ermengarde dans sa défection, car il figure 
dans trois des premiers diplômes du nouveau souverain, du 3 sep- 
tembre 926, du 12 et du 28 novembre de la même année (B()i:ii.\ier- 
MuEHLB., n"« 1373, 1374, 1375 ; (j)d. dipl. Lanf/.. n" i)\xi ; Mon. Ilisl. Pair. 
Chartae, t. I, col. 128; Ca.mpi, Sloria di Piarenza. t. I, p, 483). ("est 
peut-être de Hugues d'.\rles qu'il reçut le titre de comte jjalatin; il tient 
en cette qualité, le 14 mai 927, un plaid à Pavie {Cad. dipl. Lang.. n" 

DCC.X.XIV). 

(). Selon LujTi'KAM) (Anlnp(j(h)sis. 1. III, c. 12, cf. Constantin Por- 
Piivi!()(iÉNi:rE, Di' adm. ii/ip.. c. 26, p. 1 17), le message est peu antérieur 
au départ de Hodol])he II pour la {Bourgogne, suivi dr son l'ctour avec 
Burchard et de la mort de celui-ci en avril 926. Si Hugues d'.\rles, 
d'autre part, avait été afjpidé longtemps avant cette date, il ne serait 
pas arrivé en Italie seulement durant l'été de cette année. 



[926] IILC.I'KS n'Alll.KS K.N ITAI.If': 221 

pape Jean X'. Rodolphe, à cette nouvelle, se rendit en Bour- 
gogne pour y chercher des renforts et redescendit en Italie, 
accompagné de son beau-père, Burchard de Souabe-, dont il 
avait en 922 épousé la fille Berthe'. Le 28 ou le 2i) avril '\ 
Burchard sortait de Novare pour marcher contre Ivrée. l'un 
des centres de la révolte ' ; il rencontra les troupes de Gui et 
de Lambert®, qui lui infligèrent un échec; son cheval tomba 
dans un fossé\ et le comte fut massacré sur place par les Ita- 
liens, exaspérés des insolentes menaces que le Souabe s'était 
permises à leur égard ^ En apprenant cette mort, Rodolphe 
qui, sans doute, abandonné par tous les Italiens '\ ne pouvait 
plus compter que sur les contingents alamans amenés par son 
beau-père, se hâta de regagner, en traversant les Alpes Penni- 
nes, son royaume de Bourgogne jurane'". Pendant ce temps, 
Hugues s'embarquait en Provence, traversait heureusement 
la mer thyrrénienne et arrivait à Pise". Là il rencontrait de 
nouveaux députés des seigneurs italiens, venus pour renouveler 
leurs assurances de soumission. Un envoyé du pape Jean X se 
trouvait également dans la ville pour la réception du nouveau 
souverain. De Pise, Hugues se hâta de se rendre à Pavie pour 
faire procéder à son élection et y recevoir, le 6 ou 1(^9 juillet, la 



1. Il est un des premiers à reconnaître Hugues. Son rôle est indiqué 
(avec une erreur d'attribution : Jean XI au lieu de Jean X) par la 
Cliron. Mon. Casinensis (Srripl. Rer. liai., t. IV. p. 33'»). 

2. LîL'TPRANi), Anlapndosis. 1. III, c. 13. Burchard était encore en 
Souabe au commencement de l'année 926. Cf. Ki.onoAiii), AntiaU's, 
a. 926 {Mon. Genn , SS., t. 111, p. 376) et Waitz, lleinrich, I, p. 84. 

3. Ann. Sangallenses, a. 922, Mon. Germ., SS., t. I, p. 78 ; Waitz, 
op. cit., p. 65. 

4. Sur la date de jour, cf. Liber confraternilatum Snncti Galli, éd. 
Piper, p. 136, et les Nécrologes de Mersebourg et de Reichenau, cités 
])ar Waitz, op. cit., p. 84. 

5. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. III, c. 15. 

6. Flodoari), Annales, a. 926, p. 376. 

7. LmTPRAN'D, Anltipoilosis, ibid. et Vila Sanrine W'ihorndoe, Mon. 
Gcrm., SS., t. IV, p. 454 : « In foveam veluti casui prcpai-atam. » 

8. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. 111, c 14-15; Floooard, loc.cil.: Ann. 
Alemanitici, Mon. Germ., SS.. t. 1, p. 56; Ann. Aiu/ieusi-s, ib., p. 68. 

9. Selon Const. Porpiiyroo., la défection des Italiens aurait été gé- 
nérale, ô Xao; TT); /'ôpa; oÀr,:. 

10. LiUTPRAND, Antapodosis, 1. III, c. 16; Catal. liefj. cl imperat. 
Vindoùonensis. Mon. Germ., SS., t. III, p. 218. « Hodulfus vero per 
Alpes Penninas fuga lapsus Burgundiam petiit. « Selon Constantin 
PoRPiiYROGENÈTE, loc. Cit., MU accord entre Hodolj)!!!- et Hugues serait 
intervenu pour assurer cette reti'aite. 

11. LuTvnwu, Antapodosis, \. III. c. 16. 



'222 COURONNEMENT DE HUGUES, HOI D'ITALIE [926] 

couronne d'Italie ', qu'il devait porter sans concurrent pendant 
vingt ans, chose sans exemple dans ce pays depuis le temps de 
l'empereur Louis II. Hugues, en effet, avait des qualités per- 
sonnelles qui devaient assurer son succès. Audacieux et rusé^ 
libéral envers les pauvres et les églises des trésors qu'il amas- 
sait^ ami des lettres, mais énergique et sachant se faire 
respecter, au besoin par des actes de cruauté', intelligent et 
sensuel, il était fait pour gouverner ce pays". Aussi, lorsqu'il 
laissa la couronne à son fils, les écrivains italiens eurent pour 
lui des éloges^ Mais à partir de son couronnement, l'histoire 



t. LuJTPRAND, Atitapodosis, 1. 111, c. 18; Flodgard, Ami., a. 926, 
p. 376; CoNST. PoRPHYROGÉNÈTE, /. cit. Citron. Farfense, SS. RB. Ital., 
Il, II. col. 47; Ann. Farfenses. brèves, a. 927 (// Regesto di Farfa, t. Il, 
]). 10); Calai. Ambrosiaiiua {SS. lier. Lanrj., 520, et Cipolla, Monu- 
menla Novnliciensia, t. 1, p. 415). Dans le courant du mois de juin 
926, Rodolphe est encore reconnu dans l'Italie du Nord {Cad. Dipl. 
Lantj., i\° D.xix). L'arrivée de Hugues à Pise doit être de la deuxième 
])artie de ce mois. Le Calai. Ambrosianux met la mort de Hugues au 
10 avril 947, après un règne de 20 ans 9 mois et 3 jours, ce (jui met- 
trait le point de départ de ce règne au 7 juillet 926. Kœhmer adopte la 
date du 9 qui est celle du dimanche le plus rapproché du 7. Mais l'élection 
et le point de départ des ans de règne pour les catalogues peuvent être 
le 7 et le couronnement avoir eu lieu le 9. Nous ne connaissons pas de 
diplôme pouvant éclaircir la question. — Le premier acte de Hugues 
comme roi d'Italie est daté de Vérone et du 7 août 926 (B(E1Imer- 
MuKHLB, n" 1372 ; Muratori, Ant. Ital., t. I, col. 851). 

2. LiuTPRAM), Antapodo.'ii,<, 1. III, c. 19. « Non minoris scientiae (juam 
« audatiae, nec inhrmioris fortitudinis quam calliditatis. » Grâce à Liut- 
prand, Hugues d'Arles est l'un des rares souverains de cette époque 
dont nous connaissions un peu le caractère. 

3. LiUTPRAND, loc. cil. Nous savons qu'il fit plusieurs donations à l'ab- 
baye de Cluny et les Miracula Sancti Columbani (Marii.lon, Aria Saurl. 

0. S. Ben., saec. 11, p. 44) vantent aussi ses libéralités à l'égard du mo- 
nastère de Robbio. La vie de l'impératrice /\déla'ïde. par Odilox de Ci.tiny 
(Bibliolh. Cluniac, c. 354) le qualifie de « rex Italiae ditissimus ». 

4. LiUTPRAND, Atdapodosis. 1. III, c. 39: « Neque hune, ut ceteros 
« reges flocci pendere, verum etiam modis omnibus honorare. » Do- 
Mzo, dans sa Vïla Malhildin {SS. rer. liai., t. V, col. 3'i6) vante aussi 
l'administration énergique du roi Hugues : 

Ausus erat nullus minimus vi tollero sumptus. . . 

5. LurrpRANi) {Anlapodods, 1. III, c. 19) ajoute, en effet: « Etsi tôt 
« virtutibus clarebat, mulierum tamen illicebris eas foedabat » et au 

1. IV', c. 14, il entre dans des détails circonstanciés sur les uombi'euses 
concubines du roi et les enfants qu'elles lui donnèrent. 

6. DoNizo {loc. cit.), qui cependant n'aime pas les « Bourguignons», 
dit en ])arlant de Hugues d'Arles : 

l']x populo bruto rex optimus extitit Hugo. 
Kx Allobi'ogibus patribus fuit ipse creatus, 
()uem fecit regem gens Longobarda deccnter, 
.\tqu(' i)ie juste regnuin régit i1alicuin(iue. 



LES PROVENÇAUX EN ITALIE *223 

de Hugues, roi d'Italie, ne se raltaclie plus ([u'indirecteiuont 
à celle du royaume de Provence. Le "nouveau souverain restait 
cependant en relations avec son pays d'origine où il conser- 
vait de vastes domaines et où il devait jouer, à la mort de 
l'empereur Louis, un rùle important. Il n'est pas douteux 
d'autre part que l'Italie ne soit devenue un vaste champ 
d'e.Kploitation pour les transalpins bourguignons et pruvenraux, 
et en premier lieu pour les parents mêmes du r(»i Hugues. 
Beson, son frère, abandonna ses comtés d'Arles et d'Avignon 
pour recevoir la marche de Toscane'. Un cousin de Hugues, 
Azzo, qui avait passé avec lui les Alpes, reçut des bénéfices 
en Ombrie'-. Un autre, Thibaut, que l'on a voulu sans preuves 
rattacher à la famille des vicomtes do Vienne", devint, vers 
931, marquis de Spolète et de Camerino'. Il en est de même 
pour les charges ecclésiastiques. Un parent du roi, Ililduin, 
évèque de Liège, vient le retrouver en Italie et reçoit de lui 
l'évèché de Vérone, plus tard l'archevêché de Milan''. Son 
neveu, Manassé, archevêque d'Arles, arrivait de môme quelques 
années plus tard, et Hugues, dit énergiquement Liulpraïul, 
lui donnait >■< en pâture », contre tous les canons, les trois 
évèchés de Vérone, de Trente et de Mantoue, auxquels il 
ajoutait le commandement de l'ancienne marche de Frioul^ 
Hugues chassa également Rimon, abbé de Farfa, pour mettre 
à sa place un autre de ses neveux, Ratfred'. II en était 
à peu près de même des innombrables bâtards de Hugues, 
que celui-ci avait soin de bien pourvoir, donnant à l'un, 

1. LiUTPRAM), Antipodosis, 1. 111, c. 47; Maxtever, La marche de 
Provence, positions, p. .t4. Bo.son parait comme ambaxcifilor dans les 
diplômes de Hugues, roi d"ltalie. du 17 octobre iKH (J'orsch. :■. d. 
Ge.srh., t. X, p. 301), du l--- juillet 932 (l5(«-;iiMEU-Mii:iiLii. n" 1389; 
roiiEi.i.i, Ital. Sacra, t. I,col. 802), du 17 janvier 933 (l5o!;iiMKH-MiEiii,it, 
n" 1390; MtRATOUr, Ant. liai., t. V, col. 233) et dans un acte sans 
date (ihid., t. III, col. 63). 

2. CJiron. Casi7ien.se, Scripl. rer. liai., t. IV, p. 33't. 

3. GiNGiNS, Ilugonides. tableau III. 

4. LiuTPRAND, AntapodosiA, I. IV, c. 9; Ann. brèves Far fen.ses, a. 931, 
dans H Hegeslo di Farfa, t. II, p. 16. 

5. LiUTi'RAND, Anlapodosi.'i. 1. III, c. 'i2 ; FolCUIN, Gesta alilxU. 
Lobiens., Mon. Germ., SS., t. III, p. 63. 

6. LnTi'RWD, Aulapodosis, I. IV. c. 6. Cf. I^atihek de Vérone, 
Ephtola r-' (MiGNE, t. CXXXVI, col. 638). 

7. Il regesto di Farfa, t. lii, p. 46; Chron. Il agonis Far fensis, Mon. 
Germ., SS., t. IX, p. 534. Sur les mesures de ce genre prises par 
Hugues, cf. Ju.NG, Libellas de imperaloria poleslale in urbe lioina, dans 
les Forach. z. a. Gesch.. t. .\IV, p. 'i23. 



224 LES PROVENÇAUX EN ITALIE 

Godfrid, la riche abbaje de Nonantola', à un autre, Hubert, 
la marche de Toscane après la disparition de Boson ^ instal- 
lant un troisième sur le siège archiépiscopal de Milan ^ un 
dernier enfin, Boson, dont il fit plus tard son chancelier, dans 
l'évêché de Plaisance \ Il maria sa fille naturelle Rotlinde au 
comte Élisiard^ Quant à son fils légitime, Lothaire, qu'il 
avait eu de son épouse Aude", on sait qu'il l'associa en 931 à 



1. Calai. Abb. Nonantal., Script, ver. Lang.. p. 572 ; Tiraboschi. 
Sloria di Nonanlula, t. II, p. 6; MrRVTORi, Anl. liai., t. II, col. 575, 

2. Lh;tpram), Anlapodosis, I. III, c. 20. — FL0Di)ARi)(.4;(/m/es, a. 9;J6, 
p. 383) place en 936 la disgrâce de Boson, à la suite d'un complot 
tramé par lui contre le roi Hugues son frère ; mais Hubert parait 
déjà avec le titre de marquis dans la notice d'un plaid tenu à Lucques 
par les rois Hugues et Lothaire, le 18 septembre 935 (Hcf.hmer-Mueiilr, 
11" 1395; MuRATORi, Anl. liai., t. Il, col. 935) Il estqualilié de marquis 
et comte palatin dans l'un de ses propres actes (^ibid., t. I, col. 499), et, 
en 942, dans trois diplômes de Hugues et Lothaire du 10 juin(TniABOSCHi, 
Mfmorie modcne^i, t. I, dipl. p. 106, n" lxxxvli), du 10 aoùt(Co</. dipl. 
Lang., n" dlxix) et du 13 du même mois (Ughelli. liai. Sacra, t. 11, 
p. 262). Cf. Pierre Damiex, Opusc. LVII. p. n, c. 3 (Migxe, t. CXLV, 
col. 828). 

3. L\Wï>\\k\{i, Anlapodoais. I. IV, c. 13; Arnulf, Gesla Episcoporum 
Medîolaneintiiim, I. I, c. 3, Mon. Germ., SS., t. VIII, p. 7. 

4. Campi, Sloria di Piacenza, t. I, p. 487, n" li et p. 962-967. — 
Gerlan., qui fut abbé de Bobbio et chancelier du roi Hugues, était 
également un Bourguignon amené par la reine Aude {Miracula S. Co- 
lumbani. c. 89, dans Maihllon, Acla Sancl. 0. S. Ben., saec. II, 
p. 44). 

5. Le 29 mars 945, Hugues et Lothaire, rois d'Italie, donnent au 
comte Elisiard « atque Rotlindae uxori suae et filiae nostrae », divers 
domaines sis au comté de Torfone , (^'O'^- dipl. Lang.. n° dlxxv). II 
s'agit évidemment du même comte Elisiard que celui (jui paraît comme 
arnbasciator un peu auparavant, dans deux diplômes des mêmes sou- 
verains, du 10 juin 942 (ïiUABOScin, Memorie Modene.^i, t. I, dipl., 
}). 106, n" Lxxxvii) et du 11 mars 945 (Cami'I, Sloria di Piacenza. t. I, 
p. 488). 

6. LiLTi'RAXi), Anlapodoma, 1. IV, c. 2; Mtr. S. Columbam, lac. cil. 
— Aude doit être sans doute identifiée avec Vllilda. mentionnée comme 
épouse du comte Hugues, dans un diplôme de celui-ci pour le monas- 
tère de Saint-Pierre de Vienne (I/isl. de /•'/•., t. IX, p. 689). Elle était, 
selon LirTPRAXi) {Anlapodosi.<;. I. III, c. 20) : « Teutonicorum génère » 
et est mentionnée dans divers diplômes de son époux et de son fils, du 
16 .septembre 930 (Miratori, Anl. liai., t. Il, col. 938). du 28 février 932 
(Akfo, Sloria di J'arma, t. 1, p. 328). Elle était certainement morte avant 
le 12 décembre 937, date à laquelle Hugues se remaria avec Berthe, 
veuve de son ancien adversaire, Rodolphe 11 de Bourgogne (Liit- 
PRAXi), .\nlapudosis, 1. IV, c. 3 et h'orscli. z. d. Gcsch., t. X, p. 305). 
Hugues avait épousé avant Aude une femme du nom de Wille, men- 
tionnée en '.)10 (Garlul. de Sainl-.\ndré-le-/ia.'i, w 14*. qui lui donne, par 
suite d'une confusion évidente, le titre de regina) et indicpiéc comme 
morte dans le diplôme précité pour Saint-Pierre de Vienne. 



[920-927] nilAlU.FS-CONSTANTIN. COMTE DE VfENNK 225 

sa royauté d'Italie'. Sa tille, nommée Aude comme sa mère, 
fut mariée par lui au patrice Albéric, et do cette union naquit 
le futur pape Jean XII ■. 

Hugues paraît avoir été remplacé, en Provence, comme 
comte de Vienne par le fils même de l'empereur, Charles- 
Constantin. C'est en effet à la requête « de son cher fils, le 
comte Charles », que Louis, le 25 décembre 927, restituait à 
l'église cathédrale de Saint-Maurice, la vi/ia de « Cisiriacus » 
en Viennois et l'église de Saint-Aubin ^ Mais cet acte est le 
dernier qui se soit conservé de Louis l'Aveugle, et la vie de 
ce dernier ne semble pas s'être prolongée bien au delà de la 
fin de cette année 927*. 

Vers le milieu de l'année 928, en effet, Raoul de France, 
accompagné d'Herbert de Vermandois, se rendait en Bour- 
gogne \ C'est là qu'en un lieu indéterminé, et à une date éga- 
lement indéterminée du mois d'août ou de septembre, vint le 
trouver le nouveau roi d'Italie, Hugues ^ Un traité fut conclu 



1. Cf. Lupi, Cod. (liplom. Berf/omas. t. Il, p. 187; Bœiimeiî, Hegesln. 
p. 130; KcKi'KE, De vita el scriptis Liudprandi, p. 43 ; D.kndlikeh et 
Mteller, Lnitprand v. Cremona, p. 142. 

2. K(»-:pke et Duemniler, Otlo der. Grouse, p. 272. 

3. Diplôme pub. par Duemmler, dans les Forsrh. z. d. Gesch., t. X, 
p. 321. Charles porte également le titre de comte dans un autre diplôme 
relatif au Viennois ((ï/un'tes de (Uuiit/. n" 247). Cet acte n'est point 
daté, mais doit appartenir aux dernières années du règne de Louis, 
d'après la mention du fidèle Bon, auquel sont aussi accordés deux 
autres diplômes datés de 923 et 924 {Charles de Cluni/, n""" 242 et 245) 
et d'après la souscription du notaire Ubolc (cf. Sickel, dans les Forsch. 
:. d. Gesrh., t. X, p. 430). 

4. La date de la mort de Louis l'Aveugle a été longtemps très incer- 
taine. Ne trouvant plus dans les sources narratives mention de lui 
après le récit de la catastrophe de Vérone, ses premiers historiens 
avaient teniiance à placer sa mort peu de temps après cette époque. 
L'étude des chartes amena peu à peu à reculer cette date; BorciiE 
(Hist. de Provence, t. i, p. 783) et D. Vaissète (Ilist. de Languedoc, 
t. IL p. 532) admirent celle de 924, qui est encore celle proposée par 
BiF.iiMEK, liegesla, p. 139. De nouvelles chartes, empruntées princi- 
palement au cartulaire de l'église de Vienne, conduisirent à modifier 
cette opinion, et quelques auteurs (Pagi, Critique à liaronius, an. 911; 
Papon, Ilist. de Provence, t. II, p. 150; (}all. Christ., t. I, p. 542) vou- 
lurent môme placer la mort de Louis vers 934. .Nous dirons plus tard 
pourquoi les actes sur lesquels ils s'appuyaient ne nous paraissent pas 
autoriser cette conclusion. 

5. FludoaiîI), Annales, a. 928, Moji. Gcnn.. SS.. t. 111, p. 378. 

'j. 11 ne semble pas, d'après le texte de Flodoard, (|ue Raoul ait 
pénétré plus loin que la Boui'gogne. Quant à la date de tiMups on peut 
rinduire de ce fait (pie l'annaliste intercale au milieu du récit de ces 

I'mli'aiuhn. lldiji/i/mc tir Provence. \.) 



226 MORT DE LOUIS L'AVEUGLE [928(;0] 

entre les deux souverains, aux termes duquel Hugues donnait 
au comte Herbert, pour la gouverner au nom de son jeune fils 
Eudes, la province de Vienne'. Il est donc bien vraisemblable 
que Louis l'Aveugle était mort à cette date", sans quoi l'on 
s'expliquerait difficilement la cession faite par Hugues d'Arles 
d'une province dont il n'était point souverain et que gouver- 
nait jusque-là le comte Charles sous l'autorité de son père. 
D'autre part, le roi d'Italie, qui se trouvait encore à Ferrare 
le 12 mars 928'', n'avait pas du tarder beaucoup à se rendre en 
Gaule à la nouvelle de la mort de son parent'*, ce qui autori- 
serait à placer celle-ci durant l'été de l'année 928". Un certain 



événements une note relative à l'époque des vendanges « infra men- 
« sem augustum ». 

1. Flodoard, Annales, loc. cit. — Kalckstein, Gescli. des franz. 
Konif/t/uims, p. 178, suppose que Hugues, pour dépouiller Charles- 
Constantin, cherchait à gagner l'alliance de Raoul, qui eût pu être 
tenté de soutenir son cousin. 

2. D'autre part, si Louis l'Aveugle avait été encore vivant à cette 
date, Fiodoard, qui n'ignorait pas l'existence de ce prince, puisqu'il 
parle de lui à propos de Charles-Constantin, auraitcertainement indiqué 
cette circonstance. — Le premier texte, à notre connaissance, dans 
lequel Louis soit expressément mentionné comme mort. « divae me- 
« moriae », est un précepte de Hugues et Lothaire, rois d'Italie, du 
28 avril 932 (Muratoui, Ant. liai., t. II, col. 5), qui vise le diplôme de 
Louis de Provence, roi d'Italie, en faveur de l'abbesse Rixinde, du 
11 mars 901 (Bœii.mer, n" l'i62 ; Cod. dipl. Lang., n" cccxci). 

3. MuRATORi, .1?;/. Uni., t. V. col. 937. 

4. Rigoureusement le terminus a quo pour cette mort est le 27 dé- 
cembre 927. Glngins (Bosonides, p. 185) a voulu préciser, et d'une charte 
du cartulaire de l'église de Vienne, dont il emprunte la mention à 
Charvet (cf. Cnrlul. de Saint-Maurice, n" 91, et Cartul. de Saint- 
André-le-Bas, n" 7*), charte datée du 7 des kalendes de septembre, .wvnr' 
année de l'empire de Louis. Gingins conclut (jue l'empereur était encore 
vivant à la date du 25 juillet 928 Mais cette charte n'émane pas de la 
chancellerie impériale elle-même, et par conséquent peut être consi- 
dérée comme faisant partie de la série des actes privés datés des années 
de l'empire de Louis à une date postérieure à la mort de l'enqjereur, 
série dont nous parlerons plus loin. ^- C'est également d'après le texte 
de cette charte ou d'après Gingins, que M. de »Mantever {Im marche 
de Provence, positions, p. 56) place en septembre la date de la mort de 
Louis l'Aveugle. 

5. Peut-être le 5 juin, s'il faut appli(|uer à ce prince, ce qui est bien 
hypothétique, la mention d'un Ludovicits imperalor qui iigure à celte 
date dans l'obituaire de Saint-André de Turin : « [.lun.]. Nonis. Depo- 
« sitiodoinni Ludovici imp(M"atoris» (CAV(n.L\,Monu)nenta Novaliciensia, 
p. 3'i0). Le nécrologe en question dérive j)artiell(>ment de celui de la 
.Novalaise, dont la partie relative au mois de juin est malheureusement 
perdue {ihid.. ]). 30'»). M. Cipolla croit à une erreur et à une mention 
fautive do l'obit de Louis le Pieux, mor't le 20 juin. Mais cela sup})u- 
serait une erreur de quinze jours, conq)li(iuée du passage do l'obit de 



[928] MORT DE LOUIS L'AVEUGLE 227 

nombre de chartes postérieures à 028 coutiiiuent, il est vrai, 
ù être daté(?s des années de l'empire de Louis, de la 28"', de 
la 29'-, de la 32'' ^ de laiiS*"*. Mais elles n'émanent point de 
la chancellerie impériale et l'hypothèse qui semble la plus 
rationnelle est d'admettre que l'on continua, faute de souve- 
rain, à dater les chartes privées d'après les années de Louis, 
même après la mort de celui-ci. 

L'on s'explique assez mal les conditions dans lesquelles 
intervint le traité de 928 ^ De ses clauses, Flodoard ne rap- 
porte qu'une seule, la cession du comté de A'ienne au fils 
d'Herbert de Vermandois, cession qui ne parait d'ailleurs avoir 
été suivie d'aucun effet. Or, en 928 il y avait deux fils, au 
moins, que l'empereur Louis laissait après lui. L'un, Rodolphe, 
est à peu près inconnu et peut avoir été alors incapable de 
régner, mais Tautre, Charles-Constantin, comte et maître de 
Vienne depuis quelques, années, devait avoir atteint Tàge 
d'homme. S'il n'avait été bâtard, il eût pu sans doute régner 
et succéder à son père^ Mais de toute façon, il était indispen- 



la période des kalendes [de juillet] à celle des nones [de juin]. L'em- 
pereur Louis II, mort le 15 août, parait hors de cause. Le nécrologe 
est malheureusement très concis et bien peu de noms qui y figurent 
peuvent être avec quelque certitude rapportés à l'époque carolin- 
gienne, de sorte que tout ce que l'on peut dire à ce sujet est très 
conjectural. Aucun autre obituaire ne nous a fourni de mention nécro- 
logique pouvant s'appliquer à Louis l'Aveugle. 

1. Carlul. de Saint- André-le- Bas. n" 131. 

2. Carlul. de Savigmj. n" 14. M. Bernard donne à tort à cet acte la 
■date de 928, il compte mal les ans de l'empire de Louis; c'est ainsi 
que le n" 11, p. 14 de la xvn« année, doit être rapporté à 928 et non 
927. 

3. Carlul. de Saint-Barnard, n" 147 ; Carlul. de Sainl-André-le- 
Bas, n" 132. Cet acte et le n" 131 du même cartulaire, cité n. 1, ont 
beaucoup d'intérêt au point de vue de la question qui nous occupe, 
parce qu'ils viennent d'un pays où l'on savait compter les ans de l'em- 
pire de Louis et où certains actes analogues à ceux-ci sont rédigés par 
des notaires de .sa chancellerie. 

4. Albanès, Grtll. chrisl. novis., p. 42, n. 2. — Il est impossible 
d'admettre, en présence de la série à peu près continue des actes datés 
d'après le point de départ 901, que l'on soit parfois arbitrairement revenu 
au point de départ 890, comme Gingins le proposait contre la charte 
précitée du cartulaine de Savigny. 

5. Peut-être est-il en relations 'avec les conférences venues en 924 
dans le pays d'Autun, car on voit Haoul s'avancer tout à coup vers 
Vienne sans que Flodoard mentionne qu'aucun appel lui eut été adressé 
par les grands du pays ou par le roi llugues. 

6. Les i);Uards, en principe, ne succèdent pas au trône dans la fa- 
mille carolingienne (Divisio imperii de 817, art. 13-18, P. \'i()Llet, lli>it. 



228 TRAITÉ ENTIIÉ IIUGLIKS DARLKS ET RAOUL [928] 

sable (ju'il y eût élection et consécration, comme cela avait 
eu lieu pour Louis lui-même, trente-huit ans auparavant. 
Or, Hugues d'Arles semble avoir été alors le seul personnage 
assez iniluent pour faire procéder à une cérémonie de ce genre. 
Bien que roi d'Italie, il continuait néanmoins à être, par lui- 
môme ou par sa nombreuse et remuante famille, tout j)uis- 
sant dans le royaume de Provence. Il faut admettre, du reste, 
qu'il était entièrement opposé aux intérêts de son cousin 
Charles, puisque, non content de ne pas mettre au service de 
celui-ci son pouvoir et son autorité, il en usait encore pour lui 
enlever même le comté de Vienne. Ce n'est pas d'ailleurs pour 
lui-même que Hugues voulait garder le titre de roi, car il ne 
paraît jamais l'avoir pris au nord des Alpes '. Les actes relatifs 
aux nombreux domaines provençaux dont il dispose en qualité 
de propriétaire, et non en qualité de souverain ", émanent de lui 
en tant que roi d'Italie. Aucun titre pris par lui ne peut donner 
à croire qu'il se considérait comme le successeur de Louis 
l'Aveugle dans la possession des pays du bassin du Rhône. Dans 
ces pays, d'autre part, nul acte privé ne parle du règne d'un 
roi Hugues''. Il parait d'ailleurs être resté peu de temps en 
Provence après son entrevue avec Raoul etHer])ert. Au mois 
de novembre, il repassait par Vienne^ puis par Valence, où il 
faisait une donation au monastère de Saint-Barnard do Ro- 



des hiat. polit., t. I. p. 2il-242); mais il y a des exceptions comme 
Arnulf de Bavière, et, si Hugues d'Aiies l'avait voulu, il est à croire 
que la bâtardise de Charles-Constantin n'eût pas été un obstacle. 

1. Les anciens historiens de la Provence, comme Bouche, l'admet- 
taient, au contraire, ("e dernier cite des monnaies au nom du l'oi 
Hugues, frappées à Vienne. Mais il serait nécessaire de voir ces mon- 
naies, aujourd'hui inconnues, pour admettre le fait. 

2. Ces actes sont assez nombreux. Nous possédons d"abord les deux 
actes de 928 cités |)lus loin, et en outre : 

Vn diplôme du 8 mars 'Xi'i; l'Jiarles de ('Auinj. ii" 'j17; 

— — — 2'i juin 936; CaviuL de Saini-Aiidré-lc-BaH. n" 22*. 

— — — 25 janv. 945; ScilElouis, Ori;/. Guelfirae, t. 1, p. 70. 
li. Il faut cependant remarquer (jue, dans tous ses diplômes relatifs 

à ses biens provençaux. Hugues })rononce, selon l'usage de tous les 
.souverains italiens, contre le violateur de l'acte, une amende qui devra 
être payée moitié à la partie lésée, moitié à la caméra du roi Hugues. 
Une semblable disposition se coinpreiul mieux dans les actes (Tun 
souverain que dans ceux d'un grand proi)riétaire, mais elle tigui'e 
aussi dans le diplôme de 945, à une date à laquellt; le souvei-ain du 
Viennois était très certainement Conrad le l'aci(i(pie. de sorte que l'on 
ne ])eut en tirer argument en faveur d'une autorité royale exercée ])ar 
Hugues en Provence. 

4. Diplôme du 12 nov. 928, I/isl. de /•'/•., t. \, p. 090. 



[928-933] SITUATION AMliKilK DI' liOVAlMi: DK ['lloVKNCR ±20 

mans', et, au prinlcmps de l'année 1)29, était do retour en 
Italie, dans son palais de Pavie^ 

Malgré la cession consentie par IIugu(;s, Chai'les parait être 
resté en possession de la capitale des anciens Etats de son 
père. Du moins y rentra-t-il peu après la date de 928, car on 
l'y retrouve trois ans plus tard. liaoul, cependant, devait se 
considérer comme ayant ({uclques droits sur la ville. Dans 
les premiers mois de l'année 031 ■', en effet, malgré la guerre 
entre Hugues et Herbert qui désolait le nord de son royaume*, 
il revenait à Vienne pour y recevoir de Charles-Conslantin un 
serment de soumission '. 

La question de la souveraineté de l'ancien royaume de Pro- 
vence durant les années qui suivirent 928 est extrêmement 
obscure. Charles-Constantin, au témoignage de Flodoard, 
reconnaissait Raoul de France, mais à Vienne les rédacteurs 
d'actes privés ne paraissent pas avoir été très fixés sur le 
prince auquel ils devaient se considérer comme soumis, datant 
leurs actes des ans du règne de l'empereur mort^ ou, selon 
une formule habituelle aux temps d'interrègne, « sous le règne 
de Dieu, en attendant un roi" «. 



1. Diplôme du 28 nov. 928, Cartul. de Saint-Barnard, rv 26. 

2. Diplôme du 12 mars 929, Fnrsch. z. d. Gesch., t. X (1870), p. 
295; Cad. diplom. Langoh., n" dxxix. 

3. Flodovrd, Ann., a. 931, Mon. (îei-in., SS.,{. III, p. 379. Kalckstein, 
Gefich. des fran:. Kœni'jlhums,^. 183. C'est le premier événement men- 
tionné à l'année 931 par les Annales de Flodoard. Nous savons par ces 
mêmes Annales que Raoul en quittant Vienne se rendit à Saint-Martin 
de Tours, où il se trouvait le 2i m.d.rs (Ilist. de Fr., t. IX, p. 573; 
LippERT, op. cit., catal., n" 13. 

'i. Guerre qui fut peut-être une des causes pour lesquelles on ne 
s'occupa point de faire reconnaitre les droits du tils d'Herbert, comme 
le remarque Lu^peut, op. cit., p. 73. 

5. Flodoard, loc. cit. 

(3. Cf. supra, p. 228. Il e.\iste, il est vrai, un acte de donation à l'ab- 
baye de Conques de biens sis au comté de Gap, dont la date est ainsi 
conçue : « Acto Vapricense anno dominicc incarnationis 1, ind. II, kal. 
nov.- régnante Rodulfo rege in Galliis» (Ca/7H^. de Conf/ue.'i, éd. Desjar- 
dins, p. 315). M. Desjardins date l'acte du 31 octobre 928. A cette date 
donc Raoul aurait été reconnu à Gap où l'acte a été passé. Mais la date 
n'est fournie que par l'indiction I (ou II si l'on suppose (]ue I tient la 
place de l'année de l'incarnation absente) qui convient aussi aux années 
1003, 1018 et 1033, dates auxquelles régnait à Gap Rodolphe III le Fai- 
néant. Jn GaUii.'i serait l'équivalent de in Gallin cisalpina. Il n'y a 
dans l'acte aucvme mention d'abbé qui puisse fournir d'indication. 

7. C/iarle.'i de Clnni/, n" 'i76. Bernard et Bruel rapprochent de l'inter- 
r^-gno qui suivit la mort de Rudolplie II. M. de Manteyer, avec plus de 



230 TRAITE ENTP.E HUGUES UARLES ET RODOLPHE II [933] 

Cet état de choses ne devait pas se prolonger très long- 
temps. Les Italiens rappelaient Rodolphe II qu'ils avaient 
chassé en 926. Le roi Hugues, dont la couronne était ainsi 
menacée, eut recours à un arrangement. Il traita avec le roi 
de Haute-Bourgogne et, dit Liutprand', « lui céda toute la 
terre qu'il avait possédée en Gaule avant son avènement et en 
reçut la promesse que ledit Rodolphe n'entrerait jamais en 
Italie ». 

Ce texte un peu énigmatique ne fait malheureusement con- 
naître avec une précision suffisante ni la date ni l'objet du 
traité. 

Liutprand ne rattache le fait à la série chronologique do 
son récit que par ces termes vagues « Jtis fctnporibus »... Les 
derniers événements qu'il vient de raconter^ sont relatifs à 
l'histoire de la marche de Toscane. Celle-ci avait été enlevée 
à Lambert, frère de Gui, et donnée au propre frère de Hugues 
d'Arles, l'ancien comte de Provence, Boson. Celui-ci parait 
pour la première fois avec le titre de marquis dans un diplôme 
du 17 octobre 931 ■'. C'est donc à une époque un peu posté- 
rieure à celle-ci que l'on devrait placer la date du traité. Mais 
d'autre part Liutprand, qui ne suit pas toujours dans ses récits 
un ordre chronologique rigoureux, a consacré les chapitres 
précédents du même livre' au récit des relations de Hugues 
d'Arles avec Marozie et le patrice Albéric, jusqu'au moment 
où une révolte des Romains, fomentée par ce dernier, chassa 
de Rome le roi et sa maîtresse Marozie. Ces événements se 
placent également en 931 ' et en 932. Au début de l'année 933. 
en effet, les envoyés de l'église de Reims à Rome, en rapportant 
le pnllium à l'archevêque Artaud, rapportèrent également la 
nouvelle que Hugues était expulsé de Rome". C'est de ces 



raison, de celui qui suivit '.i28. Il y a. en (^ffct, divers actes où parais- 
sent comme dans celui-ci la danic Hiliclt et le notaire Kldebert, dont 
l'un est certainement de •)28 {Charles de Cluni/, n" 358; Kldebei't et 
Bernard sont deux notaires viennois qui rédigent plusieurs actes des 
dernières années de Louis l'Aveugle : Cartul.de Saint-Andrc-le-Bas, 
n"^ 127, 129, 13'i, 139). 

1. Aniapodosis, 1. III, c. 48. 

2. Aniapodosis, I. III, c. 'j7. 

3. Forsch. z. d. Gesch., t. X, p. 300. 

4. Aniapodosis, I. III, c. 'i4, 45, 40. 

5. Après le mois de mars, date à laquelle avait été consacré le pape 
Jean XI, bâtard de Marozie et du pa])e Serge III. 

G. Fi.DDoAiii). .1////.. a. *.>.'!3, Mo)i. demi.. SS.. t. III, p. 381 : I/is/. /tcin. 



[933] DATE DU TRMTI': 231 

deux séries de faits qu'est conienipuraiiie la cession consentie 
\)-àv Hugues à Rodolphe H. KUe devrait donc être placée en 'Jol 
ou on !)3:i, ou au dohut île 933. Il semble (|u'il faille adoptei- 
phit(U cette dernière date', car au commencement de cette 
année 1)33 c< Vienne fut livrée au roi Raoul ])ar ceux qui la gar- 
daient' ». Or, en 93 1, le maître de Vienne, Charles-Constantin, 
avait prêté à Raoul un serment de fidélité. Pour (ju'une nouvelle 
})risede possession on quelque chose d'analogue ait eu lieu, il 
faut vraisemblablement qu'un fait nouveau se soit produit; 
ce fait, c'est probablement la cession par Hugues à Rodolphe H 
de ses droits sur la Provence et sur la ville de Vienne ^ à la 
tin de l'année 932 ou au commencement de l'année 933''. 

Les conditions exactes du traité ne sont pas mieux connues 
que sa date. Les expressions « omnem terram quam in Gallia 
ante rpgnl suscrptionem tenuit », dont se sert Liutprand, sont 
assez peu claires, mais aussi elles paraissent correspondre à 
un état de choses extrêmement confus. Que « tenait » en effet 
Hugues avant la date de 926? Le comté de Vienne et le mar- 
quisat de Provence. Mais Vienne avait, du vivant même de 
Louis l'Aveugle, passé au prince Charles-Constantin''. Les 

ErcL, 1. IV, c. 2'i. Ce récit fait à Reims est indiqué par lui comme l'un 
des premiers événements de l'année 9oo. 

1. DuKMMLER, Otto der Grosse, p. 110 n., veut peut-être trop préciser 
en disant que la suite chronologique des événements dans le texte de 
Liutprand indique cette année 933 ; mais il juge avec raison qu'il n'y 
a « kein zwingende Grund » pour s'écarter de la date au moins approxi- 
mative fournie par ce dernier. Bresslau, Konrad II, t. II, p. 18 et 
KoKPKE, De vita et scriplis Liudprandi , p. 102, admettent aussi la date 
de 933. Au contraire, Trog, Rudolf I iind II, p. 74-75, propose celle 
de 931, en supposant que c'est après la mort de Lambert que les Ita- 
liens se décidèretit à rappeler Rodolphe IL 

2. Flouoard, Ann., loc. rit. : « Vienna Rodulfo régi, tradentibus eam 
« qui eam tenebant, deditur » Le fait est placé par lui après la bataille 
de Mersebourg qui est du 15 mars (cf. Waitz, Ileiiirich I, p. 67). 

3. Nous ignorons s'il y eut de la part de Rodolphe 11, pour se mettre 
en possession de Vienne, une tentative par laquelle Charles-Constantin 
aurait répondu en appelant Raoul. 

4. C'est à cette date de 932-3 que s'arrête aussi la série des chartes 
datées du règne de Louis l'Aveugle. Nous ne connaissons aucun texte 
qui permette de préciser la date de la cession. D. VAissf/rE (IJist. de 
L'ingurdoc, t. IV, n. xu, p. 54) cite bien une charte qui prouverait selon 
lui que Rodolphe II était reconnu en Diois en 932. Mais cette charte 
{ih., t. V, col. 158) n'est datée de 932 que par approximation ; il 
y a beaucoup d'éléments chronologiques, mais un samedi 1<^'' août, 
coïncidant avec la nouvelle lune, ne se rencontre ni sous le règne de 
R;ioul ni .sous celui de Rodolplu; 11. 

5. C'était bien une terre que Hugues avait tenue avant son avènc- 



232 CONDITIONS DU TRAITÉ [9331 

mots « 07nnem tcrram quam in Gallia tenuit w semblent donc 
s'appliquer surtout à la Provence ou plus exactement à l'espèce 
d'autorité supérieure dont Hugues avait été investi sur tous 
les comtes de cette région. Son frère Boson ayant, antérieure- 
ment à cette époque, abandonné ses comtés d'Arles et d'Avi- 
gnon, le principal personnage du pays était alors un autre 
Boson, le frère du roi Raoul, le mari de Berthe, nièce du roi 
Hugues. Pendant une période d'une quarantaine d'années, à 
la suite de la cession, le marquisat demeura vacant \ Il semble 
bien qu'il y ait quelque lien entre ces deux événements et ce 
que Hugues céda, c'étaient les droits et les pi'érogatives qui 
faisaient de lui le « comte des Provençaux ». Il ne faut pas, en 
effet, prendre à la lettre les expressions do Liutprand et croire 
que Hugues céda « sa terre », à Rodolphe II. Il semble bien 
au contraire qu'il ne lui ait cédé que son pouvoir et son auto- 
rité, en conservant ses vastes possessions terriennes, du moins 
colles qui lui appartenaient en })rupre. Il continue à dispo- 
ser librement, du vivant des souverains auxquels il a trans- 
mis ses droits, de domaines sis en Lyonnais', en Viennois'', 
et dans les pogi plus proprement provençaux de Fréjus, de 
Riez, de Gap, de Vaison, d'Apt, d'Orange et de Die\ L'on 
pourrait en somme prendre le contre-pied de ce qu'avance 
Liutprand et délinir ainsi le traité de 933: Hugues garda ses 
terres, mais céda « l'autorité royale vacante depuis 928 et 
tous les droits découlant de la souveraineté, notamment le 
domaine public, le fisc, la garde des églises, la disposition 
des fiefs vacants... et les comtes qui, dans le pays cédé, se 
trouvaient en possession d'un comté changèrent de seigneur^ ». 



ment, mais en 933 il ne la lenail pas. Il céda cependant des droits on 
tout au moins des prétentions sur Vienne. Il avait déjà en 928 disposé 
une première fois de la ville au détriment de Cliarles-Constantin. il 
pouvait encore le faire en 933, et c'est ce qui explique l'autorité dont 
les rois de Bourgogne ont joui à une épocjne un ])eu postérieure sur 
Vienne et sur le comte Charles. 

1. Manteyek, La marche de Provence, positions, p. 55. 

2. Donation à Cluny des domaines de Savigneu et d".\nibrey; C/iarlc.s 
de (lluni/, n" 417. 

3. Corlul. de Saiiil-Andrr-le Bas. n" 22*; Mn.i.E. I/isl. île noin-goi/iie, 
t. m, p. 336. 

'i. Ces domaines provençaux passèrent après la mort de Hugues à 
sa nièce Herthe et sont énumérés dans le lestanu'nt de celle-ci 
(I/ist. de l.cuifiuednr, t. V, n" .\cn). 

5. Ma.ntevkiî. 1.(1 iiifirr/u' i/e Provence, Ihèse nisc, p. 8-9. 



SITIATIO.N l'(II,ITlnlK Ul' VIVAHAIS KT DK L'CZÈGF: 233 

C'est ce changement do seignenr qui marque la fin de This- 
toire proprement dite du royaume de Provence. 

Il convient maintenant de jeler un coup d'œil sur la situation 
politique des divers pays jadis soumis à Louis l'Aveugle, 
durant les quelques années (jui suivirent le traité de 933. 

Nous n'avons pas de texte qui puisse permettre de supposer 
que la prise de possession par Rodolphe II des yvr/^// provençaux 
ait souffert quelque difficulté, mais il n'en est peut-être pas de 
même de tous les autres territoires qui avaient jadis dépendu 
du royaume do Provence. Raoul, en effet, puis Louis IV d'Outre- 
mer, semblent avoir cherché à partager avec les Rodolphiens 
l'héritage de lîoson. 11 en est ainsi n:iênie du Viennois sur 
lequel les rois français pouvaient élever des prétentions tant 
en vertu de la cession faite par Hugues au fils d'Herbert de 
Yermandois que de la reconnaissance de leur, autorité par 
Charles-Constantin. 

I. Pays de la kive ORorrE du Rhône. — On a cru que, dès 
la mort de Louis l'Aveugle, ou du moins dès le traité conclu 
entre Hugues d'Arles et Rodolphe II, le Vivarais et l'Uzège 
avaient cessé de faire partie du royaume de Provence pour 
passer à la maison de Toulouse « (jui reconnaissait les rois de 
France aussi bien ({ue les prélats et les seigneurs du pays* ». 
Il est certain que, dès le temps de Louis d'Outremer, le diocèse 
d'Uzès faisait partie du royaume du Carolingien français" et 
il semble qu'il en ait été de même, momentanément du moins, 
du Vivarais'. Mais tandis que l'Uzège, séparé de la Provence 
pour la première fois depuis le vi° siècle, continuait à se rat- 
tacher au royaume de France, le Vivarais ne devait pas 
demeurer bien longtemps soustrait à l'autorité des rois de 
Bourgogne. Ceux-ci, dès le temps de Conrad le Pacifique'*, 
étaient de nouveau maîtres du pays, sur lequel ils devaient 



1. Dom. VaissÎote, Hisl. de Languedoc, t. lil, p. 1)7. 

2. Donation à l'abbaye de ("luny de biens sis dans le parjus d'Uzès : 
« .\ctum Uzetico civitate. annoXVI reiinante Hludovico rege ». ((Jiarics 
df Chiny, ïv> 817). Cf. autre donation à la même abbaye de biens dans le 
morne par/us dans Mauillon, Ann. Ord . S. Ben., t. III, ]). 476. 

o. ('onstitution en dot de biens sis en Vivarais, « aniio .\III régnante 
Ludovico rege « (Charles de (Uuny, n" 725). 

4. RouciiiEi!, Illst. du Vivarais. p. 611. p. just. ir' II. 



234 SITUATION l'OLITIQUE DU VIENNOIS 

plus tard, avec Rodolphe le Fainéant, transmettre leurs droits 
aux souverains germaniques'. C'est de ces derniers (|ue les 
successeurs d'Ermengaud et de Raimond-Pons, marquis de 
Gotliie, tenaient en fief leurs possessions vivaraises". 

II. Viennois. — Les quelques années qui suivent la mort de 
Louis l'Aveugle sont pour le Viennois une période do trouble 
et d'incertitude. De temps en temps''. Vienne ou son comte, 
Charles-Constantin, font acte de soumission au roi de France, 
^lais les actes datés au nom de celui-ci sont rares et peu 
sûrs \ et de bonne heure on reconnaissait dans la ville l'au- 
torité de Conrad le Pacifique ^ Dès 943 ^ le comte Charles 
lui-même se soumet et la reconnaît dès lors lui aussi, malgré 
ses relations avec Louis IV, d'une manière presque ininter- 
rompue'. 

1. Dom.VAissÈTE, Hist. de Lanf/uedor, t. IV, p. 9, reconnaît lui-même 
qu'au xn" siècle les évoques de Viviers sont sujets de l'Empire. 

2. Pfister, Éludes sur U- règne de Robert le Pieux, p. 398 ; Longnon, 
All((s hist., texte, p. 24'*; K. Pontal. Le Vivarais, Essai sur Vliisloire 
politique de ce pcnjs, dans Ecole des Chartes, l'ositioiis des l/ièses 
de la promotion 1875, p. 15. 

3. En 931, 933, 9il, 951. 

4. II semble cependant en être ainsi de deux charîes viennoises 
(Chartes de Cluny, n^* 437 et 439) datées « aimo II (et anno 111) régnante 
Rodulfo rege Viennense ». M. Bruel rapporte cette indication à Ro- 
dolphe Il et à l'année 935. Mais d'après Flodoard (Annales, a. 933), 
Vienne s'était soumise à Paoul de France. C'est donc probablement à 
ce dernier qu'il faut, comme le croit M. de Manteyer, rapporter la date 
de ces deux chartes, en su])posant les années de son règne comptées 
à Vienne à partir de la prise de possession de cette ville par lui (928 ? 
931? 933 ?J. On échappe ainsi à l'objection adressée à cette hypothèse 
par Bruel, Chronolofiie des rois de France et de Bourgogne, p. 71, n. 4, 
d'après lequel la 2" année et la 'S" du règne de Raoul de France cor- 
l'espondent à 923-24 et 925-26, époque à laquelle le souverain du Vien- 
nois était certainement Louis l'Aveugle. — L'objection d'ailleurs serait 
non moins valable contre Rodolphe 11, dont la seconde et la troisième 
année correspondent à 912-913 et 914-15. 11 faut admettre de toute 
façon qu'il ne s'agit que du règne en Viennois. 

b. Cartul. de Saint-liarnard de Romans, n" 133 (I""" année du règne 
de Conrad) ; Cnrlul. de Saint-Maurice de Vienne, n" 110 (11" année, 
938 selon M. Chevalier). — Mais tous ces actes n'ont rien d'absolument 
concluant, car les ans de règne pourraient être comptés à jjartir du 
])oint de départ de 942. 

6. Ifist. de Fr., t. L\, ]). G9(',. — L'abbé Rot ( im:i; (o/j. cit., p. 410) 
a cru devoir user du procédé d'altération des textes cher à Gingins ot 
attribuer à Flodoard le récit d'une campagne dirigée en 942 par Conrad 
le Pacîifique contre Charles-Constantin [!?J. 

7. Il fait cependant en 951 acte de soumission au roi Louis IV. Cf. 
infra, p. 2'i 1. 



SITUATION rOLITIorK IH l>V()N.NAIS 235 

III. Lyonnais. — Une série de chartes relatives à ce pays 
sont datées des ans de règne des rois de France, Raoul' et 
Louis d'Outremer'. Raoul lui-même se trouvait à Anse'', sur 
la Saône, en 932*. Il y a donc eu certainement, à un moment 
donné, après la mort de Louis ^Aveugle^ souveraineté des Ca- 
rolingiens sur ce pays. Il est incontestable, néanmoins, que 
le Lyonnais était revenu, durant le cours du x*" siècle, aux 
rois de Bourgogne et qu'il passa après eux aux empereurs 
allemands. L'on peut même déterminer avec une certaine pré- 
cision l'époque à laquelle le par/ns Lugdanensis rentra sous 
la souveraineté des rois rodulphiens. Le 21 avril 942, en 
effet®, le comte Hugues donnait à l'abbaye de Cluny une serve 
et des terres au lieu de Romans en Lyonnais". L'acte est daté 
de la vi'' année du roi Louis IV d'Outremer*. Mais au mois 
d'avril de l'année suivante, Conrad le Pacifique disposait à la 
requête du même comte Hugues, son. cousin, de la terre de 
Bouligneux' en faveur de la même abbaye'", à laquelle il fai- 



1. Charles de Clinn/. n"^ 239, 255, 257. 258 (où Ie.s dates de jour et 
de mois fournissent des indications; les actes sont de 932, non de 926, 
comme le dit M. Bruel), 442, 411. Le n" 388 peut être laissé de 
côté, les mêmes donateurs ayant des biens situés en Maçonnais (ib., 
n" 403), donc étant sujets du roi de France, comme le remarque 
M. Bruel, op. cit., n° 395. 

2. Charles de Cluia/, n°^ 463, 482, 491 (an. 938), 518, 531. 544(2 avr. 
942), 701. Le n" 509 est une donation de Bouligneux dans l'Ain, faite par 
un sujet du royaume de Bourgogne, comme on le voit par le n" 656. 
Cf. Carhil. de Saviynij. n'^ 68, que la coïncidence du mardi avec le 3 des 
nones de janvier, conduit à bien attribuer à 937, ayant pour lettre 
dominicale A ; ibid, n" 33 = n" 100, où tout concorde pour l'an 942. 

3. Anse, Rhône, arr. Villefranche. 

4. Rodolphe donne à l'abbaye de Cluny divers biens en Maçonnais : 
« Actum Ansa Villa, XI kal. jul., ind. 111, anno IX régnante Rodulfo 
« rege. » {Chai-tes de Cluny, n" 396). Cf. Hist. de Fr., t. IX, p. 576, un 
autre diplôme daté du même lieu. Nous considérons comme exacte 
l'année de régne, non l'indiction. 

5. Au contraire, Gingins la Sarra, dans le petit opuscule consacré par 
lui à la Souiierainelé lerviloriale du Lyonnais au x" siècle, croit à une 
souveraineté ininterrompue des rois de Bourgogne. 

6. Charles de Cluny, n" 55». 

7. Romans, Ain, commune Saint-Trivier-sur-Moignans, arrondisse- 
ment Trévoux. 

8. Cette \'I« année, comptée à partir du couronnement de Louis en 
juillet 936, corres])ond bien à 942, date également indiquée par la 
concordance du jeudi et du 21 avril établie dans l'acte. 

9. Bouligneux, Ain, arrondissement Trévoux, canton Villars-les- 
Dombes. 

10. Charles de Cluny, n" 627. 



236 souviiiiAi.M:ri-: iii:s cauolingikns français 

sait encore don quel(|ues jours plus tard d'une autre terre éga- 
lement sise en Lyonnais'. L'on a enfin, à partir d'une date très 
voisine, une série de chartes privées relatives au Lyonnais, 
datées des ans du règne de Conrad le Pacifique, et cela du 
vivant de Louis IV' d'Outremer'. 

En somme pour le Lyonnais et, avec moins de précision, 
pour le Viennois et peut-être pour le Vivarais il semble hioii 
que l'on constate le même fait: domination temporaire des rois 
de France suivie d'un retour permanent et d'une annexion 
définitive aux états des Rodolpliiens.il n'y a guère qu'une con- 
sidération qui puisse expliquer cette situation : après la mort 
de Louis l'Aveugle, son royaume restait en quelque sorte aban- 
donné au premier occupant, puis(}ue,pour des motifs inconnus, 
Hugues d'Arles avait empêché l'avènement de Charles-Constan- 
tin. Roi de France et roi de Bourgogne ont donc dû alors cher- 
cher à mettre la main sur les territoires le plus à leur portée. 
Lorsqu'en 933 Hugues d'Arles céda à ce dernier tous ses 
droits de souveraineté, il ne put lui transmettre ce qu'il 
n'avait pas lui-même d'une manière bien solide, en dehors de 
la Provence propre, et durant quelques années les pays fron- 
tières les plus facilement accessibles, le Lyonnais, le Viennois 
et les pagi transrhodaniens reconnurent plus ou moins effec- 
tivement l'autorité de Raoul de France et de son successeur 
Louis IV. Mais vers 942, tout en entretenant do bons rapports 
avec Conrad le Pacifique, les Carolingiens français abandonnent 
le pays et Charles-Constantin, qui, en 941, avait attendu à 
Vienne Louis d'Outremer, paraît en 94)3 comme sujet du roi 
de Bourgogne. 

On a cru sur la foi de deux chroniques assez postérieures^ 



1. C/uoics de CAiiny, \\" 628. 

2. Carlulaire de Savigii;/, n"^ 'lO, 'ifi, 55, 57, 62, 65. Le n" 45 fait 
partir les années du règne de Conrad de 940 (cf. IJkukl, Chronologie, 
p. 78), mais rien n'indique qu'il en sait de même dans les autres et 
les n"s 443 et 444 du niênio cartulaire prouvent qu'on ne s'est pas 
toujours tenu à ce point de départ. Selon celui qu'on adopte, le u" 46 
est du mois d'août 942 ou du mois d'août 946. En tous cas, la série est 
complète depuis 9i5. 

3. (Uiroii. S. liniigni Dirion., éd. Boi'caim). p. 18!i, et HrciEs UE 
Fi.wic.NV, CJiron.Virdiin.. Mon (ienn., SS.A-WW^ p.364.« Ilic .Matliil- 
dcin sororem suam dcspondit Conrado régi Uurgundiae et in dotem dédit 
ei Lugdunum (piae sita est in termine regni 15ui'giuuliae et ei'at tune 
tempuris juris regni I-'raucorum. » Cf. lirc.fEs uE FLEriîV, (Hiroiiif/iic, 
llist. (le i'r.A. I.\, p. 329: « Hic dcsponsavit sororem suam nomine Ma- 



SOUVERAINETÉ DES CAUOMNGIKNS FRANÇAIS 2:i7 

que Lothaire, en mariant sa sœur Malhikle à Conrad le Paci- 
fique, avait renoncé à tous ses droits sur le Lyonnais. Mais la 
souveraineté du roi de Bourgogne sur le Lyonnais date au 
moins de 042, tandis que le mariage de Mathilde est postérieur 
à i)54; ce qu'elle apportait en dot à son époux ne pouvait plus 
guère être qu'une renonciation à des prétentions, et d'autre 
part il semble bien qu'il y ait en 012 quelque chose de plus 
général. 

En l'absence de tout témoignage précis on en est réduit à 
des conjectures sur les faits qui ont pu amener ce chan- 
gement dans la situation politique de l'ancien duché de Lyon. 
Or, cette année 942 est marquée par un événement d'une 
certaine importance dans l'histoire du royaume de Bourgogne, 
par le retour dans ses États du jeune roi Conrad. 

Durant ses vingt-six ans de règne, Rodolphe II parait avoir 
vécu en bons termes avec ses voisins de Germanie'. Lorsqu'il 
fut mort, le 11 ou le lo juillet 937" et eut été enseveli dans le 
monastère de Saint-Maurice d'Agaune\ son fils Conrad était 



« thildein Conrado régi dans ei jure dotalicii Lugdunensem Burgundiae 
« urbem. » Sur la question, cf. F. Lot, Les derniei-s (ju-olinr/icns, p. 57, 
qui résume les diverses opinions émises à ce sujet, et avec lequel 
nous sommes d'accord quant au fond, en admettant — tout au moins 
comme possible — la renonciation à des prétentions au moment du 
mariage de Mathilde et, selon les expressions de M. Lot, « transaction 
« entre les prétentions des Carolingiens et l'autorité réellement exercée 
« par les Kodolphiens. » 

1. 11 avait, il est vrai, au début de son règne, guerroyé contre Bur- 
chard de Souabe, et, en 919, essuyé une défaite à Winterthiir (Ann. 
Sanf/alleiise.-i majores. Mou. Germ., SS., t. 1, p. 178; Hehmann he 
Ueiciienaii, Chroni'jxe. Mon. Germ., SS., t. V, p. 150; Truo, Rudolf I 
iind Rudolf II,p. 49). Mais en 922. il se réconcilie avec son ancien adver- 
saire et épouse sa tille Bertlie(.l/«/i. Sangall. maj., l. cil.', '\'nyH:,,op. cil., 
p. 51). C'est sans doute à cette occasion qu'il reçut du roi Henri l'""" le 
pays entre l'Aar et la Reuss (W \itz, I/einrich /.p. 66; Lo.ngnon, Atlas 
hisl. texte, p. 83). Les Ann. S. Rudberli Salislmricnsis, Mon. Germ., 
SS., t. IX, p. 771, placent le fait en 922. Les autres chi'oniqueurs donnent 
des dates variables ('vN'aitz. HeinrirJi f. p. 67). — Comme nouvelle UKinpie 
d'î bons rappoi'ts entre les royaumes de Bourgogne et de Germanie, 
Kodolphe 11 céda encore à Otton l-"' les relicjues de saint Innocent, et 
la donation e.-^t mentionnée dans le diplôme de fondation du monastère 
de Magdebourg par Otton I'-''" en 9:)7 {Mon. Germ., in-'i", Kuiserur- 
kunde, n"^ ri-15; Koi:i'KE et DrEM.\u,Ei{, Otlo der Grossi-, p. 110). 

2. La date d'année est donnée par Flouoahd, .Annales, a. 9.'i7 et par 
les .\nn. Ijiu.^annenses. La date de jour du 13 juillet est donnée par 
le nécrologe de Heiclienau, celle du il par ceux de .Mersebourg et de 
Ziirich (Koh;[>KE et DniMMi.ER, loc. cil). 

3. IIekmwn I)i: RricnENAr. Chronii/uc, .Mon. Grrui.. SS.. \.\. p. 113, 



238 SOUVERAINETÉ DES ROIS DE BOURGOGNE [942] 

tout jeune encore'. « 11 succéda à son père », dit un chroniqueur" 
postérieur, mais en réalité il semble que ses voisins aient tenté 
de profiter de sa jeunesse pour mettre la main sur le roj'aume 
des Rodolpbiens. Hugues d'Arles accourait d'Italie. Il était à 
Colombières, au nord de Morges, près du lac Léman, le 12 
décembre 937 '' et y épousait la veuve du défunt, cinq mois 
après la mort de ce dernier. 11 faisait en même temps épouser 
à son propre fils, Lothaire, la fille de Rodolphe II, Adélaïde''. 
Mais, pou après, (3tton V' entrait à son tour en Bourgogne où, 
dit Widukind ', «il reçut en sa puissance le roi et le royaume». 
Flodoard'' commente cette phrase un peu ambiguë en affirmant 
qu'Otton avait mis « par ruse » la main sur le jeune prince. 
Celui-ci, durant les quelques années qui suivirent, séjourna 
auprès du souverain germanique, qu'il accompagna notamment 
en France lors de la campagne de 940'. Bien qu'il fasse partir, 
dans ses diplômes, les années de son règne de l'époque de la 
mort de son père, en 937 ^ il y a cependant un intervalle entre 
cette dernière date et le moment auquel Conrad fait en Bour- 
gogne acte de souveraineté. En 942, vers la fin de l'année, 
Otton avait avec Louis d'Outre mer une entrevue en un lieu 
mal déterminé de la Lorraine ou de la Champagne*. Là les 
deux souverains « se traitant amicalement, font alliance sous 
des conditions posées de part et d'autre'" ». Ces conditions, 
l'annaliste ne les rapporte pas, mais fort vraisemblable est 



1. Klodomu), AiDialc.'i, a. 9o~, Vâppelle pnrvus. Bruel, Chronologie 
des 7-ois de Fiance et de Bourgogne, p. 72, admet qu'il devait avoir sept 
ou huit ans. 

2. Hermanx de Reicfienau, Chronique, loc. cit. 

'S. Diplômes de constitution en dot de divers biens pour Berthe 
(For.srh. :■. d. (iesch.,t. IX, p. 305) et pour Adélaïde (Cad. dipl. Lang. 
n» DLii). Les deux diplômes sont du 12 décembre et portent Tannée de 
l'incarnation DCCCXXXVIII, mais les indications des doubles années 
de rèf^ne concordent pour 937, et c'est à cette date qu'il convient de 
rapporter les deux actes. 

't. Lhjtphwi), AnUipodoais.. 1. iV, c. 13: Constantin Poupiivudoe- 
nète. De admin. iinperii, c. 26, p. 117. 

5. lies ge.stae Saxonicae, I. 11, c. 35, Mon. Germ.,SS., t. 111, p. 447. 

6. Annales, a. 940, Mon. demi., SS., t. 111, p. 387: « [Otto] liabens 
« secum Conradum tilii liodulphi régis Jurensis quem jamdudum dolo 
« captum sibique adductum retinebat «. 

7. Flodoari). Annales, a. 940. 

8. {{HUEE, Chronologie des rois de France et de liourqoqne, p. 73-74. 

9. Lauer, /,o«/s /V', p. 83MSr,. 

10. Flodoari), .\nnales. :i. ',t'i2. p. 389. 



[9i2 SOUVRRAINKTK DKS ROIS I)K BOURGOGNE 239 

riiypotlièse ' qui voit un lien entre le voyage en Gaule d'Otton 
et de Conrad, et le fait qu'en cette même année *.)42 ou au 
début de 943, le jeune roi de Bourgogne est rétabli dans ses 
états. Il règne alors en Lyonnais et Charles-Constantin, qui a 
fait en 941 acte de soumission à Louis', reconnaît à partir de 
943 Conrad le Pacifique pour son légitime seigneur. En d'autres 
termes, il semble bien qu'il y ait une relation entre la rentrée 
en Bourgogne de Conrad, protégé par Otton, et le rattache- 
ment définitif au royaume rodolphien des territoires du Lyon- 
nais, du Viennois, du Vivarais, qui, tout en ayant fait jadis 
partie du royaume de Provence, avaient momentanément et 
dans une certaine mesure reconnu l'autorité des Carolingiens 
français ^ 

Charles-Constantin continuait à posséder Vienne. Mais c'est 
à peine si son histoire se rattache à celle du royaume de Pro- 
vence, et son plus grand intérêt vient de la situation équivoque 
que ce prince occupait sur la frontière des deux royaumes dont 
les souverains se disputaient alors l'héritage de Louis l'Aveugle. 

Depuis 942, comme nous l'avons dit, AMenne semble faire 
définitivement partie du royaume de Bourgogne. A la fin du 
mois de mars 943, Charles-Constantin assistait avec l'arche- 
vêque de Vienne, Sobon, celui de Lyon, Gui, l'évéque de Va- 
lence, Aimon, et divers comtes parmi lesquels Léotaud, comte 
de Màcon et Besançon, à un plaid tenu par le roi Conrad en 
un lieu non déterminé. Il s'y voyait obligé de renoncer à toutes 
les prétentions qu'il avait pu élever à l'encontre de l'abbaye 
de Cluny sur les terres données à ladite abbaye par Engilbert*. 
Au mois de mai de l'année 946 Ml était encore auprès de Con- 



1. Indiquée par Kalckstein. Gcsch. des franc-. Koniglhurm viiler 
den Ka)-o(iii;/eni, p. 236, et par Hukfker, Die Sladt Lyon, p. 21. 

2. Flodoard, Annah'n, a. 941. p. 388; Lauer, op. cit., p. 73. 

3. Conrad resta d'ailleurs en bons termes avec Otton h'\ Son fils, 
Conrad, assiste à un ])laid tenu par l'empereur en 967 à Havenne 
(Mon. Germ., in-4", Kaixcnirknnden, n" 3'i0). Plus tard, le roi de Bour- 
goi^ne soutint son petit neveu Otton 111 dans la lutte de ce dernier 
contre Henri le Querelleur, duc de Bavière {Ann. Qucdlinburgensci, 
a. 984, Mon. Germ., SS.. t. III, p. 66). 

4. Charles de Cluny, n" 622; CaRUTTI, lier/esta Comilum. Sahaudiae, 
col. 4, n" v. 

5. Le diplôme, ([ui est conservé en original (Bibl. Nat. coll. Bourg., 
t. LXXM, n" 20), daté de la IX'^ année du régne de Conrad, Test en 
même temps de l'an de l'incarnation D(yCCC.\LllI. Néanmoins, nous 
croyons qu'il vaut mieux s'en tenirà la IX'' année du règne corresjjon- 
daut à 9i!"). (jui se rnp])r()clic plus de 945, ayant pour indiction 111, 



240 CHARLES-CONSTANTIN ET RODOLPHE II [942-94G] 

radet celui-ci accordait à sa requête à son chapelain Ermen- 
thée la petite église de Saint-Genis' « dépendant du comté de 
Vienne.)) Ces termes semblent bien indiquer que Charles-Cons- 
tantin continuait à gouverner Vienne en qualité de comte, en 
jouissant des droits attachés à cette charge". Il ne semble 
d'ailleurs jamais avoir porté d'autre titre et exercé d'autre 
autorité. Les actes dans lesquels il ligure comme jouissant 
d'un certain pouvoir sont tous relatifs au Viennois. Il n'y parait 
qu'avec la qualité de comte ^ Cependant, un contemporain 
bien renseigné, Flodoard, lui donne le titre de « prince de 
Arienne ^ ». Mais sa royale origine, sa situation un peu particu- 
lière vis-à-vis des deux rois dont il dépendit tour à tour et le 
fait qu'il succédait dans le pays au duc et marfpiis Hugues 
suffisent à justifier l'emploi de cette expression. Il était d'ail- 
leurs on relations avec les autres comtes ou ducs dépendant 
du royaume de Bourgogne. En 944, il assiste à un plaid tenu 
par le comte Hugues de Bourgogne, où se traite une aff'aire 
relative à des biens sis dans le pagus de Lyon, injustement 
détenus par le vicomte de cette ville, Adémar''. 

Le fait d'être soumis à Conrad le Pacifique n'empêcha pas 
d'ailleurs, en 951, Charles-Constantin de rendre hommage au 



dernier élément chronologique dont se compose la date. L'hypothèse 
la plus vraisemblable est que l'acte a été recopié en original sur la 
minute par un scribe négligent dont l'ignorance ou l'incurie se mani- 
feste d'ailleurs en plus d'un passage. 11 distingue mal ci et et, écrit 
« reddit » au lieu de « reddidit », « Vienensis » au lieu de « Vien- 
« nensi », « ac adiit ipse ac humiliter », avec une anacoluthe dans 
la plirase « ut quendam », etc. 

1. Saint-Genis, Isère, arr. Grenoble, cant. Mens. 

2. Un cei'tain Bosjn tigare dans l'acte comme ayant des droits sur 
les terres qui entourent la chapelle. 11 est peu probable qu'il faille y 
voir un des comtes provençaux ayant porté ce nom : 15oson, frère de 
Hugues, étant mort entre 9;J6 et 940, etHoson, mari de lîerthe, en 9;Jô . 
il faudrait alors songer à Boson, père de Guillaume et Houbaud(?) 
Le personnage qui figure dans l'acte ne porte pas d'ailleurs le titre de 
comte. 11 s'agit plus vraisemblablement du diacre IJoson, qui à la 
même époque ])ossédait des biens en Viennois (Chartes de dhoii/, 
n"- 1009, iOlfi, 1017). 

■'5. Dans le diplôme de Conrad le Pacifique, de 9«:}, il ne porle pas 
de titre. 11 est (pialifié de rot/H's dans les autres actes {C/ifirtes de C/imi/, 
n"« 65(5, 797, I0'i7, 1084, 1122; Cartul. de Saint-Andrèle-lia^, n" 25*). 

4. V.n 9;il, Flodoard ne le mentionne que comme possesseur de fait 
de la ville de Vienne, j-ln 941, il ne lui donni; aucun titre. Ln 951, il 
rappelle /;r//(C'ey/s Vieniiac. il en est de même de Kiciier, Ilisl.. 1. il, 
c. 9b. 

5. Charles de Cluinj, n" G5G. 



[951] CHARLES-CONSTANTIN ET LOUIS IV o',i 

roi (le France. A s'on tenir aux expressions des annalistes', 
il y aurait eu de la i)art du comte Charles reconnaissance de la 
souveraineté du roi de France, reconnaissance d'autant plus 
libre de sa part que Louis IV, malade, s'était arrêté à Màcon 
auprès du comte Léotaud ". C'est là que Charles-Constantin 
vint le trouver, en même temps que plusieurs autres seigneurs 
du midi. Au cours de cette entrevue il ol)tint du roi la contir- 
mation de la donation faite par lui-même, dans le courant 
du mois de janvier, à l'abbaye de Cluny de biens sis en Vien- 
nois, à Communay ^ Cependant, malgré ces marques de 
soumission, les chartes de Vienne en général et celles de 
Charles-Constantin lui-même montrent que le souverain re- 
connu en Viennois continuait à être, même après cette année 
951, Conrad le Pacitique. C'est au nom de ce prince que sont 
datés les derniers actes de Charles qui nous soient parvenus 
et qui s'étendent jusqu'au mois de janvier 962 \ Il faut donc, 
semble-t-il, que la soumission de Charles-Constantin au roi de 
France, si elle a été autre chose qu'une simple promesse 
d'amitié'', ait été de courte durée. 

La dernière mention du fils de Louis l'Aveugle est de l'année 
962. C'est sa souscription apposée au bas d'un contrat par 



1. « Sui efficiuntur », dit Fi,oi)o\hd. Annales, a. 951, Mon. (îerm.. 
SS., t. 111, p. 400 et RicnER, y//.sV., 1. 11, c. 98, est encore plus expli- 
cite : « ejus etïicitur, lidem jure jurando pactus ». M. Lauer admet que 
« Louis IV gagna la suzeraineté du \'ieiinois ». 

2. Le voyage de Louis en Bourgogne est du début de l'année, d'après 
la place occupée par le récit de ces événements dans les Annales de 
Fladoard. Le roi est le o février à Pouilly-sur-Loire {Charles de Cluny, 
n» 763). Cf. Lauek. Louis IV. p. 2Il-2i;i'. 

3. L'acte de donation (Chevalier, Diplomalii/ne de P. de Rivaz, 
p. 69) est ainsi daté : « Data in mense januario régnante Ludovico rege 
« anno XVI qui de eadem donationepreceptum jussit fieriet sigillo suo 
« insigniri. » L'acte n'a pas de date de lieu, mais le« S. Leutaldi comitis » 
parait indiquer qu'il a été donné jjendant le séjour de Charles-Constantin 
à Màcon. Mais la XVI>^ année de Louis IV, comptée à partir de 937, cor- 
respondait à 952. 11 faut donc probablement admettre que le point de 
départ des ans de règne est pris au jour de la mort de Raoul (15 jan- 
vier 936) comme dans quelques autres chartes du même pays. Cf. 
Bhiel, Chronologie des rois de France et de Bonrgof/ne, p 35-36. 

4. Ce sont les actes cités, p. 240, n. 3. 

5. Comme le croit Huei-fer, Stadl Lyon, p. 21, qui admet plutôt 
une promesse d'amitié qu'un hommage (Huldigung). Dom \aissette 
{llisl. de Lanynedoc. t. III, p. 160) croyait qu'en 961 Lothaire s'occu- 
pait encore de faire valoir ses prétentions sur \'ienne. M. Lot (Les 
derniers Carolingiens, p. 37, n. 2) juge avec raison qu'une telle hypo- 
thèse ne repose sur rien. 

l'oLi'ARDiN. linyaiime de Provence. 16 



2i2 CHAULES-CONSTANTIN — SA FAMILLE [951-9G-2| 

lequel un nummé Grimard et sa femme Béliarde engagent au 
diacre Garnier des biens sis en Viennois, et à partir de cette 
date de janvier 962', la trace certaine des « Bosonides » 
disparait de l'histoire. 

Charles Constantin, cependant, avait été marié. Un acte non 
daté, mais qu'il faut placer dans les environs de l'annéo 060', 
mentionne sa femme Theutbergo'* et les deux fils Richard et 
Hubert qu'il avait ou d'elle. L'un de ceux-ci, Richard, figure 
encore dans la charte de 962, mais après cette date il est 
impossible de fournir sur eux aucun renseignement certain'' 
et encore moins de rattacher à la famille de Doson, comme 
l'avaient tenté certains généalogistes, les origines de la maison 
de Savoie". 



1. Charles do (Hii)i[/, iv 1122. 

2. Chartes de Cliini/, n" 109i. Les noms des parties qui y figurent 
comme celui (ki diacre Sigefroi qui le rédige le rapprochent des (ïhartes 
de Clu/it/, n"^ 10'i7, 108'», 1122. — G\SG\ss, Bosonides, p. 227, fait mourir 
Charles-Constantin dans la lutte contre les Sarrasins (??) 

:{. GiNGi.NS (Bosonides, p. 226) fait de cette Theutberge la veuve d"En- 
gilhert, de la famille des vicomtes de Vienne. Ce qui aurait permis k 
Charles de contester à Cluny les biens donnés à cette abbaye par ledit 
Knji'ilbert. Mais cette contestation eut lieu en 943. date à laquelle En- 
gilbert parait avoir été encore vivant (Carlul. de Saint-Maurice, n" 45). 

4. Cf. Manïkver, Les origines de l(i maison de Savoie, j). 429. 

5. Cf. >L\NTEVER, op. cit., p. 429-4:50. 



CHAPITRE VII 

LES SARRASINS 

F^armi les diverses questions qui se posent dans l'étude des 
événements dont le sud-ouest de la Gaule fut le théâtre durant 
le ix" et le x' siècle, l'une des plus intéressantes est celle des 
invasions des Sarrasins. Mais si elle est curieuse, elle est 
aussi extrêmement obscure. L'établissement de pirates maures, 
venus d'Espagne, dans la région montagneuse qui a gardé leur 
nom, et même, temporairement au moins, dans une partie de 
la chaîne des Alpes, est un événement historique dont les 
conditions sont et seront toujours mal connues. Son étude 
soulève un certain nombre de problèmes dont la solution pour- 
rait être plus particulièrement donnée par des érudits dauphi- 
nois et provençaux, au courant des détails de l'histoire et de 
la géographie locale. Cependant, la réunion des quelques ren- 
seignements généraux que peuvent fournira ce sujet les divers 
textes narratifs ou hagiographiques forme le complément 
naturel de l'histoire des dernières années du règne de Louis 
l'Aveugle. Il est même nécessaire de dépasser un peu sur ce 
point le cadre chronologique de notre travail, car il est impos- 
sible de rapporter la plupart des données que nous possédons, 
à une époque certainement antérieure ou postérieure à la date 
du traité qui fît passer la Provence sous la domination du roi 
de Bourgogne jurane. Nous nous occuperons donc des Sarra- 
sins, principalement jusqu'à l'époque de la dernière expédition 
dirigée contre eux par Hugues d'Arles, l'histoire de leur 
expulsion ayant été racontée ailleurs'. Mais avant d'entre- 
prendre cette étude il est nécessaire de dire un mot des sources 
qui peuvent être plus spécialement consultées au sujet de ces 
invasions, de celles aussi que l'on a voulu parfois employer 
sans précaution. 

1. Manteyeh. La marche de Provence, p. 5.5-56. 



2ii LA CHRONIQUE DE LA NOVALAISE 

En dehors, en effet, des mentions fournies par les chartes 
et par les sources narratives générales comme les Annales de 
Flodoard ou VAnhipodosis de Liutprand, un certain nombre 
de textes peuvent fournir pour cette histoire des renseigne- 
ments qui sont de valeur très inégale. 

La Chronique de la Novalaise * fut composée en diverses 
fois, de 1025 à 1050, par un moine de cette abbaj-e, détruite 
par les Sarrasins au début du x'' siècle, mais restaurée au 
commencement du xi°. L'ouvrage est de grand intérêt parce 
qu'il constitue la seule chronique relative à cette région qui 
paraisse jamais avoir été composée, et qu'à propos de la des- 
truction de sa maison, l'auteur entre dans quelques détails 
relatifs aux Sarrasins. Il n'est pas contemporain de leurs 
invasions, mais cinquante ans seulement le séparent de l'époque 
de l'expulsion. Il peut donc être bien renseigné sur la situation 
du Frainet, par exemple ou sur le caractère des invasions 
musulmanes. Mais, au point de vue de la forme, la langue est 
détestable, obscure à force d'incorrections ; l'auteur a connu, 
pour la période ancienne, un assez grand nombre de textes', 
même d'auteurs classiques, il s'intéresse tout spécialement à 
la riche Idbliothèque do sa maison \ mais il est loin de donner 
l'impression d'un homme nourri de bonne latinité et son style 
ressemble trop souvent à celui des chartes de son époque. Au 
point de vue du fond il rapporte 1)eaucoup de légendes*, et la 
chronologie est vicieuse ou, pour mieux dire, absente. Les 
événements se suivent un peu au hasard des souvenirs de 
l'écrivain, le plus souvent sans date, si ce n'est lorsque le 
chroni(iueur a eu sous les yeux des documents qu'il analyse". 

1. Va\. 1'e1!TZ-I)1:tiim \nn (Mon. Germ. in us. sc/toL), 18'jG, iii-8". 

■2. Hkthmwn, Inirod., j). iv. Cf. 1. I, c. 1, 9. 10; I. il, c. 2, 12, 14, 
19; L 111, c. 1, 2, l'i, 17, 19, 2i, 26, 2.7, 30, 31, 31 ; 1. V. c. 2. 3, 7, 29, 
32. Vgy. encore sur ce texte, Pio .Ra.in.\, La cronaca délia Xovalem e 
Ippopra Carolingia daus la liomania, t. XXIIl, 189i, p. 3*3-61. 

3. Chron. Noval., 1. II, c. 3 et 19. 

4. Cela non seulement pour l'époque ancienne, mais aussi pour le 
x« siècle, par exemple ce qu'il dit de llu<^ues d'Arles, 1. V, c. 3, p. 6'». 

5. 11 a utilisé les arcliives de sa maison, mais avec incomparable- 
ment moins de talent (lu'un Kolcuin ou un Mariulf, et il cite divers 
documents, dont nous po.?sédons encore ([uphiues-uns, p. ex. 1. III, 
c. 18, le ju.ii'emeni de IJoson ; 1. 111, c. 25, un diplôme de Charlemagiie, 
etc., et il' en a copié à la suite de sa Chronicpio (piil avait oublié d'y 
insérer. 11 a transcrit également un fragment annalistique (.ïppend.. 
c. 3, p. 86-87). — Sur les chartes anciennes de la Novalaise, encore 
actuellement conservées ou coiuiues seulement par les analyses de la 



I.A VIK Itl-: SAI.NT MAVKl'L 215 

D'autre part, l'œuvre ayant été, connue nous l'avons dit, com- 
posée on plusieurs fois, le manque d'ordre et de plan n'a fait 
(|ue s'en accroître et, de plus, l'auteur a ajouté à la suite du 
dernier livre une série (Vaddpuda qu'il est parfois difScile de 
rattacher à tel ou tel chapitre du corps de la chronique'. 

Il est assez fréquemment question des Sarrasins dans la Vie 
de saint Mayeul, abbé de Cluny. Mais la valeur historique de 
la vie, ou plutôt des vies de ce saint a été fort discutée en 
Allemagne. Nous en possédons trois, œuvre respectivement de 
Svrus, moine dé Cluny, de Nalgod, et d'Odilon, successeur de 
saint Mayeul. La seconde ' est un texte sans grande importance. 
La troisième", d'attril)ution incontestable, contient fjrt peu de 
renseignements précis et c'est surtout sur la première qu'ont 
porté les polémiques. Nous en avons deux états. L'un, publié 
par Mabillon", peut représenter le texte primitif ou du moins 
s'en rapproche; mais le texte publié par les Bollandistes^ 
correspond à un remaniement de l'œuvre de Syrus fait par 
deux moines de Cluny, Audebaud et Raimbaud. Ceux-ci ont 
modifié le style, ajouté certains épisodes et introduit dans le 
texte des morceaux de poésie empruntés surtout ;ï Héric 
d'Auxerre ou imités de ses œuvres. 

La valeur de la Vie dite de Syrus" a été contestée, princi- 
palement par M. Schultze ', qui s'est efforcé de prouver qu'elle 
ne représentait elle-même qu'un remaniement; il y a en effet 
relevé quelques emprunts à Héric, mais, comme l'ajustement 
remarqué M. E. Sackur^ Syrus pouvait déjà s'être inspiré de 

chronique, cf. C. Cu'ullv, Moniunmla Novalicirnsid vclusliora, Rome, 
1898, in-8°, t. I, qui donne un recueil des chartes anciennes de l'abbaye. 

1. Pertzles laisse à la suite en appendice. — Les éditeurs des Mon.IIisl. 
Pair. Script. ,i. III, p. 41-128, ont tenté de les fondre dans la Chronique. 

2. Acta Sa7ict. BolL, mai, t. II, p. 658. 
o. Aria Sanct. BolL, mai, t. II. p. 684. 

4. Acla Sancl. Ord. S. Ben., saec. V, p. 786. 

5. Acla Sancl. BolL, mai, t. II, p. 668. 

6. M. Tu MUiE {Aberinah die Biof/raphierm des MajoliisÇNcucs Archiv., 
t. XVII, 1892, p. 406 7) croit à une œuvre de Syrus perdue, mais 
connue par Odilon, auquel cas tous les renseignements que nous tirons 
de la V. S. Maioli seraient des additions sans valeur d'Audehaud et de 
Raimbaud. L'examen de la Vie dH)dilon, si dénuée de tout fait précis, 
sutlit à faire rejeter cette hypothèse comme l'a déjà fait Sackur. 

7. Ueher die Biogr. des Majolm (Forsch. :■. d. Gesc/i., t. XXIV, 
p. 155-172); Noch ein Worl zu den Biographie des Majulus {Neues 
Archiv, t. XIV. p. 547-564). 

8. Die Cluniacenser in ihrer... Wirksamkeil, t. II. Halle, 1894, in-8, 
p. 338. 



246 LA VIE DE SAINT MAYEUL 

celui-ci. Eu outre, M. Sclmltze a tenté de prouver que cette 
vie fourmillait d'invraisemblances et était contredite par les 
textes diplomatiques. Mais ici le débat touche de près à notre 
sujet, car l'érudit allemand atRrme notamment que l'on ne 
peut accorder aucune confiance aux allégations de la Vie 
relatives à la fuite de Mayeul devant les invasions sarrasines 
qui dut avoir lieu avant la mort des parents de celui-ci, con- 
trairement aux indications de Sjrus. Mais l'acte allégué' 
comme prouvant dès 926 la présence de Mayeul en Maçonnais 
est la notice d'un plaid tenu par Rodolphe de Haute-Bour- 
gogne dans son royaume, et il est plus qu'hj'pothëtique d'iden- 
titier le Ma joins cancellariu.'n^m la souscrit avec le futur abbé 
de Cluny. Il est hypothétique aussi d'identifier avec le père de 
celui-ci le ou les Foucher que l'on rencontre à cette époque 
en Maçonnais. Cela l'est d'autant plus ({ue M. Schultze montre 
lui-même qu'il existait dans ce pays une famille parente de 
celle du saint', où se rencontrent également les noms de Fou- 
cher et de Mayeul. Il semble donc, bien que Syrus ait parfois pré- 
senté son héros sous un jour un peu légendaire, qu'il failleavec 
M. Sackur'^ considérer la Vie comme un document historique 
pouvant fournir des indications dignes de foi et sur la chrono- 
logie duquel on peut même s'appuyer. Mais il est nécessaire, 
à l'occasion de cette chronologie, de faire une observation : 
on place communément la naissance do saint Mayeul vers *.)0(3. 
Il ne paraît pas y avoir d'autre raison à cette opinion que la 
grande importance attribuée à cette date de 906 dans l'histoire 
des invasions sarrasines d'après un passage de la chronique 
de la Novalaise, passage assez incertain. En réalité, la nais- 
sance de Mayeul doit être un peu postérieure à 906. Nous 
possédons en effet le contrat de mariage, l'acte de la consti- 
tution de (loldUchun faite par Foucher, père du saint, daté 
du 3 septembre 909 '*. Cela conduirait à placer la naissance 
de Mayeul entre 910 et 915 environ, car il est impossible 
de la placer d'autre part à une époque postérieure de })lusieurs 
années à 910. 

On utilise souvent aussi deux autres vies de saints, celle de 



1. Charles de Clnnij, n" 2.")rj; Scihiltze, Neues Archiv., t. Xl\', p. .")50. 

2. Klle est d'ailleurs mentioimée dans la Vie. 

3. Sackkii, op. cit., p. 3.'i9. 
'i. Chartes de Cluny, n" 105. 



I,A ME l»K SAINT liii.Ml I.K 247 

saint Uoiiiulo et celle de saint Bubon, (|ui C(jntienncnl, la se- 
conde surtout, beaucoup de renseignements très intéressants 
concernant les Sarrasins. Nous croyons au contraire qu'un bref 
examen conduit à rejeter ces deux textes comme étant de 
nulle valeur. 

Saint Ronmle, d'après les calculs des Bollandistes', fut 
évèque de Gènes de .'>25 environ à 340. Sa vie est naturelle- 
ment très postérieure, ce qui importe peu. puisque nous ne la 
consultons pas au sujet du saint lui-même ou de son époque. 
L'auteur raconte que le corps du bienheureux avait été trans- 
porté kMatiUiana, localité qui prit plus tard son nom et devint 
San-Remo ; il explique comment, cette ville aj-ant été détruite 
par les Sarrasins ^ révèque de Gènes, Sabbatinus, alla chercher 
les reliques et les ramena en grande pompe dans sa ville 
épiscopale^ Ces événements auraient eu lieu, d'après lui, 
u modernis temporibus ». Or, Sabbatinus mourut vers 930, ce 
qui daterait la vie du milieu du x'' siècle environ. Mais il y a 
une difficulté que les Bollandistes ont déjà relevée. L'auteur, 
désireux d'expliquer par quel enchaînement de circonstances 
la ville de Matutiana a été détruite, a cru devoir introduire 
dans son texte, d'ailleurs fort bref, un petit historique des 
invasions arabes*: les païens, après avoir pénétré d'Afrique 
en Espagne et tué le roi Rodrigue, entrent en Gaule. Là ils 
sont arrêtés par les chrétiens, prennent la voie de mer, rava- 
gent Arles et le pays environnant, puis s'établissent au Frainet. 
De là ils dévastèrent l'Italie pendant deux cents ans. 

La forme du récit et cette chronologie montrent que l'au- 
teur est postérieur à la date à laquelle il prétend écrire, 
puisqu'il conf(jnd les événements du viii" siècle et ceux du x*^. 
Il est donc bien difficile d'attribuer à son texte une valeur 
historique et la critique des Bollandistes a déjà fait justice 
d'un document que l'on continue cependant à citer trop sou- 
vent. 

Quant à la Vie de saint Boboii\ le Beuves de Noyers de 
certains historiens ^ il suffit d'analyser la partie du récit qui 



1. Acla Sancl. BolL. oct., t. VI, p. 208. 

2. Vila Sanrli Homuli, c. 11. 

3. Ilrid.. c. 12. 

4. Ibid., c. 9-11. 

ri. Aoia Sancl. BoJL. mai. t. V. p. 185. 

6. .\bbé Gru-LAiME, Hecherc/ws historiques sur les Hautes- Alpes, p. 126. 



248 LA VIE DI<: SAINT BOBO^ 

concerne les Sarrasins pour voir qu'elle est du domaine do la 
légende. Beuves se distingua dans sa jeunesse dans les luttes 
contre les Sarrasins et le premier eut l'idée d'élever un fort 
pour les arrêter. Les païens étaient retranchés dans la pres- 
qu'île du Frainet, qu'un isthme étroit soigneusement fortifié 
reliait seul à la terre, et là se trouvaient à ral)ri de toute at- 
teinte. Mais leur roi un jour eut la malencontreuse idée de 
séduire la femme du portier auquel était confiée la garde de 
l'isthme. Le mari outragé, pour se venger, appela Beuves et 
lui livra la porte. Les chrétiens pénétrèrent dans la place, 
passèrent la garnison au fil de l'épée et contraignirent le roi 
à recevoir le baptême. — Un tel document ne peut avoir 
d'autre intérêt que de montrer que des légendes se formèrent, 
peut-être de bonne heure, autour des faits de l'invasion*. 

Les incursions des pirates sarrasins d'Espagne n'ont point 
été chose rare dans la seconde moitié du ix* siècle, et les 
annalistes mentionnent plusieurs descentes dos païens sur le 
littoral méditerranéen de la Gaule. En 842 des Sarrasins re- 
montent le Rhône jusque dans le voisinage d'Arles, pillant le 
pays sur leur passage et parviennent à se retirer avec leur butin 
sans être inquiétés". En 848, ce sont des corsaires grecs qui 
les remplacent et qui pillent Marseille "\ En SHO, des Maures 
remontent de nouveau le Rhône jusqu'à Arles en dévastant les 
rives du tieuve ; mais ils sont cette fois moins heureux; lo 
vent contraire les empêche de reprendre la mer et ils sont mis 
à mort par les hal)itants ''. Dés une époque voisine de celle-ci 
ils paraissent avoir pris l'habitude de s'établir dans la Camar- 
gue', ({ui en 859 avait également servi de refuge aux pirates 
normands''. L'archevêque d'Arles, Roland, avait entrepris de 
furtilier l'ile pour les empêcher d'y débarquer à nouveau, 
mais surpris par eux, ayant perdu une partie de son monde, 
il tomba entre leurs mains. Les Sarrasins consentirent à le 



1. I,a vie ne contient aiu'un fait précis et nous n'en avons pa.s de 
ms. ancien. Il est donc difticile de la dater. D'après le style, elle i)arait 
appartenir à la fin du \i^ siècle ou au début du xm'". 

2. Ann. Berlin., a. 8'.2, p. 28. 

3. l/iiiL, a. 8'.8, p. ;;(■). 

'.. I/jid., a. S.'iO, )). :{(). 

5. Ihid., a. 86'.». p. 106 : « Cainaria ubi portum Saraccni haberc so- 
« lebant. » 

6. Cf. supra, j). 2'i. 



KTABLISSEMEM IJKS SARHASINS Al FRAXIWETUM 2i9 

relâcher moj^ennant une rançon en argent et en nature; mais, 
avant le paiement, lo captif vint à mourir entre leurs mains 
(19 septembre 869). Craignant d'être frustrés de leur bénéfice, 
ils pressèrent la livraison de l'argent, des armes et des esclaves 
qui leur avaient été promis, et mirent à la voile en rendant aux 
Arlésicns le cadavre de leur arcliovéque, revêtu de ses habits 
pontiticaux, assis sur un siège, de telle sorte que les chrétiens 
pussent croire, jusqu'au dernier moment, à la réalité de la 
restitution '. 

Ces incursions, cependant, n'étaient en quelque sorte que 
les préliminaires d'une invasion plus générale et de l'établis- 
sement à demeure des Sarrasins dans le royaume de Provence. 
Mais si cet événement est extrêmement célèbre, il est cepen- 
dant Ijien difficile d'arriver à une détermination tant soit peu 
précise des conditions dans lesquelles il se produisit. 

Selon Liutprand% une vingtaine de Sarrasins venus d'Es- 
pagne, surpris par une tempête ou un vent contraire, furent 
jetés sur la côte de Provence en un lieu nommé Fraxinetiim. 
Ils massacrèrent les habitants, se fortifièrent sur la montagne 
voisine et appelèrent leurs compatriotes à leur secours. 
Ceux-ci arrivèrent peu nombreux d'abord, puis reçurent des 
renforts, et, favorisés par les divisions et les guerres entre les 
seigneurs voisins, s'établirent dans ce Fraxinetimi comme dans 
une forteresse inexpugnable. 

11 n'v a pas de raison pour mettre en doute, quant au fond, 
la vérité de ce récit, bien que certains détails aient pu être 
exagérés et embellis, soit par l'auteur lui-même, soit par les 
personnages auprès desquels il recueillit ses renseignements, 
très vraisemblablement lorsque lui-même se trouvait dans 
l'entourage de Hugues de Vienne, roi d'Italie, lequel eut sou- 
vent à s'occuper des envahisseurs ■\ Les incursions sur ces 
côtes étaient trop fréquentes pour qu'un coup de main de ce 
genre n'ait pu avoir lieu''. Il semble bien aussi que les Sarrasins 
débarqués durent être assez vite renforcés, sans quoi les for- 



1. Ann. Berlin., a. 869, p. 106. 

2. Lit'TPRAM), Antnpoilosis. 1. I. c. :!-'i. 

3. D.KNDLIKEI! et MiELLEii, lAiilprand von Cremona, p. 101-102. 

't. Ce que dit LirTr'Uwn (Antapodosia, 1. 1, c. 3) de.s me.sures prises 
pour conserver intacte la forêt qui protégeait les Sarra.sins est fort ad- 
missible, mais ne peut s'appliiiuer qu'à une époque où ceux-ci étaient 
déjà solidement établis au Frdxinetum. 



250 DATE DE L'ÉTABLISSEMENT 

tifîcalions naturelles du lieu n'auraient pu suffire à les protéger. 

La date de cet établissement est très incertaine. S'il est 
exact, comme le dit Liutprand, que l'invasion ait commencé 
par le débarquement sur un point de la côte d'une poignée de 
musulmans, ce débarquement n'a pas par lui-même assez attiré 
l'attention des annalistes pour qu'ils aient du le mentionner à 
sa date'. S'il est vraisemblable que les premiers débarqués 
durent être vite suivis de nouveaux arrivants, la question se 
pose de fixer l'époque approximative de l'installation solide et 
durable des Sarrasins au Fraxinetinn et du commencement des 
ravages ({u'ils exercèrent dans les pays circonvoisins. 

La date de 889, généralement admise ^ ne s'appuie que sur 
un passage des actes du concile de Valence où sont mentionnés 
« des Sarrasins qui ravagent la Provence et réduisent le pays 
à l'état de désert ». 11 est absolument impossible de démontrer 
que ces envahisseurs fussent alors établis dans les états de 
Louis, plus que ne l'étaient les bandes de Normands dont les 
mêmes actes rappellent les dévastations. 

Cependant, nous savons que dans les dernières années du 
IX'' siècle les dévastations des Sarrasins s'étaient étendues 
assez avant dans l'intérieur des terres. Dès une époque anté- 
rieure à 89G, la cité d'Apt avait reçu la visite des païens, 
Sarrasins ou Normands et à cette date Louis de Provence 
faisait don à l'église de cette ville, pour la dédommager des 
pertes qu'elle avait alors subies, du lieu \\{ Monaster\olum\ 11 



1. Ajoutons (|u'il faudrait que cette date fût antérieure à 882 ou ])0S- 
térieure à 917, car, seuls parmi les annalistes francs, llincniar et Flo- 
doard parlent des incursions des Sarrasins en Provence. 

2. Pagi, CvU. à Banmiun, a. 921, n. m, admet, en raison de l'oj)po- 
sition établie par les actes entre la situation des pays ([ui ont un sou- 
verain et celle des états qui en sont privés, que l'établissement des 
Sarrasins au Frainet, eut lieu entre lajnort de Charles le Gros (888) 
et l'élection de Louis (890), c'est-à-dire en 889. Boi'CiiE, I/ist. dr Pro- 
vence, t. I, p. 774, reprend cette opinion. Elle passe dans la plupart 
des ouvrages généraux (Reinmjd, Invasions des Sarrasiîis, p. 158. 
Di'EMMLER. Oslfr. /{l'ic/i, t. 111, p. 317, et en marge de son édition de 
Liutpraml, etc.). iXins les ouvrages destinés à renseignement, elle est 
donnée comme une date aussi sûre que celle de la mort de Gliarle- 
magne ou du couronnement de Charles le Chauve. Mn réalité, tout ce 
que nous pouvons dire avec (juelque certitude, c'est ([ue l'établissement 
est de la fin du w" siècle ou des premières années du \« siècle. 
Mais les Sarrasins du concile de Valence peuvcMit être une de ces 
bandes (pii occupaient fré(iueminent la (Camargue. 

3. l!iii:iiMi:itMiii.iii.ii. n" ri.")0; I/isl. de A'y., t. IX, p. 670: « [llcclesial 



l'RLlMIÈKKS I.NCIIISIONS loi 

faut sans doute rapprocher de cette mention celle d'une charte 
de Rostaing, archevêque d'Arles, en faveur du monastère de 
Saint-Césairo des Aliscamps, d'après laquelle, à la date (h; 
897, une partie des domaines de l'abbaye avaient été déjà 
désertée par leurs habitants'. Néanmoins, il est impossible 
de rattacher le débarquement, ou plutôt les débarquements 
successifs au Fraiinclntn, à ces incursions pour lesquelles 
nous possédons des numlions datées". 



variis ca.sibus quam etiam nequam Christianonim aniiiiiilata. « — Nous 
n'avons pu ielentiticr ce lieu dit Monaslcviolum. 

t. Publiée par M. Jacquemin, Heviie des Sociélra savantes, IV"^ série, 
t. \'II (I8(i8, !«■• semestre), p. 203 : « Oppressione tamen paganoruni 
« sevieute. ipsius loci unde Deo sacrate sustentabantur. déserte facte 
« sunt sicut et inulte alie ». 

2. Aldi:i5\uu {Vila Saïu-li Maioli, 1. 1. c. 3 ; Acla Sand. lioll.. mai. II, 
p. 668) rattaclie aux invasions qui précédèrent la naissance de saint 
.Mayeul, la dévastation par les Sarrasins de Tile de Saint-Honorat de 
Lérins. Le récit a été admis, a;i moins quant au fond, par Sacwr, hic 
(lluniacenscr in ilirer... Wirkscunkcil. t. II, p. 339), qui a cru qu'Au- 
debaud venait peut-être même de Lérins. Le fait même de la destruc- 
tion de Lérins au W" siècle par les Sarrasins est possible. L'abbaye 
était florissante sous Charlemajine. Une lettre d'Alcuin (éd. Di'em.mleh, 
Mun. Genn.,\n-k. Epistolar,t. IV, p. 363, n° 2 19) est adressée aux moines 
de Lérins, et Bernier, frère de Wala, y passa une partie de son exis- 
tence {ibid., p. 220, n" 364). Plus tard, elle fut enrichie par les libé- 
ralités d'un certain com1e Leibulf (Car/u/. de Lérins, n° cc.XLix), un 
des fidèles de Louis le Pieux (Sickel, Acta KaroL, I, 355 ; Bœhmeh- 
Mi'EiiLB., n» 769). Puis la série des chartes s'interrompt dans le cartu- 
laire jusqu'à rannée 990 (Cartul. de Lérins, n" ccxxn). L'n acte de 
1037, considéré comme authentique par les éditeurs de la Nouvelle 
Jlist. de Languedoc (t. II, p. n. n" 76), parle expressément des dévas- 
tations des Sarrasins, qui ain^aient saccagé le monastère à une date 
postérieure à 828. Mais si la charte de Leibulf de 828, rapportée dans 
l'acte de 1037, ne parait pas de nature à éveiller les soupçons, le récit 
détaillé de sa découverte à Tortose en Espagne est plus suspect. 11 est 
également question de la destruction du monastère par les Sarrasins 
dans plusieurs actes faux (.Jafi'É, n" 7352, cf. P. Meveiî, dans Romania, 
t. \ , p. 250). En outre, Audebaud rattache à ces faits le récit du martyre 
de saint Porcaire avec cinq cents moines ses compagnons, mis à mort 
par les païens. Ce massacre est, au contraire, attribué au vm^ siècle 
par un récit anonyme (.4 t7a .'><'/»r^ Z/o//., août, t. II, p. 737), d'apparence 
l)lus légendaire encore que le texte d'Audebaud. La Vie de saint Honorât 
en accuse les Vandales de Genseric (P. Meveii, La vie latine de snint 
Honorât et Raimond Feraut, dans Romania, t. VIII, p, 505), mais place 
le fait sous les successions de Cliarlemagne, ce qui n'a rien que de na- 
turel dans un texte où ce dernier prince est présenté counne le con- 
temporain de saint Honorât. \.e Gallia Christiana adopte (III, col. 193) 
Il date donnée par le Marli/rinni anonyme, tandis que l'abbé PiEit- 
nviiVES (La fin de Lérins, i'aris, 1883, in-8) s'efforce de prouver qu'il 
n'y a eu qu'un seul Porcarius, contempoi'ain de saint Césaire d'Arles, 
et' mis à mortjjar les \'andales. M. Mcver considère la légende (loc.ril.. 



2:j2 SITL'ATION du FRAXIXETLM 

La situation exacte de ce Fra.ruietum, devenu si célèbre, 
est également incertaine. Ce nom a, comme l'on sait, donné 
en français des formes très diverses; il est trop répandu pour 
permettre à lui seul une identification. Les indications fournies 
par les textes sur la situation de la forteresse sarrasine sont 
très vagues. C'est « un lieu sur le rivage de la mer, du C()té 
d'Arles' », une « bourgade sur les confins de l'Italie et de la 
Provence" », « une vallée^ », « un château* ». Cette dernière 
idée semble avoir été adoptée par les érudits modernes^, en 
général d'accord" pour identifier le Fraxinctum, forteresse des 
Sarrasins, avec la localité actuellement appelée Garde-Freinet ' 
dont le nom conserve le souvenir du mot Fraxinctum. Mais 
d'une part il semble bien, d'après les textes de Liutprand* et 



p. 507) comme « tout à fait apocryphe «, mais il ne paraît pas avoir 
fait intervenir dans la discussion le texte d'Audobaud. Uuoi(iu'il en soit 
de la mort de saint Porcarius, la manière dont Audebaud en parle in- 
dique que c'est un événement déjà légendaire de son temps. 11 est 
cependant possible, et même vraisemblable, que le monastère ait eu à 
subir de grands mallieurs dans le cours du ix"^ siècle. On s'expliquerait 
alors qu'.\udebaudait cru pouvoir rattacher à cet événement déjà ancien 
peut-être de son temps de ])lus d'un siècle, l'histoire légendaire de 
saint Porcaire. 

En somme, nous croyons (|u"il y a lieu de laisser de c»")té ce dernier 
élément et. d'admettre une destruction de l'abbaye de Saint- Honorât 
par les Sarrasins dans le cours du ix'' siècle, destruction attestée : 
1" pai' Audebaud ; 2" par les mentions traditionnelles d'un assez grand 
nombre de chai'ies fausses du Cartulaire de Lérins, mentions (|ni peu- 
vent correspondre à une réalité historique. Ajoutons (jue du début du 
ch. .5 de la Vila S. Maioli, texte remanié, donné par les BoUandistes, 
connue du caractère de tout le récit d'Audebaud, on peut conclure que 
cette destruction a eu lieu un assez grand nombre d'années avant la 
naissance de saint Mayeul, c'est-à-dire avant les premières années du 
x« siècle. 

1. Chroii. Nova lie. 1. \\\ c. 22. 

2. J.M'TPlî \M), Aniapodosis. 1. 1. c. i. 

;;. Kkkeiiarl), (Jasus S. Galli, Mon. Gcnn., S.S., 1. 11, p. 110. 

'». Skieuert de Gembeoux, Chronir/i(e, éd. Hetii.man.n, Mon. Germ., 
SS., t. VI, p. .'{43. Sigebert se borne du reste à interpréter le texte 
de Liutprand. 

5. Les éditeurs dos Mon. //isl. Pal., C/iarlar. t. I, col. 1 i2, notes, font 
exception : ils placent, d'après MriuTdiu, Sci-ipl., ver. IhiL. t. X, 
col. cvi, la forteresse sarrasine au cap Saint-Hospice, près du cap Fer- 
rat, non loin de Nice. La topographie de c(^ lieu i-épond bien, il est 
vrai, aux indications de la Vita S. Bnhonix, mais nous avons vu qu'il 
ne fallait accorder aucune valeur à ce document. 

f). LuNdMtN, Allas hist., texte, p. 180. DrEMNU.Eit, (htfr. lii'ich. 
t. 111. p. :n7. Ueinm'u, op. cil., p. 161. 

7. La (iarde-I''reinet, Var, arr. Draguignan, cant. Grimaud. 

8. Antapodosis, 1, I, c. 1-3 . « Mari uno ex latere cingitur. » — 1. 1. 



SITUATION Dr FHAXISETl'.)[ 253 

du clironiqueur do la Novalaise', que la priucipale forteresse 
des musulmans ait été située sur le rivage de la mer. Au 
contraire, la' Garde-Freinet se trouve à une certaine dis- 
tance dans les terres'. D'autre part, les textes des chartes 
ducartulaire de Saint-Victor de Marseille montrent nettement 
que le mot Fraxineturu, jus(|u'au début du xi'' siècle, désignait 
non un bourg déterminé, mais un territoire, un agt'r du comté 
de Fréjus''. Malheureusement ces actes sont seuls à donner 
des indications précises sur le Vraxinetum et ces indications 
sont peu abondantes. Cependant elles suffisent à montrer que 
la portion du comté de Fréjus désignée sous ce nom s'étendait, 
dans les environs du château de Grimaud*, sur Cogolin ', La 
Moure**, Notre-Dame de Milamas', prés de la Garde-Freinet 
et comprenait en même temps le territoire de Saint-Tropez*. 
C'est donc bien du côté de la Garde-Freinet qu'il faut chercher 
le centre des établissements sarrasins, mais il ne semble 
pas du tout prouvé que ce centre ait été à la Garde-Freinet 
môme^ 



c. 3 : « lintre parvula... istuc delati sunt. . . « Cf. 1. V, c. 9, récit 
(le la double attaque, par terre et par mer. 

1. Clwn. IVuvaliciense, 1. V, c. 22, p. 50 : « Estautem locus ipsesitus 
« super ora mari.s. » Le texte arabe emprunté par.\MARi (Bibl. Araho- 
Sicula, col. 80, 1, p. 7) au traité de géographie dit 'Al' Islhari semble 
bien être dans le même sens, mais manque de précision, comme beau- 
coup de textes orientaux. 

2. BorcHE, Hist. de Provence, t. I, p. 803, supposait que les Sarrasins 
(ce seraient plutôt les chrétiens) avaient transporté ce nom à tous les 
lieux fortitiés qui leur servaient de refuge, en souvenir de celui où ils 
avaient pour la première fois débarqué. Reinai'I), lavasioiia des 
Sarrasins, p. 160. reprend cette opinion, peu vraisemblable du reste. 

3. Carlul. de Saint-Victor de Marseille, n"* 18 et 110 : « in comitatu 
« Forojuliense, id est in Fraxineto. . . » ; n"** 595, 596, 1055 : « in comi- 
« tatu Forojuliensi in territorio Fraxineto » ; n" 1058.' « in ea parte co - 
« mitatus Forojuliensis quae vocatur Fraxinetum. » Le nom de Fraxi- 
nelum ne figure pas dans le cartulaire de la plus importante des 
abbayes de cette région, celle de Saint -Honorât de Lérins. 

4. 'Cartul. de Saint-Victor, iv>^ 551, 589, 590, 1085. Grimaud, \ar, 
arrondissement Draguignan, chef-lieu de canton. 

5. Cartid. de Saint-Victor, n" 591. Cogolin, canton Grimaud. 

6. Carlul. de Saint-Victor, w"" 18, 110,111, 551. La Moure, commune 
Garde-F'reinet. 

7. Carlul. de Sainl-Viclor, n"^ 551, 592. Notre-Dame de Milamas, 
commune Garde-Freinet. 

8. Carlul. de Saint-Victor, iv" 595, 596. Saint-Tropez, Var, arr. 
Draguignan, ch.-l. de canton. 

9. Heinal'd, loc. cit., parle de « vestiges de travaux importants » 
existant à la Garde-Freinet. Mais il peut y avoir eu là un fort destiné 
il arrêter les incursions des pirates musulmans, lesquelles, comme l'on 



254 SITUATION DU FRAXINETUM 

Écartant les détails relatifs à une presqu'île qui se trouvent 
dans la ^'ie de saint Bubon, et qui sont du domaine de la 
légende', il ne parait pas que les renseignements fournis par 
la chronique de la Novalaisc et p'ar Liutprand suffisent à per- 
mettre une identification. Ces textes, sans être absolument 
contraires à l'hypothèse d'un canton assez étendu, montagneux, 
et boisé, occupé par les envahisseurs, semblent cependant indi- 
quer qu'il y avait une sorte de forteresse, de lieu de refuge 
auquel ces auteurs restreignent arbitrairement le sens du mot 
Fraxinetum et qu'ils désignent sous le nom de castrnm-, de 
villa^, à' oppidum*. La principale défense du lieu, d'après eux, 
consistait en bois épais, en difficultés d'accès naturelles plutôt 
qu'en murailles ou en palissades. 

Les Sarrasins se seraient, dès leur arrivée, retranchés sur 
cotte montagne naturellement fortifiée", où ils habitaient des 
« demeures souterraines" ». Cette description que fait Liut- 
prand et qui concorde avec celle de la Chronique de la Nova- 
laisc est assez précise ; Liutprand doit parler d'après des rela- 
tions de témoins oculaires. Il rappelle à son ami Recemund, 
évoque d'Elvire, une chose que celui-ci doit, dit-il, bien 
connaître par les récits des sujets du roi Abderrhaman, avec 
lesquels sont en rapports fréquents les Sarrasins du Frainet'. 
Nous ignorons d'ailleurs la situation exacte de ce Maurus 
mom et du lieu de refuge des pirates arabes ^ Tout ce que 



sait, durèrent jusqu'à l'époque moderne, aussi bien que des travaux 
exécutés par ceux-ci. 

1. Cf. supra, p. 248-249. 

2. Chron. Noval., 1. V, c. 18, 171, « in Castro Frascenedelio ». Rfa- 
naijI), op. cit., p. 181-2, fait de ce castruin un lieu distinct du Fraxiiiet 
proprement dit, sans trop justifier son opinion. 

3. ]/)id., 1. V, c. 1, p. 6:{ : a Sarraceni ex I^^rasceneto villa. » 

4. LiUïPRA.ND, Antapodosis, 1. I, c. 1 : « Opidum vocabulo l'raxine- 
tum. » 

5. LUJTI'P. \M), l(ir. cil. 

6. Chron. Noval., 1. V, c. 22. 

7. Antapodosis, 1. 1, c. 2. 

8. 11 aurait été, selon la (Jhro)i. de Novalaisc, « prope Arelatem ». 
Le FraxinclKtn e.st plus voisin d'.\rles que des Hautes-Alpes, il est vrai, 
mais le chroniqueur, en fait de topographie, ne connaît bien que les 
vallées qui avuisinent son monastère et son indication sur le point 
qui nous occujje ne nous apprend rien. Quant à celle de IJutprand, 
(|ue le Maurus mous était « in Italicorinn i'rovincialiunique conlinio », 
étant donnée la pauvreté de nos rcMiseiiiiiements sur la limite nord de 
l'Italie à cette épo(|ue, elle pei'inet plulot de déterminer approximative- 



siTiATioN i»r rnAXiM-JTi.^î 25:. 

nous pouvons dire, c'est qu'il était près de la nier, dans le 
Fraxinctum torrilorium, sans doute à l'extrémité de l'une des 
ramifications do la chaîne des Maures. Au pied de cette mon- 
tagne, difficile d'accès et plus ou moins fortifiée, devait se 
trouver un port ou une anse, susceptible d'abriter les barques 
des Sarrasins, qui mettaient ceux-ci on communications avec 
leurs frères d'Espagne' et qui furent brûlées en 942 grâce aux 
navires et au feu grégeois fournis au roi Hugues par son allié, 
Romain Lécapène'. Il est d'ailleurs bien évident (pio s'il v 
avait là une place d'armes des envahisseurs, nous n'avons 
nulle raison d'admettre qu'ils n'aient pas pu avoir des postes, 
des établissements temporaires ou durables dans toute la 
région environnante. Un de leurs géographes affirme (jue le 
pays occupé par eux autour do la montagne était « fertile, bien 
arrosé et long de deux journées ■' ». L'archéologie, pour ces 
postes hypothétiques, comme pour le castt'um principal lui- 
même, ne peut être encore d'un grand secours. Les ■■ murs 
sarrasins », « tours sarrasines » sont, ou plutôt ont été, 
comme aussi les noms de lieu où l'on croyait retrouver une 
trace de l'invasion ', un argument cher aux érudits locaux qui 
étudiaient la question ; mais ces dénominations qui, au moyen 
âge, désignaient comme l'on sait les monuments païens de 
l'antiquité classique, s'appliquent fort bien au xix'' siècle à 

ment un point de cette limite d'après la situation du Fraxinelum tcrri- 
toriiim que la situation du Maurus mons, d'après celle de la frontière. 

1. I^rTPRANU, Antapoilosis, 1. I, c. 2-3. 

2. I/jîd., 1. Y, c. y. 

;{. Wl'hlhari. 1. 2, dans Am\iu, Bihliolh. arahn-sicula, t. I, p. 7. 
Pour ridentification du « Gabal-al-Qualal », cf. ibid., n. 3. 11 ne faut 
pas d'ailleurs accorder trop de confiance à ces renseignements puis- 
qu'au rapport d'Amari, la carte jointe au texte arabe fait du Gabal-a!- 
Oualal une île. 

4. Passe encore pour les monts « des Maures », bien (jue le nom de 
Maitrus mons, qui se rencontre déjà dans Liutprand. n'ait peut-être pas 
été sans Influence. Mais on a été loin dans ce sens. Cf. Homan, Inva- 
sions sarrasines, dans le UulU't. de la Soc. d'Etudes des I/aules-Alpes, 
t. 1, p. 258. On a trop souvent suivi l'exemple de Bouche, qui jjréten- 
dait rattacher aux souvenirs de l'occupation sarrasine jusqu'au nom de 
-Maurienne, sans songer que ce nom remonte au moins à l'épotiue mé- 
rovingienne, ainsi que le remarque justement M. Hev (La nionlat/ne 
du Grand-Sainl-Beriiard sous la doiniiialion sarrasiiie. dans les Mèm. 
de la Société des Aiitiq. de France, t. .Wlll, p. 21). Cela n'empêche 
pas, du reste, ce dernier érudit de chercher dans les noms comme 
Port-Sarrasîn ou même Fresnay, la preuve d'un séjour fait au x'' siècle 
par les envahisseurs. Il en est de môme dans le mémoire de .M. \U:\v- 
i.iEi:, l)ii séjour des S/irrasius en Savoie (ihid., p. 2;i0 et suivj. 



256 CONDITIOiNS DR LA LUTTE CONTRE LES SARRASINS 

(les tours romanes*. Il est donc plus sur de rester à cet égard 
dans une prudente réserve jusqu'à ce que l'étude des « vestiges 
du x" siècle » ou prétendus tels ait été sérieusement faite. 

Nous connaissons également mal les conditions de cet éta- 
blissement. Si pour les Normands de la Loire et de la Seine 
nous pouvons nous faire une idée de la manière de combattre 
des païens et des raisons qui assurèrent leur victoire sur les 
sujets de Charles le Chauve, il n'en est pas de môme des Sar- 
rasins du Fra.nnetujn. Nous n'avons à cet égard que peu ou 
point de renseignements, et ceux que nous possédons sont bien 
vagues. 

Selon Liutprand ", les premiers succès des nuisulmans 
auraient été dus aux guerres civiles (jui agitaient alors la Pro- 
vence et dans lesquelles les deux partis auraient fait appel aux 
envahisseurs. Nous n'avons aucun moj-en de vérifier cette 
assertion : rien dans les textes ne semble faire allusion à des 
discordes intestines qui auraient, à une époque quelconque, 
troublé le royaume du tils de Boson^. Le renseignement fourni 
})ar Liutprand s'applique à une époque pour laquelle celui-ci 
n'était pas témoin oculaire et a recueilli trop souvent des tra- 
ditions sans valeur. Nous ne pouvons que nous borner à men- 
tionner ce texte sans avoir de raison suffisante pour l'admettre ou 
})our le rejeter. Le fait n'a d'ailleurs rien que de très possible. 

Les agresseurs semblent en outre avoir eu cette supériorité 
sur leurs adversaires que, la mer étant à eux, ils pouvaient 
tirer librement des renforts de leur pays d'origine, la pénin- 
sule hispanique. Pas plus, en effet, que leurs voisins, les 
Carolingiens français, les rois de Provence ne paraissent 
avoir eu de flotte de guerre; lorsqu'en 942 Hugues d'Arles, 
roi d'Italie, faisant un grand eflTort, so décida à attaquer le 
Frainet par terre et par mer, il dut, pour se procurer des 
vaisseaux, s'adresser au basileus d'Orient, Romain Lécapène'. 
Los Arabes d'Espagne au contraire avaient, dès le milieu du 



1. Roman, Mt'i/i. cit.. \). 257. 

2. Anlapodosis. 1. I, c. 4. 

.'{. A l'exception d'une piirasc des actes du concile de Valence qui 
ne parait, j)as avoir une signification plus étendue que celle de « mau- 
« vais chrétiens «'que l'on trouve dans les actes de iMantaille à une 
épocpie ou il est à peu près certain qu'il n'y avait pas eu de guei're 
civile. — DiiKMMLEit, Dr Arnu/fo, p. 57, a t'ait ce rapprochement, mais 
en a conclu à la réalité des dissensions mentionnées par Liutprand. 

4. Anlapodosis. I. \', c. 9. 



CONDITIONS DE LA LUTTE CONTRE LES SARRASINS 257 

ix" siècle, une véritable llolte que nous avons vu en 859 infliger 
plusieurs défaites aux pirates normands'. Sur terre, Ekkehard 
parle d'une grande aptitude des Sarrasins aux escarmouches 
dans les montagnes et, l)ien que certains de ses récits relatifs 
aux invasions soient suspects, ce détail peut être exact, les 
Sarrasins s'étant avancés jusqu'à Saint-Gall'. 

Il ne semble pas d'ailleurs que jusqu'au moment de la cap- 
tivité de saint Mayeul l'on se soit beaucoup occupé de résister 
aux Maures. Aucun texte narratif ne signale de bataille livrée 
contre eux, comme si les chrétiens, frappés de terreur, 
n'avaient pas eu le courage de se défendre''. L'on peut cons- 
tater par les chartes et par divers textes, à Vienne, à Avignon, 
à Arles, la présence de comtes provençaux et d'évêques ; il en 
est de même dans le nord de l'Italie, dans le marquisat 
d'Ivrée; mais si les choses semblent suivre leur cours normal 
dans ces deux pays, la région intermédiaire, celle de la fron- 
tière italo-provençale semble absolument abandonnée à la 
fureur des envahisseurs par ses habitants épouvantés^. Aucun 
texte non plus ne parait impliquer une véritable prise de pos- 
session par les Arabes d'une grande étendue de pays. Ils dévas- 
tèrent de vastes territoires, les rendant inhabitables aux 
chrétiens, mais ne se fixent nulle part de manière à rem- 
placer ceux-ci. Chartes et chroniques parlent des ravages 
exercés, du pays réduit en désert; aucun passage ne permet 



1. Cf. supra, p. 23, n. 4. 

2. CasusS. Gain, Mon. Germ.. SS..t. II, p. 137 : « Sarracenos (|Uorum 
« naturaest in montibus niultum valere.» KœPKEet DrE.viMLER, Ollodcr 
Gro'ise. p. 114, admettent le fait. Les Sarrasins à l'origine n'étaient pas 
bien nombreux même si l'on grossit quelque peu le nombre des premiers 
débarcjués. fixé à vingt par Liutprand. Mais ils se recrutent toujours par 
mer et reçoivent d'Espagne des renforts importants. Ils continuent à 
être en relations avec Abderrhaman. khalife de Cordoue, et lui payent 
tribut (Aiitapodosis. 1. I, c. 2). Ces relations étaient même assez notoires 
dans les pays chrétiens pour qu'en 956 Otton le Grand demandât au 
khalife l'évacuation du Frainet, sans succès bien entendu. 

3. Le seul Ekkehard (Ca.sv/.s- .S. Galli. /oc. c?7.). parle d'une bande 
isolée surjjrise durant son sommeil par l'abbé de Saint-Gall à la tète 
d'une troupe de paysans armés de haches et de faux. Une partie 
fut exterminée; le reste s'enfuit ou tomba entre les mains de l'abbé. 
Celui-ci ne put, du reste, conserver ses prisoimiers ([ui se laissèrent 
volontairement mourir de faim. 

4. LH;Tr'RAND, AnUip., 1. II, c 4: « Trepidare jam vicinae ceterae 
« gentes «, indique cette frayeur des chrétiens, malhourousementavcc 
des citations de l'Écriture au lieu de renseignements prét'is. 

PoupARiiiN. Roym/mc de Provence. 11 



258 CAnACTKI^K DR i;iNV.\SION 

de supposer une occupation durable par les infidèles des 
régions ainsi dévastées, en dehors du Fra.jinetum\ 

Les ravages semblent avoir été terribles, pires peut-être 
que ceux dont le nord de la France avait eu un peu plus tôt 
à souffrir de la part des Danois. Les rares textes qui nous 
sont parvenus sont unanimes à décrire « l'excès de ces misères 
dont le récit suffirait à former un volume" » ; à dépeindre « le 
pays transformé en solitude et des lieux jadis fertiles réduits 
à l'état de déserts'' », ce pays « où les Maures exterminent 
tout sans rien laisser' » dans leur « cruelle persécution' », 
que l'on affecte parfois, à la fin du x" siècle, de considérer 
comme le fouet de la colère divine''. Nous savons du reste que 
dès la fin du ix" siècle une messe spéciale était dite dans 
l'église d'Arles, « pour la persécution des païens' ». 

Ce qui est peut-être non moins significatif que les textes que 
nous possédons, c'est l'absence même de textes. La série des 
chartes s'interrompt dans les cartulaires de Saint-Victor de 
Marseille et de Saint-Honorat de Lérins. Les listes d'évèques 
de la province d'Embrun, de la portion orientale de la province 
d'Arles présentent toutes une interruption dans la série chro- 
nologique des prélats pour la période qui correspond ;ï celle 
des invasions. 

Cette invasion et les ravages exercés par les Sarrasins 
s'étendirent très loin au delà du FraxinetiDii territonum. La 
Chronique de la Novalaise** énumère assez vaguement comme 



1. A la lin du X'' siècle, une cliai'te du (jirliil. de Saint-Viclor. n» 77, 
parle de la terre du comté de Toulon qui, après rexpulsioii des Sarra- 
sins, commença « vestiri et a cultoribus coli ». 

2. EKKEiivno, Casus S.Galli. Mon. (rerm., SS., t. Il, p. i;J8. L'auteur 
appartenait cependant aune région (pii eut relativement peu à souffrir 
des invasions sarrasines et où celles-ci ne furent que temporaires. 

',i. Svius, Vita S. Maidli, c. 3. Aclà Sanct. BolL, mai. t. 11, p. (J68). 

4. LriTPHAM), Anlopoilosifi. 1. I, c. ',i. 

5. Charte du comte Hugues pour l'église de Saint- FMerre de \'ienne, 
Hisl. de Fr., t. IX, p. fi8'.». 

6. C'est l'idée exprimée dans le très long et très prétentieux préam- 
bule d'une charte de Pons, évèque de Marseille, en faveur du monas- 
tère de Saint-Victor dans cette ville {(larlul. de Saint-Victor, u" 15). 

7. KUe se trouve en tête d'un Sacramentaire d'.\rles, contemporain 
de Louis l'Aveugle, pour lequel il contient des prières, auj. Hibl. Nat. 
ms. latin 2812. Cf. L. Delisi.e, Méin. sur d'awiens snrrame/itaires. p. 
15I-ir)2. Louis ne porte dans ces prières ([ue le titre de roi, ce qui con- 
duirait à dater ce recueil des dix dernières années du ix« siècle. 

K. L. II, c. 2!!, p. r.,S et 1. V, c. 2o, }». 51». 



LES SARRASINS DANS LE COMTK !)[•: FIIÉJUS 2ii9 

dévastées par eux la Provence arlésienne, la Bourgojçne, la 
région de Cimiez et « toute la Gaule cisalpine », ainsi qu'une 
partie de Tltalie. Plus complète et plus intéressante serait 
l'énuuiération donnée par la Vie de saint Romule, mais il est 
bien difficile d'accorder quelque valeur à ce texte du xi^ siècle. 
Heureusement, quelques textes narratifs ou diplomatiques 
permettent de relever les traces du passage des Sarrasins 
sur un certain nombre de points mieux déterminés, tant du 
côté d'Arles et de Vienne que de celui des Alpes et de l'Italie. 

Ce fut sur le comté de Fréjus que durent tomber les pre- 
miers coups des Sarrasins sortis du Frainet et l'on possède 
des témoignages de dévastations pour la cité même de Fréjus ' 
pour le pays de la Cadière", pour le monastère de Saint- Jean 
d'Esparnon'', peut-être pour l'église de Saint-Zacharie\ Mais 
toutes ces mentions appartiennent à l'époque à laquelle les 
chrétiens étaient rentrés en possession du pays. Elles permet- 
tent de signaler la présence des envahisseurs, mais sans fournir 
de date ou d'indication de nature à permettre la détermi- 
nation de celle-ci. 

A l'ouest du comté de Fréjus les Sarrasins arrivent égale- 
ment dans le premier quart du x" siècle. A une date indéter- 
minée, un peu antérieure à 925, l'archievôque d'Aix^ Odalric, 



1. Charte de Tévêque Riculf de 975 ou 990 {Gall. Christ., t. I, 
instr. col., 82; cf. Papon, Hist. de Provence, t. II, p. 146). 

2. Charte de la fin du x« siècle. Cavlul. de Saint- Viclor, n" 77. — 
La Cadière, Var, arrondissement Toulon, canton Beaus.set. 

3. Cartul. de Saint-Victor, n° 269. Esparnon de Palières, Var, arron- 
dissement Brignolles, canton Bayols. 

4. Cartul. de Saint-Victor, n" 101. Saint-Zacharie, Var, arrondisse- 
ment Brignolles, canton Saint-Maximin. Nous avons déjà parlé de la 
destruction de Lérins. 

5. On a beaucoup discuté pour savoir si cet Oda/ricns Aqiœn.^is 
mentionné par Flodoard était bien archevêque d'Aix et s'il ne fallait 
pas plutôt y voir un évèque de Dax en Gascogne. Cette dernière opi- 
nion, soutenue par Pa(;i. Critique à Baroniu.f, a. 929, n. m, adoptée par 
Dom Bouquet, par Dom Vaissète, ne s'appuie que sur le fait d'une expé- 
dition des Sarrasins au Nord des Pyrénées, qui, d'après un fragment de 
charte, aurait eu lieu sub era DCCCCLVIII. c'est-à-dire en 920 (ce qui 
pour les dates concorderait assez bien) et se serait avancée jusqu'à Tou- 
louse, c'est-à-dire du côté de la chaîne opposé à celui de Dax. Mais ii n'est 
pas certain que cette expédition se soit portée du côté de la Cascogne 
et ait pu forcer certains évoques de ce dernier pays à abandonner jeur 
siège. D'autre part, la souscription d'un évè(iue Odalric au bas d'une 
charte arlésienne (Aliunès, Gallia Christ, novis.. p. 42, n. 3) semble 
bien en faveur de l'opinion qui voit dans l'Odalric de Reims un évèque 
d'Aix en Provence. Les détails donnés jjar BoT-ciir;, llist. de Provence. 



260 LES SARRASINS DANS LK PAYS D'AULES ET DE MARSEILLE 

avait été chassé de son siège par la crainte qu'inspiraient 
les envahisseurs. Il fut alors obligé de chercher un refuge 
dans le nord de la Gaule, où il remplit à Reims les fonc- 
tions de métropolitain pendant la « minorité » do l'arche- 
vêque Hugues, un enfant de cinq ans, fils du célèbre comte 
Herbert de Vermandois '. Il faut sans doute rapprocher de ces 
incursions celles qui, vers la même époque, dévastèrent les 
biens appartenant à la mense canoniale de l'église de Mar- 
seille et forcèrent même les chanoines à abandonner leur 
résidence". Ils reçurent de Tarchevêque d'Arles, Manassès, 
comme compensation à ces maux et comme lieu de refuge 
l'abbaye de Saint-Gervais-de-Fos dans la Camargue ^ On 
peut en conclure qu'à l'époque de cette donation, c'est-à-dire 
en 923, les pays situés à l'ouest du diocèse de Marseille 
n'étaient point encore habituellement dévastés par les bandes 
sarrasines. Celles-ci, un peu plus tard, probablement dans le 
second quart du x" siècle^ paraissent être entrées à Marseille 
et y avoir détruit le célèbre monastère de Saint-Victor, que 
l'évêque Honorât devait plus tard relever de ses ruines'. A 
une date voisine de celle-ci elles infestaient tellement le pays 
d'Avignon, où se trouvaient les domaines de Foucher de Valen- 



t. I, p. 706, et d'après lui par Reinaud, op. cit., p. 166, sur l'invasion 
des Sarrasins à Aix et les cruautés commises par eux dans cette ville 
sont empruntés au texte apocryphe connu sous le nom de légende de 
saint Badilon. 

1. FLonoAUi), llisl. Hem. EccL. 1. IV, c. 22, Mon. Germ.. SS.. t. XIII, 
p. 579. Cf. Lh'I'ERT. Kiinig Rudolf, p. 65. 

2. Charte de Manassé d'Arles du II) juin 923, darlid. de Sainl- \ irlor. 
n° 1. 

3. Fos ou Foz, Bouches-du-Rliône, arr. Aix, cant. Istres, à l'ouest de 
l'étang de Berre. 

4. En 923, ce sont seulement les « courses continuelles » des Sarra- 
sins qui troublent la sécurité des chanoines. Les expressions dont se 
sertie rédacteur de l'acte ne permettent guère de ci'oire (jue la ville 
ait été dévastée au moment où il écrivait. D'autre part, l'évêciue do 
Marseille Honorât, qui rebâtit le monastère de Saint-Victor, est men- 
tionné depuis rannée 948. 

5. (iall. Christ., t. I, col. 6'i;!. Le fait de la destruction admis .sans 
liésitation ])ar les auteui-s du (idllia. et naturellement par RKiwn). 
Invasions des Sarr(/sins. p, 166. n'est cependant pas absolument à 
l'abri de toute contestation. 11 semble bien sup])o.sé par h; terme de 
rc/iedi/icare qu'emploie l'une des chartes du Carlnl. de Sninl-Virtor 
(n" 100), mais les auti'es termes de cette charte peuvent s'appliquer à 
la ruine au sens tiguré, à l'anéantissement des ressources du monastère 
])ar suite de la dévastation de ses domaines, aussi bien qu'à une des- 
truction ell'ective. 



LES SARRASINS DANS LE VALENTINOIS ET 1-E VIENNOIS 201 

sole, père de saint Mayeul, que ce dernier, à la mort de ses 
parents, dut abandonner son pays natal et se réfugier dans 
des régions moins troublées, à Màcon et à Lyon \ 

En ce qui concerne le Dauphiné, selon un texte postérieur, 
au moment où Tévèque Rémégaire monta sur le siège de 
Valence, les incursions des Sarrasins dans ce diocèse avaient 
forcé la population à chercher un abri dans la ville épiscopale 
où les réfugiés campaient autour do l'église ^ Un peu plus 
tard des ravages sont mentionnés dans le Viennois, ou du 
moins dans une partie des domaines de l'église de ^''ienne■^ 
Mais ni les diplômes de Louis l'Aveugle, ni les chartes des 
cartulaires de Vienne ou de Saint-Barnard de Romans ne per- 
mettent de croire que le séjour des Sarrasins dans le pays ait 
été de quelque durée. Il ne semble même pas que les razzias 
des païens y aient eu la fréquence et l'importance de celles qui 
avaient lieu dans la région des Alpes à peu près à la même 
époque". Est-ce même de Sarrasins qu'il s'agit dans les textes 
que nous venons de citer? Les Miracles de saint Apollinaire 

1. Sviu's, Viln S. Mnioli, c. 6; M.-\I5ILL(ix, Acld Sancl. Ben , p. 788. 
On peut peut être donner une date approximative. Mayeul dut naître 
vers 910 ou 912. Or, selon son biograplie, ilciuittason pays natal « de- 
cursa pueritia, cum jam sibi vindicaret adulescentia ». Cela mettrait 
le fait entre les années 925 et 930 à peu près. 

2. Miracula Sanrti Apollinnn's, éd. Chevalier, p. 38. Mais quelle 
date convient-il de donner à ce fait? Les Miracula donnent la date de 
DCCCCXl. Cependant, Rémégaire souscrit la charte de rétablissement 
du monastère de Saint-Barnard de Romans, auquel est préposé l'abbé 
David {CarUil. de Sainl-Ba'rnard, n" oO bix). Or, cette charte, émanant 
d'Ale.xandre. archevêque de Vienne, est nécessairement postérieure 
à la date du 30 avril 907, date de la mort de Rainfroi, prédécesseur 
d'Alexandre. Elle est d'autre part antérieure à une charte du Car- 
tul. de Saint-Barnard (n" 68) où David paraît comme étant déjà 
en fonctions et qui est du mois de novembre 908 (et non 909 comme 
le dit à tort Giraud — la VIll'" année de Louis l'Aveugle se termine au 
mois de février 909). Donc il faut admettre que l'élection de Rémégaire 
est de 907-908 au moins et peut-être faut-il lire DCCCCN'l au lieu de 
DCCCCXl. . 

3. Charte sans date, mais antérieure à 926, de Hugues d'Arles, pour 
le monastère de Saint-Pierre de \'ienne(//<.sV. de Fr.. IX, 689); charte de 
Sobon, arcbevèque de Vienne, du 28 septembre 938 (Cartid. de Saint- 
André, n" 23*). — CwARVET {Mèm. pour rZ/ixt. de l'abhai/e de Saint- 
A)idr('--le-IIaul. pub. par Allert, p. 42) mentionne une destruction du 
monastère de Saint-André-le-llaut à Vienne en 938, mais sans dire à 
quel texte il emprunte le fait et la date. 

4. Kn 912, ce même Rémégaire revendiijue contre le comte Hugues 
une terre de son église, sans que dans la notice du i)laid il soit ques- 
tion de Sarrasins (Cr//VM/. de (Ircnuble, A. .XXIV) non plus (|ue dans 
les cliartcs assez nombreuses que nous possédons pour Vieimc. 



262 LES SAHHASINS DANS LE VIENNOIS ET DANS LES ALPES 

parlent expressément àWgareni et il est bien douteux qu'il 
puisse s'agir de Normands \ Quant aux dévastations dans le 
Viennois, il est possible qu'on doive les attribuer aux Hongrois 
qui, poursuivis par l'armée chrétienne, traversèrent le pays en 
921, bien que ceux-ci, d'après le texte de Flodoard, semblent 
plutôt avoir joué en cette circonstance le rôle de fugitifs que 
celui de pillards". 

Les déprédations des Sarrasins dans les Alpes, d'autre part, 
semblent avoir commencé de bonne heure. Un de leurs premiers 
exploits, au début du x° siècle, sans doute peu avant l'année 
906 ^ fut la destruction de l'abbaye de la Novalaise près de 



1. GiUAUi) (Essai histor. sur Sdinl-Darnard , t. I, p. 12) qui ne con- 
naissait pas le texte des Mir. S. Apollinaris, a nié les incursions des 
Sarrasins dans le Bas-ltauphiné. Il semble que le monastère de Homans, 
en effet, n'ait pas été détruit par eux. Mais en présence de certains 
détails précis, concordant avec ce que nous savons par ailleurs pour 
Hugues d'Arles, il est difticilo de refuser une valeur aux Mir. S. Apol- 
linaris. Or, 1° ceux-ci parlent (VAt/areni, nom qui s'applique propre- 
ment aux Sarrasins ; 2'^ il est peu vraisemblable que des iNormands 
soient venus par le Nord en traversant la marche de Richard le Jus- 
ticier, sans qu'aucun texte en fasse mention. Aucun texte, d'autre part, 
arabe ou chétien, ne signale au début du x" siècle la présence des 
Normands dans la Méditerranée, tandis que nous savons que le littoral 
était infesté de Sarrasins. Il y a des chances pour que ce soit à ces 
derniers que l'on doive attribuer le ravage du Valentinois. 

2. Cf. supra, p. 215-216 et la note précédente. En ce quiconcerne la 
charte du comte Hugues, on ne peut songer qu'à l'invasion de 92i. I']n 
ce qui concerne celle de Sobon, on peut supposer un passage des Hon- 
grois en 935 ou en 937. En 937, l'invasion venait par le Rhin et s'arrêta 
en Bourgogne. (I.auer, Louis 1\\ p. 'i2). Pour celle de 935, elle peut 
s'être étendue sur le Viennois lorsque les Hongrois passèrent de la 
Bourgogne en Italie (cf. Flodoahd, Annales, a. 935), mais nous n'en 
savons absolument rien. Les textes sont trop vagues pour ])ermettrc do 
})réciser. 

Charte de 924 : « Praecipue tamen in Viennensium partibus non 
« tanlum saevissima Paganorum persecutione (piantum etiam perfido- 
« rum Christianorum inciuissimo cupiditatis instinctu. » 

Charte de 938 : « Ecclesiam in jjago \'iennensi, in villa l'omis que 
(c fuit ex antiquo lionoriHce fundata sed ad presens ol) inl'cstatione pa- 
ie ganorum ad nihilum redacta. » 

Si dans le premier de ces actes, écrit en s1yh> assez al;imbi(|ué. 
il ne fallait pas faire la part des formules, il s'agirait plutôt d'une « per- 
secutio » ayant un caractère durable, habituel, i'^lle devrait donc être 
attribuée aux Sarrasins plutôt qu'aux Ilongi'ois. 

3. Cette date de 906 a eu une grande fortune en histoire, probable- 
ment parce que c'est une des rares dates qu(î 1 "on jiossêde pour l'his- 
toire du Sud-Est (le la France au x'' siècle. On y a volontiers lattaché 
tous les textes non datés dans lesquels il était (luestion de Sarrasins : 
la naissance de saint Mayeul. l;i desiruction de INmIoiu; racontée dans le 
fragment du i)seudo-Berardenco {Mon. llisl. Pair.. SS., t. III, c. 6-7). 



DKSTRICTIO.N DE LA NOVALMSK 263 

Suse. Celle-ci avait été évacuée par les moines qui, avec leur 
abbé Donnivert', se réfiii,nèrent à Turin dans le monastère de 
Saint-André-hors-les-Murs, auprès de i'évèque Guillaume. 
Ils emportaient avec eux leur trésor et leur bibliothèque, 
celle-ci très considérable, 6,000 volumes s'il faut en croire à ce 
sujet le chroniqueur, do plus d'un siècle postérieur". Deux 
moines seulement étaient restés à la frarde du monastère. Les 
païens les tirent jjérir sous les coups, pillèrent ce (jne les reli- 
gieux n'avaient pu emporter et finirent par mettre le l'eu aux 
bâtiments '. 



Mais il faut remarquer qu'elle ne représente ni une date importante dans 
l'histoire des invasions, ni mrme celle de la destruction de la Nova- 
laise. C'est celle seulement de la translation des reliques de saint Second 
parl'évêtiue (ïiiillaume pendant le séjourdes moines à Turin, audébut 
de ce séjour. On a d'autre partcontostécettedate, songé à la remplacer 
par celle de 916, même de 926 (Betmmann, Intro/L, p. r ; incidenmient, 
Cu'oi.LA, Di Audace Vescovo di Asti. Mise, di Sln)\ liai., t. XXN'IIi, 
p. lo3 et suiv. F. Savio, Gli Anlichi Vi'scovi, p. 326). 

En réalité, il ne nous semble pas qu'il y ait lieu de la modifier, car 
si l'on ne peut s'appuyer pour la soutenir sur le fragment de Pedone, 
on ne peut davantage la combattre en rapprochant les événements des 
rava'j;es des Sarrasins dans TEmbrunois. par une identification sans 
aucun fondement (cf. inf'ra, p. 265-266). M. CipoUa, dans sa récente 
publication des MoniniiPiiln S'ovalicicnsia (p. 9'i), la conserve. 

Ees dates extrêmes sont celles de 880. époque à laquelle les moines 
sont encore à Novalaise avec leur abbé Ambluif (l/r*;?. \oval.. u" x.wu) 
et du 28 février 929, date à laquelle les moines sont à Turin et reçoi- 
vent divers domaines du marquis Adalbert (/6., n" xwvi). 

D'autre part, bien que la chronologie (si l'on peut pour un pareil 
texte parler de chronologie) du Chron. Novaliriense soit plus que dé- 
fectueuse, on peut remarquer que selon l'auteur, il paraît s'être écoulé 
un intervalle de temps assez considérable qu'il exagère même, entre 
le moment où les moines arrivèrent à Turin et celui où ils reçurent 
du marcjuis Adalbert le domaine de Brème (Chroii. Novaliriense. I. IV, 
c. 30 et 1. V, c. 5). Or. cette donation de Brème est antérieure au 
2'i juillet 929, date à laquelle le roi Hugues la confirme (l/o;«. Noval., 
u" wxvu). Il faut donc éviter de rapprocher de cette date de 929 l'ar- 
rivée des moines à Turin. 

1. La chronologie de ces abbés est incertaine et ne peut fournir 
d'élément pour préciser, cf. Cii'olla, Mon. Naval., p. 439. 

2. Quelques-uns de ces volumes ont été retrouvés et décrits ])ar 
Cipolla. Ses recherches à ce sujet ont été indiquées par lui. Mon. 
Noval., p. XIX et résumées, ihid., p. 425-432. 

o. Chron. Noval., 1. V, c. 26, p. 59. La Chronique semble diie que 
la destruction fut complète, ce qui est peu probable, pour tous les 
édifices. La Chronique, en racontant le retour, ne parle pas d'une 
reconstruction complète, mais seulement de celle de l'abside de Saint- 
André. Cf. ('UM)M,\, Anlichi Inventari... dclla Novatrsa, dans les Mciii. 
dclla II. Accad. di Torino. Il-- série, t. XLIV, p. 281. A une épo(|ue ti'ès 
j)ostêrieur9, en 1065. une charte de Cunibert, évèque de Turin, eu 
faveur de l'abbaye d'Oulx, rappelle les ravages (les Sarrasins dans la 



26i LES SARRASINS DANS LES ALPES 

A partir de 920 environ, il semble que les bandes sarrasines 
aient infesté les Alpes d'une manière en quelque sorte perma- 
nente. Sans doute il ne paraît pas y avoir eu là non plus, d'éta- 
blissement à proprement parler, mais la région des Alpes de- 
vient un pays sur lequel vivent les Sarrasins, pillant ce qu'ils 
peuvent, et rançonnant les voyageurs. Les textes se suivent à 
intervalles assez rapprocliés pour permettre d'affirmer que cette 
situation avait un caractère de continuité. A la fin de 920 ou au 
commencement de 921 des pèlerins anglais se rendant à Rome 
périssent dans les défilés des Alpes, écrasés par les pierres 
que les Maures font pleuvoir sur eux'. A la fin de 923 d'autres 
de leurs compatriotes sont égorgés dans les mêmes parages ^ 
sans doute en se rendant à Rome pour les fêtes de la NoëP. 
Il en est de même, sans doute à une époque voisine, de pèle- 
rins rhénans se rendant à Rome ou en revenant''. En 929, 
d'autres « romieux », devant la menace d'un sort pareil, doivent 
rebrousser chemin et renoncer à franchir les Alpes ^ Quelque 
temps auparavant le corps de saint Marins ou saint Mary, 
devant la crainte qu'inspiraient les envahisseurs, avait dû être 
transporté du monastère de Valbodon dans le château de For- 
calquier''. Le pays d'Embrun fut dévasté', à une date assez 



v.allée de Suse {Vlciensis ecdesiae Charlarium, éd. R. Kivautella et 
F. Berta, Turin, 1753, in-fol., p. 26, a" xxiv). 

1. Fi.dDoARD, Annales, a. 921,.'l/o/i. Germ.. SS.. t. III. p. 369. Il note 
le fait comme l'un Ae<, premiers événements de l'aimée, antérieur à 
la mort de Richard le Justicier (!'■■' mars), mais le fait que les autres 
mentions de ce genre pour les pèlerins allant à Rome permet de suj)- 
poser ((ue Flodoard a noté le fait à la date à laquelle il l'a appris. 

2. Yu)V>l■).\m^, A)inah's. a. 923, ibid., p. 373. 

3. Sur la grande quantité de pèlerins anglais se rendant à cotte 
époque en Italie, cf. Due. m m le a. Ollo dcr (irossr, p. 113. 

'i. Ncrrol. S. Maximini Trcver., au jour des kalendes mars, cité ])ar 
DiEM.MLER, il)., p. 114, n. 1. Sur la présence des Sarrasins dans les 
Alpes, cf. Raoul (iLAHEU, Ilisloircs. 1. I, c. 8-9. 

5. Flodoaiu), Annales, a. 929, iliid., p. 378. 

6. Livre vei'l de Sisleron, dans Aliîanès, Gnll. Clirisl.. I, 682, n. 2. 

7. La dévastation de l'Embrunois parait attestée tant par les chartes 
d'Agaune citées par le Gall. Clirisl., t. 111, col. 1067 que par la bulle du 
pape Victor II du 7 juillet 1059 en faveur de Viminien, archevêque d'Fm- 
briin (.Iakfé. n'^ 1369. Gall. Christ., t. III, instr., col. 177): « Animad- 
(( vertiuius Ebredunensum ecclesiam primo (piidem incursione et per- 
« vasione Saracenorum, secundo autem receptione et ])ossessione 
« transfugarum... » qui concorde à peu près avec ce que nous jjouvoiis 
savoir de saint Libéral (cf. note suivante), ("e qui est moins sùi-. c'est le 
récit même de la prise de l;i ville jiar les Sarrasins rtdu massacre de l'ar- 
clicvécpie saint lîcnoit.réiiété ])ar bcaucouj) d'bistoi'iens d'Kmbrun (les 



LES SARRASINS DES ALPES EN ITALIE 265 

indéterminée, sans doute antérieure à 936, et l'archevêque 
saint Libéral dût s'enfuir avec les reliques de saint Marcellin 
jusque dans son pays natal, en Limousin'. 

Les invasions, dans ce pays, ne s'arrêtent pas du reste aux 
Alpes. Sans parler des Sarrasins qui, sortis des ports d'Es- 
pagne ou d'Afrique, ou même du Frainet pouvaient pirater le 
long des côtes italiennes ^ des bandes formées parmi ceux qui 
s'étaient établis en Provence pénétrèrent dans l'Italie du 
nord. La terreur qui s'empara des habitants à l'approche des 
païens facilita les progrès de ceux-ci. Ils dévastèrent plusieurs 
villes sur leur passage et arrivèrent jusqu'à Acqui sur la Bor- 
mida qu'ils détruisirent^ D'après le texte de Liutprand, 
cette invasion ne paraît pas avoir été la seule. C'est sans doute 
pour échapper aux j)aïens que le corps de saint Dalmace fut, à 
une date inconnue, transporté de Pedone à Quargnento par 



pkis modernes sont indiqués par l'abbé Guillaume. Eecherches histori- 
ques, p. 114). Mais des expressions de la lettre de Victor II, on ne peut 
guère tirer plus que le fait de la dévastation de rEmbrunuis. Le récit de 
la mort de Benoit donne lieu à des difficultés cln-onologiques déjà rele- 
vées par Hauréau (GalL Christ., t. XVI, 620), car onle placeen 906 ou 
916, tout en associant au nom de Benoit celui d'Odilard de Maurienne, 
encore mentionné en 926 (Labbe, Conc, IX, 582). En réalité, l'histoire 
de la prise d'Embrun ne paraît remonter qu'à A. d'EIbène (HAruÉ.M', 
ibiil. et Roman, dans Bulletin delà Société des Ilavles- Alpes, t. I, p. 262); 
il semble avoir voulu interpréter la bulle de \'ictor II, en y ajoutant 
quel(iues circonstances; quant à la date, elle paraît avoir été déterminée 
en rapprochant ces événements de ceux que raconte la Chroii. de la 
Novalaisi' (cL Gall. Christ., t. III, col. 1067) et, en somme, le massacre 
des habitants d'Embrun par les Sarrasins reste très douteux. 

1. Gcitl. Christ., t. III, col. 1067. Le fait n'est directement attesté (jue 
par des « martyrologes aquitains», cités par le Gallia Christ, ai par un 
texte très postérieur, celui de Bernard Gui, De Sanrtis qui dioec. Le- 
riwvic. orn(nil,n" \\n (dans Labbe, Bibl. Nova Mss.. t. l,p. 632). «S.Libe- 
ralis confessor in eadem villa Brivensi in propria ecclesia veneratur... « 
Mais ces témoignages .sont d'accord avec le fait de la translation des 
reli(jues de saint l^larceIlin, attestée par la charte de fondation du mo- 
nastère de Chanteuges par le prêtre Cunebert en 9o6, charte qui 
mentionne la présence du corps « sanctissimi Aebredunensis episcopi 
Marcellini » (Mabillon, Aiiu. Bened., t. III. p. 65.5). 

2. Vers 935, Gènes fut dévastée par les Maures (Liirpis \Nn, Aiila})u- 
do.'iis 1. IV, c. 5). Des ravages exercés par les Sarrasins venus d'Espagne 
surles côtes de Ligurie et sur la portion du littoral situé sur leur pas- 
sage sont mentionnés par la Glose des Gcsta Brroif/arii, 1. II, v. 101. En 
919. le monastère de Farfa fut détruit par eux (// rcaesto di Farfa, 1. 111, 
p. 44). 'Al'Islahri, c. 3, dans A.mari, Bibl. arabo-sicula, t. 1, p. 9, 
parle même de combats livrés sur mer entre musulmans et chrétiens. 

3. Luti'Rand, Antapodosis. II, 'i3 et IV. 4. D'après la place occupée 
le texte par le récif de ces événements, il faudrait ])lacer ceux-ci en 
935-6 — Les San-asins furent défaits à leur l'ctour. 



266 LES SARRASINS DANS LES ALPES 

Tévèque d'Asti, Audax'. Un peu plus tard un évèque do cette 
même ville, Bruning, prend des précautions pour que le guet 
soit fait en prévision d'une attaque des païens ^ et Asti est 
assez loin de la mer pour qu'il soit bien vraisemblable que les 
Sarrasins dont on redoutait ainsi l'arrivée appartinssent aux 
hordes qui continuaient à cette époque à ravager les Alpes. 
Si en effet l'expédition dirigée contre le Frainet en 931 
et à laquelle prit part la flotte grecque, paraît avoir eu quel- 
que succès et rendit même peut-être un peu de tranquil- 
lité aux défilés des Alpes, les Sarrasins de cette région 
n'étaient pas exterminés, quoi qu'en dise Flodoard. C'est 
peut-être à eux qu'il faut attribuer le meurtre de l'arche- 
vêque de Tours, Robert, tué dans les Alpes à son retour 
d'Italie ^ Deux ans plus tard ils profitaient de l'absence de 
Hugues, occupé en Italie à disputer Rome au patrice Albéric, 
pour réoccuper les passages des Alpes et ravager les pays 
circonvoisins*. En 936, quelques-unes de leurs bandes pénè- 
trent jusqu'en Alémannie; en revenant à leurs quartiers des 
Alpes elles rencontrent des pèlerins qui sont encore une fois 
exterminés ^ L'année 939 est marquée par des massacres ana- 
logues". Les Sarrasins occupent le pays correspondant à la 
Suisse actuelle et quelques-uns d'entre eux se dirigent vers 
Saint-Gall, où leurs flèches viennent troubler la procession 
faite par les moines autour de la ville '. L'abbé dirigea du reste 
contre eux une tentative de résistance à la tête de paysans 
armés et obtint quelques avantages. Ce ne fut pas cependant 

1. Cf. CiPoLLA, IH Audace vescovo di Asli, dans Miscelhnien di 
slorîa ilaUana, t. XKVIf, p. Ii3. Le fait est atte.sté par une mention 
(lu niartyrolofi-e de Saint-Dalmace, de rédaction moderne, mais dont 
le fond paraît ancien et par une inscription (pub. i/nd.). Le frag- 
ment dit Chronique de Pedone est suspect et ne doit pas être utilisé 
(/6/ri., p. 149) et il ne faut admettre qu'avec réserve les renseigne- 
ments fournis par les érudit.s qui ont écrit sur l'histoire d'Asti (cf. Caui.o 
Vassalo, Sulld falzificalionc délia, storia Asliijùma. dans Arrhivio 
ston'co ilaliano, sér. IV, t. XVIII, p. 7.")). 

2. Mon. Hist. Pair. Chnvlne, t. 1, n" l.w.wi. 

3. Flohoaiu), Annales, a. 931, Mon. Germ., SS.,i. IH, p. 379, qui ne 
désigne les meurtriers de Robert et de sa suite que comme des « bri- 
gands ». 

4. Flouiiaiu), Annales, n. 933, ihitl.. p. .'!(S1. 

5. FijiniiAiii), Annfth's, a. 936, ihid.. p. 383. 

6. l-'i.iindAl'.n. Aniitth's. a. 9;)9, ihid.. p. 38<). 

7. l'AKKiiAiini, (ji.^ns S. (ialli. Mon. (îoin., SS.. t. 11, ]). 137. Li^s 
cliarlcs de Saint (lall, pid)liées par Waii'I.mann, (Irlinn'lrnltiich dcr Alilri 
St. (Jallni. Zurich. 1863 GO, in-V', ne cunticnnenl l'ien sur les invasions. 



LES SARRASINS DANS LES ALPES 267 

leur soûle incursion dans ces régions, car en 940 Otlon 1" 
accordait à Waldo, évèque de Coiro, les revenus de deux 
églises voisines pour l'indemniser des « déprédations conti- 
nuelles » fuites par les Sarrasins dans son diocèse'. D'autres 
bandes en cette môme année 940 occupaient la vallée du 
Rhône'- et brûlaient le cf'dèbre monastère de Saint-Maurice 
d'Agaune^ que saint Ulrich de Dillingen, évêque d'Augsbourg, 
trouva en ruines lorsqu'il s'y rendit quelque temps après pour 
y chercher les reliques à lui promises par le roi de Bourgogne, 
Conrad le Pacitique\ En 942, Hugues d'Arles battit une seconde 
fois les païens et les bloqua dans leur repaire du Frainet". 
Mais le traité qu'il conclut avec eux les remit en possession des 
passages des Alpes qu'ils s'engageaient à défendre, au profit 
du roi d'Italie, contre toute tentative faite par le compétiteur 
de celui-ci, Bérenger d'Ivrée, pour appeler à son aide des 
auxiliaires germaniques*^. La conséquence de cette politique fut 
naturellement le renouvellement des brigandages. Au prin- 
temps de 951, les Maures n'arrêtent pas les Hongrois d'Italie, 
qui franchissent de nouveau les Alpes et parviennent jusqu'en 
Aquitaine. Mais en revanche on les voit la même année ran- 
çonner les voyageurs qui traversent les montagnes'. C'est là 



1. Ml mu. Codex diplomaticus Cur-Rœliens. t. I, Coire, 18'i8, in-8", 
p. 66, II" 44, et la mention est répétée dans le diplôme contirmatif en 
faveur de l'évêque llartbert. Ib., n" 52. Cf. Kœi'KE et DrEMMLEU, Ollo 
dev Grosse, p. 1 14. 

2. Flodoaru, .In»., a. 940. Mon. Germ., SS., t. 111, p. :}88. 

3. Gnll. C/irisL, t. XII, col. 793. 

4. Vila Sancii Udalrici (AclaSanct. Ord.S.Ben., saec.V,p.n, p.4'i3). 
Cette vie intéressante fut écrite par le prêtre Gérard sous l'épiscopat 
d'Henri, successeur d'Ulrich. C'est donc un document à })ou pi'èscontoHi- 
porain et qui mérite confiance (Cf. Wvss, (leschicltlc dey IJis/oriographir 
in der Schu^ei:, p. 46). — In pou plus tard, Rodolphe, abbé de Saint- 
Maurice, s'adressa au roi Louis IV d'Outremer, pour obtenir de lui des 
secours (Gnll. Christ., toc. cil.) 

5. Nous reparlerons plus bas de cette expédition. 

6. Lrri'PRAND, Anlap., 1. V, c. 17. 

7. Fludovrd, Annales, a. 951, p. 401. — Ekkehmu) de Saint-CiAi.i. 
(Casus S. Gfdli, Mon. Germ., SS., t. 11, p. 137) rapporte, au sujet des 
Sarrasins et des Hongrois, une histoire extraordinaire d'après laipielle 
Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne-Provence, aurait réussi à faire 
s'entre-détruire leurs deux armées, en promettant à chacun des deux 
pcujjles son alliance contre l'autre, pour en tin de compte toud)or sur 
les débris des deux troupes pa'icnnes et les exterminer, he peu qui en 
resta aurait été vendu comme esclaves par le vaincpieur sur les mar- 
chés de la ville d'Arles. Ce récit a passé da-ts iJEiNvri» {fiivas. des Sar- 
rasins, p. 183), dans DrssiEi'X {Jnvus. des JIon;/ruis. p. 56-57), dans le 



268 LES SARRASINS DANS LES ALPES 

un système que Flodoard signale un peu comme une nouveauté'; 
et les Sarrasins le conservèrent sans doute jusqu'à la fin 
de leur séjour, car en 983 on les voit agir de la même manière 
vis-à-vis de saint Mayeul ; peut-être à la suite de leur défaite 
par Hugues ils avaient été réduits à la situation de simples 
bandes de pillards, peut-être aussi que l'état du pays, trans- 
formé par leurs longues déprédations en désert ne leur per- 
mettait-il plus de vivre uniquement de pillages". 

De tous ces faits on peut, semble-t-il, tirer la conclusion 
que les bandes sarrasines se trouvaient établies presque à 
demeure dans les Alpes et que depuis le Frainet, leur centre 
d'action principal, elles dévastaient presque continuellement 
la « Gaule cisalpine », le pays à l'ouest des Alpes. Elles occu- 
paient en outre les défilés de celles-ci, c'est-à-dire surtout les 
passages du grand Saint-Bernard, route la plus habituelle, au 
début du x" siècle pour les pèlerins se rendant en Italie^ et 
le récit de la captivité de saint Mayeul les montre détroussant 
les voyageurs, à leur retour, dans la vallée de la Dranse\ 

On a beaucoup discuté sur la nature de ce séjour, surtout 
en ce qui concerne Grenoble. Dans cette ville, dit le préandjule 
d'une charte célèbre de saint Hugues, « l'évêque Isarn, après 
la destruction des païens, lorsqu'il rétablit l'église de Grenoble, 



Callia Christ. {I'Haiheai; (t. .\VI, col. 228); c'est ;i lui sans doulc que 
M. Beatlieu {Du srjour des Surrnxina en Savoie, dans les Méiii. de Ui 
Sor. des A)ili(j. de France, t. XVIII, p. 210 et suiv.) emprunte la men- 
tion d'une bataille qu'il suppose avoir été livrée aux Sarrasins par le 
roi Conrad dans les environs des Bauges. 

Mais ce récit est invraisemblable par lui-même. Il a un caractère 
légendaire, et même épique par certains détails tels que les discours 
de Conrad. Plusieurs points sonl en contradiction avec les faits connus. 
C'est ainsi que l'expulsion des Sarrasins n'eut pas lieu à la suite d'une 
bataille livrée par eux aux Hongrois, mais à la suite d'une expédition 
entreprise en 983 par le manjuis de Provence. II ne semble donc ])as 
qu'il y ait lieu d'utiliser le récit fantaisiste d'Ekkehard. 

1. 1-"L()1)(i.MU), loe. cit. 

2. Dans les dernières années du récit de l'Ioiloard, on ne rencontre 
plus de ces récits de pèlerins massacrés au passage des Alpes, si tVé- 
qucnts dans les années 920 à 940. 

3. K(EPKE et DrEMMEEU, Otto der Crosse, j). 11:!. 

4. RAdiL Glaijku, llist., 1. I, c. 9, éd. Pikh, ]>. 12; Svius. \ila S. 
Maioli (Maiuli.on, Acta. Snnrl.ord. S. lien., s. \', }>. 80U). D'après le 
l'esté du récit, le saint et ses com])agnons venaient de franchii' le col, 
ils devaient donc se trouver' dans la vallée d(> la Dranse ^'alaisane et 
non dans celle du Drac, comme on Ta dit à tort (.\bbé P. CiMLLArME, 
/iecherch/'s sur les Hautes- Alpes, p. I2(i). 



CVHACTKIIK DKS INVASIONS 209 

trouva fort peu d'habitants dans tout le diocèse' ». L'exagéra- 
tion de certains érudils qui voulaient adujcttre une occupation 
permanente d'une partie du Dauphiné, depuis l'invasion du viii" 
siècle jusqu'à l'invasion définitive des Sarrasins du x% a été 
de nature à provoquer un mouvement en sens contraire-. Quel- 
ques historiens en sont arrivés presque à nier la présence des 
Sarrasins dans les Alpes ^ En réalité l'on rencontrfMl'uno part 



1. La charte XVI du 2'= Cartulairc de Saint-H ligues, (jui a été robjet 
de vives polémiques (analysées dans Bellet, Etude criti'/uc sti)- Ica 
invasions des Sarrasins à Grenohle et en iJanphiné, p. 1 à IG). Sur la 
charte elle-même, cf. Bva.let, Réponse aux objections... contre la charte 
XM. Paris, Picard, 1889, iii-8". Le terme d'authenticité est du reste 
impropre, bien qu"on l'ait fait souvent intervenir dans la discussion. 
La charte émane bien de celui dont elle prétend émaner, c'est-à-dire 
de saint Hugues. La question, peut-être insoluble, est de savoir si 
saint Hugues a été. oui ou non, de bonne foi et bien informéence qui 
concerne l'existence ou l'absence d'un pouvoir comtal à Grenoble, au 
temps des évéques Isarn, Humbei't et Malien. Ce ne sont que les polémi- 
(]ues au sujet des comtes (pii ont fini par faire mettre en doute la réalité 
(le l'invasion des Sarrasins en Graisivaudan. accessoirement mentionnée 
dans l'acte. — On a d'ailleurs souvent joint à ce problème celui du séjour 
de l'évoque de Grenoble à Saint-Donat, où les invasions l'auraient con- 
traint à chercher un asile en abandonnant sa ville épiscopale. Mais si 
les chartes du Cartulaire de Grenoble présentent dans leur suite chro- 
nologique des interruptions assez considérables pour que le fait soit 
possible, contrairement à l'opinion de Bei.let (Mém. cit., p. 45), le fait 
même de l'exil à Saint-Donat n'est attesté que par une inscription en 
vers latins. Or, de cette inscription. M. A. de Teuuebasse a péremp- 
toirement prouvé la fausseté, en retrouvant le manuscrit de l'auteur 
peu scrupuleux qui l'avait fabriquée au xvn'' siècle, manuscrit sur 
lequel se voient encore les traces du travail de composition (Examen 
critique de l'Inscription de Sai)d-Donat. \'ienne-Paris, 1860, in-8). 

2. L'historique des travaux composés à ce sujet durant les trois pre- 
miers quarts du xix"^ siècle a été fait par M. Bellet, dans la première 
des deux brochures citées à la note précédente, ce (jui nous dispense 
de le refaire ici. 

3. Quant au préambule lui-même, nous ne prétendons pas (lu'il 
faille l'accepter avec toutes les conséquences que l'on a parfois voulu 
en tirer, notamment que l'évèque Isarn fut le libérateur de l'église de 
Grenoble, à la suite d'une sorte de croisade entreprise par lui (Temhe- 
I3ASSE, I]ist. des Dauphins de Viennois, p. 80-87; Ginglns, Bosonides. 
p. 227). En outre, la deslructio paganorum ne doit pas être entendue 
dans un sens général, puisque l'expulsion générale et délinitive n'eut 
lieu qu'en 983. Il ne peut être question (jue d'une expulsion des Sar- 
rasins de Grenoble ou du Graisivaudan, laquelle aurait eu lieu, selon 
saint Hugues, au temps d'isarn, c'est-à-dire environ de 950 à 976. Le 
témoignage de saint Hugues peut être considéré comme prouvant que 
l'on croyait au xii« siècle que les Sarrasins avaient dévasté le pays 
antérieurement à l'épiscopat d'isarn (cf. Cartul. de (!ren<dile, p. 48, 52). 
(■'est un témoignage à peu près de même ordre cpie le serait celui 
d'un chroniqueur contemporain de saint Hugues. Le fait même des 



270 GARACTKRE DES INVASIONS 

(les textes prouvant que les envahisseurs païens ravageaient 
sans interruption la région du Dauphiné et des Hautes-Alpes, 
et d'autre part des documents attestant que les rois de Pro- 
vence-Bourgogne et leurs sujets chrétiens ne cessèrent guère 
de disposer de domaines au milieu des territoires où s'exer- 
çaient les brigandages des Sarrasins \ Mais ce que nous igno- 
rons complètement, c'est la valeur effective que pouvait avoir 
par exemple une donation de terres sises dans le pays ravagé. 
C'est ainsi qu'en 965 Conrad le Pacifique donna à l'abbaye de 
Montmajour d'Arles les prieurés de Monétier-AUemant'^ et 
d'Antonaves'^ dans le voisinage de Gap''; — que l'abbaye de 
Cluny, à une époque un peu antérieure, avait reru en don des 
terres situées sur le plateau de la Matésine entre la Bonne 
et la Roisonne". Aucun de ces actes ne suffit à prouver 
que le pays de Gap ou la Matésine n'aient pas été infestés à 
cette même époque par des bandes plus ou moins nombreuses 
d'envahisseurs sarrasins ^ En d'autres termes, dans les polé- 
miques auxquelles a donné lieu la question, l'on a eu trop 
souvent une tendance à confondre ces deux choses: établis- 
sement et fixation dans un pays d'envahisseurs avec dépos- 
session des habitants, — et occupation d'une région par des 
bandes errantes, vivant sur le pays de pillages et de brigan- 
dages. Il semble bien que ce soit cette dernière situation qui 
ait été celle de la partie orientale du royaume de Provence 
au moment des invasions sarrasines. 

Les textes postérieurs d'ailleurs sont d'accord avec les textes 
contemporains que nous avons relevés, pour attester l'impres- 



invasions dans le pagus de Grenoble, en laissant de côté la question 
(lu rôle d'Isarn et môme celle de la date, est vraisemblable, puisque 
des invasions sont mentionnées par des textes du x'' siècle comme 
ayant lieu dans le Viennois et dans les Alpes. — On a voulu supposer 
aussi (Gall . C/wisl., t. XVI. col. 227) qu'lsarn pouvait avoii-, au lieu de 
Sarrasins, expulsé des Hongrois. C'est remplacer une affirmation vrai- 
semblable de saint Hugues ou de son notaire par une pure conjecture 
d'érudit moderne. 

1. RoMVN, Les invasions sarrasines, dans le Bullrl. de la Soc d'El. 
des 11 ailles- Alpes, t. I, p. 266. 

2. Hautes-.Mpes, arr. Gap, cant. Laragne. 
:i. Hautes-Alpes, arr. Gap. cant. Ribiers. 

4. Roman, Tahleau historique des Haules-Alpos. \t. 2. 

5. Chartes de Clnni/. t. I, p. 561. 

6. Ce qu'admettent, au contraire, ceux qui ont protesté contre cer- 
taines idées exagérées émises au sujet de l'invasion sarrasine. Roman, 
lac. rit. et Beli.et, Etude sur les invasions en Dauphiné, p. Vi. 



IMPRESSION l'RonriTK 271 

sion produite par ces ravages et la persistance de celle-ci. Telles 
sont les vies de saint Komule et de saint Bobon, qui peuvent 
avoir cet intérêt en quelque sorte traditionnel, si elles n'ont point 
de valeur historique. 11 en est de nirnie d'une inscription gén(î- 
voisedudébutduxi'siècleattribuanl aux Sarrasins l'incendiedu 
bourg Saint-Pierre, non loin de Genève' ei, dans nne certaine 
mesure, de divers actes faux". C'est par le souvenir de l'in- 
vasion sarrasine que divers évêques ont, à une époque posté- 
rieure, prétendu justifier leurs prétentions à la possession de 
rautorité civile dans les anciennes circonscriptions comtales 
correspondant à leurs diocèses. Saint Hugues, évêque de 
Grenoble, l'avait déjà fait au xii'' siècle. Dans des temps plus 
modernes, l'archevêque d'Embrun^ et l'évêque de Gap* pour 
lesquels nous n'avons à ce sujet que des textes du xv^ siècle, 
voulaient appuyer leur autorité sur une prétendue donation 
faite par le comte à l'évêque après l'expulsion des païens du 
territoire occupé par ceux-ci. 

Nous avons une fois ou deux fait allusion à des tentatives 
faites pour expulser les Sarrasins de le\u' forteresse du Frai- 
net, tentatives que l'on ne parait pas avoir poussées avec 
beaucoup de vigueur. La cause de cette inaction (ïoit sans doute 
être cherchée dans la situation politique du sud-ouest de la 
Gaule. Jusqu'en 928 le roi de Provence, Louis l'Aveugle, vit à 
Vienne, sans que son infirmité puisse lui permettre de songer 
à se mettre à la tête d'une expédition contrôles pirates. Quant 
à son représentant, le marquis Hugues, il est bien plus occupé 
des affaires d'Halie que des événements dont les comtés de 
Fréjus et de Toulon sont le théâtre. Lorsqu'il eut, en 933, 
cédé ses droits au roi de Haute-Bourgogne, celui-ci était éga- 
lement occupé ailleurs et trop éloigné pour interveiïir effica- 
cement. 

C'est cependant à Hugues de Vienne que se rapportent les 
deux seules tentatives dont les chroniqueurs du x" siècle aient 



1. Ftegestc Genevois, n° 160. 

2. Nous citerons comme exemple une cliarte d'Apt refaite au \i« 
siècle, d'après un acte authenticiue moins intéressant du début du x'^ et 
d'après la tradition de prisonniers chrétiens emmenés en Espagne. 
(liEMERvn.LE, Ilist. ms. d'Apt, p. 5'i, et GuossEV, Mrin. hislor. ms. de 
la ville d'Api, iv iv). 

3. Mention dans le bréviaire de Gap li99 (Romvn, Tablcan hislor. 
dc'i II unies- Alpca, p. 2). 

'i. HoMAN, ibid. 



2'72 KXPKDITIONS CONTI'.K LE FRAINET 

conservé le souvenir, soit qu'il agit en raison des droits étendus 
qu'il conservait même après la cession par lui faite à Rodolphe 
II, soit qu'il agit comme souverain de l'Italie sur la frontière 
de laquelle le Frainet était situé et que les Sarrasins ne déso- 
laient pas moins que la Provence. 

En 931, une première expédition, faite par un corps d'armée 
grec qui débarqua au Frainet, rendit queh^ue tranquillité à la 
région des Alpes'. 

En 941 , une seconde tentative plus sérieuse fut dirigée contre 
le Frainet. Dès la fin de l'année 940 ou le début de la suivante", 
Hugues envoyait des députés au basileus de Constantinople, 
Romain Lécapène, pour obtenir de lui son alliance contre les 
Sarrasins. L'empereur en effet pouvait fournir ce qui manquait 
aux. Occidentaux, c'est-à-dire une Hotte de guerre capable 
d'empêcher l'ennemi de recevoir d'Espagne des vivres et des 
renforts. Romain accueillit favorablement la proposition d'une 
alliance contre l'adversaire commun, à la condition que Hugues 
accorderait la main de l'une de ses tilles au neveu de l'empe- 
reur, Constantin, fils de Léon le Philosophe. 

Hugues ayant promis d'envoyer àConstantinoplesa tîlleBer- 
the (il avait eu celle-ci de l'une de ses nombreuses concubi- 
nes^), la flotte grecque se dirigea vers la Provence. Elle était 
déjà partie au mois de juin 941'\ mais ce n'est que dans le 
courant de l'été 942' qu'eut lieu l'attaque combinée contre le 



1. Flodoard, Annales, a. 9M,Mon. Germ., SS., t. III, p. 379. Il ne 
mentionne que la présence des Grecs sans dire si ceux-ci étaient appelés 
ou soutenus par les Provençaux. 

2. LuTPiiAND, Aulapodosîs.. 1. V, c. 9. Ces premières négociations se 
datent approximativement si l'on considère le temps nécessaire })()ur 
que 1" Romain renvoie sa réponse en posant ses conditions {Aidapodo- 
sis., 1. V, c. 14 ; 2" pour que Hu.uues renvoie une nouvelle ambassade 
dont faisait partie le père de Liutprand. qui était à Constantinople en 
juin (ihùl.). 

3. LiT'Ti'UAM), AnUipodosis., 1. \\ c. 20; Consta.ntin Poiu'iivno- 
oÉNicTE, De Admin. imperii, c. 26, p. 118. La princesse changea plus tard 
son nom en celui d'Eudokia. 

4. Ibid., 1. V, c. 15. Homain avait déjà fait partir sa flotte, au moment 
où il fut obligé de résister aux Russes avec (pielques vieux navires 
restés dans ses arsenaux, et battit leur chef Igor. Or, cette défaite 
d'Igor eut lieu le 11 juin 941 (Muiult, Clironoçiraphie hi/zfinline, t. I. 
p. 512-513). La lutte durait encore en septembre, mais nous ignorons 
l'influence (ju'elle put avoir sur les mouvements de la flotte grcc(|ue. 

5. Fl(ii)()\ui), Annales, a. 942, Mon. Cerm., SS., t. III, p. 389. Or. il 
parle de ces fait.s avant le récit de l'entrevue entre Louis IV et ses grands 
ijui eut lieu au mois de se})tembre. 



[942] KXPKItlTInNS CONTIIK I.K KliAINKT -273 

Fraxint'lKiii . PiMidant (jue l'escadre byzantine brûlait avec, le 
l'eu grégeuis les navires sarrasins, Hugues pénétrait dans la 
région montagneuse où les envahisseurs s'étaient retranchés 
et blo(iuait ceux-ci sur \o, Maunis nions:. Les chrétiens auraient 
eu t'aciienient raison do leurs adversaires si les intérêts parti- 
culiers de Hugues ne lui avaient i)uint inspiré de recourir à une 
nouvelle tactique, colle il'utilisor les Sarrasins contre son com- 
pétiteur Bérengerd'Ivrée. Celui-ci, réfugié en Alémannie depuis 
deuK ans environ, s'occupait alors à y recruter une armée. 
Hugues traita donc avec les païens et les laissa quitter le 
Mduriis nions, à la condition de réoccuper les passes des 
Alpes pour empêcher toute descente de Bérenger en Italie'. 
La conséquence de cette situation fut le renouvellement des 
pillages. Le pays devait encore souffrir quarante années de 
leurs dévastations, sans qu'aucun texte fasse connaître de 
nouvelles tentatives faites contre eux. Ce n'est qu'en 98:^ que 
la capture de saint Mayeul par les Sarrasins devenait le signal 
d'un effort général contre eux et, pendant ({ue Guillaume, fils 
de Boson d'Arles, battait dans les Alpes un de leurs corps, son 
frère Roubaud, aidé d'Ardouin, marquis de Turin, les chassait 
définitivement du Frainet". 



1. Aiilapodosis., l.V, c. 16 17. 

2. Manteyeh, La marche dp Provence, loc. cit., p. 5(J. 



PoL'PAsrMN. Royaume de l'rtivenre. 



CONCLUSION 



On a pu voir, par les pages qui précèdent et dans lesquelles 
les discussions ou les hypothèses ont dû trop souvent rempla- 
cer le récit des événements, combien nous sommes pauvres 
en renseignements sur le royaume de Charles de Provence, de 
Boson et de Louis l'Aveugle. C'est à peine s'il est possible de 
résumer, en terminant, les conditions dans lesquelles il est né 
et il a vécu, et les côtés par lesquels son histoire se rattache 
à l'histoire générale des royaumes carolingiens du ix" siècle 
et du x°. 

Il ne semble pas, tout d'abord, que l'on puisse considérer la 
naissance du royaume de Provence comme un fait naturel et 
en quelque sorte nécessaire, résultat de l'histoire antérieure 
et de la géographie politique de la région dans laquelle il s'est 
formé. Il ne correspond pas à une unité territoriale déjà exis- 
tante au IX'' siècle, ayant ce que l'on pourrait appeler un passé, 
comme le royaume de Bretagne, comme celui d'Aquitaine, 
comme celui de Lorraine, l'ancienne Austrasie, comme celui 
même de Haute-Bourgogne qui n'est en somme que le vieux 
duché de Transjurano grossi de quelques annexes. On trouve 
bien, dès l'époque mérovingienne et sous les premiers Carolin- 
giens, une Provence organisée en duché. Mais si cette Provence 
stricto sf'7isff peut être considéi'ée comme une unité géogra- 
phique, elle n'a pas constitué à elle seule tout le royaume 
auquel nous appliquons son nom. C'est au hasard des partages 
entre les tils de Louis le Pieux que celui-ci a dû sa naissance. 
Lorsque Lothaire I"'', en effet, dut diviser entre ses trois fils 
la longue bande de territoires que lui avait attribuée le ti'aifé 
de Verdun, pour que la part de son plus jeune tils lut à [)eu 
près comparable en étendue à celle des deux aines, l'emperinir 
fut contraint de réunir <à l'ancien duché de Provence celui de 



CON'CLUSION 27r. 

Lyon que rien jusque-là no rattachait à l'ensemble des pays 
gouvernés par le comte d'Arles. C'est à cet acle de deriii(''re 
vol(>nl(' de l'eniperem- Lotliairc» (|u"il i'aul faire; remonter Vnv'i- 
gine du royaume de Provence. 

Celui-ci, une fois créé, a duré, avec quelques interruptions il 
est vrai, pendant soixante-treize ans, grâce à une série de cir- 
constances dont quel([ues-unes seulement se rattachent aux 
causes générales du démembrement de l'empire carolingien. 
Parmi celles-ci nne des premières paraît avoir été la constitu- 
tion d'une aristocratie provençale. Les comtes, évidemment 
Austrasiensen majorité, établis dans le pays, avaient déjà une 
première fois, sous Fulcrad, montré leur esprit d'insoumission. 
Ils ont continué à faire preuve des mêmes sentiments en soute- 
nant l'un d'entre eux, l'alsacien Girard, pour vivre indépen- 
dants sous l'autorité peu effective de l'épi leptique Charles. Sans 
doute aucun des oncles ou des frères de celui-ci n'hésiterait 
à priver le jeune roi de sa part d'héritage, mais chacun se 
heurte aux convoitises de ses voisins et à la résistance des 
C(nntes provençaux, ou du moins d'une partie d'entre eux. 
C'est à cet ensemble de circonstances que le nouveau royaunnî 
doit d'avoir pu subsister de 855 à 8G3, sous un souverain aussi 
peu capable de le défendre que l'était Charles de Provence. 

Ce dernier mort sans enfant, son héritage devait revenir à 
ses frères et pendant quelques années, en effet, le duché de 
Lyon se trouva réuni au royaume de Lorraine, celui de Pro- 
vence aux états du souverain italien. Mais quand à leur tour les 
rois de Lorraine et d'Italie meurent sans laisser de postérité 
mâle et légitime, c'est Charles le Chauve qui se trouve en un 
de compte recueillir morceau par morceau l'héritage de son 
neveu. Les duchés ainsi annexés au royaume de France occi- 
dentale sont successivement confiés par Charles à son homme 
de confiance, le comte Boson. Ce dernier est un Lorrain, qui 
u'a pas plus d'attaches dans le pays que n'en avait eu son 
prédécesseur, le régent Girard. Le personnage d'ailleurs, 
autant qu'il est possible de juger les hommes du ix' siècle, 
paraît être un ambitieux avisé, qui e^t arrivé à réunir 
entre ses mains plusieurs charges importantes et qui a épousé 
une princesse de la famille impériale. Après la mort de Charles 
le Chauve et de Louis le Bègue, quand la souveraineté du pays, 
théori(iuonienL partagé entre un prince germanique et deux. 
petits bâtards, est indécise, Boson transforme son titre de 



276 CONr.LLSION 

duc ot comte en titre royal, et comme il est duc et comte des 
pays provenant de l'héritage de Charles de Provence, il se 
trouve ipso facto régner sur les anciens états de ce dernier, 
momentanément augmentés de quelques autres territoires. Sa 
royauté nouvelle est appuyée par les évoques qui ont besoin 
d'un souverain assez fort et assez rapproché d'eux pour défendre 
les domaines de leurs églises contre les convoitises des laïques 
et contre les païens. A coté des prélats sont dos comtes que 
nous ne connaissons pas, mais dont certainement une 
partie se compose des fils des anciens compagnons d'armes de 
Girard de Vienne, habitués depuis 843 à vivre sous une 
autre souveraineté que celle du roi de Neustrie et d'Aquitaine. 
Secondé par eux, Boson affirme l'existence du nouveau 
royaume par une lutte de huit années soutenue contre les 
efforts combinés dos rois francs. Cependant il semble avoir 
échoué dans son œuvre, car, à sa mort, ses États tombent entre 
les mains de l'empereur Charles le Gros. A la mort de celui- 
ci, quand survient la dislocation de son empire, tout ce qui a 
eu autrefois une unité se choisit un chef particulier, car chaque 
groupe a plus que jamais besoin d'un protecteur qui le défende 
contre les païens sarrasins ou normands. Les sentiments d'in- 
dépendance, de particularisme, commencent d'ailleurs à se 
faire jour et il est certain qu'en Provence, comme en Neustrie 
ou dans les deux Bourgognes, l'aristocratie veut à sa tête un 
chef pris dans son sein, qui soit son roi à elle'. La veuve de 
Boson réussit à faire couronner son fils dans la portion de 
l'ancien royaume paternel jadis soumise à Charles le Jeune. 
Chacun a trop à faire de son côté pour que l'empereur, d'ailleurs 
favorable au petit roi, ou Eudes de France, aient le loisir de 
songer à l'annexion du royaume de Provence. Celui-ci eût 
peut-être duré longtemps encore si un nouveau hasard n'avait 
entraîné ses maîtres dans une série de funestes aventures. 
Louis, fils d'usurpateur, mais Carolingien par sa mère, est 
appelé par les Italiens dégoûtés de leur souverain du moment. 
Même après qu'une catastrophe l'a mis hors d'état de rèv(M" 
jamais pour lui-mémo guerres et conquêtes. Ions les grands 
pi'ovencaux tourn(;nt leurs regards du côté d(^ l'Italie. Oi', le 



1. et". G. MoNoi), Rôle de rupposi/ion dc.'i racea et fies nalionnlili'.t 
dans In dissolnliondr /'/■^nifjirc rarnlinf/ien^dnus VAuimaire dcrh'cole 
des I/riul<'s-/-:tmh'x.\i<,\)rK \). I'i-15. 



t'.ONCLl SKi.N -27" 

maître de la Provence n'est plus le misérable emi)oreur qui 
végète à Vienne, c'est le comte de cette ville, le marquis do 
Provence, Hugues, un nouveau venu dans le payscommcï Boson, 
mais qui remplit de ses parents les charges lucratives, dans 
le royaume de Louis d'abord, puis, quand les circonstances le 
lui permettent, en Italie où ses alliés émigrent avec lui. Hugues 
tient tant à ses possessions au delà des Alpes transal- 
pines que pour y conserver une royauté assez précaire 
il abandonne la Provence à ses deux voisins, Raoul de France 
et Rodolphe 11 de Haute-Bourgogne. Ce dernier, souverain du 
royaume qui s'est créé dans le duché de Transjurane autour 
de Saint-Maurice d'Agaune. i)rincf' ambiti(Hix d'ailleurs et 
remuant, ne semble à première vue désigné par aucun titre 
pour recueillir l'héritage de Louis l'Aveugle. Des circonstances 
que nous ignorons le tirent triompher. A partir du traité de 
933 commence l'histoire du royaume d'Arles dont l'existence 
joua un si grand rôle dans la formation territoriale de la 
France au moyen âge, surtout après que les successeurs de 
Rodolphe II l'eurent à leur tour laissé passer aux souverains 
germaniques, et dont la France n'a recueilli qu'au xix'^ siècle 
les derniers fragments. 



APPENDICES 



APPENDICE I 

im:s >()Ms i;mi'Lo^ks poi it dkskinkh lk hovm mk dk iîosox 

(piiOVENCH, BOLlUiOCM- CIS- El' TllWSJLiaM') 

Au cours (lu jiréscul travail nous avons, nous conrormanl (raill(MM's 
sur ce point à lexemple de M. Longnon', désigné |)ar l'expression 
de royaume de Provence Tensemble des pays sur les(|uels régnè- 
rent successivement Charles, fils de Lothairc, Hoson et Louis 
l'Aveugle. Mais comme beaucoup d'historiens, îant au xvn'' siècle et 
auxvni*^-(iu"au xix' ■'. le (|ualifient de mijanniede Bourgof/ne nous ne 
croyons [)as hors (Je propos de consacrer {[uchpies pages à .justifier 
la terminologie (|ue nous avons adoptée. 

Il y a donc lieu d'examiner brièvement les diverses dénomina- 
tions (pii ont été ou auraient |)u être employées pour désigner le 
royaume dont nous venons d'étudier l'histoire, celles (|u'on trouve 
chez les contemporains, celles (|ui se rencontrent chez les historiens 
modernes, pour tenter de montrer (|ue la n(>tre est celle ([ue nous 
croyons à la fois la plus rationnelle et la plus conforme à l'usage 
du \* siècle. 

Nous ne parlerons pas du nom de royaume d'Arles, employé par 
quel(]ues historiens du xvn" siècle*, parce qu'il a un sens spécial, 



1. Atlas liùt.. texte, p. 7i, 81, 82. 

2. Les historiens de la Bourgogne, naturellement : I\\K\niN (Ann. 
fie Bnurçiogne. Lyon. 156(), in-fol.) ; A. Dr CHESNb; (Ilist. des roijs. durs 
pt comtes de Bourijo;/ne et dWrIes. Paris, 1619, in-4) ; I). Plvncheu 
(Ilist. générale et particulière de /iourgor/ne. Dijon. IT."!!). in-fol), con- 
sidèrent ces personnages comme des rois de IJourgogne, y compris 
Charles. Ceux de la Provence, au contraire, C de Notre-Dame, Bouche. 
Papon (I/ist. générale de Provence. Paris, 1777, 3 vol. in-V) disent 
« royaume de Provence ». (^uant à l'expression « royaume d'Arles » on la 
ren(5ontre aussi quehiuefois. notamment chez (VVAbène (De regno Bur- 
gundiae Transjuranae el Arelalis. Lyon, 1602, in-'i) et chez Bonis (La 
rogalle couronne des roys d\[rles. Avignon, 16'il, in-'i); Fantoni 
CASTiifcci, Ilisl. délia Cilla di Avinione, p. n, parle de la question 
comme étant discutée. 

3. Parmi les plus récents. Diemmleu, Oslfr. Reicli. 1. 111, Register. 
v" « Boso » et « Ludwig ». .\. Ghîv, Annuaire de V Ecole des Ûaules- 
Eludes, 1896, p. 55. 

'i. M. Beiînmu). Inceriilude de la chronologie au Mogcn âge (dans le 



2S-2 .. UOYACMI': I>K l'IlON KNCi: » Kl' ■• l'.DY.UMK DK IJOUUGOGNK " 

et s"a|)pliq.uc |)i()preiueiil aii\ paxs provciiaiil de riiéritage de 
Rodolphe le l^'ainéanl cl soumis aux empereurs i;ermaiiu|iies. C'est 
à eux aussi que eonvieiit seulement le nom de royaume d'Arles et 
de Vienne, eonsaeré i)ar le beau livre de M. P. Fournier'. Quant 
au terme de Gaule Cisulpine, (|ue Ton trouve empIo\ée pour 
désigner soit le royaume de Provence -, soitrétal formé de la réunion 
de celui-ei el de la Bourgogne ^ nous ne trouverions aucun avantage 
à I enter de ladopler. Il est le plus souvent une réminiscence de 
ranti(|uité elassicpu', une expression recherchée de (pielques écri- 
vains, et s'il ligure à la lin du ix*^ siècle dans un documeni oriieiel ', 
c'est, semble-t-il, avec un sens un peu vague. .Nous ne discuterons 
donc (|ue la (piestion (]ui se pose entre les deux e\i)ressions : 
rot//iiiine de Provence, et roijaiime Je lioiirtjofjne ou de Boar- 
(jixjnc cisjurnne. 



I 



Il est ceilaiii (pie imus ignorons eomplelemenl le litre (jue prenait 
lioson. Nous ne savons même s'il en prenait un, l'usage des sou- 
verains carolingiens n'étant pas, comnu^ Ton sait, de spéciti(>r dans 
leurs actes le nom du pa\ s sur leipiel ils régneid. l'n «liplonie lui 
donne, il est vi-ai, le litre, Iresohscur d'à il leurs, de « roi des Hurgondes 
et des Ausounes» ", mais cet acte est un [au \ du \i'' siècle. In di|)lônu' 
de Louis l'Aveugle est daté hiuio .serniu/o re</iuinle Liidovico re^e 
in Burgundin sen Provincia''. Il laissei'ail donc la (luestion dans le 
doute et de plus il est très vraisemhlahle (pie ces mots, cpii ne se 
rencontrent dans aucun autre diplôme de Louis, sont une addition 
due au scril)(> (pii, sous la direction de saint Hugues, compila au 
\i' siècle le carlulaire de l'église de (irenohie. Quant aux acies privés, 
(jui portent |);u'fois des désignations ethni(pies ou géogi'aphi(|ucs 



Ca/jiitel liisl., t. XII, p. o05) remarque avec raison (juc l'on ne trouve 
jamais, dans les documents du moyen Age l'expression /{ex Arelatriisis. 
employée pour désif^ner même Conrad le Pacilicpie ôii Uodolplie lit. 

1. Le t'oi/ain/ie d'Arles et de Vienne. Paris, 1890, in-8". Le nom de 
Hex VVcyme^sî'.s'estquehpiefois appliqué aux deux derniers Rodolpliiens, 
mais l'expression de « roi de Vienne» conviendrait aux Bosonides comme 
à eux. Cependant, elle n'est pas usitée et nous ne ci'oyons pas ipf il 
y ait lieu de chercher à la mettre en usage. 

2. Lettre irtlincaiar au comte Cirard ((.'f. supra, p. 26-27). 

:>. Four hoilolphe II. cf. Kloooauu, Ann., a. ');J7. Mon. (ierni., SS., 
t. m, ]). 385: jjour Conrad le Pacifique, ihid.. a. •)'»(>, p. 39.'{. 

'^. Les actes du concile de Valence (lîouiTiiîs-Kit \iisi-;, Capilidaire, 
t. Il, p. :!7(')). 

5. Ilhl. lie Fr.. t. IX, ]). ')72 ; cf. siiprn. ]). l'.lS. u" 2. 

ù. (Àirtid. (le Cn-Uidde. éd. .Mmuon. p. 72, 



.. R(»V.\L'MI': DK l'P.dVKNCI-; .. Kï ,. KdVAlMi; |)|; [IdllUJOCNM „ s-23 

accolées au nom des rois iSodolphieiis. ils ne piôsenlenl rien (Tana- 
logue pour Charles, pour Hoson ou pour son (ils. Les sources nar- 
ratives, au contraire, son! toutes à peu près d accord. lors(|u"elles 
mentionnent le fils de Lothaire 11, pour lui donner le litre de rcx 
Proi'inci.ic ', ou pour désigner par les expressions Provinci.i, Pro- 
rinciae rei/niim, les pays (|ui lui sont soinnis. Il en est ainsi nolani- 
ment de Prudence de Troyes *, d'Iliiu-niar '. d'André de Heri,^inie '^ 
(|ui pouvaient savoir quel était le titre en (pichpie sorle ofiiciel 
donné au jeune prince à la cour de son «»n(le Charles le Chauve, 
ou de son frère, l'empereur Louis 11. Ilincmar. d'autre piirl. en 
s'adressani aux évèques de Charles le.leune pour leur demander de 
faire respecter les biens de saint llémi siliiés dans le ro\aiMne de 
ce dernier, emploie pour le dési<iner les expressions de Provincia ', 
Prorincia Cisidpinn^, alors que nous savons par une autre lettre 
(|ue ces biens s'étendaient dans les comtés de Vienne et d'Aix''. Le 
litre de rex Barçjundiae est, il est vrai, donné à ce même prince 
par deux textes annalisli(|ues de la région du nord \ mais en somme 
on peut dire que chez les conlempoj-ains le titre de rcx Proviiuute 
appliqué à Charles est à peu prés const;ud. Il en est de juéme en 
général chez tous les ehi-oni<nieurs du moyen âge, chez Réginon'-', 
(|ui est presque un con[em[>orain, chez Hugues de Flavigny "', chez 
Ôtton de Freysingen*', chez Aubri de Trois-Fontaiues'- (pii emploie, 
d'après Otton de Freysingen, le t(M'me de Provincia, nuus aussi 
(luchiues lignes plus bas celui de Ihinjundiu, en rattrihucuit à Cui 



1. Il est d'ailleurs appelé Charles de Pntvoicr par ceux mêmes qui 
adoptent en général l'expression de Ii(>;/aumc il e Bon.rfjvfjne. 

2. Ann. Berlin., p. 45: « Karlus vero Provinciam optineret. » 

'S. Ann. Berlin., a. 863, p. 61 : « Karolus... rex l'rovinciae. . . mo- 
« ritur. » 

'i. André de Berg., IIi.'<t., c. 7 (Srripl. fier, fan;/., p. 226). Cf. 
Erciiempert, Hi.^l. Lanrj.. c. 19, ih., p. 2'iC 

5. Lettre à lioland d'Arles. PYoddakd, llial. Hem. EccL, \\\, c. 21 
{Mm. Gerni., S.S\, t. XIII, p. 514; Sciidiis, Be<j., n" 227). 

6. I^ettre à Rémi de Lyon, ihid., p. 5L5. 

7. Ibid., c. 18, p. 510; SCMORS, lieg., n" 352. 

8. Les Annales Lohienses et les Annales Leodienscs, du reste appa- 
rentées entre elles (Mon. (jcrm., SS., t. IV, p. 14) : « Karolus filius 
« Lotharii rex Burgundiae moritur. » 

0. Kéoinon, C/iron., p. 77. « Carolus rex qui Provinciam regebat. » 
On peut citer aussi un texte non daté provenant d'un ms. de S. W'an- 
drille : « Karolus qui Provinciam gubernabat. » (flisl. de Fr.. t. \il, 
p. 44). 

10. C/iron. Virdun., Mon. Gerni., SS., t. VIII, p. 354 : « et Carolo 
regnum Provinciae ». Sur ce point, il ne se borne pas à reproduire 
le texte de Ik'-ginon, sa source principale. 

11. Chronicon, éd. Wilmans (.I/o», demi, in us. Schul.), p. 251-252. 

12. Mon. Germ., SS., t. Xlll. p. 73'J, 



2Si « ROYAUME DE l'IloVENCE >> ET « HUVAUME DE liUEHGUGISE .. 

(le liazoclies. On trouve cependant chez ce dernier « Carolus... (jui 
« regnabal in Provincia' ». 

En ce ([ui concerne Boson et Louis lAveugle, on est moins bien 
l'enseigné, et il \ a peut-èlre plus d'indécision dans les expressions 
eni|)loyées par les chroniqueurs. Pour le premier des deux souve- 
rains, on peut cependant, du passage de Réginon^ relatif à la créa- 
tion du nouveau royaume, tirer cette conclusion (|ue le mol Pm- 
vincia désignait la partie des Étals de Boson (jue ce dernier possédail 
à titre de comte avant rassemblée de Mantaille et (jui passa après 
lui à Louis son fils. Ce serait en somme la Provence, au sens où 
nous avons employé ce mol ; liurgundia^ au contraire, ce sont les 
j);tfji éduens et la porlion de la province de Besançon momenta- 
nément rattachés au royaume de rusui-pateur. Cependant, au xii" 
siècle, Hugues de b'Iavigny désigne ce royainne par Texpression de 
rc(/iiiim Ihir(]nn(U;u' \ tandis qu'au \ni'' (iui de Hazoches '' et d'apirs 
lui Aubii de Trois-Fontaines " le font s'étendre sur la /iur(/u/K//a 
Irnns lihodunuin alque Provincia. Quant à Louis l'Aveugle, les 
Annales de Kulda'^ paraissent désigner par Provincia l'ensemble de 
ses états. Liutprand, il est vrai\ le considère comme étant « Pur- 
(/nndioniim sauffiiiiie », ce (|ui ne |)eut suffire à le faire (inalitier 
de roi de liourgogne. Le leslament de Berlhe, nièce de Hugues 
d'Arles, d'autre part, place Vn\]us in nu/no J^rarinciae; mais celte 
expression un peu vague même avec le mot rc<jniiin piMil s'appli- 
quer seuleineni a la partie méridionale des États de Louis \ 

Il sendile bien en effet (|ue dans la seconde moitié du i\'' siècle 
cl au début du x* le mot Provincia continue à avoir le double sens 
(pie nous avons relevé en nous occupant de déterminer la part assi- 
gnée au jeune Charles dans le partage de 855. 

A. — C'est le pays d'Aix et d'Arles, la « marche de Provence » ; 
Hugues est « Arelatensium seu Provincialium comes''* », comme 
(inatre-vingts ans |)lus {M l'avait été h'ulcrad. Louis l'Aveugle, en 
81)i'°, confirme à Isaac, évé(|ue de (irenoble, ses biens « in pago 



i. lîibl. liât. ms. lat. 'i998, fol. 57 r, col. 1. 

2. (^Iironi'/ur, a. 879, p. ll'i :«' A Provincia egreditur, totainquo 
« lUipgiindiam occupare nititur. » Nous devons cependant citer une 
(■hart<! lyonnaise qui qualifie Boson de « rex de Ikirgundia ». (Charles 
de Cliini), II" 24.) 

;}. Clîron. Virdnn., a. 879; 5.S',. t. Vlll, p. :55(;. 

1. Hibl. nat. nis. lat. 4998, fol. 57, col. 2. 

5. Mon. Gerni., SS., t. XIII, p. 741. 

6. Aini.. Fiild. cunliii. /{adshon., a. 888. p. IKi. 

7. Anlfipodosis, I. Il, c. 32. Le ternie de Bunjundio est appli(iué aux 
l'i'ovencaux arlésiens dans une intention insultante {Ihid., 1. lit, c. 45). 

8. Sur cet acte, cf. supra, p. 2:3:). 

9. Lu-ppiuM), Anlapodnsis, 1. III, c. K). 

H). l'.arlid. (le GrninhU, éd. Mauidn, p. 05. Nous considérons ce 



" royaumf; I)K provknck " r-rr ■• l'.dVAi mk hk liniuGocNE .. 28j 

« VuMinensi,vel Luiidiiiu'iisi al(|iie in l'rovinciii » i-t'sliciiriiaiil ainsi 
lo sons (le (*e dornier mol, (|ni no s'a|)|)ii(|uo pins qn'ii la parlio 
nioridionolo du royannio, auginonlôo dn (îraisivandan. C'est ainsi 
onooro(|no corlains aolos ' oonsidoronl conimo /hirf/iindi.t les^ \)n\<,, 
|)r()Vonanl dr riiorilaii(> (\c Charles de Provence el de Lolliairc II, 
(|ni passèrent sons lanlorile de Cliailes le Clian\c en \eilii dn Iraité 
<\o 870. 

B. — Lato .sensu le nn>l l'rovincia dcsii^no I ancienne l'roDiiivia 
Bnmunn, lo pays situé entre la mer, le {{liône, les Alpes et les IVon- 
lières du comté de Lyon-, cette dernière ville étant loujoins, a\ec 
son territoire, comptée au nombre des cités bourguignonnes, (juand 
bien même elle se trouvait rattachée à im royaume « dont la Pro- 
vence formait la moyenne partie^ ». Cependant do nombreux écri- 
vains, du \\^ au xi" siècle *, considèrent comme l'ontrant dans la 
Provence toute la partie des anciens états de Lothaire V^ située au 
sud de la portion d'héritage recueillie par Lothaire II, de ce (pii devint 
plus tard la Lotharingie, justitiant ainsi le nom par nous donne au 
rovaiuiie de Chai'les le Jeune et fie Louis rAveut!:le. 



II 

Le nom de Bourgogne, Burç/undia, s'emploie également au 
x*^ siècle pour désignei' ditîérentes circonscriptions territoriales, ou 
plus exactement des régions assez diverses. Il s'applique, au sens 
le plus large, à l'ensemble d'un certain nombre de paci formant, 



diplôme comme authentique, mais comme ayant peut-être subi au 
xi^ siècle quelques retouches lorsqu'il fut transcrit dans le Cartulaire, 
ainsi (lue nous l'exposerons dans notre éfude diplomatique. 

1. Assemblée à laquelle assistent les archevêques de Lyon et de 
Vienne, tenue à S. Laurent de Chalon et datée de « DCCCLXXIII. regni 
« domni Karoli III post morteni nepotis sui Lotharii in I3argundia » 
(Mwsi, t. XVII, p. 274). 

2. Nous avons déjà relevé le terme de Prorinda aj^pliqué aux pays 
dans lesquels se trouvait une partie du patrimoine (le saint ttémi et 
qui s'étend au pagus vimnensis (supra, p. 4 à 6). Une charte de Conrad 
le Pacifique {fiisl. de Fr.. t. IX. p. 700) y fait rentrer \opaf/us de C.ap. 
Les Ahh. Vedaslini (Mon. (ienn., .s'.s'., Il'l. p. 196) placent le .Mont-Cenis 
dans les Alpe.s Provintiae. Nous avons dit que les Ann. de Saint-Bertin 
mettent expressément Vienne en Provence. 

3. LoNGNoN, Atlas hist., p. 46 et 88. 

4. Adonis Continuât io I"", Mon. (îerm., SS., t. II, p. 2:)4 : Annalrs 
Metteuses, Hist. de Fr., t. VU, p. 185; Harh'lf, (Jhron. Cenlidense. 
éd. Lot, p. 103. En revanche, au milieu du xi« siècle, la compilation 
connue sous le nom de Chronicon S. Vcdasti semble placer Arles et 
Marseille en Ihiri/itudia. (Ed. DkuxISNE. à la suite des Ann. de S. Ber- 
lin el S. yaiisl [Soc. Hist. de i'r.]. p. :i9'i). 



2Sn ,. ROYArME DK PP.OVRNCR .. ET .• ROYAUME DE BOURHOGNE » 

(.'oiniiie la \euslrie ou rA([(iilaine, une flos « ])rovinces » de lem- 
pire IViinc ; rétenrhie de eelte Ihir(/undi;i a été déiermiiiée par 
M. f^ongiiou ' et nous n'avons pas à revenir ici sur cette <|ueslion. 
On trouve aussi ce mot employé dans un sens plus restreint pour 
désigner une portion de la Bom-gogne lalo aensu-. ÎNous ne nous 
occuperons que du lerme de JJuri/undia ou i-egniim Ihirgandiae, ser- 
vant à désigner le royaume fondé par Rodolphe P'" ou celui (jui se 
constitua sous Rodolphe II de runion de Fancien ro\annu' de Bour- 
gogne. jurane avec les états de Louis rAveugle '. 

Rodolphe !'■'■ est en efVet (|uali(ié de re.r de lUinjuiidia pai' ui; 
texie contemporain, celui du conlinualeur des Annales de l-'idda*. 
On Irouvc la même expression ou le terme é(|uivalen! de rc.v linr- 
(/iindionnm, appli<iuée à lui ou à ses successeurs par divers autres 
clironi(iueurs, noiannnent par Liutprand'', par le contintuileiu' de 
Uéginon^ par Adéinar de Chabaunes\ ])ar Thietmar de Merse- 
hourg**. llne charte du cartulaire de Savigny'' désigne Ccnu'ad le 
Pacifi(|ue par le liti-e de rc.r in Ihinjandin. CependanI une aulre 
épilhèle sajoule souvent, comme \un\v préciser, au mot Burcjundin, 
ou le roi rodol|)hien lecoit nne autre (pialification. Ces qualilica- 
lions sont extrêmement vai'iées. On trouve assez fréquennnent après 
l'union des deux royaumes: rex Alcmannorum seu Provinciac (ou 
Provincmriiui) '". Mais il est douteux qu'il faille prêter au rédacteur 
de telles formules la pensée de distinguer les deux royaumes de 
Provence et d'Alémannie, c'est-à-dire de Bourgogne jurane. On 



1. AlluK hislor., texte, p. 88, cf. p. 46. 

2. Par cxeiniile, la [Bourgogne Sénonaise et l-Àluenne soumise à 
Richard le Justicier; cf. Dux id' RnniuwUd, dans un diplnine de 885 
{llisl. de Fr., t. IX, p. 337). 

o. C'est en ce dernier sens que l'emploie par exemple Gkuijeut 
Letlrati, éd. Havkt. n" 138. — Au contraire, le Chron. brève S. Galli 
{llist. (le Fr., t. \'I1!, p. 101) désigne par Burgundia le royaume de 
Rodolphe l''"' en parhinlde l'expédition dirigée par Arnuif en 894 contre 
ce dernier. 

4. Ann. Fuld. ciuilin. Ualiap.. a. 89'i, p 12j. 

5. Aniapuilosis, 1. i\', c. 13. 

6. A l'année 937. 

7. Ckronique, 1. 111, c. 19 et 37, éd. Ciiav\no.\, p. 139 et IGO. 

8. Chronique, Mon. Germ., SS., t. III, p. 845 et 863. Cf. aussi Hucu'ks 
DE Flwiony. Cliron. Virdunense. SS., t. Vlll, p. 364 ; Ann. Quedlim- 
Iturcfcnsex, a. 98i, .S\S'., t. 111. p. 66 ; .\nn. Snnfjalfenses viaj.. a. 993. 
N.S'.', t, /, p. 81; Ann. Finsiedlenxe.^. a. lOhs', .S\S., t. 111, p. 144; 
Ann. Anf/ii.slam., a. 1032, .S\S'., t. 111, ]). 125, etc. 

9. Car lui. de Savif/nij, n" 91. 

10. Cariul. de Saint-Victor de .Uarseille, n" 29; Carlul. dWpt (13. nat. 
ms. lat. 17. 778), fol. 3 et 11. — Le titre de rex AJeniannornm est 
pai'fois employé seul (CnrUd. de la ealhèdrole de Nice, pub. par Cais 
de Pierlas. Turin, 1888, in-4", p. 10, 19. 20; — il s'agit dans ces actes 
de Rodolphe 111). 



" ROYAUMfc] DE PH(l\ KNCI-: - KT » IKlVUMK liK IKil'RC.OGNK ■• 287 

rencontre aussi les lilresdc rc.r \'ii-nin'nsis- dnns les ncles viennois ', 
re.v Jurensis^ et d'aulrcs |)liis rares comme re.r in (hillin\ re.r in 
(h-illiis'^, rex Chili i;irnm\ re.r (n'nnnnniniim''. Ajonlons endn (|ii(' 
parfois les sources nari'alives emploient, poin- (l('si«'iier le rosaumc 
(Je Bourgogne, la future comte, le terme de Ihinjnndiii siiperior' . 
Mais celui-ci ne sy applique du reste pas exclusivement"; il ré- 
pond à notre expression de liante liouriiogiic cl s"(»pp(»sr ;i l.i Ihir- 
(jandia inferior, le futur duclu''. 

De ces titres nombreux le plus iidéressanl poui- nous csl celui de 
rexJurensis^ — « roi du Jura » traduit M. liruel '", « roi de Bourgogne 
jurane », selon une expression souvent adoptée" ci qui sap|)li(pic 
avec assez de justesse à ce royaume (pii s'éleiid;iil sur une porlion 
de l'ancien territoire burgonde, sur les deux versants du Jura com- 
prenant le diocèse de Besniu;on et une partie de la Suisse actuelle. 
Mais par suite de l'exlension de la /inri/iin(li;t nu sens large du mot, 
par suite aussi de lannexion du royaume de Louis r.\ve\igl(^ à celui 



1. Cartiil. de Sainl-André-le-Bas, w^ 102, ll:{. IIG. 120, 121, 122. 

2. CarluL de Saint-Andn- le liax, ii'"^ 74 et 75 ; (llitirLes de Cluiu/, 
n"' 724 et 1210; Carlul.de Savù/ni/, n"« 38, 101, 104, 123, 125', 181, 
135, 167, 191, 203, 260; Fi.ono AHi), Atninle.f, an. 951. 

3. Chartes de C/uni/, n" 1494; Cariai, dr Savif/»!/. iP- 174. 261. 

4. CarluL de Snvigny, n""* 61, 146, 157. 

5. CarluL de Savigny, xv 152. 

6. RicilER. Hisl., 1. li, c. 53. 

7. Ann. Fuld. Conlin , a. 888. 

8. Flouoard, Cliron.. a. 967. Mon. (]i'rm.,SS., t. 111, p. 'lO'i : IIugcks 
OE Fleury (/6.. p. 317) rapplique à la Bourgogne de Richard le Justi- 
cier. 

9. .\i;iuîi ni: Trois-Fontainms. Chron., Mon. Germ.. SS., t. XXIII, 
p. 747; Citron. S. Benif/iii, éd. lioroAin, p. 115; IlrorES nE Flwignv. 
Citron. Vtrdiin., Mon. Germ., SS., t. VIII, p. 358 d'ap. le précédent. 

Ajoutons que Ton trouve inver.-iement les muts ri'ijituiiî Burgumliae 
employés pour désigner la Bourgogne en général, ("est ainsi que 
Foulques, archevêque de Reims, qualifie Paris de « caput et iiiti-oituni 
regnoruin Neustriae atque Burgundiae ». (Fi.oDoARn, llisl. liem. ErcL, 
1. I\y c. 5, Mon. Germ., SS., t. Xlll, ]). 563).. Fne formule de la Col- 
leclio Flaviniaccnsis (n" 43 ; Zi:r.\iEU, p. 481) place dans le regnum 
Burgundiae l'abbaye de Flavi^ny qui ne fit que très temporairement 
partie du royaume de Boson (mais c'est une erreur de dire comme 
/ei:.\ier, Inlrod., p. 470-471, qu'il n'en fit jamais partie, l'évèque d'Au- 
tun ayant reconnu Boson). Une charte de (^luny de 957 place .Màcju in 
pago Burgundia (u" 1040). Jean VIII dit Vezelay, in regno Burgun- 
diae (IIi.'>l. c/" /•'/•., t. IX, p. 176) et emploie la même expression en par- 
lant du monastère de Montiéramey « in territorio 'l'ricassino, in regno 
« Burgondionum » (Bulle du 16 septembre 878, publ. i)ar d'ARRnis oe 
Ji;5AlNViLLE, /iil)l. Ec. Cil., t. XV, 185'i, p. .281). 

10. Chronologie des rois de F rame et de Bourgogite. p. 81. 

11. .Notamment par Giugins, qui ordinairemant n'est pas hear*3ux 
dans le choix de ses termes, et par .M. Dafour, (jui a étudié le.i divers 
titi'os partes par les Rodolphicns. 



288 .. R()YA[:MK 1)K PI'.OVENCF .. ET ■• ROYAUME DE BOURGOGNE " 

<k' Uodolplie II, on s'est habiliK' h faire rentrer Thistoire du premier 
dans celle de la Bourgogne, à le désigner comme son voisin du 
nord sous le nom de royaume de Bourgogne. De là, pour les distin- 
guer, remploi chez les historiens modernes des expressions de 
Bourqo(/ne Iransjuninc et I^oiir(fO(fne cisjiirane. 

Le mot de Traiisiurane se rencontre à répocpie carolingienne. 
Adon ' remploie pour désigner une portion des territoires que l'em- 
pereur Louis II recueillit dans la succession de son frère Charles; 
lions avons considéré (pfil s'appliquait dans ce texte aux deux dio- 
cèses de Tarentaise et de Belley, mais ce vocable, on celni (VUlIra- 
Jureiifis^ est plus ancien ([n'Adou de Vienne. iNous savons qu'il 
s'a|)pli(|nait à la lin de l'époque mérovingienne, et encore au temps 
de Pépin le Bref, à nn \à<.{e pac/us, comprenant plusieurs comtés-, 
et placé sous l'autorité d'un duc ou d'un patrice ^ Les textes ne 
mentionnent expressément, comme en faisant partie, que \e p,i<fiis 
d'Avenche^, mais il est probable (|u"il en était de même de tous les 
pavs bvn-gondes soumis aux Francs au delà du Jura, des diocèses de 
Belley, de Genève et de Sion, ainsi que de ceux de Tarentaise et 
d'Aoste". A l'époque carolingienne, il semble bien quel'Ultrajurane 
ait continué à subsister comme unité politique et administrative et 
qu'il faille la recoiuiailre dans le ducnlus iiifer Jiirttm et inonicin 
Jovis (pie possédait Hubert l'abbé*^ et (|ui, ])assant ensnite an 



1. Ad(i\, Chron., Mon. Gcrm., SS., t. II, p. 222. 

2. FRÉoÉGAHiE, Chron., I. IV, c. 2'i(SS. BR. Meroio., t. II, p. 130); 
I. IV, c. 43 {ibid., p. 1^2), où il est question de plusieurs comtes du 
fuigiifi Ultrajoranus révoltés contre le duc lierpo. Ailleiirs {Fredegarii 
Contin., c. 35, i/nd.. p. 183), il n'est question que (ïun comte de l'Ul- 
trajurane. 

3. Fkedéc AFRE, lor. cit. Le titre de palricius est peut-être cepen- 
dant personnel à Protadius. 

4. Frédéuaihe, C/ii-on., 1. IV, c. 37, p. 138 et 1. IV, c. 41, p. 141. 

5. Du texte du Continualcur de Frrdegairi', c. 35, p. 181, il ressort 
que, du temps de Pépin du moins, la Viennoise n'était pas comprise 
dans V fJUrajnrensis Burijundia. — 11 est possible qu'Aoste ait continué 
à faire partie du duché de 'l'ransjurane jusqu'en 855, mais parait en 
avoir été détachée à cette date au plus tard (Piiiliimin, Le deuxième 
r.oyaunie de Bourgogne, p. 260). 

6. Cf. supra, p. 49 et 149. Nous ne sommes pas, du reste, fixés sur 
l'étendue de ce territoire dont le centre politique au temps d'Hubert était 
l'abbaye deSaint-Maurice d'Agauae.ll ])arait avoir compris, outre leValais 
dont Agaune faisait partie, le diocèse (le Lausanne, où se trouvait la ville 
d'Orbe, près de la(|uelle fut tué Hubert lorsque ('oiirad cherchait à 
l'cîxpulser « des honneurs qu'il déteiuiit injustement». INous ne voyons 
l)as qu'il se soit étendu sur le Bugey, pays ultrajuran, mais une partie 
du diocèse de Besançon, pays que sa situation ^-éo^rapliiciue ne permet 
pas de considérer comme trtin^jnrcnxis, par rapport au royaume franc, 
était sous la domination d'Hubcu't. Ce pouvait être à un autre titre 
(ju'à celui de pays faisant parties ^w (hicalii.'i. 



. ROYAUME DE PROVENCE ■. ET ■. ROYAUME DE BOURGOGNE • 289 

comte Conrad, fut lo centre et le premier noyau du royaume des 
Rodoli)liieiis. 

Mais en dehors du texte dAdori, l'expression Iransjurensis, si elle 
existe, est rai-e à l'époque carolingienne, et il ne semble pas notam- 
ment (|u'aucun contemporain l'emploie pour désigner la Bourgogne 
de Rodolphe I"'. C'est donc surtout une expression usitée par les 
modernes et adoptée par eux pour faire pendant à l'expression de 
Bourgogne « cisjuraiie », appli<iuée aux états de Boson et de Louis 
l'Aveugle. Or, le mot « ('isjinane » ne remonte pas à l'époque caro- 
lingienne. Il ne se trouve même pas dans les œuvres des plus anciens 
historiens de la Bourgogne et de la Provence, N. Vignier-, Bonis ^ 
d'KIbène^, (pii connaissent cependant le nom de « transjurane ». 
Celui de « cisjurane » paraît avoir été introduit dans l'érudition par 
le savant J.-D. Scliœpilin. Celui-ci consacrant en ll'M) un bon mé- 
moire ^ à l'étude des partages successifs de l'ancien empire de Lo- 
thaire I", oppose fréquemment à la Transjurane la Bourgogne cis- 
jurane. Il ne paraît pas, du reste, attacher plus d'importance à 
cette distinction qu'à celle qu'il étal)lit souvent entre la Bourgogne 
cis el trans Ararim. L'expression a passé depuis dans un certain 
nombre d'ouvrages histori(iues. 

Si les expressions cis- et transjurane ne correspondent pas à un 
usage carolingien, nous n'hésitons pas à dire qu'elles ne sont ni 
l'ationnelles ni commodes. Pas rationnelles: d'une part le royaume 
de Rodolphe 1" dont les /ja^/i du diocèse de Besançon constituaient 
une part importante, n'est pas transjuran dans son entier; il est 
jui-an, à cheval sur le Jura ; — d'autre part le royaume de Boson n'a 
rien à voir avec le Jura^ il n'est en deçà ou au delà par rapport à 
rien. En bonne géographie la Bourgogne cisjurane comprendrait 
la Champagne méridionale et le Sénonais, avec une partie de la 
Franche-Comté; Boson n'a régné sur aucun de ces pays. Cesdési- 

\. On ne la trouve ni dans les Ann. Berlin., ni dans les Ann. Fuld., 
ni dans Réginon, ni dans Liutprand, ni dans I-'lodcard, ni dans Richer, 
et nous ne l'avons rencontrée dans aucun texte diplomatique. 

2. Burgtindionum Chrunicon, préface non pai^inée, fol. 2 v'% où il 
distingue la Bur(jundia Transjurana et la Bunjimdia Arelatensis et 
Liif/diinensis. 

:i. Bot/aile couronne... d\irles, p. 144. Il parle de « la Bourgogne en 
décade la Saosne, de la B. transjuraineou alpine, de la B. de la Saosne 
qui s'étend jusqu'à Arles en la mer ». 

4. De ref/no Burfj. Traasjur. et Arelalcnus, p. 43. 11 donne à Boson 
le titre de Bex Burgandiae, mais ne parle pas de Cisjurane. 

5. Di^spi-talio historicd de Burf/umlia cis- et transjurana, quam 
praeses J.-D. Schœptlinus et J.-F. Faust in aima Argentoratensium 
universitate solcnni doctorum examini exponunt. Argentorati, 
MDCCXXX, in-4. 

6. Sinon de s'être étendu quehjues mois sur les pays transjurans de 
Genève et Lausanne. 

l'oui-AiiuiN. lloijuiDiu' de Provence. 19 



290 « ROYAUME DE PROVENCE •■ ET « ROYAUME DE ROURGOGNE » 

gnations sont incommodes', car elles nécessitent un effort de mé- 
moire lorsqu'il est nécessaire de se rappeler à quoi correspondent 
ces noms arbitraires. Le royaume de Charles de Piovence et de Louis 
l'Aveugle n'a guère de Bourguignon que le Lyonnais, et la domina- 
tion de Boson surTAutunois, le Chalonnais et le Maçonnais et le pays 
de Besançon a été trop éphémère pour qu'il soit nécessaire d'appeler 
« Bourgogne ^ » son royaume et surtout celui de son successeuj'. 
Cette expression est, semble-t-il, moins conforme à l'usage contem- 
porain que celle de royaume de Provence^ et elle entraîne l'emploi 
des expressions de trans- et cisjurane. La première de celles-ci est 
à peine carolingienne, la seconde ne lest pas du tout et elles ont 
toutes deux le grave défaut d'être parfaitement illogiques et incom- 
modes. 



1. Ajoutons qu'elles occasionnent des lapsus fréquents. 

2. Tout au plus pourrait-on dire pendant quelques mois, pour Boson 
seul, Bourgogne-Provence, comme M. de Manteyer {Iji marche de 
Provence, loc. cit., p. 54). Mais ce nom conviendrait mieux à l'état formé 
par la suite du traité de 933. 

3. Bien constatée pour Charles, et que nous pouvons par analogie 
appliquer aux souverains qui ont régné sur les mêmes territoires. 



APPENDICE II 

LES COMTES GIRARD SOLS CHARLES LE CHAUVE 

Les textes font connaître un certain nombre de personnages 
ayant porté en (laule au ix*" siècle le nom d'origine gei'inanique 
latinisé en GerardusK Gomme les anciens ailleurs ont une tendance 
à les confondre et notamment à les identifier tous avec le régent 
de Provence, il n'est pas inutile dénumérer ceux de ces personnages 
qui ont occupé une situation assez élevée pour que la confusion 
soit possible, et de grouper les quelques indications que Ton peut 
posséder sur leur compte. 

§ 1 . Girard, gendre de Pépl\ d'Aquitaine. 
§ 2. Girard, comte de Bourges. 
§ 3. Mentions indéterminées. 

§. 1. Girard comte a Limoges, gendre de Pépin d'Aquitaine*. 

Un duc Girard figure parmi les partisans de Louis durant sa 
lutte contre ses fils rebelles, et fut envoyé par l'empereur remis en 
liberté auprès de Lothaire, alors en fuite devant son père^ Il est 
bien probable qu'il faut identifier ce personnage avec le « comte 
Girard, gendre du roi Pépin » mentionné en 839 parmi les alliés du 
jeune Charles le Chauve parla Vifa Hludooici^ et par IS'ithard', 
et qui en 840 commande un corps de troupes à Limoges®. 

1. Gairardus, Gerardus, Girardus. Nous adoptons, comme M. Lon- 
fi:non, la forme Girard qui se rapproche plus que Gérard de la forme 
Girart employée au moyen âge. 

2. Sur ce personnage, cf. Mabille, Le royaume d'Aquilaine, p. Ifi, 
mais sa notice est inexacte sur plus d"un point, c'est ainsi qu'il attribue 
à Girard une mission auprès de Louis le Pieux, dont l'aurait chargé 
Louis le Germanique. Mais le texte de Tiiég\n(//js/., c. 47, Mon. Germ., 
SS., t. II, p. 600) auquel renvoie Mabille, parle d'un comte Gebehar- 
(his, sans duute comte de Lahngau (Duemmler, Ostfr. Ih'ich, 1. 1, p. 92). 
I>'erreur, du reste, est ancienne, car la confusion avait été faite par 
Gri DE Bazociies et d'après lui par Aubri de Trois-Fontaines {Mon. 
Germ., SS., t. XXIII, p. 731). 

3. Thégan, HisL, c. 54 (Mon. Germ., SS., t. II, p. o02). « Imperator 
« misit legatos suos post illum [Lothanum...]Gerhardum nobilissimum 
« ducem . . » 

4. Vita Hludovici, c. 61 {Mon. Germ., SS., t. II, p. 645). 

5. ffi.sloria. 1 II, c. 3. 

6. Loui' DE Ferrœres, Lettre, 28 (éd. Uesdevises, n" xiv). M. de 



292 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE 

On a dit' que sa femme se nommait Berthe, et Ton reproduit 
encore quelquefois ce renseignement-, mais il ne paraît pas exister 
de texte ancien qui appuie cette affirmation ^ Celle-ci provient 
très vraisemblablement d'une confusion entre le gendre de Pépin et 
Girard « de Roussillon ». L'identification des deux personnages, 
qui rattacherait le régent de Provence à la maison royale caro- 
lingienne, a en effet été proposée par divers érudits des deux der- 
niers siècles, notamment par Ménestrier^, lion. Bouche ' et le 
P. Anselme ^. 

A cette identification on a répondu en objectant que Girard, 
gendre de Pépin d'Aquitaine, avait été tué à Fontenoy le '2b juin 
841. C'est du moins ce que les érudits affirment depuis Baluze^ 
en citant les uns après les autres le chapitre 16 du IIP livre de la 
Chronique d'Adémar de Chabannes. 

En réalité le passage allégué ne parait pas figurer dans le texte 
original d'Adémar\ mais on le trouve dans le texte donné par 
Labbe'. Or celui-ci a fait son édition d'après un manuscrit rema- 
nié'" et de plus il a corrigé son texte par conjecture comme il est 
aisé de s'en rendre compte en rapprochant les deux leçons. 

Labbe, Bihl. Nova Mss., t. II, B.NaL, Ms. Lat. 5296, f" 1 1 S v\ 

p. 161 ; Hisl. de Fr., t. VII, p. 25. « Et in supradicto prelio occisis 

« In supradicto praelio occisis « Raterio et Girardo quicumque 

« Raterio et Girardo qui uterque « erat génère Arvernis extitit 

« erat gonerPipini, Arvernis ex- « Willelmus comes Lemovice 

« titit Willernus comes Lemo- « vero Raimundus'^ » 
« vicae vero Raimundus. » 



Lasteyrie, Hist. des comtes et vicomtes de Limoges, p. 22-24, croit que 
Girard n'était point comte « de » Limoges ni « de » Clermont, mais y 
était à la tête d'une division purement militaire. 

1. D. Vaissète, Hist. de Languedoc, t. I, col. 1010. 

2. Desdevises du Dézert, note à la lettre citée de Loup de Ferrières, 
p. 78. 

3. D. Vaissète ne renvoie point à d'autre texte que ceux de la Vita 
Hludovici et d'Adémar, qui ne donnent de nom ni l'un ni l'autre. 

4. Hist. de Ltjon, p. 238. 

5. Hisl. de Provence, t. I, p. 730. 

6. Hist. généalogique de la maison de France, t. I (172G), p. 144. 

7. LvNGNON, Girard de Boussillon dans r histoire, p. 242; Mabille, 
Le royaume d'Aquitaine, p. 17 ; Desdevises du Dézert, l. cit. 

8. Au moins tel que le donne (."havanon à la page 133 de son édition. 

9. miÀiotheca Nova, Mss , t. II, p. 161. 

10. iMs. C. du classement de M. Chavanon {hUrod., p. xx etxxvilt); 
M. Lair, Etudes crilit/ues sur divers textes des A'" et XI' siècles, t. 11, 
p. 111-112, llistoria d'Adémar de (Ihabanee, considère ce texte comme 
émanant d'Adémar lui-même. 

11. M. Chavanon n'a pas cru devoir reproduire en note ce passage. 



LES COMTKS GIl'.Ani» SOIS CIIAIU.RS I.K CUAIIVK 203 

L'on n'a donc, pour Cairo mourir à Fonlonoy un comte (liiard, 
qu'un texte très postérieur, celui du remaniement d'Adémar de 
Chahannes. L'hypotlièse (|ue ce comte tué en Mil aurai! été leuendre 
de l\'pin 1", ne s'appuie que sur la correction conjecturale de I.aithe. 
On pourrait à la rigueur considérer celle-ci comme inutile, en in- 
terprétant les mots « quiciinque ernt génère » par « (pii l'un et 
l'autre étaient de noble race », — ou en suppléant el avant r/j;/- 
cun(/ue, avec une ponctuation forte après (/encre. 

En outre on a fait de (iii-ard, gendre de Pépin, un comte d'Au- 
vergne ou de Clermont, ayant eu pour successeur dans ce comté 
son frère Guillaume, lequel aurait été l'aïeul de Bernard Plante- 
velue'. Mais le lien de parenté entre ce Guillaume et Girard n'est 
également connu (|ue par un passage du remaniement d'Adémai-. 

On peut cependant afiirmer que les vraisemldances sont en 
faveur de l'opinion (|ui distingue Girard de Limoges el le régent de 
Provence. 

cl. Le remaniement peut avoir une valeur histori<|ut' cl la con- 
jecture de Labbe n'est pas inacceptable ^ 

h. Si Bertbe, femme de Girard « de Roussillon » avait été de 
race royale, son épitapbe et même la légende en auraient sans 
doute conservé le souvenir '. 

c. Girard de Limoges fut, en 840, partisan de Charles le Chauve. 
Son homonyme de Vienne paraît avoir été toujours dévoué h 
Lotliaire, et en cette même année 840 combattait, en (pialité de 
comte de Paris, le roi (pie soutenait le gendre de Pépin *. 

i; 2. GnUlil) COMTI- DE BoLIRtiES. 

On est également assez mal renseigné sur sa vie. Mais bien (pie 
l'identification avec le comte de Vienne ait été proposée par D. Vais- 
sète\ par Schœpflin^, par M. de Terrebasse^, elle semble assez 
inadmissible. Eji effet, ainsi que l'a remarqué M. Longnon^ Charles 



1. Mabu^le, Roijaume d'Aquitaine, p. 17. La lettre de Loup de Vev- 
rières semble cependant contraire à cette hypothèse. 

2. Elle est admise par M. de Lastevuie, op. cit., p. 18. 

3. La remarque a déjà été faite par M. de Teriieuasse, Ilist. de 
Mona. Girard de Roussillon, intr., p. xi.iv. 

4. NiTIIARD, Hist., 1. II, c. H. 

5. J/ist. de Langited., t. III, p. '-i. 

6 Alsalia illustrala, 1. 1, p. 779. f|ui donne cependant de Girard de 
Roussillon une bonne généalogie. Il faut ajouter que BorciiE (Ilisl. de 
Prorenre, t. I, p. T.'iO, cf. supra, p. 292) le cunlbnd avec le comte de 
Limo.tres, identifié lui-mcine avec Girard de Roussillun. 

7. Ilist. de Girard de Roussillon, intr., p. xxiv. 

8. Girard de Roussillon dans r/iisloire, p. 261. 



294 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE 

le Chauve, à la requête de Girard de Provence, accorda le 7 janvier 
868 un diplôme au monastère de Vézelay, au moment même où il 
était en marche pour aller châtier le comte de Bourges rebelle'. 
Girard avait été investi des fonctions de comte de Bourges anté- 
rieurement à Tannée 855, date à laquelle il est mentionné dans un 
diplôme de Charles le Chauve *. Il parait, à la même époque, comme 
possesseur de biens en Limousin et échange ceux-ci contre des 
domaines en Berry appartenant à Tévêque de Limoges Stodilée^ 
Mais en 867 Charles le Chauve voulut lui retirer son comté pour le 
donner à un certain Ecfrid. Ce dernier, abbé de Saint-Ililaire de 
Poitiers, jadis comte de Toulouse en 842*, plusieurs fois révolté 
contre le roi, avait fini par se réconcilier avec lui en 864 à la suite 
de la rébellion de Charles d'Aquitaine ^ En 867 il avait, dit Ilincmar, 
corrompu Charles en lui livrant son abbaye et en lui faisant encore 
d'autres présents^. Mais Ecfrid ne put se mettre en possession du 
comté de Bourges et fut, au commencement de 868, tué par les 
hommes de son adversaire (|ui refusait d'abandonner ses « hon- 
neurs^ ». Charles, qui s'était, dans la seconde quinzaine du mois de 
décembre 867 ^ mis en marche pour soutenir Ecfrid, reçut à Pouill} 
la nouvelle de sa mort. Sous prétexte de le venger, il pénétra dans 
le Berry et y laissa commettre par son armée d'etfroyables ravages, 
sans parvenir cependant à expulser Girard (pii continua de se main- 
tenir dans le pays « avec ses cnrniles'-' ». Ses « honneurs » furent, 
en 872, donnés au comte Boson '", mais nous ignorons si Girard était 
mort à cette date, ou si le nouveau titulaire, envoyé en Aquitaine 
comme hajulus du jeune Louis, devait, ainsi qu'Ecfrid en 868, 
expulser son prédécesseui- pour se mettre à sa place. 



1. Ilisf. de Fr., t. VIII, p. 608. Le diplôme est daté de Paxdiaruw. 
c'est-à-dire de Pouilly-sur-Loire (Nièvre, arr. Cosne, ch.-L de canton), 
et l'on sait par les Ami. Berlin, que Charles passa par cette ville au 
cours de son expédition. 

2. Hisl. de Fr., t. VIII, p. r)'i3. C'est une concession au monastère de 
Saint-Sulpice de Bourges de biens parmi lesquels « census quod Girardus 
« cornes sive quicunque comitum habuerunt de Obunciaco villa. » 

3. Lasteyhie, op. cit., p. 99. 

4. Hist. de Lang., t. I, p. 1105, n. 3 [E. M.]. 

5. Md., t. II, p. 299. 

6. Ann. Berlin., a. 867, p. 90. 

7. Ibid , a. 868. 

8. Le départ de Charles se place entre le 13 décembre 867, date à 
laquelle il était encore à Corbeny dans l'Aisne (.In//. Berlin., p. 90) et 
le 26 du mi'ime mois, où dans sa marche vers le Berry, il se trouvait 
à Auxerre. {Ilist. de Fr., t. VIII, p. 507.) 

9. Ann. Berlin., loc. cil. 

10. V. .'Oipro, p. 6."). Les /In//. Berliniani à l'année 872 n'accolent au 
nom du comte de Hourf^es ni l'épithète do quondam ni aucune autre 
pouvant faire supposer (ju'il fût inorl à cette tlate. 



LKS CUMTKS CIliAlilt SOIS (JIIAlilJlS LK CIIAL'VK 



§ 3. Mentions diverses 

Il y a enfin nn certain nombre de mentions de comtes Girard 
«lu'il est nécessaire d'examiner pour les appli(|uer soit à Tun on 
lautre des trois personna<res déjà connus: (iirard de Bourj^es, 
(iirard de Limoges, (Iirard de Vienne, soit à un (|uatriéme person- 
Majje de même nom. 

En 853, l'article 4 du capitulaire de Servais' mentionne un 
comllalas Girardi dans lequel sont envoyés comme missi l'évêque 
de Thérouanne, P^olcuin, et trois comtes, Engeschalk, Bérenger et 
Adalgaire. Il ne peut s'agir du comté de Bourges j)uisque tous les 
autres paçji énumérés par les articles voisins du même Capitidaire 
appartiennent à la Gaule septentrionale. On peut pour la même 
raison écarter le comté de Limoges ou de Clermont, occupé par le 
successeur du gendre de Pépin d'Aquitaine, ou par celui-ci lui- 
même, s'il n'était par hasard point mort à cette date. D'autre part, 
(iirard de Vienne était sujet de l'empereur Lothaire et non de 
(Charles le Chauve. Donc ou bien ce (îirard est le futur comte de 
Bourges titulaire alors d'un autre comté, ou bien il représente un 
individu du même nom distinct des trois précédents. 

Mais il est d'ailleurs très vraisemblablement le même qu'un 
comte Girard que l'on trouve à Verberie, le "29 octobre 8(ô3, assis- 
tant à l'assemblée dans laquelle furent jugées les [)rétentions de 
l'abbaye de Saint-Calais-. Ce personnage, le 4 novembre de la même 
année, souscrit la confirmation générale des biens de l'église de 
Bouen accordée à l'archevêque de cette ville, Wénilon, par Charles 
le Chauve ^ Enfin, le 22 juillet 870, Charles le Chauve conclut un 
écliange des domaines en Perthois et en Barrois avec un comte 
Girard dont il reçoit, en retoiu". des biens sis au p;ujiis de Changy*, 
(|ue ledit comte avait précédemment reçus de l'empereur j^ouis 
le Pieux ^ Ce (jirard ne parait pas être le comte de Bourges, alors 
révolté depuis deux ans, non plus que le comte de Vienne, contre 
l(M|uel Charles allait, (pieliiue temps après, diriger une expédition. 
11 semble plus naturel de l'identifier avec le comte (jirard du ca|)i- 



1. B(iRETirs-KR\rsE, t. Il, p. 275. 

2. Mansi, t. XV, p. 67i; Jul. H WET, (Jucslions mèruvi)u/ietines, p. 190. 
Ce dernier, non plus que Mansi, ne donne aucune identitication des 
personnages laïques signataires de l'acte. 

:j. Ilisl. de Fr., t. VIII, p. 5S8-r)89. 

'i. Cliangy, Marne, arr. Vitry-lc-P'rançois, cant. Heiltz-le Maurupt 
5. A. l?()SERnT, Diplômes (jivoliwj if n'a originaux don Archives de la 
Haute Marni'. i). 11. 



296 LES COMTES GIRARD SOUS CHARLES LE CHAUVE 

tulaire de Servais, bien qu'il soit impossible de faire de ce dernier 
un comte soit du pac/us de Changy, soit du Perthois ou du Barrois 
pnis(|ue ces trois territoires sont énumérés à l'article 5 du même Ca- 
pitulaire et par conséquent distincts du cotnifalus Ginirdi. 

D'autre part rien n'indique qu'il faille identifiei" ce Girard avec 
le comte du même nom à la requête duquel Charles le Chauve^ 
à une date indéterminée, fît don à l'abbaye de Saint-Serge d'An- 
gers des deux domaines de Champigny-le-Sec ^ et de Menillé '. Ce 
comte, (|ui porte dans l'acte le titre de « comte etabbé^ » du monas- 
tère de Saint-Serge, avait plus probablement son siège soil en 
Anjou, soit dans les pays voisins. 

On rencontre enfin, en 877, un comte Girard « fidèle » de Chai'les 
le Chauve, auquel ce dernier confia, pendant la seconde expédition 
d'Italie, la garde du sceau royal, à défaut (ki comte Adalard chargé 
de ce soin". Or, le 1"' juillet, date du capilulaire de Quierzy (pii 
renferme cette disposition, Girard de Vienne était très probablement 
mort depuis trois mois®, et l'hypothèse — toute gratuite — d'une 
réconciliation de l'ex-comte de Bourges avec Charles le Chauve 
semble peu vraisemblable. Nous serions plutôt porté à identifier ce 
dernier Girard avec celui dont nous trouvons encore mention en 
870, ce ([ui donnerait pour la période comprise entre 8iO et 877 
cin(| comtes an moins nommés Girard : 

1" Girard de Vienne, mentionné de 840 à 877 ; 

'2° Girard, gendre de Pépin d'Aquitaine, mentionné en 839-810; 

3" (îiraj'd, comte de Bourges, mentionné de 855 à 868 ; 

i" (iirard, comte en Anjou ; 

5" Girard, ancien fidèle de Louis le Pieux, |)ossessenr de bé- 
néfices dans la Champagne actuelle, titulaire d'un comté situé dans 
la partie septentrionale du royaume de Charles. 



1. llisl. de Fr., t. VIII, 'i86. 

2. Commune Souzay, Maine-et-Loire, arr. et cant. Saumur. 

3. Maine-et-Loire, arr. Saumur. 

4. « Sub ipso G. comité vel abbate ». 

5. Capilul. Can'sincense, a. 17 (Boiîetii's-Kuause, t. II. p. o59}. 

6. LoNONoN, op. cit., p. 2(j'i. 



APPENDICE III 

BosoN, MARI d'engeltrude (844-874/878) 

Un a parfois confondu Boson, fils de Bivin, avec un comte italien 
de même nom, mari d'une certaine Engeltrude, et dont il est assez 
souvent question dans les textes du w^ siècle, prinoipalomcnl dans 
les documents relatifs au divorce de l.olliaire II. On li-ouvera dans le 
vohnne si consciencieux et si complet consaci'é par M. B. Farisof à 
riiisloire du royaume de Lorraine sous les Carolingiens, à peu près 
tout ce que Ton peut savoir relativement aux longues luttes soute- 
nues par Boson pour forcer son épouse fugitive à venir reprendre 
sa place au foyer conjugal. Ces luttes sont constamment mêlées 
aux efforts faits par Lothaire II pour se séparer de Theuttiergc et 
pour régulariser son union avec Waldrade. Tout ce côté politique 
de l'affaire d'Engeltrude est exposé par M. Parisot avec un dévelop- 
pement au(]uel nous ne saurions prétendre. Cependant, nous 
jugeons utile de résumer brièvement ce que Ton peut savoir <\c la 
vie du mari d'Engeltrude, ne fût-ce que pour i-éunir les indications 
nécessairement un peu éparses dans une histoire générale du règne 
de Lothaire II et pour indiquer les principales mentions qui ont été 
à tort appliquées au futur roi de Provence que nous considérons 
comme le neveu du comte italien. 

L'identité des noms, en effet, constitue une première |)résonipfi(>ii 
en faveur de l'hypothèse d'une |)arenté entre Boson, père de Thout- 
berge, et Boson, mari d'Engeltrude. Nous admettons, avec la plupart 
des historiens modernes ', et bien qu'aucun texte ne l'atteste ex|)res- 
sément, que le second doit être considéré comme le fils du premier. 
Ces deux personnages appartiennent en effet à l'Italie, nous savons 
d'autre part (pie Theutherge avait, indépendamment d'Ilubert. ini 
on plusieurs autres frères (|ui tenlaieiil d'agir en sa faveur à Home 
auprès du pape Nicolas f''-. Ilincniar parle d'Engeltrude comme 

1. DvEMMLEn, Ostfr. Bcich. t. Il, p. 17: I{(ii:nMi:i{-MrEi(LU\ciiEH. Itey. 
Karol., p. 477; Schrœrs, Hinkmar, p. 206; Pauisot, Le royaume de 
Lorraine, p. 83. 

2. lîÉGiNoN, Chronique, a. 86'i. p. 82 : « A^ontil)us fralribus Tliiet- 
bergae reginae, liaec omnia ad noticiam Nichohii j)ap;io dcfernntur. » 
Lettre de Nicolas I à Hubert, J vfké, n" 2729. 



298 liOSU.N, MAIU D'ENGELTllUbE [84i] 

d'une parente de Lothaire'. Nous serions assez portés à eonsidérer 
cette parenté comme une sorte d'alliance résultant de fait du ma- 
riage du roi avec la sœur de Boson. Le lien existant entre Theut- 
l)erge et Kngeltrude e\pli(|uerait aussi en partie les allégations de 
cette dernière qui prétendait avoir quitté son mari sous rintlucnce 
de la crainte que lui faisait éprouver Hubert, son beau-frcre dans 
notre hypothèse^. Ajoutons ((u'en admettant ce rapport de parenté 
entre le mari d'Engeltrude et le comte de Provence, on comprend 
mieux pourquoi le pape Jean VIII s'occupait avec une telle acti- 
vité des intérêts des fdies du premier, alors ([u'il se trouvait au- 
près du second et dans les termes de la plus étroite amitié avec lui \ 
En 844 un comte Boson, dans lequel nous pouvons, avec 
([uelque vraisemblance, reconnaître le nôtre, figure parmi les con- 
seillers de l'empereur Louis II, et, le 15 juin, assiste à son couron- 
nement à Rome '*. Ce personnage avait, à une date inconnue, épousé" 



IJn fils de lioson l'Ancien est mentionné dès 826. Boehmer-Muehl- 
BACiiER, n" 802 ; Baltze, Capilularia, t. 1, p. 799, n" vui : « De rébus 
quas marchio tradidit filio Bosonis. » Nous ne savons ni quel est ce 
marquis, ni s'il s'agit d'Hubert ou d'un autre fils de Boson 1. 

1. tliNCMAR, De divortio Lolharii, quaest. V (Migne, t. CXXV, col. 
754). On a aussi voulu (cf. Parisot, op. cit., p. 165, n. 5) faire d'Ava, 
mère de la femme de Lothaire !«"■, une sœur de Matfrid I, père ou aïeul 
d'Engeltrude. Ce système explique mieux (|ue le nôtre le terme de 
propinqiia appliqué à f^ngeltrude par rapport à Lothaire II, mais il est 
purement hypothétique. Les deux opinions d'ailleurs ne s'excluent à 
aucun degré. 

2. HiNCMAR,op. cit., Inlerr. xsn(MiGXE, t. CXXV, col. 743) : « Solius 
Hucberti persecutionem mori timens declinet. » 

3. Cf. .supi'a, p. 87. 

4. Vita Sergii II papae, c. xiv {Liber Pontiflcalis, éd. Duchesne, 
t. II, p. 80-81). Il s'agit bien d'un comte italien, car ce personnage est 
mentionné au milieu d'une série d'évêques et d'autres comtes, tels 
qu'Adalgis de Bénévent, appartenant certainement au royaume de 
Louis II. — Dmemmi.er (Oslfr. He.ich, t. II, p. 5, n. 2) considère cette 
mention comme devant s'applitiuor plutôt au père d'tlubert. 

5. L'identification du beau-père de Boson est assez doutea,se. Due.mmler 
{Ostff. Heieh. t. Il, p. 17) parle sans préciser d'un Matfrid auquel 
Lothaire II donna en 843 l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras. Sciircers 
{llinkmnr, p. 206) en fait un conite italien. M. Parisot {op. cit., p. 165, 
u. 4 et p. 500, n. 3) se prononce pour Matfrid (11), fils (le Matfrid (I), 
comte d'Orléans, dont Kngeltrude serait ainsi la petite-fille. 

Le comte d'Orléans, auquel l'évèquede cette ville. Jouas, dédia vei's 
825 son livre de Imlilutione Inïcali (n'AcuERV. Spicilegiuin, in-ful., 
t. 1, p. 258), se signala dans les guerres civiles comme l'un des parti- 
sans les plus dévoués de Lothaire (Nituaru, liintor.. I. I, c. 3-5 ; Ann. 
Jh-rtin., a. 834, p. 9). Il fut en 828 privé de .ses bénéfices à l'assemblée 
il'Aix-la-ChapelIe {Vila llludovici. c. 41-42; Mon. (ierm., SS., i. Il, 
}). 632; Ann. rer/ni Francorum. éd. Kurze, p. 174; BoRETUis-KRArsi:, 
t. Il, p. 10) et niourut en 836 (Tue(;\n, ///.s7., c. 55;'SN.. t. II. p. 602). 
Les dates, quoi ipfon en ait dit (cf. Parisut. oji. cil., p. 165, n. 4), ne 



BOSON, MAIU U'ENGELTRUUE 209 

une femme nommée Eiigellnide, fîllc iliiii comte Malfrid (iiii nous 
paraît devoir être identifié avec le comte dOrléans de ce nom. 

s'opposent donc pas à ce que ce personnage ait été le père d'Engeltrude. 
laquelle commença, en 856 ou 857, ses courses vagabondes. Celle-ci 
aurait hérité de son père les domaines sis dans les pays rtiénans, au 
sujet desquels Jean VIII écrivait en 878 au roi Louis, fils du Germa- 
nique et à l'archevêque Liutbert de Mayence (Jaffé, n"^ 3211 et 3267) 
les deux lettres dont nous avons déjà parlé (cf. supra, p. 87). 

D'autre part, nous rencontrons un Matfrid comte et possesseur de 
grands biens dans les pays de Juliers, de Ziilpich, de l'Kifel. mentionné 
dans de nombreux diplômes de 843 à 867 (BcEii.MEH-MrEiii.BAriiEH, 
n«^^ 1075. 1079, 1080, 1098, 12'i5, 1253 et 1280), DrEM.Ml.ER (Oslfr. 
Beich. t. I, p. 119) et Pauisot {lac. cit.) en ont fait non sans vraisem- 
blance le fils du précédent. On peut remanjuer d'ailleurs, en faveur 
de Topinion qui le rattache ainsi, par son père, au royaume de l'Ouest, 
que plusieurs des diplômes dans lesquels il intervient sont relatifs à 
l'abbaye de Saint-Denis. Or, ce fidèle de Lothaire 11, encore vivant en 
867, ne peut avoir été le père d'Engeltrude. qui est dit défunt en 863 
dans le canon IV des actes du concile de Rome (.ln/^ liei'lin.. a. 863. 
p. 63). Il faudrait donc dédoubler le second des comtes Matfrid dont 
nous venons de parler, ce à quoi semble s'opposer la série assez con- 
tinue des mentions relatives à ce personnage. iS'ous considérons comme 
plus vraisemblable d'admettre qu'Engeltrude était fille du comte d'Or- 
léans, sœur par conséquent du second comte Matfrid, ayant comme lui 
recueilli dans la succession paternelle des biens sis dans les pays 
rhénans. 

M. Parisot, op. cit., p. 164 et p. 500, n. 3, d'après Khi'ec.ek, Die 
Ursprung des Hanses Lolhringcn-IJabsburg, p. 8-10, avait, au con- 
traire, fait d'Engeltrude la petite-fille du comte d'Orléans. On peut 
résumer son système dans le tableau suivant : 



1 

? Ava 




Matfrid L 


ép. 




comte d'Orléans 


Hugues. 




(t 836). 


comte de Tours. 

1 




Matfrid H, 


Lothaire I ép. Ermenganle. 

1 




comte 
dans les pays 


Lothaire IL 


M. 


rhénans. 

1 




1 1 
itfiid 111. Engeltrude ép. Boson. 






1 
deu.x filles. 



Nous proposons, au contraire, la généalogie suivante 



Boson L Matfrid 1, 

comte d'Orléans 

(■r s;!(i). 

I 



III I 

Lothaire II ép. Tlientberge. Boson ép. Eng>>|trude. Matfrid II. 

I comte 

deux filles. dans les pays 

rhénans. 
I 
.Matfrid 111. 



300 BOSON, MARI IJ'ENGELTHUDE [S:j7-860] 

Mais celle-ci, en 856 ou 857 ', Tabandonna pour courir le monde en 
compagnie d'un amant, un de ses vassaux du nom de Wangier^ 
Elle quitta l'Italie et se rendit très probablement dans les états de 
Charles le Chauve, où il semble qu'elle ait séjourné au moins 
quehpie femps avant de gagner ceux de Lothaire lï •'. Si en eifct en 
859 les évèques, réunis à Savonnières, prés de Toid, s'occupércni 
de la fugitive*, si, en février 860, il en fut de même à Aix où les 
prélats lorrains s'étaient réunis pour examiner l'affaire d'Engeltrude % 
le roi de la France occidentale paraît avoir momentanément aussi 
reçu dans son royaume l'épouse infidèle du comte Boson''. 



Remarquons que Matfrid II avait également des bénéfices dans le 
voisinage de l'Italie, car il avait reçu de l'empereur Lothaire la Valto- 
line, enlevée à l'abbaye de Saint-Denis, au cours des guerres civiles 
(Tardif, Cartons des Bois, n" 168). Ce fait esta rapprocher du mariage 
de sa sœur avec un comte italien, et peut être cité comme une nou- 
velle preuve de la diffusion des familles d'origine austrasienne sur tous 
les points de l'empire franc. Quant à Matfrid III, nous le considérons 
comme étant celui qui disputa plus tard aux filles d'Engeltrude, dont 
il était le parent, l'héritage de leur mère (Jaffé, n" 3168 ; Migne, 
t. CXXVl, p. 787. Dans ce texte, il est dit proximus d'Engeltrude et 
eognatus de ses filles). C'est par une confusion entre les noms Mat- 
fridus et Mngnifredus, que M. Baiidi di Vi:sme (/ conti di Fi"rona,dans 
le Nnovo Archivio Vetielo. t. XI. p. 267) a voulu rattacher Engeltrude, 
dont il donne une histoire fort mcomplète, à la famille des comtes 
Mainfroi de Lodi et de Turin. 

1. Cette date approximative se déduit des expressions employées en 
863 par Nicolas I dans sa lettre aux évèques de Gaule (.Jaffe, n» 2748, 
Anii. Berlin., p. 65. Anv. Fiild., p. 59) : « Ecce jam perseptem circiter 
« annos bac atque illac vagabunda discurrit. » Cela concorde avec les 
indications d'ilincmar (De divortio Lotharii, p. 671), d'après lequel, 
à la date de 860, Engeltrude aurait quitté son mari « circiter per trien- 
« nium». M.Pauisot, op. cit., p. 170, se prononce pour l'année 857-8r)S. 
Dès 858, une sorte de circulaire du pape Benoit III enjoint à l'empereur, 
aux rois et aux évèques, de contraindre la fugitive à revenir auprès de 
son époux (.Jaffé, n" 2673). 

2. Son nom se trouve dans Réginon, Chronique, a. 866, p. 8i. La 
lettre de Benoit 111, citée à la note pi'écèdente, dit simplement « cum 
« adultero transmigraverit », sans donner de nom. Cf. Mansi, t. XV, 
p. 33't. 

3. M. SciiH(*:us, liiukitiar. ]). 206 et M. PviusdT, op. cit., p. 165, n. 8, 
admettent, au contraire, qu'elle se réfugia sur-le-chani}) dans le royaume 
de Lorraine, mais les textes que nous citons plus loin nous semblent 
s'opposer à cette manière de voir. 

'i. HiNC.MAR, Dedivorlio Lotharii, interr. X.XII, p. 676. 

5. Ibid., p. 680. 

6. On ne peut, comme l'a remarqué Scniioiiits {loc. cit.), tirer des 
mots « hac atque illac « de la lettre synodale de Nicolas I, citée plus 
haut (n. 3, Jaffé, n" 2748) un argument en faveur do séjours successifs 
d'Engeltrude dans plusieurs des royaumes francs. Mais Hincmau (De 
divortio Lotharii. (Jiiaest. V. MiGNiî, t. (' XXV. col. 175'») jiaraît dii'c que 
ce n't'st (pi'ajjrès l'entrevue de Coblence, en 860. qu'l']ngcl1i'ude se 



[860] UOSON, MAIil ll'K.Nr.l-.I.TiUHK 301 

C'est néanmoins anprès de Lolliaire 11 (|n"lùigoltrn(le no de- 
vait i)as tarder à trouver un appui plus durable. Celui-ci était son 
parent ou tout au moins son allié, et il avait |)our adversaires les 
ennemis d'Engeltrude, les frères de Tlieutberge. Dans les deux 
causes d'autre part étaient engagés certains principes canoniques 
dont la solution pouvait intéresser Lothaire. Ce (|ue demandait en 
etl'et Boson, c'était seulement de voir sa Cemme l'eprendre la vie 
commune'. Kngellrude, au contraire, parait avoir cherché à 
obtenir un jugement épiscopal (|ui la dispensât d'une manière 
(|uclcon(|ue de cette obligation. Or, si le droit de prendre une autre 
femme, pour ne pas être contraint par la faiblesse de la chair à vivre 
dans le concubinage, était reconnu à Boson ^, il y aurait eu hi un 
précédent pour justifier les théories de Lothaire II relatives à son 
droit d'épouser Waldrade, du vivant de Theulberge. C'est d'ailleurs 
auprès des deux principaux conseillers de Lothaire II dans l'alVairedu 
divorce, (lunlher de Cologne'' et 'l'hentgaud de Trêves % qu'Kngel- 
trude parait avoir trouvé plus particulièrement un appui ". C'étaient 



rendit auprès de Lothaire n. D'autre part, Charles le Chauve recon- 
naît que des lettres pontificales lui ont été adressées dans lesquelles 
« invenimus nos increpatos cur fornicarios in regno nostro iinmorari 
(c permittamus et non solum ipsam feminamsed etomnesfaventes faci- 
« nori ejus » ÇCoiwentus apud Saponarias, de 862, c. iv ; Bouetujs- 
Krause, t. II, p. 160). — C'est peut-être à ce passage ou à ce séjour 
d'Engeltrude dans les Etats de Charles le Chauve qu'il faut rattacher la 
lettre de Nicolas I aux évèques de Gaule, leur enjoignant d'excommunier 
Engeltrude si celle-ci ne rentre pas en Italie (Jaffé, n" 2684). — La 
lettre de Benoit III de 858 (Jaffé, n° 2673) dit en parlant des premières 
courses d'Engeltrude « ad (iallias transmigraverit », mais ce terme 
assez général pourrait s'appliquer au royaume de Lothaire IL 

1. 11 ne demandait contre elle, d'après llincmar. aucun châtiment, 
et ne l'accusait d'aucun crime, mais seulement d'une grande négli- 
gence dans l'accomplissement de ses devoirs d'épouse : « Sicut ipse 
« Boso dixit, eidem mulieri.quae carosua est, nullum crimen impingit, 
« sed non modicam negligentiam quia ab ejus se substraxit servitioet, 
«quantum ex ipsa est, ipsum moechari fecit. » (Responsio ad interr. 
Guitlharii, Mione, t. CXXV, col. 156.) 

2. Le texte cité à la note précédente montre que Boson accusait 
Engeltrude de le mettre pour ainsi dire dans l'obligation de prendre 
des' concubines, et l'on peut le rapprocher d'un autre passage d'Hinc- 
mar relatif à la même affaire (De divort. Loth., inlerr., X.XII, col. 739): 
« Et si non ex consensu propter continentiam sed propter discidium 
« aliquod separare voluerint, vel eorum fragilitati, si separati se conti- 
« nere nequiverint vel reconciliari voluerint, auctoritate sua posse con- 
« sulere. . , sicut Bosonis mulier. . . » 

3. Sur ce personnage, cf. Parisot, op. cit., p. 152 etpassim. 

4. Sur ce personnage, cf. ibid., p. 154 ei pas.sim. 

5. Nous exposons plus bas leur rôle dans cette affaire. CL aussi 
la lettre de Nicolas I aux évèques du royaume de Louis le Germanique 
(Jaffé, n» 2886 : iMansi, t. XV, c. 336). 



302 BOSON, MARI D'ENGELTUUDE [859] 

eux (lui donuaient « asile à sa prostitution ' » et c'est au diocèse de 
Cologne ^ qu'elle séjournait plus spécialement depuis l'époque à 
la(iuelle elle avait cherché nn refuge dans les états de Lothaire II. 
Ce fut, semble-t-il, d'abord au pouvoir pontifical (jue s'adressa 
Boson pour faire cesser cet état de choses. Dès l'année 859 peut- 
être'', un concile, tenu sans doute à Milan et présidé par l'arche- 
vêque de cette ville, Tadon, prononça l'anathème contre la fugitive 
et ses partisans, sans nul effet d'ailleurs. A Savonnières, la même 
année, on attira l'attention des évê(|ues sur la situation*. Mais nous 
ne savons s'il y eut quelque discussion, et si les prélats se livrèrent 
à ini examen de l'affaire. La question fut, comme nous l'avons dit, 
reprise au mois de février de Tannée suivante, au second synode 
d'Aix, mais cette fois presque exclusivement par des évêques lor- 
rains, qu'assistaient cependant Wénilon, métropolitain de Rouen, 
Ilildegaire, évêque de Meaux, et Hilduin, d'Avignon'. Boson fut 
cité à comparaître, mais parait avoir refusé de i-econnaitre la com- 
pétence de ceux (jui prétendaient le juger et il fit défauts 



1. C'est du diocèse de Cologne, en effet, que, selon les violentes 
expressions du souverain pontife « tam Waldrada quam Engeltrudis, 
(c uxor Bosonis, prostitutionis suae sibi lupanaria praeparaverant ». 
.Iaffé, n" 2886 : Migne, t. CXIX, col. 1163. 

2. HiNCMAR, Besponsio ad (ïuntharium (Migne, t. CXXV, col. 156): 
« Et tu episcopus in cujus parrochia immoratur. » Cf. lettre de Lo- 
thaire II à Nicolas I (B(*:hmer-Mueiilbacher, n" 1269 ; M.vnsi, t. XV, 

col. 384): « Nos Gunthario quia tune in sua parrochia erat 

« [Engeltrudis]. » 

3. Les canons de ce concile ne nous sont point parvenus et il ne nous 
est connu que par les actes du Concile de Latrau de 863 {Atin. Berlin., 
p. 64 : « Sententiam quam a sede apostolica in Ingiidrudera uxorem 
« Bosonis sanctissimus frater noster iMediolanensis archiepiscopus Tado 
«et ceteri coepiscopi nostri petiverant emittendam. » Mansi, t. XV, col. 
609, se borne à indiquer le concile de Milan vers 860. Nous considérons 
comme plus vraisemblables les conclusions de Sni\\LE(K{IIinkmarsr^on 
Bciins knnonisl. Gutdiclien..., p. 186) etde M. Parisot (op. cit., p. 166) 
(jui reportent l'assemblée à 859 ou aux premiers mois de 860. Le pre- 
mier nous semble même devoir être dans le vrai lorsqu'il suppose que 
1(^ synode de Milan fut antérieur au congrès de Savonnières. Il est 
probable qu'il s'est produit quelque chose, peut-être l'annonce de l'ana- 
thème prononcé, pour amener, à la dernière de ces deux réunions. — 
(■'est à l'excommunication prononcée à la demande des prélats réunis 
à Milan que (Jharles le Chauve, à la seconde assemblée de Savonnières 
{.\nn. Berlin. , a. 862, p. 61) paraît avoir fait allusion. 

4. HiNCMAR, Df divort. Lolharii. interr., XXII, col. 739 : « Bosonis 
« mulier de qua in synodo apud Leucorum civitatem habita fuimus cum 
« interpellatione commoniti. » 

5. Si/nodus Aijuenxix n, dans Boretius-Krause, t. II, p. 466. 

6. IIincmar, Joe. cit., col. 743. — L'archevêque de Reims est égale- 
ment opposé à la prétention des évoques lorrains de juger Engeltrude 
(Mansi, t. XV, col. 789). 



[860] F50S0N. MaHI F)'KNGKI,TIU HK 303 

Il so rendit au coiilraire au mois do juin à rcntrevuo (|ui eut 
lieu à Coblence entre Charles le Chauve, Louis le (lermaiiique et 
Lothaire 11 '. C'est très vraisemhlahleinenl sa sousciiplion (|ui fi- 
gure parmi celles des trente-trois laïques (|ui signèrent le traité 
alors juré-, plutôt que celle de son neveu, Boson, (ils de Hivin, 
comme on l'a dit à tort '. Mais cette réclamation demeura sans effet 
auprès du roi de Lorraine et de ses évèques. Les derniers soute- 
tenaient que ce prince commettrait un acte inhumain eji livrant une 
de ses parentes aux i)ei'sécuteurs de celle-ci, alors surtout qui^n- 
geltrude menaçait, si son protecteur rahandonnail, de se réfugier 
au milieu des Normands^. 

Aussi Boson dut-il se rendre encore une fois^ pour cet objet au- 
près de Charles le Chauve^ à Tuse> \ le '2'2 octobre SOO. Il cliill por- 



1. HiNCMAR, op. cit., Qiiaesf. V, ibid., col. 691 : « Sed et de Hosonis 
« nuiliere, de qua idem tioso apud Confluentesreclamavit. » LesQuaes- 
tiones, comme le dit Hincmar lui-même, sont de quelques mois posté- 
rieures à la partie principale du traité, qui est elle-même d'une époque 
un peu antérieure à celle de l'entrevue de Coblence (cf. SchR(*:rs, Ilink- 
mar. p. 189). 

2. BoRETn:3-KRAUSE, t. Il, p. 154. — L'identification que nous pro- 
posons est aussi celle que M. Muelubacher (Dfutsrhc Geschichte unley 
den Kfirolinf/rrn, p. 510) admet, et que M. Parisot (op. cit., p. 137 
n. 2) paraît juger la plus vraisemblable. Ce dernier pense, en outre, 
que Boson, en cette occasion, représentait peut-être l'empereur, ce qui 
nous semble assez conjectural. 

3. EccART, Commentarii de rébus Fmnciae orienkdis. t. II, p. 476 ; 
GiNGiNS, Bosonides, p. 39, qui n'a pas connu le texte d'Hincmar, ou a 
jugé plus sage de le dissimuler. M. Bourgeois, Le Capilulairi' de 
Kiersy. p. 83 et 92, a suivi dingins. Dtemmler, Oslfr. Reicli, t. II, p. 5, 
n. 2, voit dans ce personnage « der jungere Boso » sans que l'on sache 
très exactement ce qu'il entend par là. 

4. Hincmar, De divorl. Lotharii. inlerr. XXII, col. 473 et Quae.tt. V, 
col. 754. Il dit ailleurségalement que l'archevêquede Cologne alléguait 
pour la défense d'Engeltrude que celle-ci avait fui « timoré mortis 
perterrita » (Besponsio ad Guntharium, Migne, t. CXXV, col. 156). 

5. iM. Parisot, op. cit., p. 178, suppose que dans l'intervalle qui 
sépare l'assemblée de Coblence de celle de Tusey, Boson était retourné 
auprès du pape pour obtenir de celui-ci les nouvelles lettres avec les- 
quelles il revint en Gaule. 

6. La présence de Boson à Tusey est indiquée par les actes de l'as- 
semblée de Savonnières de 862 (Boretiiis-Kiiause, t. Il, p. 160, c. iv. 
Sur cette assemblée, cf. Ann. Bertin., a. 862): « Quando ad Tusiacuni 
« veni... adportavit mihi Boso ex parte domni apostolici epistolas. » 
D'après ce qui est dit dans le texte de 862 de l'objet de l'assemblée de 
Tusey à laquelle assista Boson, il est certain qu'il est fait allusion à 
celle"qui se tint en ce lieu en 860 (Mansi, t. XV, col. 357). Cela con- 
corde, du reste, avec la présence du mari d'Engeltrude à Coblence 
dans le courant de la même année. Cf. au sujet des doutes sans fon- 
dements émis sur la réalité de la présence de Boson à Tusey, Parisot, 
op. cit.. p. 178, n. 2. 

7. Meuse, commune Vaucouleurs, arr. et cant. Commercy. 



304 BOSON, MARI D'ENGELTRUDE [860-863] 

teur de lettres dans lesquelles le pape Nicolas I" invitait Charles à 
refuser à la fugitive un asile dans ses États ', et d'autres missives, de 
contenu à peu près semblable, que Charles était chai'gé de transmettre 
à son neveu. (Jinginsa cru encore^ qu'il s'agissait du futur comte de 
Vienne, qui aurait alors été chai'gé par Lothaire II, son oncle, d'un 
« message contidentiel au|)rès de Charles le Chauve^ ». Mais l'his- 
torien suisse altère le passage qu'il cite, en prêtant de plus au roi 
Charles un langage des plus barbares^. Il suftit de recourir au texte 
correct pour constater que ce fut bien Boson, mari d'Engeltrude, 
qui assista à l'assemblée deTusey'. 

Mais ni les réclamations de Boson, ni les lettres pontificales (|ue 
devaient appuyer les elforts de Charles le Chauve ", n'eurent en 860 
plus de succès qu'auparavant. En 8(33, Engeltrude se trouvait encore 
dans les États de Lothaire'. A cette date fut tenu à Metz un concile 
au(|uel assistaient deux légats pontificaux, Radoald, évèque de 
Porto, et Jean, évèque de Cervia. L"ol)jet principal de l'assemblée 
était de s'occuper de l'union contractée par le roi avec Waldrade, 
mais elle fut également amenée à chercher à résoudre, sur linvita- 
tion du souverain pontife, la question d'Engeltrude. Nous n'avons 
pas ici à entrer dans le détail des actes du concile ^ Qu'il nous suf- 
fise de rappeler que les envoyés du Saint-Siège s'étaient laissés 
corrompre par les intrigues de Lothaire et de ses partisans. Aussi 
semblent-ils n'avoir fait entendre aucune protestation lorsque 
Gunther et Theutgaud eurent mutilé et altéré les lettres relatives 
à la femme de Boson, et que le concile, trompé par les documents 
ainsi falsifiés, donna l'absolution à l'épouse coupable ^ Aussi 



1. Jaffé, n. 2685. 

2. Bosonides, p. 39. 

3. Nous n'avons pas à insister pour montrer combien est peu vrai- 
semblable la supposition de Gingins, que lioson, comme parent de 
Theutbera;e, devait jouir de la faveur de Lothaire II, alors au plus fort 
de sa lutte contre son épouse légitime. 

4. « Quando ad Tusiacum veni adportavit mihi Boso ex parte nepoti 
« nostro apostolicas epistolas (!l) « {Bosonides, loc. cit.). 

b. « Quando altéra vice pro liis quœ dixi tractandis (cf. i/iid.. c. u) 
« ad Tusiacum veni, adportavit mihi et episcopisregni nostri Boso ex parte 
« doinni apostolici epistoias. . . quasdarn nepoti nostro. . . mittendas. . . 
«quasdam autem nobis legendas » (Boretuis-Ivrause, lue. cit.). — La 
rédaction de ce texte est même curieuse, car elle prouve que lorsqu'à 
cette époque on parlait de Boson. il suflisait de dire « ipsa femina » 
pour que l'on sût qu'il s'agissait d'EngcIti'ude. 

6. jAFrÉ, n« 21)85. 

7. A Savonniéres, en 862, €harles le Chauve rappelle également que 
c'est en Lorraine que se trouve Engeltrude, et en fait l'un de ses griefs 
contre son neveu (Ann. Berlin., a. 862, p. 60). 

8. Cf. Parisot, f>p. cit., p. 229-231. 

9. Jaffé. n" 2886 ; MioNE, t. CXIX, col. 1167 ; Vtta Nicolai I Papae, 
c. .XLViiiet XLi.x, dans le Liber PoiUificalis. éd. Ditiiesne, t. Il, p. 16U. 



[863-865] ROSON, MARI D'KNGKLTRUDE 305 

lorsque, la mémo amu'O, Mcolas I" cul cassé les acies du pseudo- 
concile et déposé les deux mélro[)olilaiiis coupables, lançait-il une 
fois de plus contre Eugeltrude une nouvelle excommunication dont 
la coupable ne devait être relevée ([u'au cas où elle se déciderait à 
rentrer en Italie, auprès de son époux, et à venir elle-même à Rome 
implorer son pardon'. 

Cependant c'est seulement eu Sfi.') (|ue Nicolas I" put croire un ins- 
tant être arrivé à \ni résultat. A cette époque, im nouveau légat pon- 
tical, Arsène, évoque d'Orta, était envoyé en (îaule. Il se rendit 
d'abord dans les États de Lothaire II, et c'est là qu'il cita Eugel- 
trude à comparaître devant lui. L'accusée se garda de venir au ren- 
dez-vous qui lui était assigné '. Aussi, au mois do juillet, le légal, (|ui 
se trouvait alors à Attigny ^ en mémo temps (jue Charles le Chauve 
ot Lothaire, renouvelait l'anathème, lancé deux ans auparavant au 
concile de Rome *, et le faisait confirmer par les évêques présents 
à l'entrevue des deux souverains". II est probable qu'Engeltrude 
dut comprendre que le rapprochement entre Charles et Lothaire 
était do mauvais augure pour elle". En effet le prince, que le légat 
devait un peu plus tard décider à reprendre Theutberge, n'eût sans 
doute pas continué à soutenir Engeltrude, dont la cause lui tenait 
autrement moins à cœur que celle de Waldrade. C'est là sans doute 
ce qui fit qu'Arsène, en passant par Worms'' pour regagner l'Italie, 
y trouva Engeltrude. Celle-ci se joignit au légat, promettant sous 
la foi du serment de rentrer avec lui en Italie et de se réconcilier 
avec l'Église ^ Elle se mit en effet en route avec Arsène, mais 
au moment de franchir le Danube, sous prétexte de se procurer des 
chevaux auprès d'iui de ses parents, elle abandonna son compagnon, 
pour chercher cette fois un abri dans le royaume de Louis le Ger- 



1. Concilium Lateranenxe, c. iv, dans Ann. Berlin., a. 863, p. 65. 

2. Epistola Arxenii, M VNsi, t. XV, p. 327. 

3. Attigny, Ardennes, arr. Vouziers, chef-lieu de canton. 

4. Ann. Berlin., a. 865, p. 78. 

5. RÉGiNON, Chronique, a. 866, p. 84. Cet auteur, grâce à la collec- 
tion canonique qu'il avait entre les mains, est généralement bien in- 
formé quant à ces événements, et nous ne voyons pas de raison pour 
révoquer en doute l'exactitude de son renseif^nement, bien qu'il soit 
seul à le fournir. 

6. C'est l'opinion de M. Parisot, op. cil., p. 281, qui nous semble 
extrêmement vraisemblable. 

7. RÉGINON, Chronique, toc. cil. 

8. Ihi(L. p. 85. Réginon utilise une lettre d'.\rsène, ce qui est encore 
une marque de la connexité qui existait entre les deux affaires d'Engel- 
trude et de Waldrade, puisque c'est une collection canonique relative 
au divorce do Lothaire II que l'abbé de Priim a eu entre les mains 
pour composer sa chronique. 

l'ouPARiuN. Royaume de Provenre. 20 



306 ROSON, MARI DENGELTRUDE [860-874] 

manique ', pendant (jue révèqne déçu lançait contre elle nn nouvel 
anathème-. 

Quant à son mari, on ne le voit plus agir en cette circonstance 
comme il l'avait fait en 860. En 867 une lettre de Nicolas I" 
montre qu'il n'avait pas encore pu décider Engeltrude à venir 
reprendre sa place auprès de lui^ Il restait d'ailleurs établi en 
Italie et y jouait un certain rôle, car il faut très vraisemblablement 
l'identitier avec l'un des généraux de l'empereur Louis II men- 
tionnés en 871 \ A cette date 20,000 Sarrasins venaient de débar- 
quer sur les côtes de Bénévent ; l'empereur envoya contre eux des 
troupes franques et lombardes commandées par Unrocb, marquis 
de Frioul, par un certain Agefrid, et par Boson. Les cbrétiens rem- 
portèrent une victoire complète et la plupart des Sarrasins périrent 
sous leurs coups ou dans les eaux du Vulturne^ On perd ensuite 
quelque temps de vue le personnage, mais c'est lui sans doute 
qu'il faut reconnaître dans le comte Boson, missus impérial, qui 
préside avec Ansbert, archevêque de Milan, un plaid tenu dans 
cette ville le 28 décembre 874 ^ Il était mort avant 878". Engel- 
trude, à cette époque, avait très probablement aussi cessé de 
vivre ^ et leurs filles dispvitaient leur héritage aux prétentions 
d'un comte Matfrid, leur cousin", et d'un certain bâtard Gotfrid'", 
dont la filiation est inconnue. 

1. C'est ce qui résulte de la lettre de Nicolas I'^'" citée plus bas. Si 
Engeltrude était repoussée par Cliarles le Chauve, si elle craignait de 
voir Lothaire II l'abandonner, les Etats de Louis le Germanique étaient 
en effet les seuls où elle pût espérer trouver un abri. 

2. RÉGiNuN, loc. cil. 

3. Lettre à Louis le Germanique du 7 mars 867 (Jakfé, n" 2874 ; 
Mansi, t. XV, p. 325) : « Vir ejus innocens videlicet in ejus absentia 
« bine inde labore non modico fatigatur quoniam nec ipsi reconciliari 
« absenti praevalet, nec alterius. ea vivente, consortium ei conjugale 
« conceditur. » Cf. aussi Parisot, op. cit., p. 281, n. 4. 

4. L'identification a déjà été proposée parle P. A. Lapôtre, Jean VIII, 
p. '292. 

5. André de Bergame, Ilistor., c. xv (Script, rer. LaïKj.,-^. 228). — 
Sur l'importance de cette défaite, cf. la traduction d'un fragment d'an- 
nales arabes dans Amari, Bibliolheca Arabo-Sicula, éd. in-fol., p 71. 

6. MuRAToRi, Ant. Uni., t. V, col. 987. — Nous avons déjà relevé 
pour cette période une lettre du pape Jean Vlll qui doit avoir été 
adressée au mari d'Kngeltrude (supra, p. 68). 

7. LettredeJean Vlllau comte Matfrid (Jaffé, n" 3168 ; Mansi, t. XVII, 
p. 89, n" cix). 

8. Jean VIII ne le dit pas expressément dans la lettre précitée, mais 
il y est question A' hcreditcia Mi&cipioida par Matfrid son parent. 

9. Sur ce personnage, cf. supra, p. 300. — Les biens constituant cet 
héritage étaient situés au diocèse de Mayence, par conséquent dans les 
Etats de Louis de Saxe, mais le mariage d'Engcltrudc avec un comte ita- 
lien ne l'omprchait pas de conserver la lii)re disposition de ces terres. 

10. Lettre de Jean Vlll à Liutbert de Mayence, Jaite, n" 3167. 



APPENDICE IV 



EXAMF.N DE DIVERSES HYPOTHESES (JENÉAI.OGIQl'ES 
§ 1. « BEUVES, COMTE d'aUDEWES ». 

§ 2. l'origine éduenne de BOSON. 

§ 3. l'origine anglo-saxonne de la femme de louis l'aveugle. 



§ 1. « BEUVES, COMTE d'aRDKNNES » 

On attribue souvent à Bivin, père de Boson, le titre de comte 
(rArdennes^. Cette appellation est en quehjue sorte consacrée" et 
paraît d'accord avec le fait que la villa de Villance, à propos de 
laquelle plusieurs chartes mentionnent le personnage, était située 
(\'d\\%\Q pagus Arduanensis^. L'historien des « Bosonides » en par- 
ticulier^, parle sans hésitation de « Beuves, comte d'Ardennes », 
comme si l'attribution de cette qualité au père de Boson était hors 
de doute. Elle avait cependant déjà été révoquée en doute, à la fin 
du wiii" siècle, par le chanoine Ernst ^, qui remaniue avec raison (jue 
« ni les Annales de Saint-Bertiu, qui parlent quelquel'ois de Boson, 
ni d'autres anciens ne la lui ont connue" ». 



1. 1^. XiG^iiEB., Burf/ondio)wm C/votticon. p. 61 ; Paiudin, Aiin. de 
Bourgogne, p. 104; Bouche, lli^l. et Chor. de Provence, t. I, p. 759 ; 
i)"ELBi;NE, De regno BurgunitUw, p. 43 ; Bouis, Boyalle couronne 
il' Arles, p. 127 ; À. Duchesne, I/isl. île Bourgogne, t. I, p. 188; Dunod, 
Hist. du 11^ Boy. de Bourgogne, p. 88 ; Mille, Ilist. de Bourgogne, t. 
III, p. 111 ; Terrebasse, ///.s'/, de Boson, p. lô. 

2. Ul. Chevalier, Bio-bibliographie, v» Boson. 

3. Sur ce pagus, cf. Piot, Les P((gi de la Belgique, p. 136, qui le 
distingue du comté. Villance se trouva plu.s tard dans le pagus l'a- 
minis, démembrement du pagus Arduanensis. 

4. GiNLiiNS, Bosonides, p. 39. 

5. Mémoire sur le comté d'Ardennes, 1793, publié en 1858 dans le 
Compte rendu de la commission royale d'histoire de Belgique, 2" série, 
t. X. II cherche surtout à combattre l'opinion de ceux qui vou- 
draient rattacher à la famille de Boson les origines de la maison d'.\r- 
dennes. 

6. Mém. cit., p. 229. 



308 « BKUVES, COMTE D'ARDENiNES . 

La source du reusciguement, pour la plupart des liisloriens uio- 
dernes, c'est V Histoire de Provence, d'Honoré Bouche. Celui-ci 
parait l'avoir emprunté lui-même à un auteur <|u'il combat sojuvent, 
César de Nostre-Dame. Nosti-e-Dame, à sou tour ', en ce (|ui concerne 
Bivin, qu'il appelle « Bœuf», renvoie à Pierre de Saincl-Julien de 
Balleure, et à son traité de VOricjine des Bourcjongiwus. Ce dernier 
ne cite pas toujours ses autorités, mais allègue assez souvent celle 
de « Bugnonius », auquel il paraît avoir emprunté h peu près tout 
ce ([u'il dit du personnage qu'il désigne sous le nom de roi Bœuf^. 
Or, le Chronicoii urhi.s Mali-ssanae de « Bugnoiiius », publié à Lyon 
en 1559^, est la reproduction d'un texte du début du wi*^ siècle, non 
encore imprimé à cette époque, le De orbe et antiquitatihus Maiis- 
conensibus Liber de l'avocat Jean Fustaillier *. C'est dans l'œuvre 
de l'^istaillier, imprimée seulement en 184(5% mais composée entre 
1500 et \'y2\), que l'on trouve à notre connaissance, le plus ancien 
texte, donnant à Bivin la qualité de comte d'Ardennes. « Erat 
autem », dit-il '^, « Boso tilius comitii^ Ardemiae, cui Boninus nomen 
fuit. » Le passage est, bien entendu, textuellement reproduit dans 
le Chronivon urbis Malis.sanac' . D'après (|uelques rares citations 
et par la comparaison des textes il est possible de voir que cette 
partie du récit est à peu près exclusivement empruntée à « Anno- 
nius », c'est-à-dire au continuateur d'Aimoin, et, dans Bugnonius 
du moins, à Paul-Émile. Or, ce dernier ne donne ni le nom ni le 
titre du père de Boson. C'est donc à Aimoin que Fustaillier a 
emprunté ou cru emprunter^ la mention du comté d'Ardennes, qui 
de là, par l'intermédiaire de Bugnonius, a passé dans Nicolas 
Vignier et les autres auteurs dont nous avons cité les principaux®. 
Mais Fustaillier, écrivant dans le premier quart du xvi'' siècle, n'a 
pu avoir à sa disposition (|ue des manuscrits de la continuation 



1. Ilist. et Chron. de Provence, p. 406. 

2. De rorigine des Bourgougnons. p. 308. 

3. Chronicoii ur/jis Malissntiac. Lyon, 1559, in-4°. 

4. QuÉruHD, Les supercheries lilléraires dévoilées, t. I, col. 589. 

5. Jo. V\]'èj WLU^ww?,, De urbe et anliqaitatilnis malisconensibus lAher, 
pub. par Yemeniz. Lyon, 1846, in-S". 

6. P. 17. 

7. P. 17. 

8. Nous disons cru emprunter, car Fiislaillier, en divers passages 
de son livre, fait preuve «l'une certaine imagination. 

9. Burgund ionum ( Ihronicon, p. 61. L'ouvrage de 'V^ignier a constitué 
une source d'une certaine iinj)oi'tance pour les historiens du xvn« 
siècle. Lui-même renvoie à liugnonius, et ne parait avoir. connu pri- 
mitivement le texte d'Aimoin que par son intermédiaire, car il ortho- 
graphie comme lui Bonini au lieu de Bovini. Le n a d'ailleurs été 
corrigé en v par l'auteur lui-même sur l'exemplaire de son (euvre 
actiieilement conservé au département des imprimés de la Bibliothèque 
Nationale (Lk^ 329). 



« lîKUVKS, (MtMTK IfAlUiKN.NKS » 30f) 

(l'Aimoin, ou rédilioii /jr/zitc/^yde l.')! i'. (Ir celle-ci doiiiie coirec- 
teincnt le texte de la conlimiation enipniiitée aux Amialesde Saiiil- 
Bertin-. Cela ii'eiupèche pas certains auteurs'' de renvoyer formel- 
lement à son texte pour prouver que Boson était (ils de Beuves, 
comte d'Ardennes. L'erreur de Kustaillier est assez sin«;ulière. On 
peut supposer qu'il a simplement vonln ajonler un détail inléressanl 
à son texte, mais il resterait à expli(iiier pourquoi cet auteur niàcon- 
lUiis a été choisir le comté d'Ardennes pour lattrihuer au père d'un 
comte d'Autun, duc de Provence*. On pourrait peut-être aussi faire 
une autre hypothèse. Ni Fustaillier, ni aucun des auteurs (|ui lui ont 
enq)runté son renseignement, ne mentionnent (|u'en 869 Bivin était 
<v feu » (^(/uoncLini) ou avait été «jadis » comte. Kn d'autres termes 
on n'y retrouve pas ré(piivalent du (/iiondum des Annales de Saint- 
Berlin. Il serait donc peut-être possihle de su|)poser (|u"il faut voir 
di\ns Ardemiae ou Arcleniiae un mot qui remplace ce r/(/o/(f/,//H, ce 
qui graphiquement est admis avec l'orthographe condani, (|ui peut 
se confondre avec ardenn. IS'ous ignorons d'ailleurs comment la 
confusion s'est pi'odnite. Peut-être, et c'est le plus vraisemhlahlc. 
Kustaillier n"a-t-il connu ([ue des mamiscrits d'Aimoin'', peut-être 
y a-t-il eu dans ses notes ou sur le manuscrit (prit envoya à l'im- 
pression une erreur de lecture, suivie d'une insuflisante correction 
des épreuves. En tout cas, il y a dans le Chronicon urbis Malissanae 
assez de noms altérés pour permettre une hypothèse de ce genre®. 



1. AiMdNU MOWCHi. Be I! nedictini diserti et veridici quorumdamque 
aliorum ve :| neraljilium ejusdem professionis patrum de regum li pro- 
cerumque Francoram origine gestisque clarissimis î| usque ad Philip- 
pum Augustum libri quinque nunc pri || muni impressi cum gratia et 
privilégie régis in tergo hujus exprimendo || venumdantur in edibus 
Joannis Parvi et Ascensianis. [Paris, 1514, info!.]. 

2. Fol. cxvii v°. « Carolus in villa Duciaco VII Idu.s octobris certo 
« nûtiocom.piësobiissepridie nouas octobris Hirmintridemvxorem suam 
" in monasterio Sancti Dyonisii ubi et sepulta ê exequente Bosone filio 
« Buvini quondr.m comitis hoc missaticum . . » 

3. ViGMEH. loc. cil. ; DrcHKSNK, ///.s7. de BoKi-gor/ne, p. 128 et 208. 
CÉs\u DE .\()STHE-D\ME. p. 67, qu'il faut citer en (les questions de ce 
geiu'e. Il est vrai qu'il est difficile de déterminer ce que l'on affirme 
avoir trouvé dans Aimoin. Les expressions employées par C. de \ostre- 
Dame sont telles que l'on pourrait croire que d'après lui le continuateur 
d'Aimoin rattache Boson à la famille de Charlemagne. 

'». Il ne connaissait i)as les chartes relatives à Villance, publiées 
seulement en 1724 dans VAmplissimn Col/erlio de Mautène et Dru wn. 

5. .\i dans les manuscrits de Paris du continuateur d'Aimoin que 
nous avons pu voir à Paris (l.at. 5'J2.5 H, fol. 105 ; iyti57, fol. 148 : 1504(i. 
fol. 269 v": 12712, fol. 165) ni dans celui de Rome, ne se trouve de 
l)assage expliquant le texte de Fustaillier. 

6. Dans le passage qui nous occupe seulement, on a lioniiius pour 
niiviints, f/amit'iiulis au lieu de I/innentnc/is. liarhiblriii pour /»'/- 
rliihlcia. 



310 L'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON 

Le plus sur est donc, en ce qui concerne Bivin, de s'en tenir au 
témoignage d'Hincmar et à celui des diplômes et de ne pas lui 
attribuer sur la région de TArdenne inie autorité qu'aucun texte 
contemporain ne nous autorise à lui donner. 



§ 2. LE TESTAMENT DU COMTE EGCARD ET l'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON 

Les historiens de Boson ont souvent utilisé un document très 
intéressant, le testament par lequel un comte nommé Eccard lègue 
à Tabbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire le domaine de 
Perrecy et recommande à ses exécuteurs testamentaires de dis- 
tribuer à diverses personnes des bijoux ou des livres. Les relations 
de parenté de ces légataires avec le comte Eccard sont souvent 
indi(|uées et donnent au document un grand intérêt généalogique. 

Eccard, fils de Childebrand et de Duma, est cité pour la première 
fois en 838 dans un diplôme de Pépin I" d'Aquitaine, par lequel ce 
prince lui accorde en bénéfice le fisc de Perrecy'. Ce domaine lui 
fut ensuite confirmé par un diplôme de Louis le Pieux du 29 
décembre 839 ^ Il était sans doute parent, — neveu ou cousin ', 
— d'un Eccard tué à Angoulème en 844 \ lequel parait avoir été 
père d'un fils nommé aussi Eccard -^ Le comte dont nous nous occu- 
pons fut sans doute fait prisonnier ^ à la même bataille d'Angouléme. 
En 859, il est probable qu'il trahit Charles le Chauve pour passer à 
Louis le Germanique, car c'est comme missiis de ce dernier qui! 
semble avoir été chargé, en même temps qu'un certain Théoderic, 
sans doute son frère, de délivrer à l'archevêque Wénilon le monas- 
tère de Sainte-Colombe de Sens''. 

Il est possible qu'il ait été, h la suite de ces événements, privé de 
ses « honneurs », car le 30 août 860 Charles le Chauve donne à 
l'abbaye de Saint-Denis la villa de Marnay en Morvois" (pi'avaient 



1. Mabille, Le royaume d'Aquitaine, p. 14. Carlul. de Perreci/, 
n" 10. 

2. BCKIIMER-MUEHLBACHER, n» 970. 

3. Mabille, op. cit., p. 14, donne la parenté comme certaine, non 
le degré, et fait de l'Eccard, tué à Angoulème, le cousin d'Kccard du 
testament. Mais on peut faire du premier un frère de Childebrand. 

4. Ann. Berliniani, p. 81. 

5. L' « Kccard fils d'Eccard » du testament. 

6. En raison de la manière dont la phrase est conçue, nous ne 
croyons pas (pic 1' « item Eokardus » des Ann. /{erlin iennr.t déi>\gne l'un 
des deux fils de l'Eccard tué, faits prisonniers dans cette même bataille, 
et nou.s appliquons cet « item t]ol\ar(lus » à l'Eccard du testament. 

7. [Jbellus proclama/ ioni.'i adi'crsii.'i Weniloneiii. a. 10. dans IJore- 
Tius-KiîArsi;, t. IF. p. 4.52. 

8. .Mui'iiay, .\ubc. arr. et canton Xogont. 



L'ORIGINE KDCK.NNR 1)K lîOSON 



:ill 



possédée le fou comte Cliil(lol)ran(l ol son fils K(n;anl'. Daiilro pari, 
le comté d'Autun est entre les mains de divers personnai^es -, et Ton 
ne trouve plus dans l'hisloire de nieidion du comte Kccard jiis(|u"cii 
875, (laie à la(|uelle il rédigea son teslamenl'. 

C'est ce documeni célèbre qui fournit sur la famille d'Ivcard 
(|uelques indications. Le comte avait été marié deux fois, dahord 
avec une certaine Albegonde, puis avec uiu* llichilde, (jui, au 
moment de la rédaction du leslament, n'avait point encore donné 
d'enfaid à son épou.v'. Kccard menlionne également dans l'acte, 
parmi ses proches parents, son frère Théoderic, son miln' frère 
Bernard % sa sœur Ade, religieuse à Faremoustier, cl sa nièce 
Gerberge. Parmi ces personnages le premier est très vraisemblable- 
ment le même que le cbambi-ier dont nous avons eu à parler au cours 
de cette étude. Le testament menlionne son (ils, Kichard, et nous 
savons par ailleurs qu'il avait un autre fils nommé comme lui 
Théoderic*. L'acte qui fait connaître ce second comte Théoderic, 
mentionne également un Urso, gendre de Théoderic I", qui est peut- 
être l'époux de la Gerberge mentionnée dans le testament d'Eccard ' . 

En somme, on peut résumer les données relatives à cette famille 
dans le tableau ci-dessous'* : 

Cliildelirand 

ép. 

Dunia. 



Ade, 
religieuse à Fare- 
moustier. 



Eccard 
ép. 

V AUH'(jundc. -2° Itirhilde. 



Théoileric. 



Fîernarrl. 



Richard. 



Tli(''oderio. 



? Gerberge 
ép. 
Urso. 



1. Ilist. de Fr., t. VIII, p. 558. 

2. MvBiLi.E, Le roi/ai/ine d' Aquitaine, p. 36-.38. 

3. L'acte a été publié d'une manière très défectueuse par PéumîI), 
Recueil de pièces pour servir à riiisloire de Bourgogne, p. 25. 

4. Le texte imprimé contient entre autres dispositions le legs d'une 
épée « Terico aut Ricardo filio meo ». mais il ressort de tout le con- 
texte que Eccard n'avait pas d'enfant. Comme nous savons par un 
autre passage du même acte que Théoderic avait un fils du nom de 
Richard, il faut certainement corriger meo en suo. 

5. Celui-ci était proba!)Iement mort alors. Il n'est question de lui 
dans l'acte qu'à propos d'objets qui lui avaient autrefois appartenu. 

6. Ilisl. de Fr., t. IX, p. 705. 

7. Mabiu.e, Le roi/aiime d'.\r/uitniiie, p. l't, fait, au contraire, de 
Gerberge, nièce d'Eccard, la fille d'un frère inconnu de ce dernier. 

8. On trouvera un tableau plus complet, mais assez conjectural, 
dans .Mabili.e. Le roganme d'A'iHitaine. toc. cil., et une étude sur toute 
la famille du comte a ét^ récemm-nt p ibliéo par M. E. I'mii.U'un, A'(^;e 



312 L'ORIGINE ÉDUENNE DE BOSON 

Mais on ne s'en est pas tenu là et les auteurs de ïArl de vérifier 
les dates ^ ont édifié sur cette pièce tout un système généalogique 
qui se résume, en ce qui nous concerne, à ceci: Eccard a été comte 
d'Autun, et de même son frère Théoderic. Or, ce Théoderic avait un 
fils, Richard. Ce Richard ne peut être que Richard le Justicier, 
également comte d'Autun. Or, Roson était frère de Richard le Justi- 
cier, donc Roson était fils de Théoderic. Ce système a passé dans 
un certain nombre d'ouvrages d'érudition ^ Mais c'est mettre une 
conjecture à la place du témoignage formel d'Hincmar donnant au 
père de Roson le nom de Rivin. Il est certain cependant qiie l'arche- 
vêque de Reims ne devait pas ignorer le nom du père de la seconde 
femme de Charles le Chauve, et de l'un des principaux personnages 
du royaume franc de l'ouest ^ 

Gingins*, pour tout concilier, a inventé un petit roman. La veuve 
du comte Rivin, dont elle avait eu Roson, aurait épousé en secondes 
noces le comte Théoderic, auquel elle aiu'ait donné Richard. 
M. Rourgeois'' a déjà protesté contre ces imaginations. L'hypothèse 
vient néanmoins d'être reprise par M. Philipon ^ Nous la consi- 
dérons comme inadmissible. Le comte Rivin mourut entre 863'' et 
869*. En plaçant sa mort à la première de ces deux dates extrêmes, 
sa veuve aurait pu se remarier avec Théoderic en 863-864 et donner 
le jour à Richard en 861-865. Richard n'aurait donc eu que douze 
ans lorsqu'il remplaça Roson en Lombardie, (|ue dix-sept lorsipi'il 
reçut le commandement de l'armée franque devant Vienne. C'est 
plus qu'invraisemblable. Cependant, M. Rourgeois lui-même admet 
une parenté, ou du moins des alliances entre la famille de Roson 
et celle d'Eccard. 11 y a deux faits ([ui semblent militer en faveur 
de cette opinion. 

a. Roson possède des bénéfices dans la Rourgogne éduenne^. 

sur la famille du roi Raoul, dans la Biblioth. de l'Ecole des Charles. 
t. LX, 1899, p. 497-509. 

1. Ed. in-fol.,t. II, p. 427. 

2. Pour ne citer qu'un exemple : d'Arbuis de Juiîainville, Ilisl. des 
comtes de Champagne , t. I, p. 64. 

:J. Cf. supra, p. 41. Ajoutons que l'on conserve dans ce système 
une partie du témoignage d'Hincmar, celle qui est relative au rapport 
de parenté entre Richard et Boson. 

4. Bosonides, p. 39. 

5. Le capiliilaire de Kiersy. p. 93. Au contraire, M. Parisot (/.'• 
roj/aume de lorraine, p. 351) considère comme admissible l'opinion de 
Gingins. Mais il ne s'occupe pas du rôle de Richard en Italie, et se 
borne à reconnaître que le personnage aurait été bien jeune i)our com- 
mander l'armée devant Vienne. 

6. Op. cit., p. 508. 

7. Carlul. de Corze, n° 60. 

8. Ann. Bertin., a. 869, p. 107. Cf. supra, p. 44. 

9. Ann. Bertin., a. 879, p. 148. C'étaient des abbayes qu'il abandonna 
à Théoderic, en échaugc du comté d'Auluu. 



L'ORIGINE ÉDUENM-: 1>K BOSON 313 

Mais ce sont des abbayes (jirU jxmjI avoir reeiios de Charles le 
Chauve, aussi bien que des domaines paliinioniaux. Bernard, hls 
de Doda, Bernard, fds de Bliehilde, Bobert le Fort', lurent éga- 
lement possessionnés en Aulunois ou maîtres du comté d'Autun, 
sans que leurs relations possibles de parenté aient à intervenir. 

h. Il y a certains noms: Richard, Theutberye, Biehilde, (|ui se 
rencontrent à la fois parmi les persoiuiages nommés dans le testa- 
ment d'Eccard et |)armi les membres de la famille de Boson. Celle 
simililude de noms indique bien en général parenté ou alliance, 
mais il est certain que la plupart des familles comtales carolin- 
giennes devaient être parentes entre elles, avoir en Austrasie des 
ancêtres communs; et dans le cas (|ui nous occupe la parenté ne 
semble pas bien étroite-. 

Le nom de liichard donné au IVére de Boson est assez répandu 
et vient sans doule de leur oncle paternel, Richard, alors (juc 
le nom de Theutberge se rencontre dans la famille maternelle de 
Boson. 

Theutberge, d'autre part, est considérée par Mabille comme une 
nièce d'Eccard, dont le testament contient une disposition en sa fa- 
veur, sans indiquer entre elle et le donateur aucune relation de pa- 
renté. Mais Mabille ne parait pas avoir connu le nom et l'histoire du 
père de la reine de Lorraine. Celui-ci se nommait Boson, nom cpi'on 
ne rencontre ni dans la famille d'Eccard ni dans celle de son cousin 
Guillaume de Gellonc''. En outre l'hypothèse de Mabille sciait 
inconciliable avec le système (|ui verrait dans Biehilde une jjarcnte 
rapprochée de Boson*. 

Quel peut être en effet le lien de parenté entre Richilde, femme 
d'Eccard, et Boson? Ce n'est certainement pas sa sœur, vraisem- 
blablement pas sa mère^. Reste à en faire une tante paternelle ou 
maternelle. Une tante paternelle, c'est possible, mais il est à remar- 
quer (jucn 876 cette Richilde n'est pas très âgée, puis(|ue le comte 
Eccard prévoit le cas où elle viendrait à avoir des enfants ; il \ a 
donc peu de probabilités pour qu'elle soit une sœur du comte Bi\in 
et de Bichard l'Ostiaire, (|ui sont des contemporains de Louis le 



1. Robert le Fort fut un moment, en 86'i, titulairedu comté d'Autiin. 
mais, dès 855, il possédait des bénéfices dans ce comté d'Autun. 
Kalckstein, Robert der Tapfcre, p. 38 et 159. 

2. Cf. ce que nous disons un peu plus bas. 

3. Généalogie dans Mabille, ftoyaiimc dWfjuilaine, p. 14. 

4. Pour une parente éloignée, cousine, etc., il est impossible de 
rien démontrer. 

5. L'admettre serait retomber dans des hypothèses à la manière de 
Gingins. En outre, comme nous le disons, Richilde, femme il'Kccard, 
nVst pas très âgée; or. Richilde, mère de Boson. avait eu 87(5 îles tils 
ayant atteint Và'se d'homme. 



314 L'ORIGINE DE LA FEMME DE LOUIS L'AVEUGLE 

Pieux et dont les fils sont des hommes faits, des personnages consi- 
dérables à la date de 876. Si nous supposions qu'il s'agit d'une 
tante maternelle, alors le système de Mabille serait ruiné, car cette 
Ricliilde, sœur de Theutberge, serait en cette hypothèse la cousine 
germaine du comte Eccard, c'est-à-dire sa parente à un degré 
auquel le droit canonique prohibe le mariage. Comme le nom de 
Theutberge se trouve en tète d'une énumération de légataires qui 
ne doivent pas être tous des parents du comte Eccard, on peut 
sans difticulté renoncer à voir dans la reine de Lorraine une per- 
sonne faisant, à un degré quelconciue, partie de la famille d'ililde- 
brand. Si Hichilde, femme d'Eccard, était la tante maternelle de 
Boson, Theutberge serait au contraire la belle-sœur d'Eccard. 

En somme, rien dans le testament d'Eccard ne nous autorise à 
rattacher Boson à sa famille. Eccard a épousé une Richilde. Celle- 
ci, si elle est parente rapprochée de Boson, ne peut être que sa tante 
maternelle. Mais c'est une pure hypothèse que rien ne vient appuyer 
et le nom de Hichilde est assez répandu ' pour qu'il ne suffise pas à 
lui seul à justifier une hypothèse de ce genre et tout système poiu- 
rattacher plus étroitement Boson à la famille autunoise des Théodoric 
implique contradiction. 



§ 3. l'origine anglo-saxonne de la femme de louis l'aveugle 

On donne quelquefois- poiu' femme à Louis l'Aveugle une fille 
d'Edward l'Ancien, fils d'Alfred le Crand, roi de Wessex^ Le seul 
texte à l'appui de cette opinion est le passage consacré par Guillaume 
de Malmesbury, c'est-à-dire par un auteur du début du xii'' siècle, 
à l'énuméi'alion des filles d'Edward l'Ancien. Comme il est néces- 
saire de discuter ce passage, nous k^ traduisons in extenso. 

« Comme le roi avait beaucoup de filles, il donna Edgive à Charles, 
« j'oide France *, fils de Louis, fils de Charles le Chauve, dont Ethcl- 
« wuif, comme je l'ai déjà dit, avait recula fille à son retour de Rome. 
« Et puis(iue l'occasion s'en présente, le lecteur bienveillant ne jugera 
« pas hors de pi'opos (pie j'éiiumère les épouses et les enfants du roi. 
« Il eut d'une fennnc de noble naissance ' son fils premier né, Elhels- 



1. On le trouve notamment dans la famille des comtes de Carcas- 
sonne. 

2. C'est un système en (juclque sorte classique. Cf. p. ex. Lu'PEN- 
BEHG et PuîLi, (iesch. vonEnt/land, tableau C. et Diction, of national 
tnography., art. EinVAun (t.XV'Il, p. 5), qui cite cependant ses sources. 

3. Lequel régna de 901 à 925. 

'(. Charles le Simple, remarié en 918-919, voy. I']ckei,, CharU-x Ir 
Siiiijile. ])■ lO'i. 

5. C'était une siin))lc concul)inc, nitunnée Egwiinie d'après le 



L'OKIGINK DE LA FEM.MK ItK LoiIS L'AVEUCLK 3lo 

« tane, et une fille dont je n"ai pas le nom ('cril sous la niaiii ; son 
« frère la donna en niariage à Silliric», roi de .Norlliumhrie. Le se- 
« cond fils d'Kdward lut Kllielward -, né d'EKlede, fille du conilf 
« Éthelni, très inst